Cercophana frauenfeldii Felder, 1862 (Lepidoptera: Saturniidae) : taxonomie, écologie et présence dans l’extrême sud chilien

Cercophana frauenfeldii Felder, 1862 (Lepidoptera: Saturniidae) : taxonomie, écologie et présence dans l’extrême sud chilien

Une fois n'est pas coutume à bord du voilier Milagro et après Callisphyris leptopus Philippi : mi-avril 2026 avec Ben, Milena, Gabriel, Damien et Lauriane, en repartant d'un des bras de la Bahia Tres Brazos, une baie située au Nord-Ouest de l'île Gordon, nous avons reçu une nouvelle visite qui nous aura donné du fil à retordre : celle d'un adulte Cercophana Frauenfeldii mâle.

Nous ne vous cacherons pas que déterminer cette espèce ne s'est pas fait sans peine, amis et connaissances ayant tous été étonnés par nos photos. Nous avons donc recherché dans les bases données du GBIF et, surprise : nous avons la palme du spécimen observé le plus au sud à ce jour ! L’intégration de nos observations opportunistes dans des bases de données ouvertes comme celles d'iNaturalist.org permet donc de documenter là où il est difficile d'explorer.

Cercophana Frauenfeldii saturnidae cabo de hornos ile gordon
Photographié à bord du voilier Milagro, mi-avril 2026 au matin, lors d'une expédition dans les canaux de la réserve de biosphère du Cap Horn.

Coup de projecteur détaillé sur un visiteur nocturne peu commun dans les parages !

Introduction

Cercophana frauenfeldii Felder, 1862 est un grand Saturniidae néotropical endémique du Chili, aussi connu sous le nom vernaculaire anglais d’« Andean Moon Moth » en raison de son aire andine et de son allure de « sphinx lunaire ». Cette espèce attire un intérêt croissant en entomologie chilienne et sud‑américaine, tant pour sa biologie particulière que pour son association avec des forêts parfois menacées.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, C. frauenfeldii a été intégrée aux synthèses sur la faune chilienne de Saturniidae, notamment dans les travaux de révision de la famille et des genres Cercophana et Neocercophana. Des études récentes (2021) ont complété ces approches en décrivant les stades immatures (oeuf, larve, chenille, cocon...), la phénologie, la répartition de l'espèce et ses plantes hôtes.

Taxonomie, caractères morphologiques et stades de développement

1. Description originale et statut nomenclatural

L’espèce a été décrite par Felder en 1862 sous le nom de Cercophana frauenfeldii, sur la base de matériel provenant du Chili continental, ce qui en fait l’une des premières espèces de Saturniidae sud‑américains formellement décrites. Les catalogues modernes de la famille Saturniidae au Chili confirment ce statut, en retenant l’orthographe frauenfeldii (avec double « i ») comme valide et en la plaçant dans le genre Cercophana Felder, 1862.

Les révisions de la famille en Amérique du Sud reconnaissent Cercophana comme un petit genre andin restreint au Chili, regroupant C. frauenfeldii et quelques espèces proches dont Cercophana Venusta, distincts du genre voisin Neocercophana décrit plus tard pour des taxons apparentés. Les catalogues régionaux de Saturniidae d’Argentine mentionnent également cette espèce comme élément de la faune andine transfrontalière.

2. Caractères morphologiques généraux

Les travaux sur les Saturniidae chiliens décrivent Cercophana frauenfeldii comme un grand hétérocère nocturne, aux ailes largement développées, de coloration brun‑ocre à verdâtre avec des motifs plus clairs et des marques transparentes ou hyalines variables. Chez les adultes, le dimorphisme sexuel se traduit par des antennes fortement bipectinées chez le mâle, adaptées à la détection des phéromones, tandis que les femelles présentent souvent un abdomen plus volumineux lié à la production d’œufs.

Un article récent de la revue brésilienne d'entomologie consacré aux stades immatures décrit en détail l’œuf, les quatre stades larvaires, la nymphe et le cocon, offrant une base morphologique complète pour l’identification à tous les stades de développement.

3. Stades immatures et développement

L’étude détaillée des stades immatures de Cercophana frauenfeldii montre que le développement larvaire comprend quatre instars bien différenciés, s’étalant globalement de novembre à fin janvier dans la majeure partie de l’aire de répartition. Les chenilles se nourrissent sur des feuilles de leurs plantes hôtes, présentant une activité principalement nocturne et se dissimulant durant la journée parmi le feuillage.

La nymphose intervient dans un cocon soyeux dont la structure et l’emplacement peuvent varier selon les conditions de l'habitat, mais qui est généralement situé dans la litière ou sur des rameaux bas.

Répartition géographique au Chili

1. Gradient latitudinal et provinces biogéographiques

Les catalogues et synthèses chiliennes signalent Cercophana frauenfeldii depuis le centre du pays jusqu’aux régions tempérées humides du sud, en particulier dans les régions du Maule, du Biobío, de La Araucanía, des Lacs et d’Aysén. Une compilation récente de données de terrain et de collections naturalistes confirme que l’espèce suit un gradient andin‑côtier associé aux forêts tempérées.

Les données que nous avons pu consulter mettent en évidence deux grands ensembles phénologiques et biogéographiques : le groupe du nord où les adultes volent surtout de février à mi‑avril, et celui du sud (forêts tempérées pluviales) où la période de vol principale se déplace entre avril et juin (le cas de notre visiteur).

2. Extension australe et région de Magallanes

Les travaux portant spécifiquement sur la région de Magallanes soulignent que C. frauenfeldii atteint la partie méridionale du Chili continental, où elle demeure cependant plus localisée. Un article centré sur les plantes hôtes de cet hétérocère confirme la présence de populations dans des forêts tempérées à proximité de la limite sud de distribution des espèces arborées hôtes et principalement issues de trois familles : Gomortegaceae, Lauraceae et Winteraceae. Les plantes les plus représentées dans les études menées sont Cryptocarya alba, Beilschmiedia miersii et Gomortega keule et Persea americana, se développant toutes plus au nord que notre visiteur.

Si les mentions publiées se concentrent surtout sur des sites plus au nord que la province antarctique chilienne où nous explorons, les mentions dans la région de Magallanes rendent plausible la présence de l’espèce dans des archipels subantarctiques. Selon des observations faites en 2003 dans le Parque Omora (Puerto Williams), cet hétérocère utilise aussi le canelo ou poivrier de Magellan (Drimys winteri) en tant que plante hôte et celle-ci est omniprésente dans la province de Cabo de Hornos.

Les travaux les plus récents insistent sur la nécessité de mieux documenter la distribution fine, la variabilité phénotypique et la génétique des populations de Cercophana frauenfeldii du centre-nord à l'extrême sud du Chili..

Portée scientifique de cette donnée locale

Bien que cette donnée ne soit pas encore intégrée aux synthèses académiques chiliennes, elle est pleinement cohérente avec la distribution documentée jusqu’à Magallanes et avec la continuité des forêts natives. L’absence de données publiées spécifiques aux îles de la Réserve de Biosphère du cap Horn, comme Gordon ou Hoste, reflète donc davantage un déficit d’échantillonnage entomologique qu’une impossibilité biogéographique, compte tenu de la continuité des habitats forestiers.

La confirmation de ce Saturniidae dans la réserve de biosphère du Cap Horn enrichirait la liste de ceux présents dans l’extrême sud chilien et contribuerait à affiner les modèles de distribution des lépidoptères forestiers liés aux forêts tempérées andines. Elle renforcerait l’idée que ces archipels, longtemps considérés comme marginaux, constituent en réalité une extension australe fonctionnelle de la ceinture de forêts tempérées sud‑américaines.

A l'extrême sud de la Patagonie, des campagnes ciblées d’échantillonnage nocturne, associant piégeage lumineux et relevés de chenilles sur les plantes hôtes potentielles, permettraient de confirmer et de quantifier la présence de l’espèce sur l’île Gordon et les îles voisines. Des programmes de suivi naturaliste embarqués tels que ceux conduits à toute petite échelle par l'association Karukinka, peuvent jouer un rôle déterminant pour documenter ces présences et alimenter les bases de données entomologiques nationales et internationales.

Bibliographie

Callisphyris leptopus Philippi, visiteuse des tempêtes australes

Callisphyris leptopus Philippi, visiteuse des tempêtes australes

Au premier regard, cet insecte pourrait passer pour une guêpe élancée perdue loin de son nid. Pourtant, ce spécimen observé à bord du Milagro le 9 avril 2026 au nord-est de l'île Hoste, alors que le navire était au mouillage dans un site bordé de forêts et frappé par le mauvais temps, renvoie à un tout autre monde : celui des longicornes australs, encore très imparfaitement documentés.

Callisphyris leptopus philippi longicornes autrals cerambycidae forêts subantarctiques
Callisphyris leptopus philippi de visite à bord du voilier Milagro le 9 avril 2026 (Expédition Karukinka, Île Hoste, Réserve de biosphère du cap Horn, Chili)

Dans ce contexte, la rencontre prend une dimension scientifique réelle. Callisphyris leptopus Philippi, 1859 appartient aux Cerambycidae, les « longicornes », une famille de coléoptères dont de nombreuses espèces accomplissent une grande partie de leur développement dans le bois. Le cas de cette espèce est particulièrement intéressant parce que, malgré son allure spectaculaire, la documentation facilement accessible reste fragmentaire, dispersée entre notices taxonomiques, publications forestières et signalements ponctuels.

Une espèce des forêts australes

Les sources disponibles situent Callisphyris leptopus dans le sud de l’Amérique, avec une présence attestée au Chili et dans les forêts subantarctiques du sud-ouest de l’Argentine. Le manuel forestier de la FAO consacré aux insectes ravageurs des branches, pousses et plantules précise que l’espèce est signalée au Chili depuis la région du Maule jusqu’à Magallanes et l’Antarctique chilien (la région du cap Horn), ainsi qu’en Argentine dans les forêts subantarctiques.

Cette répartition n’est pas anodine. Elle associe l’insecte aux paysages de forêts tempérées froides dominés par les Nothofagus, un groupe d’arbres emblématique de la Patagonie subantarctique et andine. La page Titan-GBIF renvoie d’ailleurs explicitement à une section « Plantes », signe que la compréhension de l’espèce passe par ses liens étroits avec ses hôtes végétaux.

Des hôtes forestiers bien identifiés

La littérature forestière consultée associe Callisphyris leptopus à plusieurs espèces de Nothofagus, notamment le coihue, la lenga et le ñirre. Les larves se développent dans les branches ou jeunes tiges, où elles creusent des galeries dans des tissus ligneux encore relativement tendres.

L’article argentin consacré à un individu trouvé dans le sud d’Ushuaia apporte sur ce point un témoignage très concret. Les experts interrogés y décrivent l’insecte comme un « perforador o taladrador de madera », c’est-à-dire un foreur du bois, qui « por lo general hace túneles en maderas jóvenes y blandas » (qui en général fait des tunnels dans le bois jeune et souple) et qui serait habituellement lié au ñirre, sans exclure ici la lenga comme plante-hôte possible.

Taille, forme et mimétisme

L’adulte possède un corps allongé et une silhouette singulière, très différente de l’image ordinaire d’un coléoptère trapu. Selon la notice forestière, la femelle atteint environ 36 mm de longueur pour 8,5 mm de largeur, tandis que le mâle mesure environ 26 mm pour 6 mm de large. Ces dimensions correspondent à un insecte visible, sans être massif, dont les longues pattes accentuent encore l’impression de finesse.

Callisphyris leptopus philippi de visite à bord du voilier Milagro le 9 avril 2026 (Expédition Karukinka, Île Hoste, Réserve de biosphère du cap Horn, Chili)
Callisphyris leptopus philippi de visite à bord du voilier Milagro le 9 avril 2026 (Expédition Karukinka, Île Hoste, Réserve de biosphère du cap Horn, Chili)

Son apparence est l’un de ses traits les plus frappants. L’article publié en Argentine souligne que ce coléoptère cérambycide « trata de imitar al de las avispas » (essaie d'imiter l'apparence des guêpes), et explique que ce mimétisme sert à dissuader d’éventuels prédateurs comme les oiseaux ou de petits mammifères. La page Titan-GBIF renforce cette lecture jusque dans l’étymologie de l’espèce : leptopus dérive du grec leptos (« fin, mince ») et pous (« pied »), autrement dit « aux pattes fines ».

Un cycle de vie largement caché

Comme beaucoup de longicornes, Callisphyris leptopus passe l’essentiel de sa vie hors de la vue humaine. La phase larvaire se déroule à l’intérieur du bois, dans des galeries qui peuvent être longues et sinueuses. Le document de la FAO mentionne un cycle biologique d’environ quatre ans, les larves se développant dans les rameaux et les branches avant l’émergence des adultes au printemps.

L’article de Diario Prensa Libre complète cette vision avec des observations de terrain plus accessibles. Les experts y indiquent que l’insecte peut vivre « dos o tres años en el interior del árbol, haciendo galerías » (vivre deux ou trois ans dans l'arbre, faisant des galeries), avant d’en sortir pour se reproduire et mourir. Même si les durées exactes varient selon les sources, toutes convergent sur un point essentiel : l’adulte n’est qu’une apparition brève au terme d’une longue existence cachée dans l’arbre.

Un insecte inoffensif, mais précieux à observer

L’article argentin identifie le spécimen observé à Ushuaia comme une femelle adulte, reconnaissable notamment à l’absence des antennes divisées attribuées au mâle dans ce témoignage. Il mentionne aussi un détail remarquable : les pattes portent des poils « comme des petits pinceaux », sur lesquels peuvent adhérer des spores de champignons, déposées ensuite sur des surfaces rugueuses ou dans des cavités lors de la ponte.

Le même article insiste sur un point important pour le public : l’insecte ne pique pas et ne représente pas de danger pour l’être humain. Si un individu est rencontré, la meilleure conduite consiste simplement à le laisser poursuivre son chemin.

Pourquoi l’observation à bord du Milagro compte

Un insecte trouvé à bord d’un voilier ou d’un navire au mouillage pourrait sembler relever de l’anecdote. Dans le cas de Callisphyris leptopus, c’est au contraire une donnée qui mérite d’être conservée, décrite et replacée dans son contexte écologique. L’espèce reste peu présente dans la littérature de synthèse accessible, alors même qu’elle possède une morphologie distinctive, un cycle de vie long et un lien étroit avec des forêts australes déjà elles-mêmes difficiles à inventorier complètement.

Callisphyris leptopus philippi de visite à bord du voilier Milagro le 9 avril 2026 (Expédition Karukinka, Île Hoste, Réserve de biosphère du cap Horn, Chili)
Callisphyris leptopus philippi de visite à bord du voilier Milagro le 9 avril 2026 (Expédition Karukinka, Île Hoste, Réserve de biosphère du cap Horn, Chili)

Le contexte du signalement renforce encore son intérêt. Un spécimen arrivé à bord du Milagro pendant une tempête, dans un lieu bordé de forêts, suggère un déplacement favorisé par le vent ou par l’activité de vol d’un adulte à proximité immédiate de son habitat forestier. Sans transformer une observation isolée en preuve définitive, ce type de rencontre rappelle combien l’exploration naturaliste demeure essentielle dans les archipels, chenaux et lisières forestières australes, où de nombreuses données reposent encore sur des trouvailles fortuites plutôt que sur des séries d’observations suivies.

Dans les régions australes, où les conditions météorologiques compliquent souvent le travail de terrain, chaque observation bien datée, localisée et illustrée peut enrichir de manière significative la connaissance d’espèces encore mal suivies. Le passage de Callisphyris leptopus à bord du voilier Milagro n’est donc pas une curiosité de plus : c’est un rappel clair que l’exploration demeure une méthode de connaissance, parfois déclenchée par un simple battement d’ailes au cœur d’une tempête.

Bibliographie

Coicopihue ou Copihue ? Philesia magellanica vs Lapageria rosea : apprendre à les différencier dans la forêt chilienne

Coicopihue ou Copihue ? Philesia magellanica vs Lapageria rosea : apprendre à les différencier dans la forêt chilienne

Le copihue (Lapageria rosea) et le coicopihue (Philesia magellanica) sont deux espèces proches, toutes deux membres de la famille Philesiaceae et propre aux forêts tempérées et subantarctiques du Chili. Elles se ressemblent par leur fleur en forme de clochette rouge, mais quelques traits morphologiques, de croissance et de répartition permettent de les distinguer clairement en terrain :

1. Le port de la plante : grande liane contre petit buisson

Le copihue (Lapageria rosea) est une liane grimpante qui peut atteindre plus de 10 mètres de longueur, en s’enroulant autour des troncs et branches de NothofagusFitzroya et d’autres essences de la forêt chilienne. Ses tiges fines et souples donnent l’impression d’une plante montant dans le sous‑bois et la canopée basse, avec un feuillage vertical et aéré.

Lapageria rosea ou Copihue (Dominio público, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=39275

Le coicopihue (Philesia magellanica), en revanche, est surtout un petit arbuste rameux, de 1 à 3 mètres de haut, qui s’étale en buissons denses grâce à des stolons et de nombreuses tiges secondaires. Il grimpe peu, reste proche du sol et couvre souvent les pentes, rochers moussus ou lisières de Alerce comme une masse compacte de tiges serrées.

2. Feuilles et tiges : un feuillage large et brillant contre des feuillets étroits

Les feuilles du copihue sont alternes, longues (5–10 cm), larges et ovoïdes, avec 3 à 5 nervures parallèles très marquées qui donnent à la feuille un aspect presque « moulé ». Elles sont coriaces, brillantes et bien visibles le long des tiges qui s’enroulent, ce qui contribue à sa silhouette imposante dans la forêt.

Les feuilles du coicopihue sont en revanche plus petites, étroites, presque linéaires, rigides et terminées par une pointe fine. De couleur vert foncé, elles s’alignent serrées le long de tiges fines, ce qui donne à la plante une apparence compacte et touffue, plus discrète au sol qu’au-dessus des arbres.

Fleur de Copihue lapageria rosea philesiaceae
Fleur de Copihue photographiée par Inao Vásquez from Santiago, Chile - Copihue, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11944192
Fleur et feuillage de Coicopihue photographiés lors d'une expédition Karukinka (île Chair, Réserve de Biosphère du cap Horn, février 2025)

3. Fleurs et fruits : de grandes clochettes ouvertes contre des clochettes étroites

La fleur de copihue est une grande clochette pendante, de 5 à 10 cm, formée de six tépales épais, cireux, rouges ou roses, souvent striés de lignes blanches. Trois tépales extérieurs court sont plus courts, tandis que trois tépales internes plus longs s’incurvent vers l’extérieur, laissant la fleur s’ouvrir largement et découvrir son nectar abondant, ce qui en fait une ressource attractive pour les colibris.

La fleur de coicopihue est plus petite, courte clochette pendante de 5–6 cm, avec des pétales plus resserrés et qui s’ouvrent moins. Leur forme reste plus tubulaire et fermée, donnant une apparence plus compacte et moins déployée que celle du copihue, même si la couleur rouge‑rose reste proche.

Les deux produisent des baies rouges comestibles, mais celles du copihue sont plus grandes et plus fréquemment utilisées localement, alors que les baies du coicopihue restent modestes et peu abondantes.

4. Distribution et habitat : plus au nord contre plus au sud

Le copihue (Lapageria rosea) pousse surtout de Valparaíso jusqu’à la région de Los Ríos, dans les forêts toujours‑vertes humides le long des cours d’eau, de rivières ou de pentes ombragées, où le sol est riche et bien drainé. Il favorise les forêts de vallée ombragées, à basse altitude, où l’humidité et la protection contre le soleil direct favorisent la croissance de la liane.

Le coicopihue (Philesia magellanica) s’étend de los Ríos jusqu’aux canaux de la réserve de biosphère du cap Horn, incluant la cordillère des Andes (jusqu’à environ 1 000 m) et les hauteurs de Chiloé. Il tolère des sols plus lourds, parfois mal drainés ou même marécageux (type Ñadi, Hualve, tepuales), ce qui explique sa présence dans les zones humides, tourbières et lisières de forêts d’Alerce ou de Nothofagus subantarctique. Au sein de Karukinka, nous l'avons surtout observé sur l'île Chair, rampant sur les parois humides du mouillage nommé "Caleta Alukush" (du nom des canards vapeurs en yagan) et du coeur de cette petite île située entre l'île Gordon, les fjords de la cordillère Darwin (Terre de Feu) et l'île O'Brien.

coicopihue copihue philesia magellanica lapageria rosea chili
Association Karukinka, Chair Island, Fueguian channels of the Cape Horn Biosphere Reserve (2025)

5. Rôle culturel et manière de les reconnaître sur le terrain

Le copihue est la fleur nationale du Chili, déclarée symbole officiel en 1977, et occupe une place centrale dans la culture populaire, l’art, la musique et la symbolique mapuche, où il incarne notamment la joie, la solidarité et la résistance. On le rencontre souvent cité dans les récits patrimoniaux, sur les supports touristiques et les emblèmes régionaux, ce qui en fait une référence facilement reconnaissable.

Le coicopihue est perçu comme une sorte de « sœur discrète » du copihue, surtout présente dans les régions australes, insulaires (Chiloé) et de haute cordillère, où il fleurit dans des paysages plus exigeants et souvent nébuleux. En terrain, il se signale par sa taille plus petite, son port buissonnant, ses clochettes serrées et son environnement souvent marécageux ou subantarctique, tandis que le copihue se distingue par sa grosse liane grimpante, ses grandes fleurs ouvertes et son milieu de forêt de vallée plus au nord

Références bibliographiques

  1. Coronado, B. et al. (2025). Revisión de las especies Lapageria rosea y Philesia magellanica: bases para la propagación y conservación de la familia Philesiaceae en Chile. Universidad de Concepción, Facultad de Agronomía y Recursos Naturales, repositorio UdeC.
    Disponible en ligne : https://repositorio.udec.cl/items/8448e141-02f1-4623-bfc4-598237f6023c
  2. Fundación Claudio Gay / Fundación R.A. Philippi (2024). Ficha de Philesia magellanica J.E. Smith (coicopihue). Catálogo de la flora de Chile.
    Disponible en ligne : https://fundacionphilippi.cl/catalogo/philesia-magellanica/
  3. Chilebosque (s.d.). Philesia magellanica – Coicopihue. Base de données sur la flore des forêts du Chili.
    Disponible en ligne : http://www.chilebosque.cl/epiv/philesia_magellanica.html
  4. Chileflora (2023). Descripción e imágenes de Philesia magellanica (Coicopihue), una planta de la familia Philesiaceae.
    Disponible en ligne : http://www.chileflora.com/Florachilena/FloraSpanish/LowResPages/SH0762.htm
  5. GoChile (2023). Copihue or Chilean bellflower in Chile. GoChile, Chili nature & tourisme (synthèse de botanique et de répartition).
    Disponible en ligne : https://www.gochile.cl/en/flora-fauna/copihue-or-chilean-bellflower.htm
  6. Ladera Sur, Medios de comunicación especializados en naturaleza chilena (2025). El copihue: descubriendo los secretos de la flor nacional de Chile.
    Disponible en ligne : https://laderasur.com/articulo/el-copihue-descubriendo-los-secretos-de-la-flor-nacional-de-chile/
  7. Wikipedia (es) (2005). Lapageria rosea – Copihue.
    Disponible en ligne : https://es.wikipedia.org/wiki/Lapageria_rosea
  8. Wikipedia (es) (2008). Philesia – Philesia magellanica.
La Ley de Glaciares en Argentine (loi des glaciers) : contexte, réforme y résistances

La Ley de Glaciares en Argentine (loi des glaciers) : contexte, réforme y résistances

La loi 26.639, promulguée en 2010, a établi en Argentine le Régime des Budgets Minimums pour la Préservation des Glaciers et de l'Environnement Périglaciaire, intégrant au niveau légal l'idée que les glaciers sont des réserves stratégiques d'eau douce et des biens à caractère public. À partir de 2025–2026, le gouvernement national a impulsé un projet de modification intégrale de cette norme (Dossier 0161-PE-2025), qui a obtenu une demi-sanction au Sénat et l'approbation de la Chambre des Députés, générant une forte conflictualité politique et sociale.

ley de glaciares, glacier Fouqué observé depuis un voilier dans les canaux de Patagonie
Observation du glacier Fouqué dans les canaux de Patagonie (Chili), voilier Milagro, association Karukinka, 2025

Cet article présente le contenu central de la loi en vigueur, les principales modifications adoptées, le rôle des provinces, ainsi que les mobilisations sociales et les interventions des peuples autochtones – notamment la juriste selk’nam Antonela Guevara – qui dénoncent les impacts potentiels de cette réforme (risques pour l’eau, les écosystèmes et les droits territoriaux).

La Loi 26.639 (2010) : contenu et portée

Objet et principes

L’article 1 de la Ley 26.639 fixe comme objectif d’établir des budgets minimaux de protection des glaciers et de l’environnement périglaciaire, en les reconnaissant comme réserves stratégiques de ressources hydriques pour la consommation humaine, l’agriculture, la recharge des bassins, la protection de la biodiversité, la recherche scientifique et le tourisme. Les glaciers y sont explicitement déclarés biens de caractère public.

La Bibliothèque du Congrès souligne que cette loi s’inscrit dans le cadre de l’article 41 de la Constitution nationale (droit à un environnement sain, budgets minimaux nationaux) et de la Loi générale de l’environnement 25.675, qui consacre les principes de prévention, de précaution et de non‑régression.

Définitions : glacier et environnement périglaciaire

L’article 2 définit le glacier comme toute masse de glace pérenne, stable ou en écoulement lent, formée par recristallisation de la neige, quelle que soit sa forme, sa dimension ou son état de conservation ; y sont inclus les matériaux détritiques rocheux et les cours d’eau internes ou superficiels.

L’environnement périglaciaire est défini, en haute montagne, comme la zone de sols gelés qui agit comme régulateur hydrique, et en moyenne et basse montagne comme la zone à sols saturés en glace qui joue le même rôle de régulation. Ces définitions très larges étendent le champ de protection à des formes de glace et de sols gelés qui dépassent les seuls grands glaciers visibles.

Inventaire national des glaciers argentins (ING)

Les articles 3 et 4 créent l’Inventaire national des glaciers, confié à l’Institut argentin de nivologie, glaciologie et sciences de l’environnement (IANIGLA‑CONICET), chargé d’identifier tous les glaciers et géoformes périglaciaires agissant comme réserves hydriques, avec la localisation, la surface, la typologie et les variables nécessaires à leur protection et à leur suivi.

Le Dossier législatif de la Bibliothèque du Congrès rappelle que le décret 207/2011 a précisé l’organisation de l’ING par grandes régions glaciologiques (Andes désertiques, centrales, patagoniennes nord et sud, Terre de Feu et îles de l’Atlantique Sud) et a fixé une mise à jour au moins tous les cinq ans.

Activités interdites

Parmi les dispositifs les plus importants, la loi interdit certaines activités dans les glaciers et l’environnement périglaciaire, notamment :

  • l’exploration et l’exploitation minière et hydrocarbure ;
  • l’implantation d’industries ;
  • la construction d’ouvrages ou d’infrastructures pouvant altérer la dynamique naturelle de la glace ou la qualité de l’eau (sauf pour la recherche scientifique) ;
  • le stockage ou la manipulation de substances contaminantes ou dangereuses.

Toute activité susceptible d’affecter significativement ces milieux doit être soumise à une évaluation d’impact environnemental préalable, conformément à la Loi générale de l’environnement.

Le projet de réforme 2025–2026 : objectifs et modifications centrales

Contexte politique et objectifs affichés

En décembre 2025, le pouvoir exécutif national a déposé au Sénat l’Expediente 0161‑PE‑2025, visant à modifier la Ley 26.639, en arguant la nécessité de corriger des « falencias interpretativas », de lever des incertitudes juridiques et de faciliter les investissements, notamment miniers. Selon une analyse d’Infobae, l’exécutif présente la réforme comme un moyen de renforcer le « fédéralisme environnemental » en donnant un plus grand rôle aux provinces dans la gestion de leurs ressources.

Le projet obtient 40 voix sur 72 au Sénat (40 pour, 31 contre, 1 abstention), avec l’appui d’une partie de l’Union civique radicale, de Pro et de sénateurs péronistes de provinces minières, avant d’être transmis à la Chambre des députés. À la Chambre basse, la réforme est finalement approuvée par 137 voix pour, 111 contre et 3 abstentions, puis envoyée à l’exécutif pour promulgation.

Redéfinition de l’inventaire : « qui agissent comme réserves »

Un des changements les plus significatifs concerne l’article 3 de la loi, relatif à l’Inventaire national des glaciers. Le nouveau texte, tel que décrit par le journal Ámbito, stipule désormais que l’ING recensera les glaciers et zones périglaciaires qui « agissent comme réserves stratégiques de ressources hydriques », au lieu de ceux qui « remplissent les fonctions » de réserve.

Cette substitution semble mineure sur le plan lexical, mais le Dossier de la Bibliothèque du Congrès souligne qu’elle participe d’une re‑définition de l’étendue des espaces protégés, en conditionnant la protection à la démonstration d’une fonction hydrique effective et non à la simple présence de glace pérenne. Les autorités provinciales sont appelées à jouer un rôle central dans cette évaluation.

Principe de précaution et possibilité d’exclusion ultérieure

La réforme introduit un article 3 bis, qui précise, selon le texte analysé par Ámbito, que :

  • tous les glaciers et zones périglaciaires inscrits dans l’inventaire seront considérés comme faisant partie de l’objet protégé jusqu’à ce que l’autorité compétente vérifie l’inexistence des fonctions hydriques définies à l’article 1 ;
  • plus loin, il est stipulé que lorsqu’il sera constaté, sur base d’études technico‑scientifiques, qu’un glacier ou une zone périglaciaire « ne remplit pas les fonctions prévues », il pourra être considéré comme exclu de l’objet protégé.

On passe ainsi d’une présomption large de protection (toute masse de glace pérenne dans un environnement périglaciaire) à une logique où l’Inventaire devient filtrant, avec la possibilité de déclasser des unités glaciaires au vu d’analyses ponctuelles.[2][3]

Terminologie : du « milieu périglaciaire » aux « geoformes périglaciaires »

Plusieurs modifications terminologiques remplacent l’expression « environnement périglaciaire » par « geoformas periglaciares » dans les articles relatifs à l’inventaire et aux compétences des autorités. Pour les critiques, cette substitution sémantique tend à fragmenter l’objet de protection (du milieu en tant que système vers des formes isolées), ce qui pourrait réduire la portée territoriale de la loi.

Compétences provinciales et rôle de l’IANIGLA

La réforme renforce la mention des autorités provinciales comme « autorités compétentes », chargées d’identifier, sur la base d’éléments technico‑scientifiques, quels glaciers et zones périglaciaires situés sur leur territoire remplissent certaines fonctions hydriques. Là où la version antérieure parlait de « partager » l’information avec l’IANIGLA, la nouvelle rédaction remplace par « notifier » l’institut des corps de glace recensés.

Le Dossier de la Bibliothèque du Congrès indique que ces changements sont au cœur du débat sur la non‑régression environnementale : la crainte est que des autorités provinciales soumises à de fortes pressions économiques puissent requalifier des espaces du point de vue de leurs fonctions hydriques, réduisant ainsi l’étendue du régime de protection.

Activités interdites et évaluations environnementales

L’article 6 (activités interdites) est également modifié. Le nouveau texte maintient le catalogue d’activités prohibées (activités altérant de manière « relevante » la condition naturelle ou les fonctions hydriques, destruction, déplacement, interférence sur l’avancée des glaces, etc.), mais précise désormais que la gravité de l’altération doit être appréciée « en los términos del artículo 27 de la Ley General del Ambiente 25.675 », renvoyant donc à la législation‑cadre environnementale.

Le texte confirme l’obligation de soumettre toute activité dans les glaciers et zones périglaciaires à des évaluations d’impact environnemental, en garantissant une instance de participation citoyenne conformément aux articles 19 à 21 de la Loi générale de l’environnement. Cependant, les opposants soutiennent que la réduction de l’aire protégée rend ces garanties moins effectives.

Mobilisations sociales et résistances territoriales

Mobilisations nationales : « La Ley de Glaciares no se toca »

La perspective de réforme de la Ley 26.639 a déclenché une vague de mobilisations à partir de fin 2025, culminant lors des débats au Sénat (février 2026) et à la Chambre des députés (avril 2026). Infobae et d’autres médias argentins relèvent des manifestations massives à Buenos Aires devant le Congrès, convoquées sous le slogan « La Ley de Glaciares no se toca », avec une marche aux flambeaux et un festival artistique jusqu’à minuit.

Les organisations environnementales et les assemblées citoyennes réunies pour cette journée affirment que les modifications proposées mettent en danger 7 millions de personnes et 36 bassins hydriques jugés vitaux pour diverses régions du pays, en ouvrant la porte à des activités extractives dans des zones aujourd’hui protégées. Les manifestants insistent sur le fait que la réforme « permet d’intervenir des zones que la loi actuelle protège » et qu’elle compromet l’accès à l’eau comme droit fondamental.

Mobilisations territoriales : le cas d’El Calafate

À El Calafate (province de Santa Cruz), au pied du glacier Perito Moreno, les mobilisations se succèdent : en février 2026, une nouvelle manifestation « en défense des glaciers » se tient en simultané avec le vote au Sénat, sous la consigne « La Ley de Glaciares No se Toca ». Selon le média local Ahora Calafate, il s’agit de la quatrième mobilisation de l’année 2026 dans la ville, avec une marche partant de la place Perito Moreno jusqu’à la résidence officielle de la gouverneure.

Les organisateurs soulignent que « l’eau et les glaciers ne se négocient pas » et annoncent la poursuite des actions en cas d’approbation de la réforme, reliant directement la protection des glaciers à la sécurité hydrique et au modèle de développement touristique régional.

Intervention des peuples autochtones et rôle d’Antonela Guevara

Une voix selk’nam dans le débat national

Dans ce contexte, la juriste Antonela Guevara, avocate de la communauté selk’nam et référente de la campagne plurinational environnementale, devient l’une des voix autochtones les plus visibles dans le débat sur la Ley de Glaciares. Dans une interview à Radio Provincia relayée par le média Tarde pero Seguro, elle affirme que la modification de la loi a été décidée « sans licence sociale et avec une audience publique qui a été une farce », la qualifiant d’« antiréglementaire » et « sans démocratie réelle ».

Guevara dénonce que plus de 100 000 personnes ayant participé au processus de consultation élargie ont été « réduites au silence » et que la discussion est présentée comme purement technique, alors qu’« on parle d’eau, du présent et du futur de la vie ». Elle rappelle que le peuple selk’nam occupe le territoire depuis plus de 10 000 ans et affirme que la réforme est intimement liée à des engagements pris par le gouvernement envers le FMI et des multinationales, plutôt qu’à l’intérêt des citoyens.

Glaciers, eau et génocide prolongé

Dans des interventions relayées sur les réseaux sociaux par des organisations argentines de peuples autochtones, Antonela Guevara décrit la modification de la loi comme un « nouveau génocide » qui menace non seulement les glaciers, mais aussi les humedales (zones humides) et les bassins hydriques dont dépendent les communautés autochtones. Elle établit un lien entre la réforme actuelle et des précédents locaux comme le projet de salmoniculture en Terre de Feu, en soulignant une même logique de décisions prises sans véritable consultation et de modifications de dernière minute.

En se présentant comme « femme indigène et membre d’un peuple qui a résisté pendant des siècles », elle insiste sur le fait que sa participation au débat national n’est pas motivée par une appartenance partisane, mais par la défense des générations futures, de l’eau et des territoires ancestraux.

Impacts potentiels dénoncés

Réduction des zones protégées et risque de régression environnementale

Les analyses de la Bibliothèque du Congrès et de médias économiques argentins convergent pour dire que la réforme « redéfinit l’ampleur des espaces protégés » en conditionnant la protection aux glaciers et zones périglaciaires qui démontrent une fonction hydrique effective. Cette approche est perçue par de nombreux juristes et environnementalistes comme potentiellement régressive, en contradiction avec le principe de non‑régression inscrit dans la doctrine environnementale argentine.

Concrètement, la crainte est que des glaciers de petite taille, des zones de glace enterrée ou des sols gelés jouant un rôle de stockage et de régulation de l’eau, mais difficiles à caractériser, puissent être exclus du régime spécifique, ouvrant la voie à des projets miniers, énergétiques ou d’infrastructures.

Pression minière et conflits socio‑environnementaux

Des articles de La Nación et d’Infobae rappellent que l’un des objectifs explicites de la réforme est de « habiliter des investissements miniers », en particulier dans le cuivre et le lithium, dans des zones jusqu’ici considérées comme protégées par la Ley 26.639. Les provinces andines à forte vocation extractive (San Juan, Catamarca, Jujuy, Mendoza, etc.) occupent une place centrale dans ce débat, certaines de leurs représentantes et représentants ayant voté en faveur de la réforme au Sénat.

Les organisations mobilisées dénoncent qu’en affaiblissant le périmètre des espaces protégés, la réforme risque d’intensifier les conflits socio‑environnementaux existants autour de grands projets miniers de haute montagne, en réduisant les instruments juridiques disponibles pour les communautés locales et les municipalités qui s’y opposent.

Menaces pour l’eau et les humedales

Les acteurs de la campagne « La Ley de Glaciares no se toca » insistent sur le fait que la discussion ne concerne pas uniquement la glace visible, mais l’ensemble du cycle de l’eau : nappes, humedales, bassins de captage et régulation saisonnière. En réduisant la protection aux glaciers et zones périglaciaires dont la fonction hydrique est démontrée, la réforme pourrait, selon eux, négliger des systèmes hydrologiques complexes dont la contribution n’est pas immédiatement quantifiable.

Antonela Guevara et d’autres porte‑parole autochtones soulignent que ces milieux sont intimement liés à la survie de leurs communautés et à leurs cosmologies, de sorte que leur altération équivaut à une nouvelle forme de violence territoriale et culturelle.

Bibliographie

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INFOBAE. Qué establece la Ley de Glaciares y cómo son los cambios que propone la reforma [en ligne]. Buenos Aires: Infobae, 14 février 2026 [consulté le 15 avril 2026]. Disponible à l’adresse: https://www.infobae.com/america/medio-ambiente/2026/02/15/que-establece-la-ley-de-glaciares-y-como-son-los-cambios-que-propone-l...

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TARDE PERO SEGURO. Antonela Guevara: “La modificación de la Ley de Glaciares se hizo sin licencia social” [en ligne]. Argentine, 8 avril 2026 [consulté le 15 avril 2026]. Disponible à l’adresse: https://tardeperoseguro.com.ar/?p=52515

ORIGINARIOS.AR. Antonela Guevara: intervenciones sobre la reforma de la Ley de Glaciares [en ligne]. Argentine, s. d. [consulté le 15 avril 2026]. Disponible à l’adresse: https://originarios.ar/

Karukinka participera au Colloque international de Toponymie inclusive à Montpellier sous l’égide de l’UNESCO

Karukinka participera au Colloque international de Toponymie inclusive à Montpellier sous l’égide de l’UNESCO

Le 18 juin 2026, l’association Karukinka sera présente à Montpellier au Colloque international « Pour une approche interdisciplinaire de la toponymie », organisé par la Chaire UNESCO en toponymie inclusive de l’Université de Genève, avec l’Université Paul‑Valéry Montpellier et l’Université de Rouen. Mirtha Salamanca (Selk’nam), José German González Calderón (Yagan) et Lauriane Lemasson interviendront pour présenter leurs travaux conjoints sur la restitution et la valorisation des toponymes originaires de la Patagonie et de Terre de Feu.

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les organisateurs du colloque

Ce colloque international, qui se déroule les 18 et 19 juin 2026 à l’Université de Montpellier Paul‑Valéry, situe la toponymie inclusive au croisement des dimensions linguistiques, culturelles, sociales et politiques, et met en lumière le rôle des noms de lieux dans la reconnaissance des langues et des peuples minorisés. Dans ce cadre, Karukinka incarne un projet rare : une association à but non lucratif qui mène sur le terrain un travail de cartographie et de réhabilitation des toponymes autochtones, en lien direct avec des membres des peuples Selk’nam et Yagan.

Lauriane Lemasson, fondatrice de Karukinka et coordinatrice scientifique du programme de toponymie, y présentera la méthodologie de collecte et de transcription des noms de lieux issus de la mémoire orale et des archives, ainsi que les enjeux de décolonisation de l’espace patagonien. Mirtha Salamanca et José German González Calderón apporteront leur parole de membres de peuples originaires, en expliquant comment la restauration de ces toponymes contribue à la reconnaissance culturelle et à la transmission auprès des nouvelles générations.

En participant à cette rencontre co‑organisée par la Chaire UNESCO en toponymie inclusive, Karukinka s’inscrit dans une dynamique internationale de réflexion sur les politiques de nomination des lieux et sur la parité toponymique. Les travaux de l’association à Terre de Feu, qui combinent recherche académique, patrimoine culturel et action associative, serviront d’exemple de terrain concret pour penser une toponymie vraiment inclusive, au-delà des discours théoriques.

Cette intervention montre que, via l’exploration maritime, Karukinka investit aussi la géographie humaine et la mémoire des peuples autochtones, dans un cadre scientifique et institutionnel reconnu, porté par l’UNESCO.

Pour connaître le programme du colloque, nous vous invitons à consulter le site web dédié à cet évènement : https://toponymie.sciencesconf.org/