La péninsule Antarctique en voilier : c’est partiii pour Milagro et son équipage !

La péninsule Antarctique en voilier : c’est partiii pour Milagro et son équipage !

Le feu vert des Terres Australes et Antarctiques Françaises arrive enfin. À peine l'autorisation obtenue il nous faut nous activer pour avitailler Milagro. Nous quittons en ce moment même la baie d'Ushuaia. Direction Puerto Williams, où les derniers préparatifs du voilier Milagro nous attendent avant notre première expédition en péninsule Antarctique en voilier.

l'antarctique en voilier avec le navire Milagro de l'association Karukinka
Le voilier Milagro amarré au ponton du Club Nautico d'Ushuaia le 1er janvier 2026

Et qui reprend la route avec nous ? C'est l'équipage solide et uni par l'amitié — celui de Camarones à Ushuaia, voire même pour certains de Saint Nazaire aux canaux de Patagonie. On ne change pas une équipe qui gagne!

Rendez-vous sous peu pour les nouvelles du Sud. Mais d'abord, une parole qui s'impose avant toute chose :

BONNE ANNÉE À TOUS !

Qu'elle soit synonyme de convivialité, d'audace, et surtout d'une bonne santé. Car 2025 nous a rappelé, brutalement parfois, une vérité simple : sans la santé, sans ceux qu'on aime, sans cette détermination tranquille qui pousse à continuer, réaliser les rêves devient impossible.

Nous avons perdu des opportunités de passer du temps ensemble. Certains d'entre nous l'ont payé cher. Mais nous sommes toujours là, unis par notre amitié, nos valeurs et nos objectifs d'exploration et de ponts documentaires entre l'Europe et le sud du détroit de Magellan.

Et cette année nouvelle, c'est pour repartir encore plus loin le temps d'une parenthèse dans nos recherches.

Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Et à bientôt au sud du sud.

DOSSIER CANAUX DE PATAGONIE : Glaciologie et systèmes cryosphériques 

DOSSIER CANAUX DE PATAGONIE : Glaciologie et systèmes cryosphériques 

La Patagonie abrite trois champs de glace continentaux majeurs représentant les réserves glaciaires les plus importantes de l'hémisphère sud en dehors de l'Antarctique et de la Nouvelle-Zélande.

Le Champ de Glace Patagon Nord (Campo de Hielo Patagónico Norte, NPI) s'étend au 46.5°S avec une surface d'environ 4 200 km² et un volume de glace estimé entre 1 200 et 1 400 km³. Le Champ de Glace Patagon Sud (Campo de Hielo Patagónico Sur, SPI), situé entre 50 et 51°S, couvre environ 13 000 km² avec un volume estimé de 3 800 à 4 200 km³. Le Champ de Glace de la Cordillère Darwin (CDI), localisé quant à lui au 54°S, s'étend sur environ 1 600 km² avec un volume estimé de 500 à 700 km³[1][2]. 

Ensemble, ces trois systèmes cryosphériques couvrent plus de 19 000 km² et contiendraient suffisamment d'eau pour élever le niveau marin global de 13 à 14 millimètres si entièrement fusionnés et drainés vers l'océan. Ces glaciers représentent environ 3 % du volume de glace non-polaire terrestre global (seulement!), mais ont contribué depuis l'année 2000 à environ 10 % de l'élévation du niveau marin global observée durant cette période[2]. 

Evolution et mécanismes de la perte de masse glaciaire de 1940 à 2023 

Depuis l'année 1940, les glaciers patagons collectivement ont perdu 1 350 ± 150 milliards de tonnes de glace, contribuant directement à une élévation du niveau marin estimée à 3,7 millimètres. Ce taux de contribution océanique s'est accéléré au cours du temps : le taux annuel de perte de glace s'est accéléré de 15 Gt/an durant les années 1960-1980, puis à 22-29 Gt/an pour la période 2000-2023, soit une accélération exponentielle de la fonte des glaciers de Patagonie. Les démarcations se lisent sur la roche adjacente et ne serait-ce qu'entre 2018 et 2025 durant nos expéditions, nous pouvons constater la perte de volume des glaciers situés sur le versant sud de la Cordillère Darwin et par exemple l'écoulement constant, devenu une énorme cascade, au pied du glacier Romanche.

patagonie glaciologie et systèmes cryosphériques terre de feu
La cascade de fonte au pied du glacier Romanche (Cordillère Darwin, Terre de Feu, Chili) lors de l'expédition d'avril 2025

Les recherches menées par le Programme de Recherche des Champs de Glace de Patagonie (PIRP) et le Centre de Recherche GAIA Antártica de l'Université de Magallanes, en combinaison avec les modèles climatiques régionaux à haute résolution spatiale (MAR et RACMO à 500m de résolution), révèlent que l'augmentation du ruissellement de surface constitue le principal facteur physique de perte de masse glaciaire depuis 1940, modifiant ainsi les hypothèses scientifiques antérieures[2]. 

Les données reconstruites du bilan de masse superficiel (SMB) couvrant la période 1940-2023 à 500m de résolution spatiale établissent une déclinaison nette de -0,35 Gt/an². Cette déclinaison résulte principalement d'une augmentation du ruissellement de surface de +0,47 Gt/an², partiellement compensée par une variation mineure des précipitations (~-0,06 Gt/an²). Les bilans cumulatifs interannuels varient considérablement : la meilleure année observée (1948) enregistra un surplus d'accumulation de +59,4 Gt, tandis que la pire année documentée (2016) enregistra une perte nette de -52,2 Gt, illustrant la variabilité extrême du système glaciaire. 

Amplification climatique régionale de la fonte glaciaire

L'augmentation du ruissellement glaciaire de surface résulte directement d'une élévation générale des températures estivales à l'échelle régionale. La région patagonne connaît une augmentation des températures documentée depuis 1940 affichant un taux de +0,08°C par décade, soit environ 2,5 fois plus rapide que la tendance de réchauffement global moyen (~0.03°C par décade observée à l'échelle planétaire). Cette amplification régionale est attribuable à l'intrusion de vents chauds provenant d'origines septentrionales, phénomène directement lié au déplacement vers le pôle des systèmes de haute pression subtropicaux en réponse au changement climatique global. 

Le nombre de lacs proglaciaires (lacs d'eau de fusion formés immédiatement en aval des fronts glaciaires) dans la Cordillère Darwin et des Champs de Glace Nord et Sud a augmenté de 461 % entre 1945 et 2024, passant de 33 lacs documentés à 185 lacs. La surface totale couverte par ces lacs a augmenté de 124 %, passant de 28,2 ± 5,6 km² en 1945 à 63,3 ± 1,9 km² en 2024[3]. 

Le passage de lacs endiguées par la glace (représentant 71,6 % de la surface totale en 1945) à des lacs endiguées par des moraines sédimentaires (80,5 % en 2024) représente une transformation écosystémique aux implications géomorphologiques critiques. Cette transition transforme fondamentalement le régime des débâcles glaciaires catastrophiques (GLOFs) puisque les barrages de moraine présentent une stabilité extrêmement faible et une susceptibilité élevée aux effondrements soudains libérant les masses d'eau stockées. 

Les débâcles glaciaires catastrophiques documentés incluent un événement remarquable d'effondrement de moraine d'un lac proglaciaire en 1997-1998 qui provoqua une inondation destructrice traversant les fjords et modifiant la morphologie des zones côtières adjacentes. Un événement plus volumineux et complexe fut enregistré en 2018, libérant 28 fois le volume du premier événement, créant un flux destructeur et transformant complètement la morphologie des vallées drainées[3]. 

Des glaciers en Patagonie : jusqu'à quand?

L'un des bras du plus grand glacier de l'île Hoste, lors de l'expédition Karukinka de décembre 2025 (Détroit Coloane, Province du cap Horn, Chili)

Les modèles glaciologiques régionaux (OGGM - Open Global Glacier Model) appliqués aux populations de glaciers patagons de superficie supérieure à 1 km² indiquent une continuation du déglaçage durant le 21ème siècle. Les projections climatiques d'ensemble pour la période 2020-2100 indiquent une perte de volume glaciaire totale estimée entre 22 et 27 % selon le scénario de forçage climatique considéré, avec une contribution à l'élévation du niveau marin estimée de 3,1 à 3,8 mm pour la période 2012-2050 seule. 

Au taux actuel de perte de masse documenté et observé pour la période récente 1979-2023, les glaciers patagons pourraient potentiellement disparaître entièrement dans approximativement 220 ans. 


Pour aller plus loin, les références utilisées pour cet article :  

[1] Noël, B., et al. (2025). Surface runoff as primary driver of Patagonian glacier mass loss since 1940. Nature Communications. 

[2] CONICET. (2023). Glaciares: Guardianes del Agua. Documental CONICET, IANIGLA-CONICET

[3] Izagirre, E., et al. (2025). Evolution of glacial lakes and southernmost GLOFs in the Cordillera Darwin and Cloue Icefields (1945-2024). Frontiers in Earth Science, 10, 1641167. 

25 novembre : journée de commémoration du génocide selknam en Terre de Feu argentine

25 novembre : journée de commémoration du génocide selknam en Terre de Feu argentine

Le 25 novembre marque, en Terre de Feu argentine, la commémoration du génocide selknam, dont le processus d’extermination a débuté à la fin du XIXe siècle lors du massacre de San Sebastián. Cette date, désormais reconnue par la loi provinciale comme journée de mémoire et de réparation, souligne à la fois l’étendue de la violence coloniale, la complexité du processus mémoriel et la continuité des communautés selk’nam contemporaines, aujourd’hui engagées dans la récupération culturelle et la revendication de leurs droits.

Les Selk’nam étaient des chasseurs-cueilleurs semi-nomades de la grande île de la Terre de Feu. Leur société, fondée sur les haruwen (territoires familiaux collectifs), ne reposait pas sur des chefs permanents, mais sur des rôles de leadership tournants. Leur culture était structurée par des rites tels que le Hain, essentiels à la transmission intergénérationnelle. Les premiers contacts européens remontent à l’expédition de Magellan en 1520, qui observe les feux faits sur les rives par les Selk’nam et baptise ainsi la Terre de Feu.​

Les prémices du génocide

Colonisation, orpailleurs et estancieros

Dès la deuxième moitié du XIXème siècle, la ruée vers l’or attira des aventuriers et industriels en Terre de Feu (Tierra del Fuego). Des figures comme Julius Popper menèrent des expéditions violentes contre les Selk’nam, lesquels commencèrent à perdre leurs terres de chasse et de cérémonie au profit des éleveurs ovins. Privés de guanacos, chassés pour éviter la concurrence avec les moutons, les Selk’nam furent poussés à la prédation animale et au conflit ouvert, justifiant pour les colons une politique systématique d’extermination.

Le massacre de San Sebastián (25 novembre 1886)

Le 25 novembre 1886, sur ordre de l’Exécutif national argentin, l’officier Ramón Lista débarque en baie de San Sebastián avec ses hommes, tombe sur un groupe de familles selk’nam et ordonne d’ouvrir le feu après une tentative d’arrestation infructueuse. 28 personnes sont tuées, dont des femmes et des enfants. Cet événement est considéré comme le début du génocide planifié.

Processus d’extermination et survivances

À partir de 1894, les haruwen sont définitivement occupés : les territoires collectifs sont segmentés par les estancieros. Les survivants sont dispersés, concentrés ou déportés. Les missions religieuses, en particulier celles de La Candelaria (Rio Grande, Terre de Feu) et la Mision San Rafael (île Dawson), imposent une assimilation culturelle, participent aux mauvais traitements et contribuent à la perte linguistique.

La population selk’nam, officiellement estimée à 4000 personnes en 1870, chute à quelques centaines en 1900 puis à une centaine en 1930, jusqu'à une disparition officielle liée au décès d'Angela Loig dans les années 1970. Pourtant, les recensements de 2010 en Argentine enregistrent plus de 2700 personnes se reconnaissant comme Selk’nam, témoignage d’une résurgence identitaire portée notamment par la communauté Rafaela Ishton.​

Mémoire, réparation et lois argentines

Longtemps marginalisée dans l’historiographie et les manuels scolaires, la mémoire selk’nam connaît depuis la fin du XXe siècle une revalorisation portée par des chercheurs internationaux et les mouvements autochtones. La reconnaissance officielle du 25 novembre (Loi provinciale 1389, 2021) concrétise ce processus de réparation mémorielle. Les cérémonies publiques à Río Grande, Tolhuin et Ushuaia, la mobilisation de la communauté Rafaela Ishton et l’engagement des institutions sont autant d’initiatives vers la justice historique et sociale.​

La commémoration du génocide selk’nam dépasse la dénonciation, elle vise à soutenir la lutte d'un peuple pour la reconnaissance officielle, la préservation de leur patrimoine et la transmission de son histoire.


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Commémorer le génocide selknam le 25 novembre en Terre de Feu argentine est un acte de justice historique, d’engagement politique et de reconnaissance communautaire. Ce processus, porté par les descendants des survivants, les institutions et la recherche, combat l’invisibilisation et vise la prise en compte de la mémoire collective et la réparation.

L'association Karukinka, par son approche éditoriale, ses actions et son partenariat avec des membres de cette communauté contribue activement à la valorisation et à la transmission du patrimoine selk’nam, pour une histoire réappropriée.​


Bibliographie

  • Casali, Romina, Conquistando el fin del mundo. La misión La Candelaria y la salud de la población selk’nam, Tierra del Fuego 1895-1931, Prohistoria Ediciones, 2013.
  • Feierstein, Daniel, El genocidio como práctica social, Fondo de Cultura Económica, 2007.
  • Casali, Romina, De la extinción al genocidio selk’nam: sobre Historia e historias para una expiación intelectual. Tierra del Fuego, Argentina, A Contracorriente, 2017.
  • Pérez, Pilar, Historia y silencio: La Conquista del Desierto como genocidio no-narrado, 2011.
  • Guichón, Ricardo et al., Experiencia de trabajo conjunto entre investigadores y pueblos originarios. El caso de Patagonia Austral, Revista Argentina de Antropología Biológica, 17, 2015​.
  • Riesco, Leonor, Lecciones y proyecciones del “Sumario sobre vejámenes”, 2022.
  • SUTEF, Genocidio Selk’namhttps://sutef.org/genocidioselknam/
  • UNTDF, 25 de noviembre/ “Día del Genocidio Selk’nam”https://www.untdf.edu.ar/noticias/1924
  • El Diario del Fin del Mundo, Ceremonia conmemorativa del genocidio Selk’nam, 26/11/2024
  • La Tinta, Genocidio en el fin del mundo: Estado y terratenientes contra los selk’nam, 22/10/2025
  • Tierra del Fuego AIAS, Se llevó a cabo en Río Grande el primer acto oficial..., 25/11/2022
  • Gouvernement Provincial de Terre de Feu, Invitation à la commémoration du Dia del Genocidio Selknam, 24/11/2025
Préparation du festival Kreeh Chinen

Préparation du festival Kreeh Chinen

L’équipage du Milagro sera présent, en tant que partenaire, à la 5ᵉ édition du festival Kreeh Chinen !
Cet événement, que nous soutenons depuis sa création, se tiendra le 29 novembre au Resto bar Punto de Encuentro, à Tolhuin (province de Terre de Feu, Argentine).

Le festival : un lieu de rassemblement artistique

Le festival Kreeh Chinen, mot selk’nam signifiant « accrochés à la lune » selon ses fondateurs, vise à réunir artistes, poètes, écrivains, musiciens, peintres issus de toute la province de Terre de Feu. Chacune des trois grandes villes de la province y sont représentées, et l’initiative a été pensée pour favoriser une rencontre artistique indépendante, solidaire, et ouverte aux initiatives locales : producteurs, artisans, petites structures sont invités à participer. L’édition précédente, déjà soutenue par Karukinka, souligne cette dimension collective et ambitieuse : “L’idée est de rendre visibles les thématiques régionales, environnementales, culturelles des peuples autochtones,” expliquent en choeur deux des organisateurs, Lauriane Lemasson, chercheuse française, et Alejandro Pinto, écrivain et poète de Río Grande. 

Pourquoi Karukinka s’y associe

L’association Karukinka, fondée avec l’ambition de « créer le pont qui manquait entre l’Europe et la Terre de Feu », s’engage depuis de nombreuses années auprès des peuples autochtones et des projets patrimoniaux de la région. Le partenariat avec Kreeh Chinen s’inscrit donc naturellement dans sa mission :

  • promouvoir les expressions culturelles du sud de l’Argentine (Terre de Feu), dans leur authenticité, indépendance et diversité.
  • renforcer les liens entre acteurs locaux (artistes, artisans, communautés autochtones) et un public plus large, au-delà des frontières.
  • contribuer à un événement qui met en avant non seulement l’art mais aussi les thématiques environnementales, culturelles et patrimoniales liées aux peuples autochtones de la région.

Ce qui est prévu le 29 novembre

Au restobar Punto de Encuentro à Tolhuin, il sera possible de découvrir :

  • des musiciens venus de toute la province de Terre de Feu,
  • des poètes et écrivains partageant les récits, voix et imaginaires locaux,
  • des peintres et artistes visuels exposant leurs œuvres,
  • un moment de partage et de rencontre, dans l’esprit de Kreeh Chinen, qui valorise à la fois l’art, l’engagement local et la coopération.

Cette 5ᵉ édition du festival Kreeh Chinen permettra, une nouvelle fois, de célébrer l’art, la culture et la solidarité en Terre de Feu. Nous vous relaterons cet événement plus en détail bientôt ! 

En savoir plus sur les dernières éditions du festival

Affiche du festival artistique itinérant Kreeh Chinen, le 3 mai 2025 à Ushuaia (Tierra del Fuego, Patagonie Argentine)
Affiche du festival artistique itinérant Kreeh Chinen, le 3 mai 2025 à Ushuaia (Tierra del Fuego, Patagonie Argentine)
Affiche du festival artistique indépendant Kreeh Chinen, le 13 juillet 2024 à Ushuaia
Une histoire yagan : le colibri (Omora ou Sámakéar)

Une histoire yagan : le colibri (Omora ou Sámakéar)

Aujourd'hui nous vous faisons découvrir une histoire yagan dédiée au colibri contée par Úrsula Calderón et Cristina Calderón en 2001 dans la baie Mejillones (île Navarino, Chili). Elle a été publiée dans les pages 170 et 171 du livre "Guia Multi-Etnica de Aves de los bosques subantárticos de Sudamérica" (2017) et traduite de l'espagnol au français par l'association Karukinka.

une histoire yagan du colibri du chili Sephanoides sephaniodes
Le colibri du Chili ou Sephanoides sephaniodes, (source Wikipedia)

L'histoire yagan du colibri Sephanoides sephaniodes

"Autrefois, lorsque les oiseaux étaient encore des humains, une grande sécheresse s’abattit sur la région du cap Horn et ses habitants mouraient de soif. L’astucieux renard (cilawáia, le renard de Magellan) trouva une lagune et, sans en parler à personne, construisit autour un enclos de rameaux d’umush (calafate en yagan) afin que personne ne puisse entrer. Ainsi caché, il buvait seul beaucoup d’eau, se préoccupant seulement de lui.

Renard de Magellan (Lycalopex griseus, cilawáia)

Au bout d’un certain temps, les autres découvrirent l’existence de cette lagune et en groupe, ils allèrent demander un peu d’eau au Cilawáia. Mais il ne voulut même pas écouter leurs supplications et les expulsa avec des paroles brutales. La condition des personnes s’aggravait à chaque moment et, dans leur désespoir, ils se souvinrent d’Omora. Ils envoyèrent alors un message à ce petit visiteur occasionnel qui, dans d’autres pénuries similaires, leur avait sauvé la vie.

Le colibri ou petit Omora était toujours prêt à aider et vint très rapidement. Bien que diminué, cette petite créature (humaine ou esprit) est plus courageuse et intrépide que n’importe quel géant. À son arrivée, les gens lui racontèrent ce qui s’était passé, en détail, au sujet de ces grandes pénuries. Omora, en écoutant ce qui se passait, s’indigna et s’éleva en volant vers l’endroit où se trouvait Cilawáia. Egoïste, le renard se confronta à lui. Et Omora lui dit alors: « Écoute! Est-ce vraiment vrai ce que les autres m’ont raconté? Tu as accès à une lagune, et tu ne veux pas partager ton eau avec les autres. Sais-tu que si tu ne leur donnes pas d’eau, ils mourront de soif? » Le renard répliqua: « Qu’est-ce que cela peut me faire? Cette lagune contient très peu d’eau, juste assez pour moi et certains de mes proches parents.» En écoutant cela, Omora devint furieux et, sans répondre au Cilawáia, il retourna au campement.

Il réfléchit et, avec empressement, s’éleva en prenant son bâton et retourna là où était Cilawáia. En chemin, Omora collecta plusieurs pierres pointues, et lorsqu’il s’approcha suffisamment du renard il cria: « Partageras-tu enfin l’eau avec tous? » L’egoïste Cilawáia répondait: « Qu'ils meurent de soif. Je ne peux pas donner de l’eau à chacun d’eux, sinon moi et ma famille nous mourrons de soif. » Omora était si furieux qu’il ne put se retenir et s’élança avec son bâton, tuant le renard au premier coup.

Les autres qui regardaient arrivèrent heureux en courant au lieu, cassèrent l’enclos pour s'approcher de la lagune et commencèrent à boire pour calmer leur soif, toute l’eau. Quelques oiseaux arrivés tard purent à peine mouiller leurs gorges. Alors, la sage petite chouette Sirra (la grand-mère d’Omora) dit aux oiseaux qui étaient arrivés tard: « Allez chercher de la boue du fond de la lagune et volez vers les sommets des montagnes, au-dessus desquels vous devez arrroser. »

Les petits oiseaux et leurs balles de boue firent naître des sources verticales à l'origine des cours d’eau qui dégringolent des montagnes, formant de petits ruisseaux et de grands fleuves qui coulent par les ravins. Quand tout le monde vit cela, ils étaient extrêmement heureux et tous burent de grandes quantités d’eau fraîche et pure, ce qui était bien meilleur que l’eau de la lagune que Cilawáia, le renard, gardait. Maintenant, tous se trouvaient sauvés. Jusqu’à aujourd’hui, tous ces cours d’eau coulent depuis les montagnes et fournissent une eau exquise. Depuis ce moment, personne ne doit mourir de soif."