En 2023, le Chili intègre officiellement le peuple selk’nam à la loi indigène 19.253, près d’un siècle après les grandes vagues de violences en Terre de Feu. Derrière cette réforme juridique, un long travail de mémoire, de plaidoyer et de réaffirmation culturelle mené par les familles selknam elles‑mêmes.
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Un peuple longtemps absent de la loi indigène
Depuis 1993, la loi 19.253 reconnaît une série de « peuples ou ethnies indigènes » au Chili et crée la CONADI, la Corporation nationale de développement indigène. Pendant trente ans, cette liste inclut les Mapuche, Aymara, Rapa Nui, Atacameños, Quechua, Colla, Diaguita, les peuples du Nord Chango, ainsi que les Kawésqar et les Yagán, mais pas les Selk’nam.
Pourtant, la mémoire de la Terre de Feu chilienne reste marquée par la présence selk’nam, peuple de chasseurs nomades dont l’univers s’étendait entre steppe, forêts et rivages. Dans les récits d’explorateurs, de missionnaires ou de voyageurs comme Darwin, ce peuple apparaît souvent à la marge, déjà en cours de déplacement forcé ou d’extermination. Dans la loi, il disparaît complètement : le Chili se dote d’une politique indigène sans mentionner les descendants de ce peuple de la Grande Île.
De la motion parlementaire à la loi 21.606
Le chemin qui mène à la reconnaissance passe par un projet de loi, enregistré sous le numéro 12.862‑17 à la Chambre des députées et des députés. Porté par un groupe transversal de parlementaires, il propose une modification ciblée : intégrer explicitement le peuple selk’nam à l’article 1 de la loi 19.253. C’est un travail patient de commissions, d’auditions, de réécritures techniques, sur plusieurs années.
En août 2023, le Sénat discute à son tour le texte. Les sénatrices et sénateurs insistent sur la dette historique de l’État, sur la nécessité de reconnaître un peuple que l’on a déclaré « éteint » alors que ses descendants vivent aujourd’hui en Terre de Feu, à Porvenir et dans d’autres villes du pays. Ils approuvent la version qui introduit les Selk’nam dans la liste de l’article 1 et actualise la terminologie de la loi, en parlant de « peuples » et pas seulement d’« ethnies ».
Le 4 septembre 2023, la Chambre adopte le projet en troisième procédure. Selon la note officielle, 117 députées et députés votent pour, une seule personne s’abstient, et le texte est définitivement approuvé. Les Selk’nam deviennent le onzième peuple autochtone reconnu par la loi indigène et le troisième peuple officiellement reconnu dans la région de Magallanes, aux côtés des Kawésqar et des Yagán.
Une reconnaissance qualifiée de « dette historique »
Une fois votée, la loi est promulguée puis publiée au Journal officiel le 19 octobre 2023, sous le numéro 21.606. La nouvelle rédaction de l’article 1 énumère désormais, après les autres peuples, le peuple selknam parmi « les principaux peuples ou ethnies indigènes du Chili ». Dans le texte, l’État affirme qu’il valorise l’existence de ces peuples comme « partie essentielle des racines de la Nation chilienne, ainsi que leur intégrité et leur développement, en accord avec leurs coutumes et valeurs ».
Du côté du gouvernement, le ministère du Développement social présente cette réforme comme une forme de réparation. La ministre Javiera Toro parle au Congrès d’une « dette historique » envers les Selk’nam, en rappelant la responsabilité de l’État dans les politiques qui ont nié l’existence du peuple et invisibilisé ses descendantes et descendants. À l’occasion des 30 ans de la loi 19.253, la CONADI choisit d’ailleurs de mettre en avant cette reconnaissance comme un moment « doublement historique » : anniversaire de la loi indigène, et entrée des Selk’nam dans la liste des peuples reconnus.
Ce geste institutionnel s’appuie sur un long travail mené par les familles selk’nam. À Porvenir, la communauté indigène Covadonga Ona, composée de descendantes et descendants selk’nam en territoire chilien, crée la Corporación del Pueblo Selk'nam en Chile pour représenter le peuple sur les plans juridique et politique. Son mandat : défendre les droits collectifs, accompagner les démarches législatives et porter la voix des familles dans les espaces de négociation avec l’État.
Dès 2019, la corporación présente un projet visant précisément à faire reconnaître les Selk’nam dans la loi indigène 19.253, avec l’appui de juristes autochtones comme Ariel León Bacián. En parallèle, d’autres collectifs – comme la communauté Telkacher ou la Fundación Hach Saye – mènent un travail de terrain : ateliers de langue, recherches familiales, réappropriation des récits sur le génocide et les déplacements forcés.
Une étude récente, réalisée en collaboration avec la Fundación Hach Saye et l’Université du Chili, montre comment ces familles mobilisent les outils du droit, de l’art et de l’ethnographie pour faire émerger de « nouvelles formes de lutte ». La reconnaissance légale devient un levier pour interroger l’accès aux territoires ancestraux, la restitution de toponymes originaires en Terre de Feu et la manière dont l’histoire selk’nam est enseignée dans les écoles.
Paroles selk’nam : entre joie, prudence et mémoire
Dans les médias autochtones et alliés, la reconnaissance de 2023 est souvent décrite comme « historique », mais jamais comme un point final. Servindi résume la portée de la loi en rappelant que les Selk’nam deviennent le onzième peuple autochtone reconnu par l’État chilien, après des décennies de déni officiel. Cette visibilité nouvelle dialogue avec une histoire de violences : chasses aux primes, déplacements forcés, enfermement dans les missions et les estancias, qui ont marqué la Grande Île de Terre de Feu et l’archipel entier.
Dans un entretien diffusé par El Mostrador et repris par Karukinka, le jeune selk’nam Mauricio Astroza (Asamblea Telkacher) insiste sur la dimension symbolique de ce moment. Pour lui, la reconnaissance juridique ouvre des portes, mais l’enjeu est désormais de défendre une culture vivante, d’éviter l’appropriation des symboles selk’nam par des institutions qui ne travaillent pas avec les familles, et de corriger l’idée – encore présente dans certains manuels scolaires – que le peuple aurait « disparu ».
Lors d’une cérémonie officielle, la présidente de la communauté selk’nam Telkacher, Ana María Muñoz, parle de « sentiments partagés ». D’un côté, la joie d’être reconnue par l’État et par les autres peuples autochtones du Chili ; de l’autre, la mémoire des générations qui ont veillé sur des coutumes, des récits, des noms de lieux, dans un contexte d’invisibilisation. La loi change, mais le travail de réparation reste à construire, pas à pas, sur le terrain.
Après la reconnaissance : quels horizons ?
La loi 21.606 ne se réduit pas à ajouter un nom à une liste. En actualisant la terminologie de la loi 19.253 vers celle de « peuples indigènes », elle rapproche la norme chilienne des instruments internationaux comme la Convention 169 de l’OIT ou la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Ce vocabulaire ouvre la porte à une compréhension plus collective des droits : participation politique, liens au territoire, protection des langues et des savoirs.
Dans ce nouveau cadre, les organisations selk’nam revendiquent déjà des chantiers concrets. En Terre de Feu, des projets de cartographie originelle selk’nam, yagán et haush explorent comment nommer à nouveau les paysages, à partir des langues autochtones et des parcours historiques. Une œuvre lumineuse itinérante, « Obra lumínica por el reconocimiento y la reparación del pueblo selknam », fait circuler ces questions de mémoire et de justice à Porvenir et dans d’autres villes du sud, en liant art contemporain, archives et paroles de famille.
Pour les Selk’nam, la reconnaissance de 2023 marque donc un changement d’échelle : d’un peuple longtemps présenté comme « disparu » dans les discours officiels, à un peuple vivant, porteur de droits, de connaissances et de futurs possibles sur sa propre terre. Pour l’État chilien, elle ouvre l’obligation de penser des politiques publiques en dialogue avec ces communautés, et non plus à leur place.
La loi 26.639, promulguée en 2010, a établi en Argentine le Régime des Budgets Minimums pour la Préservation des Glaciers et de l'Environnement Périglaciaire, intégrant au niveau légal l'idée que les glaciers sont des réserves stratégiques d'eau douce et des biens à caractère public. À partir de 2025–2026, le gouvernement national a impulsé un projet de modification intégrale de cette norme (Dossier 0161-PE-2025), qui a obtenu une demi-sanction au Sénat et l'approbation de la Chambre des Députés, générant une forte conflictualité politique et sociale.
Observation du glacier Fouqué dans les canaux de Patagonie (Chili), voilier Milagro, association Karukinka, 2025
Cet article présente le contenu central de la loi en vigueur, les principales modifications adoptées, le rôle des provinces, ainsi que les mobilisations sociales et les interventions des peuples autochtones – notamment la juriste selk’nam Antonela Guevara – qui dénoncent les impacts potentiels de cette réforme (risques pour l’eau, les écosystèmes et les droits territoriaux).
Table des matières
La Loi 26.639 (2010) : contenu et portée
Objet et principes
L’article 1 de la Ley 26.639 fixe comme objectif d’établir des budgets minimaux de protection des glaciers et de l’environnement périglaciaire, en les reconnaissant comme réserves stratégiques de ressources hydriques pour la consommation humaine, l’agriculture, la recharge des bassins, la protection de la biodiversité, la recherche scientifique et le tourisme. Les glaciers y sont explicitement déclarés biens de caractère public.
La Bibliothèque du Congrès souligne que cette loi s’inscrit dans le cadre de l’article 41 de la Constitution nationale (droit à un environnement sain, budgets minimaux nationaux) et de la Loi générale de l’environnement 25.675, qui consacre les principes de prévention, de précaution et de non‑régression.
Définitions : glacier et environnement périglaciaire
L’article 2 définit le glacier comme toute masse de glace pérenne, stable ou en écoulement lent, formée par recristallisation de la neige, quelle que soit sa forme, sa dimension ou son état de conservation ; y sont inclus les matériaux détritiques rocheux et les cours d’eau internes ou superficiels.
L’environnement périglaciaire est défini, en haute montagne, comme la zone de sols gelés qui agit comme régulateur hydrique, et en moyenne et basse montagne comme la zone à sols saturés en glace qui joue le même rôle de régulation. Ces définitions très larges étendent le champ de protection à des formes de glace et de sols gelés qui dépassent les seuls grands glaciers visibles.
Inventaire national des glaciers argentins (ING)
Les articles 3 et 4 créent l’Inventaire national des glaciers, confié à l’Institut argentin de nivologie, glaciologie et sciences de l’environnement (IANIGLA‑CONICET), chargé d’identifier tous les glaciers et géoformes périglaciaires agissant comme réserves hydriques, avec la localisation, la surface, la typologie et les variables nécessaires à leur protection et à leur suivi.
Le Dossier législatif de la Bibliothèque du Congrès rappelle que le décret 207/2011 a précisé l’organisation de l’ING par grandes régions glaciologiques (Andes désertiques, centrales, patagoniennes nord et sud, Terre de Feu et îles de l’Atlantique Sud) et a fixé une mise à jour au moins tous les cinq ans.
Activités interdites
Parmi les dispositifs les plus importants, la loi interdit certaines activités dans les glaciers et l’environnement périglaciaire, notamment :
l’exploration et l’exploitation minière et hydrocarbure ;
l’implantation d’industries ;
la construction d’ouvrages ou d’infrastructures pouvant altérer la dynamique naturelle de la glace ou la qualité de l’eau (sauf pour la recherche scientifique) ;
le stockage ou la manipulation de substances contaminantes ou dangereuses.
Toute activité susceptible d’affecter significativement ces milieux doit être soumise à une évaluation d’impact environnemental préalable, conformément à la Loi générale de l’environnement.
Le projet de réforme 2025–2026 : objectifs et modifications centrales
Contexte politique et objectifs affichés
En décembre 2025, le pouvoir exécutif national a déposé au Sénat l’Expediente 0161‑PE‑2025, visant à modifier la Ley 26.639, en arguant la nécessité de corriger des « falencias interpretativas », de lever des incertitudes juridiques et de faciliter les investissements, notamment miniers. Selon une analyse d’Infobae, l’exécutif présente la réforme comme un moyen de renforcer le « fédéralisme environnemental » en donnant un plus grand rôle aux provinces dans la gestion de leurs ressources.
Le projet obtient 40 voix sur 72 au Sénat (40 pour, 31 contre, 1 abstention), avec l’appui d’une partie de l’Union civique radicale, de Pro et de sénateurs péronistes de provinces minières, avant d’être transmis à la Chambre des députés. À la Chambre basse, la réforme est finalement approuvée par 137 voix pour, 111 contre et 3 abstentions, puis envoyée à l’exécutif pour promulgation.
Redéfinition de l’inventaire : « qui agissent comme réserves »
Un des changements les plus significatifs concerne l’article 3 de la loi, relatif à l’Inventaire national des glaciers. Le nouveau texte, tel que décrit par le journal Ámbito, stipule désormais que l’ING recensera les glaciers et zones périglaciaires qui « agissent comme réserves stratégiques de ressources hydriques », au lieu de ceux qui « remplissent les fonctions » de réserve.
Cette substitution semble mineure sur le plan lexical, mais le Dossier de la Bibliothèque du Congrès souligne qu’elle participe d’une re‑définition de l’étendue des espaces protégés, en conditionnant la protection à la démonstration d’une fonction hydrique effective et non à la simple présence de glace pérenne. Les autorités provinciales sont appelées à jouer un rôle central dans cette évaluation.
Principe de précaution et possibilité d’exclusion ultérieure
La réforme introduit un article 3 bis, qui précise, selon le texte analysé par Ámbito, que :
tous les glaciers et zones périglaciaires inscrits dans l’inventaire seront considérés comme faisant partie de l’objet protégé jusqu’à ce que l’autorité compétente vérifie l’inexistence des fonctions hydriques définies à l’article 1 ;
plus loin, il est stipulé que lorsqu’il sera constaté, sur base d’études technico‑scientifiques, qu’un glacier ou une zone périglaciaire « ne remplit pas les fonctions prévues », il pourra être considéré comme exclu de l’objet protégé.
On passe ainsi d’une présomption large de protection (toute masse de glace pérenne dans un environnement périglaciaire) à une logique où l’Inventaire devient filtrant, avec la possibilité de déclasser des unités glaciaires au vu d’analyses ponctuelles.[2][3]
Terminologie : du « milieu périglaciaire » aux « geoformes périglaciaires »
Plusieurs modifications terminologiques remplacent l’expression « environnement périglaciaire » par « geoformas periglaciares » dans les articles relatifs à l’inventaire et aux compétences des autorités. Pour les critiques, cette substitution sémantique tend à fragmenter l’objet de protection (du milieu en tant que système vers des formes isolées), ce qui pourrait réduire la portée territoriale de la loi.
Compétences provinciales et rôle de l’IANIGLA
La réforme renforce la mention des autorités provinciales comme « autorités compétentes », chargées d’identifier, sur la base d’éléments technico‑scientifiques, quels glaciers et zones périglaciaires situés sur leur territoire remplissent certaines fonctions hydriques. Là où la version antérieure parlait de « partager » l’information avec l’IANIGLA, la nouvelle rédaction remplace par « notifier » l’institut des corps de glace recensés.
Le Dossier de la Bibliothèque du Congrès indique que ces changements sont au cœur du débat sur la non‑régression environnementale : la crainte est que des autorités provinciales soumises à de fortes pressions économiques puissent requalifier des espaces du point de vue de leurs fonctions hydriques, réduisant ainsi l’étendue du régime de protection.
Activités interdites et évaluations environnementales
L’article 6 (activités interdites) est également modifié. Le nouveau texte maintient le catalogue d’activités prohibées (activités altérant de manière « relevante » la condition naturelle ou les fonctions hydriques, destruction, déplacement, interférence sur l’avancée des glaces, etc.), mais précise désormais que la gravité de l’altération doit être appréciée « en los términos del artículo 27 de la Ley General del Ambiente 25.675 », renvoyant donc à la législation‑cadre environnementale.
Le texte confirme l’obligation de soumettre toute activité dans les glaciers et zones périglaciaires à des évaluations d’impact environnemental, en garantissant une instance de participation citoyenne conformément aux articles 19 à 21 de la Loi générale de l’environnement. Cependant, les opposants soutiennent que la réduction de l’aire protégée rend ces garanties moins effectives.
Mobilisations sociales et résistances territoriales
Mobilisations nationales : « La Ley de Glaciares no se toca »
La perspective de réforme de la Ley 26.639 a déclenché une vague de mobilisations à partir de fin 2025, culminant lors des débats au Sénat (février 2026) et à la Chambre des députés (avril 2026). Infobae et d’autres médias argentins relèvent des manifestations massives à Buenos Aires devant le Congrès, convoquées sous le slogan « La Ley de Glaciares no se toca », avec une marche aux flambeaux et un festival artistique jusqu’à minuit.
Les organisations environnementales et les assemblées citoyennes réunies pour cette journée affirment que les modifications proposées mettent en danger 7 millions de personnes et 36 bassins hydriques jugés vitaux pour diverses régions du pays, en ouvrant la porte à des activités extractives dans des zones aujourd’hui protégées. Les manifestants insistent sur le fait que la réforme « permet d’intervenir des zones que la loi actuelle protège » et qu’elle compromet l’accès à l’eau comme droit fondamental.
Mobilisations territoriales : le cas d’El Calafate
À El Calafate (province de Santa Cruz), au pied du glacier Perito Moreno, les mobilisations se succèdent : en février 2026, une nouvelle manifestation « en défense des glaciers » se tient en simultané avec le vote au Sénat, sous la consigne « La Ley de Glaciares No se Toca ». Selon le média local Ahora Calafate, il s’agit de la quatrième mobilisation de l’année 2026 dans la ville, avec une marche partant de la place Perito Moreno jusqu’à la résidence officielle de la gouverneure.
Les organisateurs soulignent que « l’eau et les glaciers ne se négocient pas » et annoncent la poursuite des actions en cas d’approbation de la réforme, reliant directement la protection des glaciers à la sécurité hydrique et au modèle de développement touristique régional.
Intervention des peuples autochtones et rôle d’Antonela Guevara
Une voix selk’nam dans le débat national
Dans ce contexte, la juriste Antonela Guevara, avocate de la communauté selk’nam et référente de la campagne plurinational environnementale, devient l’une des voix autochtones les plus visibles dans le débat sur la Ley de Glaciares. Dans une interview à Radio Provincia relayée par le média Tarde pero Seguro, elle affirme que la modification de la loi a été décidée « sans licence sociale et avec une audience publique qui a été une farce », la qualifiant d’« antiréglementaire » et « sans démocratie réelle ».
Guevara dénonce que plus de 100 000 personnes ayant participé au processus de consultation élargie ont été « réduites au silence » et que la discussion est présentée comme purement technique, alors qu’« on parle d’eau, du présent et du futur de la vie ». Elle rappelle que le peuple selk’nam occupe le territoire depuis plus de 10 000 ans et affirme que la réforme est intimement liée à des engagements pris par le gouvernement envers le FMI et des multinationales, plutôt qu’à l’intérêt des citoyens.
Glaciers, eau et génocide prolongé
Dans des interventions relayées sur les réseaux sociaux par des organisations argentines de peuples autochtones, Antonela Guevara décrit la modification de la loi comme un « nouveau génocide » qui menace non seulement les glaciers, mais aussi les humedales (zones humides) et les bassins hydriques dont dépendent les communautés autochtones. Elle établit un lien entre la réforme actuelle et des précédents locaux comme le projet de salmoniculture en Terre de Feu, en soulignant une même logique de décisions prises sans véritable consultation et de modifications de dernière minute.
En se présentant comme « femme indigène et membre d’un peuple qui a résisté pendant des siècles », elle insiste sur le fait que sa participation au débat national n’est pas motivée par une appartenance partisane, mais par la défense des générations futures, de l’eau et des territoires ancestraux.
Impacts potentiels dénoncés
Réduction des zones protégées et risque de régression environnementale
Les analyses de la Bibliothèque du Congrès et de médias économiques argentins convergent pour dire que la réforme « redéfinit l’ampleur des espaces protégés » en conditionnant la protection aux glaciers et zones périglaciaires qui démontrent une fonction hydrique effective. Cette approche est perçue par de nombreux juristes et environnementalistes comme potentiellement régressive, en contradiction avec le principe de non‑régression inscrit dans la doctrine environnementale argentine.
Concrètement, la crainte est que des glaciers de petite taille, des zones de glace enterrée ou des sols gelés jouant un rôle de stockage et de régulation de l’eau, mais difficiles à caractériser, puissent être exclus du régime spécifique, ouvrant la voie à des projets miniers, énergétiques ou d’infrastructures.
Pression minière et conflits socio‑environnementaux
Des articles de La Nación et d’Infobae rappellent que l’un des objectifs explicites de la réforme est de « habiliter des investissements miniers », en particulier dans le cuivre et le lithium, dans des zones jusqu’ici considérées comme protégées par la Ley 26.639. Les provinces andines à forte vocation extractive (San Juan, Catamarca, Jujuy, Mendoza, etc.) occupent une place centrale dans ce débat, certaines de leurs représentantes et représentants ayant voté en faveur de la réforme au Sénat.
Les organisations mobilisées dénoncent qu’en affaiblissant le périmètre des espaces protégés, la réforme risque d’intensifier les conflits socio‑environnementaux existants autour de grands projets miniers de haute montagne, en réduisant les instruments juridiques disponibles pour les communautés locales et les municipalités qui s’y opposent.
Menaces pour l’eau et les humedales
Les acteurs de la campagne « La Ley de Glaciares no se toca » insistent sur le fait que la discussion ne concerne pas uniquement la glace visible, mais l’ensemble du cycle de l’eau : nappes, humedales, bassins de captage et régulation saisonnière. En réduisant la protection aux glaciers et zones périglaciaires dont la fonction hydrique est démontrée, la réforme pourrait, selon eux, négliger des systèmes hydrologiques complexes dont la contribution n’est pas immédiatement quantifiable.
Antonela Guevara et d’autres porte‑parole autochtones soulignent que ces milieux sont intimement liés à la survie de leurs communautés et à leurs cosmologies, de sorte que leur altération équivaut à une nouvelle forme de violence territoriale et culturelle.
Bibliographie
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IANIGLA-CONICET. Inventario Nacional de Glaciares [en ligne]. Mendoza: IANIGLA, s. d. [consulté le 15 avril 2026]. Disponible à l’adresse: https://www.glaciaresargentinos.gob.ar/
CÁMARA DE DIPUTADOS DE LA NACIÓN ARGENTINA. Proyecto de modificación de la Ley 26.639: tratamiento parlamentario 2025–2026 [en ligne]. Buenos Aires: HCDN, 2026 [consulté le 15 avril 2026]. Disponible à l’adresse: https://www.hcdn.gob.ar/
SENADO DE LA NACIÓN ARGENTINA. Dictamen y votación del proyecto de reforma de la Ley de Glaciares [en ligne]. Buenos Aires: Senado de la Nación, 2026 [consulté le 15 avril 2026]. Disponible à l’adresse: https://www.senado.gob.ar/
TARDE PERO SEGURO. Antonela Guevara: “La modificación de la Ley de Glaciares se hizo sin licencia social” [en ligne]. Argentine, 8 avril 2026 [consulté le 15 avril 2026]. Disponible à l’adresse: https://tardeperoseguro.com.ar/?p=52515
ORIGINARIOS.AR. Antonela Guevara: intervenciones sobre la reforma de la Ley de Glaciares [en ligne]. Argentine, s. d. [consulté le 15 avril 2026]. Disponible à l’adresse: https://originarios.ar/
Le 25 novembre marque, en Terre de Feu argentine, la commémoration du génocide selknam, dont le processus d’extermination a débuté à la fin du XIXe siècle lors du massacre de San Sebastián. Cette date, désormais reconnue par la loi provinciale comme journée de mémoire et de réparation, souligne à la fois l’étendue de la violence coloniale, la complexité du processus mémoriel et la continuité des communautés selk’nam contemporaines, aujourd’hui engagées dans la récupération culturelle et la revendication de leurs droits.
Les Selk’nam étaient des chasseurs-cueilleurs semi-nomades de la grande île de la Terre de Feu. Leur société, fondée sur les haruwen (territoires familiaux collectifs), ne reposait pas sur des chefs permanents, mais sur des rôles de leadership tournants. Leur culture était structurée par des rites tels que le Hain, essentiels à la transmission intergénérationnelle. Les premiers contacts européens remontent à l’expédition de Magellan en 1520, qui observe les feux faits sur les rives par les Selk’nam et baptise ainsi la Terre de Feu.
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Les prémices du génocide
Colonisation, orpailleurs et estancieros
Dès la deuxième moitié du XIXème siècle, la ruée vers l’or attira des aventuriers et industriels en Terre de Feu (Tierra del Fuego). Des figures comme Julius Popper menèrent des expéditions violentes contre les Selk’nam, lesquels commencèrent à perdre leurs terres de chasse et de cérémonie au profit des éleveurs ovins. Privés de guanacos, chassés pour éviter la concurrence avec les moutons, les Selk’nam furent poussés à la prédation animale et au conflit ouvert, justifiant pour les colons une politique systématique d’extermination.
Le massacre de San Sebastián (25 novembre 1886)
Le 25 novembre 1886, sur ordre de l’Exécutif national argentin, l’officier Ramón Lista débarque en baie de San Sebastián avec ses hommes, tombe sur un groupe de familles selk’nam et ordonne d’ouvrir le feu après une tentative d’arrestation infructueuse. 28 personnes sont tuées, dont des femmes et des enfants. Cet événement est considéré comme le début du génocide planifié.
Processus d’extermination et survivances
À partir de 1894, les haruwen sont définitivement occupés : les territoires collectifs sont segmentés par les estancieros. Les survivants sont dispersés, concentrés ou déportés. Les missions religieuses, en particulier celles de La Candelaria (Rio Grande, Terre de Feu) et la Mision San Rafael (île Dawson), imposent une assimilation culturelle, participent aux mauvais traitements et contribuent à la perte linguistique.
La population selk’nam, officiellement estimée à 4000 personnes en 1870, chute à quelques centaines en 1900 puis à une centaine en 1930, jusqu'à une disparition officielle liée au décès d'Angela Loig dans les années 1970. Pourtant, les recensements de 2010 en Argentine enregistrent plus de 2700 personnes se reconnaissant comme Selk’nam, témoignage d’une résurgence identitaire portée notamment par la communauté Rafaela Ishton.
Mémoire, réparation et lois argentines
Longtemps marginalisée dans l’historiographie et les manuels scolaires, la mémoire selk’nam connaît depuis la fin du XXe siècle une revalorisation portée par des chercheurs internationaux et les mouvements autochtones. La reconnaissance officielle du 25 novembre (Loi provinciale 1389, 2021) concrétise ce processus de réparation mémorielle. Les cérémonies publiques à Río Grande, Tolhuin et Ushuaia, la mobilisation de la communauté Rafaela Ishton et l’engagement des institutions sont autant d’initiatives vers la justice historique et sociale.
La commémoration du génocide selk’nam dépasse la dénonciation, elle vise à soutenir la lutte d'un peuple pour la reconnaissance officielle, la préservation de leur patrimoine et la transmission de son histoire.
Commémorer le génocide selknam le 25 novembre en Terre de Feu argentine est un acte de justice historique, d’engagement politique et de reconnaissance communautaire. Ce processus, porté par les descendants des survivants, les institutions et la recherche, combat l’invisibilisation et vise la prise en compte de la mémoire collective et la réparation.
L'association Karukinka, par son approche éditoriale, ses actions et son partenariat avec des membres de cette communauté contribue activement à la valorisation et à la transmission du patrimoine selk’nam, pour une histoire réappropriée.
Bibliographie
Casali, Romina, Conquistando el fin del mundo. La misión La Candelaria y la salud de la población selk’nam, Tierra del Fuego 1895-1931, Prohistoria Ediciones, 2013.
Feierstein, Daniel, El genocidio como práctica social, Fondo de Cultura Económica, 2007.
Casali, Romina, De la extinción al genocidio selk’nam: sobre Historia e historias para una expiación intelectual. Tierra del Fuego, Argentina, A Contracorriente, 2017.
Pérez, Pilar, Historia y silencio: La Conquista del Desierto como genocidio no-narrado, 2011.
Guichón, Ricardo et al., Experiencia de trabajo conjunto entre investigadores y pueblos originarios. El caso de Patagonia Austral, Revista Argentina de Antropología Biológica, 17, 2015.
Riesco, Leonor, Lecciones y proyecciones del “Sumario sobre vejámenes”, 2022.
Le 21 octobre 1520, après un an de navigation depuis Séville, cinq navires espagnols commandés par le Portugais Fernand de Magellan s'engagent dans un passage qu'ils n'ont jamais emprunté : le détroit de Magellan. Trente-huit jours plus tard, ils débouchent dans un océan inconnu. Magellan appelle ce passage Estrecho de Todos los Santos, en référence à la fête religieuse du jour. Ce n'est qu'après sa mort aux Philippines que Charles Quint le rebaptise en l'honneur de son découvreur.
Les Selknam, qui vivent sur la rive sud de ce détroit depuis plus de dix mille ans, le nomment Hatitelen — une des transcriptions recueillies dans les archives et dans les travaux de reconstruction cartographique menés par l'association Karukinka depuis 2017. La forme Atelili est également attestée dans les sources ethnographiques
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1. Géographie
Le détroit s'étend sur environ 570 kilomètres, de la pointe Dungeness à l'est jusqu'aux îlots Evangelistas à l'ouest. Sa largeur varie entre 2 kilomètres à son resserrement le plus étroit, près de l'île Carlos III, et 32 kilomètres dans ses sections les plus ouvertes. Les profondeurs oscillent entre 28 mètres dans les hauts-fonds de l'île Magdalena et plus de 1 000 mètres au large de Cooper Key — un relief sous-marin taillé par des millions d'années d'activité tectonique et glaciaire.
La morphologie actuelle résulte d'une double dynamique. Les fractures du Crétacé tardif ont créé les couloirs initiaux ; les glaciers du Pléistocène les ont ensuite creusés et élargis, produisant ce labyrinthe de fjords et de chenaux qui complique encore aujourd'hui la navigation. Le détroit sépare à l'est le continent de la grande île de Terre de Feu ; à l'ouest, il s'effiloche dans l'archipel des canaux patagoniques.
2. Navigation : conditions et histoire
Les vents d'ouest persistants qui balaient le détroit peuvent dépasser 100 nœuds lors des williwaw — rafales catabatiques qui descendent des versants montagneux sans avertissement. Ce mot est d'origine kawésqar. Les températures varient entre −5 °C et 15 °C ; les précipitations et le brouillard réduisent régulièrement la visibilité à quelques encâblures.
Antonio Pigafetta, chroniqueur de l'expédition Magellan, décrit le passage comme long de 110 leguas, avec « des ports très sûrs, d'excellentes eaux, du bois, du poisson, des sardines, des moules et du céleri ». Ses relevés, aussi imprécis soient-ils, inaugurent deux siècles d'hydrographie progressive.
Carte du détroit par Antonio Pigafetta
En 1698–1701, l'expédition de Jacques Gouin de Beauchesne — mandatée par Louis XIV et armée par l'armateur malouin Noël Danycan de L'Épine — reprend la route du détroit pour le compte de la Compagnie Royale de la Mer du Sud. Le manuscrit de bord, longtemps gardé secret pour préserver les projets de colonisation française, constitue l'une des sources les plus précises de la géographie magellanique à cette époque.
Carte du détroit de Magellan (1699) établie sur les observations de l'expédition française de Beauchesne
Avant l'ouverture du canal de Panama en 1914, le détroit de Magellan devint rapidement la principale route maritime reliant l'Europe aux côtes pacifiques des Amériques.
Depuis 1978, tout navire commercial est tenu d'embarquer un pilote chilien à la baie Posesión à l'entrée est. Cette obligation, imposée par la DIRECTEMAR, répond à la double exigence de sécurité maritime et de protection environnementale.
3. Les premiers habitants du détroit
Bien avant 1520, trois peuples partageaient les rives et les eaux du détroit, chacun avec une relation différente à ce territoire.
Photographies des archives salésiennes : un homme selknam assis avec son arc, et une femme kawésqar avec son fils
Les Kawésqar étaient des nomades des canaux. Depuis environ 6 000 ans, ils parcouraient en canoës d'écorce le corridor entre le golfe de Penas et le détroit de Magellan, depuis l'île Wellington jusqu'à l'île Désolation. Pêcheurs et chasseurs de mammifères marins, ils organisaient leur société en petits groupes familiaux mobiles. Kawésqar signifie « être humain » dans leur langue. Reconnus par la loi indigène chilienne 19.253 depuis 1993, ils comptent aujourd'hui 3 448 personnes selon le recensement de 2017.
Les Aónikenk (branche australe des Tehuelche) occupaient les steppes continentales entre le río Santa Cruz et le détroit. Chasseurs-cueilleurs à pied, ils furent les premiers autochtones rencontrés par Magellan en 1520. Pigafetta, impressionné par leur stature — supérieure d'une tête aux Européens de l'époque —, forja le terme Patagón en référence au géant Pathoagon d'un roman de chevalerie, donnant ainsi son nom à la Patagonie tout entière.
Les Selknam habitaient la grande île de Terre de Feu, qu'ils avaient rejointe à pied avant la fin de la dernière glaciation, lorsque le détroit était encore fermé par les glaces. Leur société complexe, structurée en lignages (haruwen) et en sept « cielos » exogamiques, a produit l'une des cérémonies d'initiation les plus élaborées de l'hémisphère sud : le Hain. Les chamanes (xo'on) entraient en transe par le chant pour accéder aux puissances des cielos. Reconnus par l'Argentine en 1994 et par le Chili en 2023 (loi 21.606), les Selknam comptent 2 761 personnes en Argentine et 1 144 au Chili selon les derniers recensements.
Tanu, l'une des divinités représentées durant le Hain, rituel initatique des jeunes hommes selknam (photographie de Martin Gusinde)
L'arrivée des estancias ovines à partir des années 1870 déclencha une extermination systématique de ces populations, documentée par des primes versées pour les oreilles d'autochtones tués. La population selknam, estimée à plus de 3 000 personnes en 1896 par l'ethnologue Martín Gusinde, tomba à 279 en 1919. Des groupes furent capturés et exhibés dans les zoos humains européens entre 1878 et 1900. Les chiffres officiels sous-estiment structurellement la présence autochtone de cette période, le métissage et la dissimulation d'identité ayant été des stratégies de survie.
Malgré les tentatives d'extermination, ces peuples ne sont pas totalement éteints. Une renaissance culturelle et politique remarquable s'observe depuis les dernières décennies : L'Argentine reconnut officiellement les Selknam en 1994, tandis que le Chili les reconnut en 2023 par la loi 21.606. Le recensement argentin de 2010 révèle l'existence de 2,761 personnes s'identifiant comme Selknam, dont plus de 294 vivent en Terre de Feu. Au Chili, 1,144 personnes se déclarent Selknam selon le recensement de 2017. Les Kawésqar sont reconnus par la loi indígena 19.253 depuis 1993 et s'organisent en 14 Communautés Indigènes. Selon le recensement chilien de 2017, 3,448 personnes se déclarent Kawésqar.
4. Biodiversité
Les eaux froides et nutriment-riches du détroit soutiennent une faune marine dense. L'île Magdalena, à 32 km au nord-est de Punta Arenas, héberge une colonie d'environ 50 000 couples reproducteurs de manchots de Magellan (Spheniscus magellanicus), la plus importante du détroit. Ces manchots — nommés en l'honneur de Magellan, qui les observa en 1520 — mesurent jusqu'à 76 cm.
Manchots de Magellan sur l'île Magdalena
Le parc marin Francisco Coloane, premier parc marin chilien, protège les eaux où les baleines à bosse hivernent régulièrement. Les lions de mer d'Amérique du Sud (Otaria flavescens) et les éléphants de mer du Sud colonisent les îles rocheuses. Les cormorans impériaux, albatros à sourcils noirs, pétrels géants et condors des Andes survolent les deux rives.
Petite colonie d'otaries à fourrure (Otaria flavescens) en Patagonie chilienne
Sur terre, les forêts de Nothofagus — coigüe de Magellan (N. betuloides), lenga (N. pumilio), ñirre (N. antarctica) — occupent les versants abrités, anémomorphosées par les vents dominants dans les zones exposées. Entre les arbres, des tapis de bryophytes forment les forêts miniatures caractéristiques des écosystèmes subantarctiques, directement reliées à la biodiversité de la réserve de biosphère du cap Horn.
Un hêtre impacté par les vents de Patagonie, Estrecho de Magallanes, Chili
5. Le détroit aujourd'hui
Après l'ouverture du canal de Panama en 1914, le trafic commercial s'était largement détourné du détroit. Depuis 2023, la tendance s'est inversée. La sécheresse qui limite la capacité du canal de Panama, les tensions géopolitiques mondiales et l'inadaptation du canal aux navires de très grande taille ont relancé la route magellanique. L'Armada du Chili a enregistré une augmentation de 25% du trafic en 2024 par rapport à l'année précédente, avec une projection de 70% de hausse pour l'ensemble de l'année.
Vue sur la ville de Punta Arenas, une escale pour le transit maritime international (Province de Magallanes, Chili, Amérique du Sud)
La route par le détroit est 390 milles nautiques plus longue que celle par le canal de Panama, mais elle présente l'avantage d'être accessible aux navires de toutes tailles, sans écluse et sans limitation de tirant d'eau.
La région de Magallanes développe par ailleurs un projet d'hydrogène vert appuyé sur le potentiel éolien exceptionnel du détroit. Les vents constants pourraient théoriquement générer sept fois la capacité électrique actuelle du Chili. Cet axe de développement, encore controversé dans ses modalités, transformerait le détroit en corridor énergétique à l'échelle mondiale.
Bibliographie sélective:
Bibliographie sélective
Pigafetta A. (1522). Relation du premier voyage autour du monde. Édition critique : Dentrecasteaux, 1830.
Gouin de Beauchesne J. (1701). Relation journalière d'un voyage fait en 1698, 1699, 1700 et 1701. Manuscrit. Service historique de la Défense, Vincennes. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Gusinde M. (1931–1939). Die Feuerland-Indianer. 3 vol. Mödling bei Wien : Anthropos-Bibliothek.
Museo Precolombino (2021). Cuaderno Educativo — Pueblos Originarios de Magallanes. Santiago : Museo Chileno de Arte Precolombino. https://museo.precolombino.cl/
DIRECTEMAR (2025). Generalidades del Estrecho de Magallanes. Dirección General del Territorio Marítimo y de Marina Mercante, Chile. https://www.directemar.cl/
Armada de Chile (2024). Statistiques de trafic maritime — Estrecho de Magallanes. https://www.armada.cl/
Elle avait 56 ans. Virginia Choquintel est décédée à Río Grande. Elle avait souffert du déracinement, de la solitude, de l’alcoolisme et de la contradiction d’être la descendante d’un père et d’une mère selk’nam tout en ignorant l’histoire et la culture de son peuple.
Le décès de Virginia Choquintel à Río Grande à l’âge de 56 ans marque la fin d’une vie marquée par le déracinement et la quête d’identité. Née en 1942, à une époque où la population Selk’nam était décimée par la violence et les maladies, Choquintel incarna la paradoxale condition d’être descendante d’un peuple autochtone qu’elle ne connaissait pourtant pas.
Elle ne gardait que quelques souvenirs flous de son père, durant son enfance à la Mission salésienne : « Tous les après-midis, il venait me chercher et m’emmenait faire des promenades à cheval », mais elle ne se souvenait pas « si nous parlions ». Sa mère succomba à une épidémie : « De ma mère, je me souviens à peine… elle est morte quand j’étais toute petite » (entretien avec l’auteur en mai 1994).
Son enfance s’est déroulée dans une mission salésienne, où ses liens culturels se sont affaiblis. Ses souvenirs de ses parents étaient fragmentaires, et l’histoire de son peuple lui était étrangère. Les informations sur les massacres d’indigènes, qu’elle n’apprit que tardivement, la plongèrent dans l’angoisse.
Après des années de travail comme employée domestique à Buenos Aires, une rencontre fortuite favorisa son retour à Río Grande en 1989. Là, elle commença à reconstruire son passé et à renouer avec ses racines. Son histoire attira l’attention d’étudiants et de chercheurs, bien qu’elle reconnaissait elle-même sa connaissance limitée de la culture Selk’nam.
« On me demande si je sais comment les Indiens faisaient du feu, je ne savais pas… eux me disaient que c’était avec des pierres, maintenant je le sais. Ils me posaient beaucoup de questions, au final ils en savaient plus que moi… »
Dans ses dernières années, Choquintel connut la reconnaissance tardive d’une société tentant d’atténuer sa culpabilité face au génocide. Cependant, ces hommages ne parvinrent pas à dissiper le sentiment de solitude et d’oubli qui l’accompagnait. Tourmentée par les contradictions, elle se sentit à la fois reconnue comme « la dernière Selk’nam » et profondément étrangère à son propre héritage. Sa vie fut un témoignage éloquent de l’impact dévastateur de la perte culturelle et de la difficulté à retrouver une identité arrachée.
Le Gouvernement de la Province a procédé ce lundi à Tolhuin à la remise des cinq premiers actes de naissance intégrant l'identité autochtone à des membres de la communauté (autochtone) des peuples de Terre de Feu, délivrés par le Registre Civil. Après cet événement historique pour la communauté, AIRE LIBRE FM a interrogé la vice-présidente de la Communauté Selk’nam Rafaela Ishton, Antonela Guevara, au sujet de cette avancée.
Guevara a déclaré : « Nous avons les six premiers actes de naissance reconnaissant l’appartenance autochtone. Principalement, nier ou omettre l’identité d’une personne dès l’acte de naissance est un acte grave, qui était une pratique du colonialisme. Donc, aujourd’hui, il faut le souligner, ce n’est pas l’État national qui le reconnaît, mais l’État provincial : en reconnaissant nos actes de naissance avec l’appartenance autochtone, il vient garantir les droits collectifs, tout ce que cela implique pour la cosmovision de notre communauté, la vie sur le territoire, vivre sur un territoire communautaire et non en propriété privée, le respect des coutumes ancestrales ; c’est donc bien plus qu’un simple acte administratif. »
« Justement, en sortant de cette cérémonie, ils m’ont dit, non maman, pour nous, comme me l’a dit Valentín, il m’a dit : je veux que tu saches maman que pour nous c’est important et écouter tout ce que tu as dit autour de la table nous apprend que nous devons maintenir vivante la mémoire de notre peuple. Je crois donc qu’ils sont nés dans la communauté, ils ont vécu de nombreuses années le conflit de la communauté, ils savent ce que signifie la lutte pour défendre nos droits et pour essayer de bien faire les choses, ils ont donc un engagement et une conscience de ce qu’ils font. C’est aussi important », a exprimé la vice-présidente de la Communauté Selk’nam Rafaela Ishton.
« C’est un fait historique, non seulement dans la province, mais aussi dans le pays. C’est la première fois que cela arrive, comme l’a exprimé le Secrétaire à la Justice, Gonzalo Carrillo, et grâce au fait qu’hier on a pu visibiliser d’une certaine manière ce qui se passait, beaucoup de familles de notre peuple se sont jointes, plusieurs autres démarches ont été entamées hier même et plus de 15 personnes rassemblent leurs documents pour faire la demande, et aussi avec la nouvelle que le peuple Yagán m’a contactée hier pour que je leur explique comment faire, donc sûrement, je ne sais pas si ce sera cette semaine, mais la prochaine il y aura des nouvelles concernant l’autre communauté de la province de Terre de Feu, le peuple Yagán, qui dispose d’une personnalité juridique et pourra également effectuer cette démarche. Parce que l’un des critères est de disposer de la personnalité juridique », a-t-elle assuré.