Il façonne l'os et l'écorce comme d'autres façonnent le bois d'un violon : avec la mémoire de gestes transmis depuis des générations, plus que par un simple savoir-faire technique. José German Gonzalez Calderon, patron de pêche, ancien président de la communauté yagán du Chili et membre d'honneur de notre association, ouvre exceptionnellement à la vente une série de pièces façonnées de ses mains : harpons en os de baleine et canoës en écorce de coihue cousue, selon les techniques ancestrales de navigation et de chasse du peuple yagán des canaux fuégiens.
Karukinka a le plaisir de présenter cette prévente, ouverte aux membres de l'association, aux passionnés de culture australe et aux musées souhaitant acquérir des pièces de collection.
José German Gonzalez Calderon, gardien d'un savoir-faire reconnu
Portrait de José German Gonzalez Calderon, artisan yagan, avec ses créations : trois harpons en os de baleine (photographie d'Omar Barroso)
José appartient à la dernière génération de navigateurs yagán ayant grandi de manière nomade et au contact direct des techniques traditionnelles de construction navale et de chasse maritime des canaux du cap Horn. Il est le parrain du voilier Milagro, plateforme d'expédition de l'association dans les canaux de Patagonie et jusqu'au cap Horn, et le lien vivant entre le programme scientifique de Karukinka et les savoirs embarqués de son peuple.
découpe de l'écorce de coihueet assemblage à bord de Milagro !Harpons yagan en os de baleine façonnés par José German Gonzalez Calderon
Son savoir-faire artisanal, l'assemblage cousu de pièces d'écorce de coihue pour la construction de canoës et le façonnage de l'os de baleine pour les harpons de chasse, est reconnu par l'UNESCO dans le cadre des travaux sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel des peuples autochtones australs. Cette reconnaissance atteste de la valeur patrimoniale de gestes que très peu de personnes savent encore reproduire aujourd'hui.
Des canoës de tailles variées, accompagnés de leurs pièces emblématiques
Chaque canoë proposé à la vente est unique : José les façonne en différentes tailles, selon les demandes et le temps de travail nécessaire à la fabrication. Aucune pièce n'est identique à une autre, ce qui confère à chaque canoë le statut d'objet de collection à part entière.
Chaque canoë est livré accompagné d'un ensemble de pièces emblématiques miniaturisées, reproduisant fidèlement les outils et objets du quotidien maritime yagán :
Une pagaie homme et une pagaie femme, aux formes distinctes selon l'usage traditionnel.
Un harpon miniature à pointe en os de baleine, reproduction fidèle des harpons de chasse.
Une griffe à oursins, outil traditionnel de cueillette marine.
Un panier en jonc tressé, utilisé pour la collecte et le transport des ressources.
Canoë en écorce avec les miniatures de pièces emblématiques fabriqués par José
Cet ensemble complet permet d'appréhender, à travers une seule pièce, la diversité des savoir-faire et des usages quotidiens de la navigation et de la subsistance yagán.
Des pièces exposées au Musée d'Art Précolombien de Santiago
Parmi les créations de José figurent des harpons et une pièce d'exception : un canoë d'une soixantaine de centimètres exposé au Musée Chilien d'Art Précolombien de Santiago en avril dernier et qui accompagne depuis fin mai l'équipage de Milagro entre Puerto Williams et la France.
Retour à bord du voilier Milagro pour le canoë, après son exposition à Santiago. Lauriane Lemasson et José German Gonzalez Calderon (c)Damien Treutenaere
L'équipe du musée a accepté de prêter cette œuvre à l'association pour qu'elle soit partagée au plus grand nombre durant plusieurs mois et lors de la présentation des travaux de l'association autour de la toponymie autochtone en juin dernier à Montpellier (Colloque international de toponymie inclusive co-organisé par la chaire de toponymie de l'UNESCO).
Cette collaboration illustre la reconnaissance institutionnelle dont bénéficient les créations de José, dont les pièces trouvent naturellement leur place dans les collections muséales consacrées aux cultures précolombiennes et australes.
Canoë yagan de José, exposé au Musée d'Arts précolombiens de Santiago (avril 2026)
Les pièces proposées
Harpons de chasse en os de baleine
Canoës en écorce cousue de coihue (tailles variées), accompagnés de leurs pièces emblématiques miniaturisées (pagaie homme, pagaie femme, harpon miniature, griffe à oursins, panier en jonc tressé)
Harpons de José exposés à Santiago, aux côtés de pièces de vannerie en jonc tressé réalisé par sa nièce Claudia
Une prévente au bénéfice intégral de l'artisan
Karukinka reverse l'intégralité des fonds issus de cette vente à José, sans aucune retenue au profit de l'association. Cette prévente vise ainsi à soutenir directement la transmission de son savoir-faire et la valorisation économique d'un patrimoine culturel immatériel unique.
À qui s'adresse cette prévente
La prévente est ouverte:
aux membres de l'association Karukinka, en priorité, dans une logique de proximité avec le projet et José.
aux passionnés de cultures australes et de navigation traditionnelle, souhaitant acquérir une pièce artisanale authentique.
aux musées et institutions culturelles désireux d'intégrer une pièce de collection représentative des savoirs maritimes yagán à leurs fonds.
Pour toute demande d'information ou de réservation, les personnes intéressées peuvent contacter l'association à contact@karukinka.eu ou par téléphone au +33 6 72 83 03 94 (préférer un premier contact via WhatsApp jusqu'au 5 septembre) ou au +33 2 40 56 31 95.
Dans les réserves du Missiemuseum de Steyl, une localité néerlandaise consacrée à l'histoire missionnaire, dormait depuis presque un siècle un ensemble de feuilles séchées, étiquetées en allemand et en espagnol d'une écriture serrée. L'herbier de Martin Gusinde avait été constitué entre 1918 et 1924, lors de quatre voyages dans l'extrémité australe du continent américain. Martin Gusinde était un ethnologue autrichien et missionnaire de la Société du Verbe Divin. Ses travaux botaniques étaient connus de quelques archivistes mais absents des bases de données scientifiques. Il vient d'être redécouvert, numérisé et publié par une équipe chilienne et néerlandaise dans la revue Ethnobotany and Economic Botany.
D'après Salazar, Caviedes, van Andel, van der Werf et Ibarra, « Rediscovering Martin Gusinde's Century-Old Herbarium: Botanical and Ethnobotanical Insights from Southern Patagonia », Ethnobotany and Economic Botany, 30 avril 2026 (DOI : 10.1007/s12231-026-09677-1).
Table des matières
Martin Gusinde, ethnologue et collecteur de plantes
Martin Gusinde (1886–1969) est surtout connu pour ses travaux sur les peuples Yagán, Kawésqar et Selk'nam, qui occupaient les rivages, les fjords et les steppes de la Grande Île de Terre de Feu (Karukinka en selk'nam, Onaisin en yagan) et du canal Beagle (Onashaga en yagan). Entre 1918 et 1924, il effectue quatre expéditions : il observe les cérémonies, photographie les visages peints, recueille des récits et des objets. La dimension botanique de son travail — la collecte de spécimens végétaux — est restée longtemps dans l'ombre de l'œuvre ethnographique.
Au moment où Gusinde récolte ces plantes, les peuples autochtones de Patagonie australe sont déjà profondément affaiblis par l'avancée coloniale, les épidémies et l'occupation des terres. Ce qu'il rapporte constitue donc des fragments d'un monde en train de se défaire. Les planches ont suivi des voies missionnaires jusqu'au Missiemuseum de Steyl, où elles ont été conservées sans toujours faire l'objet d'une étude systématique, jusqu'à leur prise en main récente par le Naturalis Biodiversity Center, l'université de Leyde et la Pontificia Universidad Católica de Chile.
Ce que contient l'herbier de Martin Gusinde
L'inventaire publié par Daniela Salazar, Julián Caviedes, Tinde van Andel, Nina van der Werf et José Tomás Ibarra donne une image précise de l'ensemble : 105 planches représentant 90 espèces, 71 genres et 43 familles. Environ 35% des spécimens sont des « unicates » — des planches sans duplicata connu dans aucun autre herbier du monde. Pour la botanique de la Patagonie australe, dont l'accessibilité reste limitée, ce chiffre signifie qu'une part substantielle du matériel collecté par Gusinde constitue une référence irremplaçable pour des espèces parfois difficiles à recollecter aujourd'hui.
Les familles représentées reflètent la flore particulière de la région : forêts froides dominées par les Nothofagus (hêtres austraux), tourbières à sphaignes, landes ventées, prairies de bordure marine. On y trouve des plantes ligneuses comme le coihue ou la lenga, des herbacées de tourbière, des fougères, des champignons consommés traditionnellement, et des espèces littorales utilisées par les peuples canoeros pour la construction des embarcations caractéristiques du canal Beagle.
Au-delà du décompte taxonomique, les chercheurs ont croisé les planches avec les notes de terrain de Gusinde — archivées à l'Anthropos Institute en Allemagne — et ses écrits ethnographiques publiés entre 1920 et 1989, ce qui permet de replacer chaque spécimen dans son contexte d'usage.
Soixante et onze usages documentés
Le travail le plus original de l'équipe consiste à reconstituer les savoirs associés aux plantes : 71 usages documentés portant sur 24 espèces, répartis en quatre domaines.
alimentaire regroupe les baies, racines, jeunes pousses et champignons consommés par les peuples autochtones — calafate (Berberis), chaura, certaines fougères et fruits forestiers. Pour des peuples dont la subsistance reposait largement sur la mer, la part végétale du régime a longtemps été sous-estimée ; les notes de Gusinde révèlent une connaissance fine des cycles saisonniers et des lieux de récolte.
médicinal réunit les plantes employées contre les infections cutanées, les douleurs digestives et les troubles respiratoires. Plusieurs espèces mentionnées font écho à des usages encore documentés dans le cône sud de l'Amérique, ce qui suggère des transmissions de savoirs ou des convergences entre peuples voisins.
technologique rassemble les espèces utilisées pour la fabrication d'outils, de paniers, de cordes, d'armes, et d'écorces pour la construction des canoës des peuples canoeros. Ces usages renseignent autant sur la flore que sur l'écologie matérielle : choix des bois, propriétés mécaniques recherchées, conditions de préparation.
cérémoniel, enfin, relie certaines plantes à des rites de passage et à des cosmologies. Le chamán yagán ou le xo'on selk'nam recourait à des végétaux précis lors des cérémonies d'initiation — notamment le rite du Hain documenté par Gusinde chez les Selk'nam. L'herbier conserve ainsi la trace tangible d'éléments rituels qui, sans lui, ne subsisteraient que sous forme textuelle ou photographique.
Ces 71 usages pour 24 espèces restent modestes au regard de ce qui n'a pas été consigné. Beaucoup de savoirs étaient inaccessibles à un observateur extérieur, ou avaient déjà disparu au moment des visites. L'herbier ne restitue pas un savoir intact, mais une coupe partielle d'un système de connaissances en transformation rapide.
Pourquoi rouvrir une vieille collection
Les herbiers anciens fournissent des références historiques sur la distribution des espèces que les inventaires modernes ne peuvent reconstituer. Pour la Patagonie australe, où la flore évolue sous l'effet du changement climatique, de l'expansion du castor d'Amérique du Nord et des changements d'usage des forêts, des observations datées du début du XX^e siècle offrent une base de comparaison précieuse.
Les collections constituées en lien avec un travail ethnographique conservent en outre une information qu'un échantillon strictement botanique perd. Connaître non seulement où une plante a été récoltée, mais à quoi elle servait, qui la nommait et comment, change le statut du spécimen : il devient un document biculturel, où données naturalistes et données culturelles sont indissociables.
Cette réouverture pose aussi la question des conditions dans lesquelles les collections ont été constituées et de leur retour vers les sociétés concernées. Les auteurs inscrivent leur travail dans une démarche de « justice historique » en recherche : faire en sorte que la circulation de l'information bénéficie aux descendants des peuples auprès desquels les collections ont été faites, et pas uniquement aux institutions qui les conservent.
Une numérisation ouverte
L'équipe a numérisé l'ensemble des planches et publié les données sur la plateforme GBIF (Global Biodiversity Information Facility). Chaque planche y est désormais accessible avec son image haute résolution, son identification taxonomique mise à jour, sa localisation approximative et, lorsque l'information existe, son usage documenté.
Cette mise en ligne change la portée de la collection. Un chercheur en écologie de la Patagonie, un membre d'une communauté Yagán souhaitant retrouver une plante mentionnée par les anciens, ou un enseignant préparant un cours sur la biodiversité australe, peuvent consulter le matériel sans se rendre à Steyl. Mais les auteurs soulignent que la numérisation ne suffit pas : elle doit s'accompagner d'un retour vers les communautés, d'une validation des noms vernaculaires et d'une réflexion sur l'usage approprié des informations sensibles — celles liées aux pratiques rituelles, notamment. Tout ne se met pas en ligne au même titre, et l'éthique d'une publication ouverte se construit avec les peuples concernés, non à leur place.
Ce que la Patagonie continue de nous dire
Pour la communauté Yagán, dont le nombre de locuteurs natifs s'est réduit à très peu de personnes au cours des dernières décennies, des éléments matériels comme ces planches peuvent participer aux efforts de transmission intergénérationnelle. Les 90 espèces identifiées offrent par ailleurs aux écologues un point de référence sur l'état de la flore au début du XXe siècle.
Enfin, pour les historiens des sciences, cette collection rappelle qu'une part significative du savoir botanique mondial est encore distribuée dans des dépôts secondaires — musées de mission, collèges religieux, institutions universitaires régionales — souvent mal indexés, parce que constitués par des amateurs, des missionnaires ou dans le cadre d'expéditions à finalité ethnographique. C'est précisément cette double inscription, botanique et ethnographique, qui leur confère aujourd'hui une valeur scientifique singulière.
Cent ans après son passage en Terre de Feu, Martin Gusinde livre, par l'intermédiaire de chercheurs qu'il n'a jamais rencontrés, une matière nouvelle : un herbier rendu lisible, des usages rattachés à des espèces précises, et une invitation à considérer les collections anciennes comme des outils pour la recherche, la conservation et le dialogue avec les peuples dont elles parlent.
Pour aller plus loin
Salazar, D., Caviedes, J., van Andel, T., van der Werf, N. & Ibarra, J. T. (2026). Rediscovering Martin Gusinde's Century-Old Herbarium: Botanical and Ethnobotanical Insights from Southern Patagonia. Ethnobotany and Economic Botany. DOI : 10.1007/s12231-026-09677-1
Ressources complémentaires
Gusinde, M. (1931–1939). Die Feuerland-Indianer (3 vol.). Anthropos Institute.
La poudre jaune que les habitants de Puerto Williams voient depuis toujours sur les troncs de lenga (Nothofagus pumilio) n'avait jamais reçu de nom scientifique : Candelariella magellanica. En janvier et février 2005, puis en janvier 2008, une équipe internationale de lichénologues a conduit le premier inventaire intensif de la flore lichénique de l'île Navarino dans la Réserve de biosphère du cap Horn. Résultat : 416 taxons recensés — et deux espèces proposées comme nouvelles pour la science.
Note éditoriale : Cet article s'appuie directement sur le PDF open access de la publication de référence : Etayo et al. (2021), Catalogue of lichens (and some related fungi) of Navarino Island, Cape Horn Biosphere Reserve, Chile, Anales del Instituto de la Patagonia, 49. DOI : 10.22352/AIP202149013. L'article est en accès libre sur le site du Cape Horn International Center.
Table des matières
Le premier inventaire intensif de Navarino
Navarino avait longtemps été le parent pauvre de la lichénologie subantarctique. Le Suédois Rolf Santesson avait effectué une première collecte en 1940 sur les côtes nord des îles Hoste et Navarino, mais ses échantillons n'avaient jamais été publiés de son vivant. En 1977, Redón et Quilhot listaient 56 espèces pour l'île. En 2008, Etayo et Sancho avaient porté ce chiffre à 113 en travaillant sur les champignons lichénicoles. Le catalogue de 2021 fait d'un seul coup passer ce total à 416 taxons, grâce à deux campagnes de terrain aux étés australs 2005 et 2008, couvrant 46 sites répartis dans l'ensemble des types d'habitats du nord et du nord-ouest de l'île — forêts sempervirentes, forêts décidues, landes magellaniennes, habitats alto-andins, côtes et lacs.
Cette richesse place l'île Navarino (2 514 km²) au-dessus des îles Malouines (plus de 12 000 km²) pour le nombre de taxons lichéniques recensés : les Malouines, dépourvues d'arbres natifs et soumises à un climat plus extrême, ne comptent qu'environ 353 espèces. La raison est structurelle : les forêts de hêtres (Nothofagus) de Navarino offrent une diversité de substrats — écorce, bois mort, souches, mousses, rochers, sols — et une humidité constante qui permet l'installation d'une communauté épiphyte exceptionnellement dense : un seul tronc peut accueillir plus d'une centaine d'espèces de lichens et de bryophytes.
Les sept habitats lichéniques de Navarino
L'étude a décrit sept grands types d'habitats où poussent les lichens sur l'île Navarino :
Ce gradient vertical et latéral fait de l'île Navarino un espace très propice pour étudier l'adaptation des lichens aux contraintes subantarctiques : vents permanents, cycles gel-dégel fréquents, précipitations de 500 à plus de 1 000 mm selon l'orientation des versants.
Candelariella magellanica : description de l'espèce nouvelle
Candelariella magellanica Etayo sp. nov. est un lichen corticole de couleur jaune soufré produisant des propagules poudreuses, appelées sorédies, au lieu de fructifications classiques. Il colonise l'écorce des vieux Nothofagus pumilio dans les forêts décidues de Navarino, à des altitudes allant de 86 à 560 mètres. La description formelle le distingue de l'espèce la plus proche, Candelariella xanthostigmoides, par des apothécies de plus grand diamètre et des spores souvent divisées en deux cellules.
À l'œil nu, C. magellanica se présente comme une fine couche de poudre jaune sur l'écorce, pratiquement invisible sans loupe. Elle est pourtant présente sur de nombreux troncs dans les forêts de N. pumilio de l'île, comme l'ont montré les observations sur les sentiers du Cerro Bandera, du Cerro Ukika et autour du lac Róbalo. C'est précisément cette discrétion visuelle qui explique pourquoi cette espèce, pourtant répandue localement, est restée inconnue de la science jusqu'en 2021.
Sclerococcum nothofagi : un champignon saprobique inédit
La seconde espèce nouvelle décrite dans le catalogue est un champignon saprobique — non un lichen mais un champignon associé aux lichens — baptisé Sclerococcum nothofagi Etayo sp. nov. Il croît sur l'écorce épaisse et ancienne des Nothofagus pumilio, en compagnie d'espèces lichéniques corticicoles. Ses spores muriformes (formant un réseau de cellules) le distinguent des espèces connues du genre. Son nom fait directement référence à son substrat exclusif : l'écorce des hêtres australs du genre Nothofagus.
À ces deux nouvelles espèces s'ajoute la signalisation pour la première fois en Amérique du Sud de Tremella haematommatis Diederich, un champignon lichénicole qui parasite Haematomma nothofagi — lui-même un lichen endémique des forêts de Nothofagus.
Le catalogue de 2021 a démontré que la Réserve de biosphère du cap Horn est non seulement un hotspot mondial de diversité des bryophytes — déjà établi par les travaux antérieurs de l'équipe du Parque Omora —, mais aussi un hotspot lichénique de premier ordre pour l'hémisphère sud. Les auteurs précisent que seule la moitié nord et nord-ouest de l'île a pu être couverte lors des deux campagnes ; la partie sud, logistiquement difficile d'accès, reste à inventorier et réserve probablement de nouvelles découvertes.
L'écotourisme avec loupe développé au Parc Omora permet aujourd'hui de guider les visiteurs vers ces minuscules tapis jaunes sur les lengas, en leur révélant qu'ils observent une espèce connue nulle part ailleurs sur Terre — une invitation à changer d'échelle de perception dans l'un des espaces les plus reculés de la planète.
Bibliographie
Etayo J., Sancho L.G., Gómez-Bolea A., Søchting U., Aguirre F. & Rozzi R. (2021). Catalogue of lichens (and some related fungi) of Navarino Island, Cape Horn Biosphere Reserve, Chile. Anales del Instituto de la Patagonia, 49. https://doi.org/10.22352/AIP202149013
Etayo J. & Sancho L.G. (2008). Lichenicolous fungi from the Southern Hemisphere. II. Some new species and records from South Shetland Islands, South Georgia Island and Tierra del Fuego. Nova Hedwigia, 86 : 135–172.
Goffinet B., Rozzi R., Massardo F., Buck W. & Leiva M. (2012). Miniature Forests of Cape Horn: Ecotourism with a Hand Lens. University of North Texas Press.
Redón J. & Quilhot W. (1977). Líquenes del archipiélago del Cabo de Hornos. Boletín del Museo Nacional de Historia Natural de Chile, 35 : 53–71.
Rozzi R. et al. (2008). Changing lenses to assess biodiversity: patterns of species richness in sub-Antarctic plants and implications for global conservation. Frontiers in Ecology and the Environment, 6(3) : 131–137.
Une fois n'est pas coutume à bord du voilier Milagro et après Callisphyris leptopus Philippi : mi-avril 2026 avec Ben, Milena, Gabriel, Damien et Lauriane, en repartant d'un des bras de la Bahia Tres Brazos, une baie située au Nord-Ouest de l'île Gordon, nous avons reçu une nouvelle visite qui nous aura donné du fil à retordre : celle d'un adulte Cercophana Frauenfeldii mâle.
Nous ne vous cacherons pas que déterminer cette espèce ne s'est pas fait sans peine, amis et connaissances ayant tous été étonnés par nos photos. D’après l’état actuel de la base GBIF, notre observation semble faire partie des relevés les plus australs de Cercophana frauenfeldii disponibles dans ce système. Elle illustre la manière dont l’intégration d’observations opportunistes dans iNaturalist et GBIF peut compléter les travaux existants en documentant l’espèce dans des lieux difficiles d’accès.
Photographié à bord du voilier Milagro, mi-avril 2026 au matin, lors d'une expédition dans les canaux de la réserve de biosphère du Cap Horn.
Coup de projecteur détaillé sur un visiteur nocturne peu commun dans les parages !
Table des matières
Introduction
Cercophana frauenfeldii Felder, 1862 est un grand Saturniidae néotropical endémique du Chili, aussi connu sous le nom vernaculaire anglais d’« Andean Moon Moth » en raison de son aire andine et de son allure de « sphinx lunaire ». Cette espèce attire un intérêt croissant en entomologie chilienne et sud‑américaine, tant pour sa biologie particulière que pour son association avec des forêts parfois menacées.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, C. frauenfeldii a été intégrée aux synthèses sur la faune chilienne de Saturniidae, notamment dans les travaux de révision de la famille et des genres Cercophana et Neocercophana. Des études récentes (2021) ont complété ces approches en décrivant les stades immatures (oeuf, larve, chenille, cocon...), la phénologie, la répartition de l'espèce et ses plantes hôtes.
Taxonomie, caractères morphologiques et stades de développement
1. Description originale et statut nomenclatural
L’espèce a été décrite par Felder en 1862 sous le nom de Cercophana frauenfeldii, sur la base de matériel provenant du Chili continental, ce qui en fait l’une des premières espèces de Saturniidae sud‑américains formellement décrites. Les catalogues modernes de la famille Saturniidae au Chili confirment ce statut, en retenant l’orthographe frauenfeldii (avec double « i ») comme valide et en la plaçant dans le genre Cercophana Felder, 1862.
Les révisions de la famille en Amérique du Sud reconnaissent Cercophana comme un petit genre andin restreint au Chili, regroupant C. frauenfeldii et quelques espèces proches dont Cercophana Venusta, distincts du genre voisin Neocercophana décrit plus tard pour des taxons apparentés. Les catalogues régionaux de Saturniidae d’Argentine mentionnent également cette espèce comme élément de la faune andine transfrontalière.
2. Caractères morphologiques généraux
Les travaux sur les Saturniidae chiliens décrivent Cercophana frauenfeldii comme un grand hétérocère nocturne, aux ailes largement développées, de coloration brun‑ocre à verdâtre avec des motifs plus clairs et des marques transparentes ou hyalines variables. Chez les adultes, le dimorphisme sexuel se traduit par des antennes fortement bipectinées chez le mâle, adaptées à la détection des phéromones, tandis que les femelles présentent souvent un abdomen plus volumineux lié à la production d’œufs.
Un article récent de la revue brésilienne d'entomologie consacré aux stades immatures décrit en détail l’œuf, les quatre stades larvaires, la nymphe et le cocon, offrant une base morphologique complète pour l’identification à tous les stades de développement.
3. Stades immatures et développement
L’étude détaillée des stades immatures de Cercophana frauenfeldii montre que le développement larvaire comprend quatre instars bien différenciés, s’étalant globalement de novembre à fin janvier dans la majeure partie de l’aire de répartition. Les chenilles se nourrissent sur des feuilles de leurs plantes hôtes, présentant une activité principalement nocturne et se dissimulant durant la journée parmi le feuillage.
La nymphose intervient dans un cocon soyeux dont la structure et l’emplacement peuvent varier selon les conditions de l'habitat, mais qui est généralement situé dans la litière ou sur des rameaux bas.
Répartition géographique au Chili
1. Gradient latitudinal et provinces biogéographiques
Les catalogues et synthèses chiliennes signalent Cercophana frauenfeldii depuis le centre du pays jusqu’aux régions tempérées humides du sud, en particulier dans les régions du Maule, du Biobío, de La Araucanía, des Lacs et d’Aysén. Une compilation récente de données de terrain et de collections naturalistes confirme que l’espèce suit un gradient andin‑côtier associé aux forêts tempérées.
Les données que nous avons pu consulter mettent en évidence deux grands ensembles phénologiques et biogéographiques : le groupe du nord où les adultes volent surtout de février à mi‑avril, et celui du sud (forêts tempérées pluviales) où la période de vol principale se déplace entre avril et juin (le cas de notre visiteur).
2. Extension australe et région de Magallanes
Les travaux portant spécifiquement sur la région de Magallanes soulignent que C. frauenfeldii atteint la partie méridionale du Chili continental, où elle demeure cependant plus localisée. Un article centré sur les plantes hôtes de cet hétérocère confirme la présence de populations dans des forêts tempérées à proximité de la limite sud de distribution des espèces arborées hôtes et principalement issues de trois familles : Gomortegaceae, Lauraceae et Winteraceae. Les plantes les plus représentées dans les études menées sont Cryptocarya alba, Beilschmiedia miersii et Gomortega keule et Persea americana, se développant toutes plus au nord que notre visiteur.
Si les mentions publiées se concentrent surtout sur des sites plus au nord que la province antarctique chilienne où nous explorons, les mentions dans la région de Magallanes rendent plausible la présence de l’espèce dans des archipels subantarctiques. Selon des observations faites en 2003 dans le Parque Omora (Puerto Williams), cet hétérocère utilise aussi le canelo ou poivrier de Magellan (Drimys winteri) en tant que plante hôte et celle-ci est omniprésente dans la province de Cabo de Hornos. Notre contribution s’inscrit dans la continuité de ces travaux, en ajoutant un point de présence insulaire dans la Réserve de biosphère du Cap Horn.
Les travaux les plus récents insistent sur la nécessité de mieux documenter la distribution fine, la variabilité phénotypique et la génétique des populations de Cercophana frauenfeldii du centre-nord à l'extrême sud du Chili.
Portée scientifique de cette donnée locale
Cette observation unique et opportuniste doit être interprétée comme un premier indice documenté de présence sur l’île Gordon, et non comme le résultat d’un inventaire systématique. Elle ne permet pas de tirer de conclusion sur la taille, la dynamique ou la stabilité des populations locales. Les observations réalisées à bord du voilier associatif de Karukinka ne remplacent pas les inventaires menés par les équipes chiliennes, mais peuvent apporter des données complémentaires dans des zones où les campagnes entomologiques restent logiquement limitées par les contraintes logistiques.
La présence de C. frauenfeldii à Bahía Tres Brazos est biogéographiquement cohérente avec la distribution de son arbre hôte Drimys winteri et avec les relevés déjà publiés dans la région de Magallanes, y compris autour de Puerto Williams et du parc Omora. Plutôt que de révéler une extension spectaculaire d’aire de répartition, ce point de présence ajoute une localité insulaire documentée dans un archipel subantarctique sous juridiction chilienne.
À l’avenir, des campagnes de prospection nocturne spécifiquement dédiées aux Lépidoptères, conçues et menées en collaboration avec des entomologistes et institutions chiliennes, seront nécessaires pour confirmer la présence de Cercophana frauenfeldii sur d’autres îles de l’archipel et mieux caractériser son statut local. Les observations opportunistes produites par Karukinka ont vocation à s’intégrer dans cet effort collectif à long terme plutôt qu’à s’y substituer.
Dans les tourbières de Terre de Feu et de la Réserve de Biosphère du Cap Horn, deux groupes de plantes non vasculaires règnent discrètement sur des paysages que l'on pourrait croire hostiles à toute forme de vie dense : les sphaignes (Sphagnum) et les hépatiques. Minuscules à l'œil nu, ces bryophytes structurent pourtant l'un des écosystèmes les plus riches en carbone et en biodiversité de l'hémisphère Sud. A bord du voilier Milagro, lors de nos expéditions dans les canaux du sud de la Terre de Feu, nous les avons observés partout — sur les troncs de hêtres (Nothofagus), les rochers des rivages battus par les embruns, les sols spongieux des turbales. Ce sont eux qui forment ces « forêts en miniature » décrites par le biologiste Ricardo Rozzi et l'équipe de chercheurs du parc Omora.
Tourbière sur l'île Gordon, Expédition Karukinka, février 2026
Les tourbières à Sphagnum : éponges de carbone et d'eau
Les tourbières de Terre de Feu se sont constituées entre 15 000 et 10 000 ans BP, dans le sillage de la dernière glaciation quaternaire. Elles couvrent aujourd'hui une part significative du paysage de la Grande Île de Terre de Feu (ex: Péninsule Mitre), notamment dans les zones les plus humides et les moins perturbées du sud du détroit de Magellan.
L'espèce dominante est Sphagnum magellanicum Brid., connue localement sous le nom de « musgo pompón ». Cette sphaigne structure la matrice des tourbières en saturant les sols d'eau, en abaissant le pH et en ralentissant la décomposition de la matière organique, ce qui aboutit à l'accumulation de tourbe sur des épaisseurs parfois considérables. Les services écosystémiques associés sont multiples : régulation des processus hydrologiques, captation et stockage de carbone, habitat pour les espèces et maintien de la qualité de l'eau.
À l'intérieur de cette tourbe, la composition floristique est remarquablement homogène. Le facteur environnemental qui explique le mieux les variations de composition entre les tourbières est la hauteur de la nappe phréatique plutôt que la richesse spécifique, ce qui souligne l'importance d'un régime hydrologique intact pour la conservation de ces écosystèmes.
Du côté argentin de la Grande Île de Terre de Feu, la vallée glaciaire de Carbajal, au nord d’Ushuaia, est encadrée par la sierra Alvear et parcourue par le río Olivia. Elle abrite une vaste plaine tourbeuse en dôme, ponctuée de lagunes, qui constitue aujourd’hui un site pilote pour la recherche argentine sur les tourbières subantarctiques. Les études menées par le CADIC/CONICET et d’autres institutions académiques utilisent le humedal du valle Carbajal comme cas d’étude pour quantifier les stocks de carbone, analyser le rôle de ces tourbières dans la régulation hydrologique d’Ushuaia et évaluer les impacts de l’extraction de tourbe sur la stabilité de cet écosystème.
Un hotspot mondial de bryophytes
La Réserve de biosphère du cap Horn est identifiée comme l'un des centres mondiaux de diversité pour les bryophytes. Sur moins de 0,01% de la surface terrestre mondiale, la région concentre plus de 5% des espèces mondiales de bryophytes, avec une forte proportion d'endémiques. À l'échelle de la réserve, plus de 300 espèces d'hépatiques et 450 espèces de mousses ont été répertoriées.
Cette richesse est le produit direct des conditions climatiques : les forêts tempérées humides reçoivent des précipitations abondantes dans un air remarquablement pur, exempt de polluants atmosphériques. Les bryophytes et lichens qui colonisent les troncs, rochers et sols y sont poïkilohydres — capables d'interrompre leur métabolisme lors d'une sécheresse temporaire et de le reprendre rapidement à la réhydratation —, ce qui les rend particulièrement résistants aux cycles gel-dégel.
Les hépatiques (division Marchantiophyta) constituent un groupe à part entière des bryophytes, distinct des mousses et des anthocérotes. Dans les forêts subantarctiques du cap Horn, elles colonisent préférentiellement les troncs de Nothofagus, les bois morts et les lisières humides, formant des tapis plans ou en coussins d'un vert profond caractéristique.
Leur sensibilité aux conditions atmosphériques en fait d'excellents bioindicateurs de qualité de l'air et d'intégrité des écosystèmes. Le Parc ethnobotanique Omora (Puerto Williams) les utilise d'ailleurs comme médiateurs pédagogiques auprès des écoles de la région, pour ancrer chez les enfants la conscience de la valeur mondiale de la biodiversité de leur territoire.
Rôles écologiques dans les forêts et tourbières
Dans les forêts subantarctiques humides, sphaignes et hépatiques forment des manteaux épais capables de retenir d'importantes quantités d'eau et de réguler l'humidité locale. Elles constituent de véritables éponges naturelles qui amortissent l'impact des pluies fréquentes, limitent l'érosion et stabilisent les micro-habitats.
Dans les tourbières, les sphaignes structurent la matrice saturée qui stocke simultanément de l'eau et de grandes quantités de carbone — un rôle d'autant plus stratégique dans le contexte du changement climatique. On estime que les précipitations en Patagonie pourraient diminuer de 10 à 20% d'ici la fin du siècle, ce qui menacerait directement l'intégrité hydrologique de ces écosystèmes.
Tourbière de Terre de Feu, photographiée dans la Vallée Carbajal (février 2013, photographie de Sébastien Pons)
Les lichens, fréquemment associés aux bryophytes sur les mêmes substrats, jouent un rôle pionnier sur les roches nues et les moraines glaciaires, amorçant la formation de sols qui permettront ultérieurement l'installation des mousses puis des plantes vasculaires.
Menaces et conservation
Les communautés de bryophytes restent vulnérables au piétinement, aux modifications hydrologiques et aux effets à long terme du changement climatique. Les perturbations engendrées par des espèces introduites — en particulier le castor nord-américain (Castor canadensis), introduit en Terre de Feu dans les années 1940 — modifient profondément les cours d'eau et les tourbières, altérant indirectement les substrats et les conditions microclimatiques nécessaires à ces forêts en miniature.
L'extraction commerciale de Sphagnum magellanicum pour l'horticulture constitue une pression supplémentaire : cette activité a débuté il y a une vingtaine d'années plus au nord, dans les régions de Los Lagos et de Magallanes, et son impact sur les populations naturelles fait l'objet d'efforts de gestion durable.
À l’extrémité sud‑est de l’île Grande, la péninsule Mitre prolonge cette ceinture de tourbières vers l’Atlantique. Cette pointe presque inhabitée concentre environ 84 à 85% de l’ensemble des tourbières du pays, soit près de 193 000 hectares de turberas sur un total provincial estimé à 270 000 hectares. En décembre 2022, la loi provinciale n° 1461 a créé l’Area Natural Protegida Península Mitre, intégrée au système d’aires protégées de Tierra del Fuego. Les études coordonnées par le CADIC/CONICET et les organisations locales montrent que ces tourbières figurent parmi les plus grands réservoirs de carbone de l’Argentine : elles stockent l’équivalent de plusieurs années d’émissions nationales de dioxyde de carbone et ont été reconnues par le Programme des Nations unies pour l’environnement comme l’un des onze écosystèmes de tourbières les plus importants du globe.
« Ecoturismo con lupa » : voir le monde autrement
Pour valoriser et protéger cette biodiversité discrète, l'équipe du Parc Omora a développé le concept d'Ecoturismo con lupa : un écotourisme avec loupe qui place au centre de l'expérience la découverte des mousses, hépatiques et lichens. Équipés d'une simple loupe, les visiteurs sont guidés pour observer les « bosques en miniatura » et comprendre leur rôle écologique dans le cadre d'une « philosophie environnementale de terrain ».
Exemple de forêt miniature sur l'île Navarino (janvier 2020, entre Lëm et Wulaia)
Cette approche, documentée dans le film Viaje Invisible. Ecoturismo con Lupa (2013), illustre comment une biodiversité à l'échelle du millimètre peut transformer une promenade en forêt en exploration scientifique à part entière.
Bibliographie
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VILLAGRA, J. et al. Sphagnum peatland bog, Magallanes. Anales del Instituto de la Patagonia, 2004.
Ce colloque international, qui se déroule les 18 et 19 juin 2026 à l’Université de Montpellier Paul‑Valéry, situe la toponymie inclusive au croisement des dimensions linguistiques, culturelles, sociales et politiques, et met en lumière le rôle des noms de lieux dans la reconnaissance des langues et des peuples minorisés. Dans ce cadre, Karukinka incarne un projet rare : une association à but non lucratif qui mène sur le terrain un travail de cartographie et de réhabilitation des toponymes autochtones, en lien direct avec des membres des peuples Selk’nam et Yagan.
Lauriane Lemasson, fondatrice de Karukinka et coordinatrice scientifique du programme de toponymie, y présentera la méthodologie de collecte et de transcription des noms de lieux issus de la mémoire orale et des archives, ainsi que les enjeux de décolonisation de l’espace patagonien. Mirtha Salamanca et José German González Calderón apporteront leur parole de membres de peuples originaires, en expliquant comment la restauration de ces toponymes contribue à la reconnaissance culturelle et à la transmission auprès des nouvelles générations.
En participant à cette rencontre co‑organisée par la Chaire UNESCO en toponymie inclusive, Karukinka s’inscrit dans une dynamique internationale de réflexion sur les politiques de nomination des lieux et sur la parité toponymique. Les travaux de l’association à Terre de Feu, qui combinent recherche académique, patrimoine culturel et action associative, serviront d’exemple de terrain concret pour penser une toponymie vraiment inclusive, au-delà des discours théoriques.
Cette intervention montre que, via l’exploration maritime, Karukinka investit aussi la géographie humaine et la mémoire des peuples autochtones, dans un cadre scientifique et institutionnel reconnu, porté par l’UNESCO.
Pour connaître le programme du colloque, nous vous invitons à consulter le site web dédié à cet évènement : https://toponymie.sciencesconf.org/