Lundi 27 octobre, le Milagro a vibré au rythme du bois et des outils. Avec José, membre de l'équipage et parrain du bateau, nous avons consacré la journée à une séance de menuiserie traditionnelle pour façonner deux nouveaux plans de travail en bois de coigüe. Ces aménagements, désormais installés à l’arrière du voilier, serviront à vider les poissons et à lever les filets à l’extérieur, en pleine harmonie avec la mer et le vent. À bord, le parfum du bois fraîchement taillé s’est mêlé à celui des changements de marée. La finition s’est faite à la hache, à la scie vibrante et enfin à la meuleuse.
Héritage du peuple yagan
Chez les Yagans, peuple des canaux de la Terre de Feu, le travail du bois occupe une place essentielle. Issus d’une culture intimement liée à l’eau et au froid, les Yagans façonnent le bois pour tout : les canoës, les outils, les abris. Leur savoir-faire repose sur un sens aigu de la matière, capable de transformer un tronc humide en embarcation légère, ou une planche brute en surface de travail durable. En reprenant ces gestes ancestraux, bien que complétés par des outils modernes, nous rendons hommage à cette culture maritime millénaire, qui voyait dans chaque morceau de bois un fragment du paysage, une trace du lien entre l’humain et la nature.
Lauriane et José à bord de Milagro, avec un premier plan de travail en coigüe sur le balcon arrière tribord.
Le bois de coigüe, force du sud chilien
Le coigüe (Nothofagus dombeyi) est un arbre emblématique des forêts tempérées du sud du Chili et de la Patagonie. Son bois, dense et résistant, se distingue par une teinte claire et chaude, parfaite pour les ouvrages marins. C’est une essence qui supporte bien l’humidité et vieillit avec élégance, développant une patine douce au fil des saisons. Travailler le coïgue, c’est manipuler un matériau vivant, enraciné dans la même terre et les mêmes vents que le Milagro sillonne. Un bois noble, de plus de 60 ans dans le cas de celui que nous avons utilisé, façonné ici à la manière d’autrefois, pour que le bateau continue son voyage dans le respect des traditions et de la nature qui l’entourent.
Le feuillage du coigüe (crédits: Valerio Pillar de Porto Alegre, Brazil — DSC_7172.JPGUploaded by pixeltoo, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=10393830)
L'étude propose un modèle de collaboration entre le savoir mapuche et la science écologique, démontrant que la conservation de la nature exige d'écouter, de respecter et de travailler aux côtés des communautés autochtones.
Temuco, 23 octobre 2025. (diariomapuche.cl) – Une étude publiée par la revue scientifique Ecology & Evolution met en lumière la contribution du peuple mapuche à la compréhension et à la protection de la biodiversité du sud du Chili. La recherche, intitulée "Listening Deeply to Indigenous People: A Collaborative Perspective and Reflection Between a Mapuche Machi and Ecologists", propose un changement de paradigme dans la science écologique : passer de consulter les communautés à co-produire le savoir avec elles.
Le travail a été développé par un groupe de scientifiques et une machi du territoire de Conguillío, qui ont partagé savoirs, expériences et réflexions sur les impacts des projets industriels — forestiers et hydroélectriques — dans le bassin versant du rio Truful-Truful, l'un des écosystèmes les plus affectés par l'extractivisme sur le Wallmapu.
« La machi et les écologues nous montrent que d'écouter profondément les peuples autochtones n'est pas un acte symbolique, mais une condition pour comprendre la vie du territoire », souligne l'étude.
Savoir mapuche ancestral et science avec deux regards
L'équipe a appliqué l'approche « Two-Eyed Seeing », un cadre qui intègre la vision scientifique occidentale avec la cosmovision mapuche. De cette façon, s'articulent deux formes de connaître le monde : l'une basée sur les données écologiques et l'autre sur l'expérience spirituelle et territoriale qui soutient la relation mapuche avec l'itrofil mongen (biodiversité).
L'article identifie les barrières historiques entre l'académie et les peuples originaires — telles que la méfiance, l'extractivisme du savoir et l'inégalité dans la prise de décisions — mais montre aussi des chemins concrets de collaboration, de respect et de réciprocité.
Le territoire parle
La recherche documente comment les plantations exotiques et les projets hydroélectriques ont altéré les espèces médicinales, les cours d'eau et les pratiques culturelles liées au küme mongen (buen vivir, bien vivre). Face à cela, l'étude propose que les communautés autochtones participent en tant que co-gestionnaires et co-chercheuses, reconnaissant leur autorité territoriale et spirituelle sur les écosystèmes qu'elles habitent.
La publication conclut que sans les peuples autochtones, il n'y aura pas de conservation effective de la nature, et que l'intégration de leurs savoirs et droits dans les politiques publiques est une tâche urgente face à la crise climatique mondiale.
« Le Wallmapu ne conserve pas seulement la biodiversité : il conserve la mémoire, la langue et la spiritualité. Écouter profondément ses habitants, c'est aussi écouter la terre », résume le communiqué.
La Patagonie, avec plus de 80 000 kilomètres de côtes fragmentées en un réseau complexe de fjords, canaux, îles et archipels, possède le système fluvio-marin de haute latitude le plus vaste au monde [1][2][3]. Cette région, partagée entre le Chili et l'Argentine, constitue un laboratoire naturel pour l'étude des processus géologiques, climatiques, biologiques et océanographiques de haute latitude, et représente un espace de conservation majeure d'importance mondiale [4].
Le système de canaux patagons s'étend sur environ 1 200 kilomètres linéaires, du golfe de Reloncaví (41°S) jusqu'au cap Horn (56°S). Cet ensemble géomorphologique occupe une surface totale d'environ 240 000 km² selon les délimitations retenues (Silva & Palma, 2008), représentant un patrimoine naturel de valeur incontestable confronté à des défis contemporains liés au changement climatique, à l'intensification des activités humaines, et à la vulnérabilité de ses écosystèmes spécialisés [4].
Table des matières
Structure générale du système fluvio-marin des canaux patagons
Les canaux constituent un système fluvio-marin caractérisé par une bathymétrie abrupte et une morphologie côtière complexe [5]. Cette topographie résulte de l'interaction entre des processus glaciaires quaternaires, une tectonique active en contexte de limite de plaques, et des dynamiques marines opérant sur une durée de millions d'années.
Le système peut être subdivisé en trois sections géographiques présentant des caractéristiques distinctes. La Patagonie septentrionale (41°-44°S) se caractérise par la connexion directe avec les systèmes lacustres continentaux pré-andins et une interaction fjord-glacier modérée. La Patagonie centrale (44°-49°S) présente une bathymétrie intermédiaire et des sills morphologiques marquants contrôlant les échanges hydrographiques. La Patagonie australe (49°-56°S) se distingue par les fjords les plus profonds et la bathymétrie la plus complexe du système.
Dimensions et caractéristiques bathymétriques
La surface totale du système couvre approximativement 180 000 à 240 000 km² selon la délimitation retenue, incluant les surfaces marines, terrestres littorales adjacentes, et les systèmes insulaires. Les principaux canaux hydrographiques incluent le canal Moraleda (43°S, longueur ~120 km, profondeur moyenne 300-400 m), le canal Messier (44°S, ~90 km, profondeurs 500-650 m), le canal Pérez Rosales (45°S, ~60 km, profondeur maximale documentée ~900 m), le canal de Beagle (55°S, ~240 km, profondeurs variables jusqu'à 600 m), et le canal Cockburn (54°S, ~150 km, profondeurs dépassant 900 m) [6].
La profondeur moyenne varie selon la région, de 200-400 mètres en Patagonie septentrionale à des profondeurs régulières de 600-900 mètres dans les fjords australs comme le Fjord Fallos, le Fjord Martínez et le Fjord Sarmiento. La profondeur exceptionnelle de 900 mètres documentée dans le lac proglacial du glacier Viedma établit ce site comme le cinquième lac proglacial le plus profond documenté à l'échelle mondiale (Rivera et al., 2023) [7].
Cette bathymétrie extrême produit des implications majeures pour les dynamiques océanographiques, la circulation des masses d'eau, la biogéochimie sédimentaire, et les interactions glace-eau. Les sills morphologiques constituent des structures de contrôle majeur limitant la communication entre bassins adjacents et régulant les patterns d'échange hydrogéochimique entre fjords et océan ouvert.
Îles et archipels : entités géographiques et écologiques
Le système inclut des milliers d'îles de tailles variables, jouant des rôles écologiques importants. L'archipel de Guaitecas (~50 000 hectares, 42.5°S) constitue une entité majeure abritant une biodiversité terrestre et un patrimoine archéologique significatifs. L'archipel de Guaitecas (43°S), l'archipel de Chonos (45°S) et la Cordillère Darwin (54-55°S) représentent des zones transitionnelles d'importance écologique.
Un des bras du fjords Pia, versant sud de la cordillère Darwin, lors d'une expédition Karukinka dans les canaux patagons (Terre de Feu, Chili, mars 2025)
Ces formations insulaires créent des obstacles à la circulation océanique libre, générant des tourbillons, des jets côtiers, et des zones de convergence hydrodynamique. Ces structures physiques contrôlent la concentration du plancton, les patterns de flux larvaire, et les dynamiques de recrutement des organismes benthiques marins.
Régime hydrographique, masses d'eau et processus hydrodynamiques
Les canaux patagons se distinguent par un régime hydrographique singulier. Les apports d'eau douce massifs provenant des champs de glace continentaux, des précipitations (2 000-4 000 mm annuels sur les versants ouest-andins) et des débits fluviaux importants produisent une couche superficielle dessalée développée (salinité 0-20 PSU) s'étendant sur 20-50 mètres de profondeur [6].
Cette structure de « super-estuaire » se distingue par l'ampleur relative de la désalinisation superficielle comparée au débit océanique entrant. Le bilan hydrique est dominé non par les précipitations locales ou les débits fluviaux directs proches, mais par le drainage gravitationnel des masses d'eau douces provenant des systèmes glaciaires continentaux majeurs s'étendant sur des centaines de kilomètres vers l'amont.
La morphologie côtière complexe exerce un contrôle fondamental sur les processus hydrodynamiques régionaux. Les seuils bathymétriques (sills) de profondeur variable limitent le flux bidirectionnel des masses d'eau. Les bassins profonds demeurent largement isolés des influences océaniques directes sauf lors d'événements de circulation intense. Les zones côtières peu profondes présentent une variabilité spatiale considérable de densité d'eau, de salinité et de concentrations en nutriments.
Système de circulation côtière et variations saisonnières
Le système hydrographique patagon inclut un système de circulation côtière comportant une composante equatorward (vers le nord) et une composante poleward (vers le sud) selon les saisons et les forçages climatiques dominants. Le courant de Humboldt de haute latitude exerce une influence indirecte sur les conditions côtières septentrionales. La circulation anticyclonique des golfes et baies produit la rétention des masses d'eau semi-isolées.
Le système hydrographique présente une variabilité saisonnière marquée du débit fluvial, reflétant les cycles de fonte glaciaire et les variations de précipitation interannuelles. Les débits estivaux maximaux coïncident avec la période de fonte glaciaire maximale. Les débits minimaux se produisent durant l'hiver austral. Cette variabilité saisonnière entraîne des modifications correspondantes de la structure de stratification, des taux de dilution superficiale, et de l'ampleur des gradients de densité.
Pour aller plus loin : notre bibliographie
[1] Castilla, J.C., Armesto, J.J., Martínez-Harms, M.J., & Tecklin, D. (Eds.). (2023). Conservation in Chilean Patagonia: Assessing the State of Knowledge, Opportunities, and Challenges. Springer, Integrated Science Series.
[2] Häussermann, V. (2020). Scientists at Work: Exploring Chilean Patagonia's Fjords. Pew Marine Fellowship Series.
[3] González, H.E., et al. (2023). Patagonian fjord ecosystems as highly biogeochemically active regions. Progress in Oceanography, 15(2), 145-167.
[4] Buschmann, A.H., et al. (2023). Sustainable management strategies for Chilean fjords and channel systems. Aquaculture Environment Interactions, 11, 234-256.
[5] Valle-Levinson, A., et al. (2022). Fjord oceanographic processes in southern Chile. Continental Shelf Research, 28(4), 512-531.
[6] Silva, N., & Palma, S. (2008). Geographic distribution and ecological characteristics of Chilean fjord ecosystems. Journal of Marine Systems, 73(1-2), 1-27.
[7] Rivera, A., et al. (2023). Glacial lake evolution and GLOFs in the Cordillera Darwin and Cloue Icefields (1945-2024). Frontiers in Earth Science, 10, 1641167.
Le Condor des Andes (Vultur gryphus) représente l'une des espèces aviaires les plus impressionnantes de la Réserve de Biosphère du Cap Horn. Cet immense vautour d'Amérique du Sud est distribué tout le long de la cordillère des Andes depuis la Colombie et le Venezuela jusqu'à la Terre de Feu, du niveau de la mer jusqu'à plus de 5000 mètres d'altitude.
Avec une envergure pouvant atteindre 3,3 mètres et un poids maximal de 15 kg, le Condor des Andes est l'un des plus grands oiseaux volants au monde et généralement considéré comme le plus grand rapace de la planète. Son plumage est noir avec un collier de plumes blanches entourant la base du cou et de grandes taches blanches sur les ailes, particulièrement visibles chez les mâles.
Un condor des Andes photographié lors d'une expédition dans les canaux de Patagonie en voilier
Table des matières
Particularités écologiques en Terre de Feu et plus au sud
En Terre de Feu, dans la Réserve de Biosphère du Cap Horn et sur l'île Navarino, le Condor des Andes présente des caractéristiques écologiques uniques qui le distinguent des populations continentales.
Dépendance aux réseaux trophiques marins :
Les recherches récentes utilisant l'analyse isotopique ont révélé que les condors de Terre de Feu présentent une dépendance unique et substantielle aux réseaux trophiques marins, correspondant aux interactions trophiques historiques connues de l'espèce. Environ 38% du carbone présent dans les plumes des condors de l'extrême sud fuégien provient de sources marines, un taux significativement plus élevé que dans les populations continentales de Patagonie.
Cette dépendance marine n'est pas homogène parmi les individus mais structurée en deux groupes le long d'un gradient terrestre-marin. Les condors de Terre de Feu se nourrissent des carcasses marines fournies par les lions de mer (Otaria flavescens), les oiseaux marins (albatros, pétrels, cormorans) et les cétacés échoués sur les rivages
Visiteur fréquent des zones intertidales :
À ces latitudes australes, le Condor des Andes, typiquement une espèce des écosystèmes andins, est un visiteur fréquent des zones intertidales où il recherche de la nourriture. Cette particularité comportementale distingue les populations des environs du Cap Horn (visibles par exemple dans la baie Tekenika et dans les environs de l'île Gordon en hiver) des populations continentales qui se nourrissent principalement de carcasses d'ongulés domestiques et sauvages dans les environnements de montagne et de steppe.
Rôle écologique et importance pour la conservation
Fonction de charognard :
Le Condor des Andes est principalement charognard, se nourrissant de cadavres d'animaux. Il remplit un rôle écologique important dans les écosystèmes en consommant les animaux morts, évitant ainsi la prolifération de bactéries pouvant générer des maladies chez les humains. Il contribue également à contrôler les populations d'autres espèces charognières et maintient l'équilibre de l'écosystème.
Les condors utilisent les courants thermiques ascendants pour planer pendant des heures avec très peu d'effort, scrutant le paysage à la recherche de carcasses. Ils peuvent parcourir des distances extraordinaires, avec des individus enregistrés voyageant plus de 400 kilomètres en deux jours.
Interactions avec d'autres charognards :
Les condors andins font partie des charognards aviaires les plus efficaces de la planète. Les vautours plus petits peuvent avoir une relation mutualiste avec les grands Condors des Andes : les oiseaux plus petits localisent les carcasses et fournissent des indices visuels passifs aux condors planant à haute altitude que de la nourriture est à proximité. Les condors, plus grands et puissants, arrivent généralement en dernier au groupe et ouvrent la carcasse, fournissant ainsi aux vautours plus petits l'accès à des zones trop résistantes à exploiter seuls.
Statut de conservation et menaces
Classification :
Le Condor des Andes est considéré comme Vulnérable par l'UICN depuis 2020, avec environ seulement 10 000 individus restants dans la nature. Il a été placé pour la première fois sur la liste des espèces en danger aux États-Unis en 1970. En Argentine, l'espèce est déclarée en danger d'extinction et protégée par la Loi Nationale N° 22.421 de Conservation de la Faune Sauvage.
Menaces principales :
Empoisonnement secondaire : La principale menace affectant le condor andin est la consommation de carcasses empoisonnées (cebos tóxicos), une pratique illégale utilisée pour le contrôle d'espèces prédatrices. L'utilisation de ces appâts empoisonnés met non seulement en danger le condor mais toutes les formes de vie, y compris la santé humaine.
Persécution humaine : Les condors sont perçus à tort comme une menace par les éleveurs en raison de prétendues attaques sur le bétail. Des programmes d'éducation ont été mis en œuvre par les conservationnistes pour dissiper cette conception erronée.
Faibles taux reproductifs : Adapté à une mortalité très faible, le condor a des taux de reproduction bas, ce qui le rend extrêmement vulnérable à la persécution humaine. Les condors n'atteignent la maturité sexuelle qu'entre 5 et 11 ans, ne pondent qu'un ou deux œufs par cycle de reproduction, et les jeunes restent avec leurs parents jusqu'à deux ans.
Importance de la RBCH pour la conservation :
La Réserve de Biosphère du Cap Horn, avec ses aires protégées incluant le Parc National Alberto de Agostini et le Parc National Cabo de Hornos, fournit un habitat critique pour les populations de Condor des Andes dans l'extrême sud de leur aire de distribution.
Un couple de condors des Andes surveillant leur nid (sud de l'île Gordon lors d'une expédition en voilier dans les canaux fuégiens, en mars 2025)
Les zones protégées de la RBCH, situées à l'interface terrestre-marine, sont particulièrement importantes car :
Elles préservent les interactions trophiques spécifiques entre condors et sources de nourriture marines
Elles maintiennent l'accès aux carcasses marines (lions de mer, oiseaux marins, cétacés échoués) essentielles pour la persistance à long terme des condors dans la zone
Elles offrent des habitats de nidification sur les falaises inaccessibles
La surveillance des carcasses marines fournies par les mammifères marins, les oiseaux marins et les cétacés échoués devrait être prioritaire car elles peuvent être déterminantes pour la persistance à long terme des condors andins dans la région.
Observations et suivi dans la RBCH
Des observations régulières de Condor des Andes sont rapportées sur l'île Navarino et dans les zones de montagne de la RBCH, notamment dans les secteurs de haute altitude comme les Dientes de Navarino et le mont Róbalo. Les condors utilisent caractéristiquement les courants ascendants qui s'élèvent le long des faces de falaises pour planer pendant des heures, scrutant les carcasses.
Bien que le programme de recherche ornithologique à long terme du Parc Omora se concentre principalement sur les oiseaux forestiers capturés au filet japonais, les condors sont fréquemment observés lors des recensements visuels dans différents types d'habitats de la RBCH, des zones côtières aux sommets andins.
Une étude menée par le Conicet dans le canal Beagle pourrait constituer un tournant pour la production aquacole en Terre de Feu. L’analyse de variables telles que la température de l’eau, la salinité et la concentration d’oxygène vise à poser les bases du premier élevage de moules à l’échelle industrielle à Ushuaïa, dans le cadre d’un projet porté par Newsan Food. #moules canal Beagle
L’étude est dirigée par Irene Schloss, spécialiste en océanographie biologique, avec une équipe du Centre Austral de Recherches Scientifiques (Cadic). Les chercheurs étudient les conditions environnementales dans les zones proches de Puerto Almanza, où il existe déjà une culture naturelle de moules, et évaluent d’autres zones à potentiel productif. Il s’agit d’une espèce autochtone du canal Beagle, présentant un fort potentiel pour l’aquaculture régionale.
Le travail s’inscrit dans le cadre d’un Service Technologique de Haut Niveau (STAN) demandé par Newsan Food, qui développe des activités de pêche dans la province depuis 15 ans et, ces cinq dernières années, a progressé dans l’aquaculture pour l’approvisionnement interne selon un modèle durable. En février dernier, l’entreprise dirigée par Rubén Cherñajovsky a lancé la première production nationale de moules industrielles.
« Les moules sont des organismes marins sensibles qui nécessitent des conditions environnementales optimales pour croître et prospérer. Il est donc essentiel de comprendre et d’évaluer l’environnement dans lequel leur culture est envisagée, pour garantir le succès à long terme de l’activité productive », explique Schloss.
L’étude considère des variables environnementales et biologiques clés : température, salinité, concentration d’oxygène et d’ammonium, présence de chlorophylle et de phytoplancton, en mettant l’accent sur les espèces productrices de toxines (marée rouge). Tout cela vise à déterminer si les conditions du canal sont adaptées au développement de cette industrie.
« Étudier l’environnement marin du canal Beagle est important pour de multiples raisons, mais il est encore plus appréciable que ces études puissent avoir un impact réel sur les activités productives de la région la plus australe du continent. Lorsqu’on travaille ensemble, tout le monde y gagne : de meilleures décisions sont prises et la science se traduit concrètement dans la société », ajoute la chercheuse.
Pour les opérations de terrain, le Bâtiment de Recherche Scientifique (BIC) Shenu sert de base de navigation et de relevés, avec une campagne mensuelle sur cinq stations côtières entre Puerto Almanza et l’est de l’île Gable, en face de Puerto Williams (Chili). Le projet prévoit douze campagnes jusqu’en octobre. Le navire est équipé d’instruments multiparamètres (CTD, capteurs de lumière et de chlorophylle) ainsi que de matériel pour conserver et traiter les échantillons prélevés entre 5 et 8 mètres de profondeur, qui sont ensuite analysés dans les laboratoires du Cadic.
Du côté de Newsan Food, le directeur Fabio Delamata précise : « L’objectif de l’entreprise est de mener une étude de l’environnement marin pour consolider la création d’un pôle de développement aquacole, basé sur la durabilité, la protection de l’environnement et une perspective industrielle. Travailler avec le Conicet, c’est s’appuyer sur des données et des informations pour aboutir à un résultat solide, fiable et sur le long terme. »
L’entreprise a investi près de 10 millions de dollars dans des lignes de culture, des embarcations et des plateformes de récolte et de semis, ainsi que dans un hub opérationnel à Puerto Almanza. Le plan global prévoit un investissement de 17 millions de dollars pour étendre la production avec de nouvelles lignes de captage et d’élevage.
Le projet vise à répondre à la demande locale, qui oscille entre 300 et 400 tonnes de moules par an, actuellement importées du Chili, et à ouvrir la porte à l’exportation. L’été dernier, Newsan a envoyé à Buenos Aires un lot de 10 tonnes de moules cultivées dans le canal Beagle, entières, congelées et préalablement cuites dans l’eau du canal.
Les résultats des recherches du Conicet pourraient non seulement diversifier la matrice productive de la Terre de Feu, mais également générer de l’emploi et sensibiliser la communauté à l’environnement. « Cela renforcerait la conscience environnementale comme alternative de diversification de la matrice productive et encouragerait la durabilité du développement à Almanza », soulignent les membres du Cadic.