La péninsule Antarctique en voilier : c’est partiii pour Milagro et son équipage !

La péninsule Antarctique en voilier : c’est partiii pour Milagro et son équipage !

Le feu vert des Terres Australes et Antarctiques Françaises arrive enfin. À peine l’autorisation obtenue il nous faut nous activer pour avitailler Milagro. Nous quittons en ce moment même la baie d’Ushuaia. Direction Puerto Williams, où les derniers préparatifs du voilier Milagro nous attendent avant notre première expédition en péninsule Antarctique en voilier.

l'antarctique en voilier avec le navire Milagro de l'association Karukinka
Le voilier Milagro amarré au ponton du Club Nautico d’Ushuaia le 1er janvier 2026

Et qui reprend la route avec nous ? C’est l’équipage solide et uni par l’amitié — celui de Camarones à Ushuaia, voire même pour certains de Saint Nazaire aux canaux de Patagonie. On ne change pas une équipe qui gagne!

Rendez-vous sous peu pour les nouvelles du Sud. Mais d’abord, une parole qui s’impose avant toute chose :

BONNE ANNÉE À TOUS !

Qu’elle soit synonyme de convivialité, d’audace, et surtout d’une bonne santé. Car 2025 nous a rappelé, brutalement parfois, une vérité simple : sans la santé, sans ceux qu’on aime, sans cette détermination tranquille qui pousse à continuer, réaliser les rêves devient impossible.

Nous avons perdu des opportunités de passer du temps ensemble. Certains d’entre nous l’ont payé cher. Mais nous sommes toujours là, unis par notre amitié, nos valeurs et nos objectifs d’exploration et de ponts documentaires entre l’Europe et le sud du détroit de Magellan.

Et cette année nouvelle, c’est pour repartir encore plus loin le temps d’une parenthèse dans nos recherches.

Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Et à bientôt au sud du sud.

25 novembre : journée de commémoration du génocide selknam en Terre de Feu argentine

25 novembre : journée de commémoration du génocide selknam en Terre de Feu argentine

Le 25 novembre marque, en Terre de Feu argentine, la commémoration du génocide selknam, dont le processus d’extermination a débuté à la fin du XIXe siècle lors du massacre de San Sebastián. Cette date, désormais reconnue par la loi provinciale comme journée de mémoire et de réparation, souligne à la fois l’étendue de la violence coloniale, la complexité du processus mémoriel et la continuité des communautés selk’nam contemporaines, aujourd’hui engagées dans la récupération culturelle et la revendication de leurs droits.

Les Selk’nam étaient des chasseurs-cueilleurs semi-nomades de la grande île de la Terre de Feu. Leur société, fondée sur les haruwen (territoires familiaux collectifs), ne reposait pas sur des chefs permanents, mais sur des rôles de leadership tournants. Leur culture était structurée par des rites tels que le Hain, essentiels à la transmission intergénérationnelle. Les premiers contacts européens remontent à l’expédition de Magellan en 1520, qui observe les feux faits sur les rives par les Selk’nam et baptise ainsi la Terre de Feu.​

Les prémices du génocide

Colonisation, orpailleurs et estancieros

Dès la deuxième moitié du XIXème siècle, la ruée vers l’or attira des aventuriers et industriels en Terre de Feu (Tierra del Fuego). Des figures comme Julius Popper menèrent des expéditions violentes contre les Selk’nam, lesquels commencèrent à perdre leurs terres de chasse et de cérémonie au profit des éleveurs ovins. Privés de guanacos, chassés pour éviter la concurrence avec les moutons, les Selk’nam furent poussés à la prédation animale et au conflit ouvert, justifiant pour les colons une politique systématique d’extermination.

Le massacre de San Sebastián (25 novembre 1886)

Le 25 novembre 1886, sur ordre de l’Exécutif national argentin, l’officier Ramón Lista débarque en baie de San Sebastián avec ses hommes, tombe sur un groupe de familles selk’nam et ordonne d’ouvrir le feu après une tentative d’arrestation infructueuse. 28 personnes sont tuées, dont des femmes et des enfants. Cet événement est considéré comme le début du génocide planifié.

Processus d’extermination et survivances

À partir de 1894, les haruwen sont définitivement occupés : les territoires collectifs sont segmentés par les estancieros. Les survivants sont dispersés, concentrés ou déportés. Les missions religieuses, en particulier celles de La Candelaria (Rio Grande, Terre de Feu) et la Mision San Rafael (île Dawson), imposent une assimilation culturelle, participent aux mauvais traitements et contribuent à la perte linguistique.

La population selk’nam, officiellement estimée à 4000 personnes en 1870, chute à quelques centaines en 1900 puis à une centaine en 1930, jusqu’à une disparition officielle liée au décès d’Angela Loig dans les années 1970. Pourtant, les recensements de 2010 en Argentine enregistrent plus de 2700 personnes se reconnaissant comme Selk’nam, témoignage d’une résurgence identitaire portée notamment par la communauté Rafaela Ishton.​

Mémoire, réparation et lois argentines

Longtemps marginalisée dans l’historiographie et les manuels scolaires, la mémoire selk’nam connaît depuis la fin du XXe siècle une revalorisation portée par des chercheurs internationaux et les mouvements autochtones. La reconnaissance officielle du 25 novembre (Loi provinciale 1389, 2021) concrétise ce processus de réparation mémorielle. Les cérémonies publiques à Río Grande, Tolhuin et Ushuaia, la mobilisation de la communauté Rafaela Ishton et l’engagement des institutions sont autant d’initiatives vers la justice historique et sociale.​

La commémoration du génocide selk’nam dépasse la dénonciation, elle vise à soutenir la lutte d’un peuple pour la reconnaissance officielle, la préservation de leur patrimoine et la transmission de son histoire.


genocide selknam selk'nam colonisation terre de feu rafaela ishton

Commémorer le génocide selknam le 25 novembre en Terre de Feu argentine est un acte de justice historique, d’engagement politique et de reconnaissance communautaire. Ce processus, porté par les descendants des survivants, les institutions et la recherche, combat l’invisibilisation et vise la prise en compte de la mémoire collective et la réparation.

L’association Karukinka, par son approche éditoriale, ses actions et son partenariat avec des membres de cette communauté contribue activement à la valorisation et à la transmission du patrimoine selk’nam, pour une histoire réappropriée.​


Bibliographie

  • Casali, Romina, Conquistando el fin del mundo. La misión La Candelaria y la salud de la población selk’nam, Tierra del Fuego 1895-1931, Prohistoria Ediciones, 2013.
  • Feierstein, Daniel, El genocidio como práctica social, Fondo de Cultura Económica, 2007.
  • Casali, Romina, De la extinción al genocidio selk’nam: sobre Historia e historias para una expiación intelectual. Tierra del Fuego, Argentina, A Contracorriente, 2017.
  • Pérez, Pilar, Historia y silencio: La Conquista del Desierto como genocidio no-narrado, 2011.
  • Guichón, Ricardo et al., Experiencia de trabajo conjunto entre investigadores y pueblos originarios. El caso de Patagonia Austral, Revista Argentina de Antropología Biológica, 17, 2015​.
  • Riesco, Leonor, Lecciones y proyecciones del “Sumario sobre vejámenes”, 2022.
  • SUTEF, Genocidio Selk’namhttps://sutef.org/genocidioselknam/
  • UNTDF, 25 de noviembre/ “Día del Genocidio Selk’nam”https://www.untdf.edu.ar/noticias/1924
  • El Diario del Fin del Mundo, Ceremonia conmemorativa del genocidio Selk’nam, 26/11/2024
  • La Tinta, Genocidio en el fin del mundo: Estado y terratenientes contra los selk’nam, 22/10/2025
  • Tierra del Fuego AIAS, Se llevó a cabo en Río Grande el primer acto oficial…, 25/11/2022
  • Gouvernement Provincial de Terre de Feu, Invitation à la commémoration du Dia del Genocidio Selknam, 24/11/2025
Préparation du festival Kreeh Chinen

Préparation du festival Kreeh Chinen

L’équipage du Milagro sera présent, en tant que partenaire, à la 5ᵉ édition du festival Kreeh Chinen !
Cet événement, que nous soutenons depuis sa création, se tiendra le 29 novembre au Resto bar Punto de Encuentro, à Tolhuin (province de Terre de Feu, Argentine).

Le festival : un lieu de rassemblement artistique

Le festival Kreeh Chinen, mot selk’nam signifiant « accrochés à la lune » selon ses fondateurs, vise à réunir artistes, poètes, écrivains, musiciens, peintres issus de toute la province de Terre de Feu. Chacune des trois grandes villes de la province y sont représentées, et l’initiative a été pensée pour favoriser une rencontre artistique indépendante, solidaire, et ouverte aux initiatives locales : producteurs, artisans, petites structures sont invités à participer. L’édition précédente, déjà soutenue par Karukinka, souligne cette dimension collective et ambitieuse : “L’idée est de rendre visibles les thématiques régionales, environnementales, culturelles des peuples autochtones,” expliquent en choeur deux des organisateurs, Lauriane Lemasson, chercheuse française, et Alejandro Pinto, écrivain et poète de Río Grande. 

Pourquoi Karukinka s’y associe

L’association Karukinka, fondée avec l’ambition de « créer le pont qui manquait entre l’Europe et la Terre de Feu », s’engage depuis de nombreuses années auprès des peuples autochtones et des projets patrimoniaux de la région. Le partenariat avec Kreeh Chinen s’inscrit donc naturellement dans sa mission :

  • promouvoir les expressions culturelles du sud de l’Argentine (Terre de Feu), dans leur authenticité, indépendance et diversité.
  • renforcer les liens entre acteurs locaux (artistes, artisans, communautés autochtones) et un public plus large, au-delà des frontières.
  • contribuer à un événement qui met en avant non seulement l’art mais aussi les thématiques environnementales, culturelles et patrimoniales liées aux peuples autochtones de la région.

Ce qui est prévu le 29 novembre

Au restobar Punto de Encuentro à Tolhuin, il sera possible de découvrir :

  • des musiciens venus de toute la province de Terre de Feu,
  • des poètes et écrivains partageant les récits, voix et imaginaires locaux,
  • des peintres et artistes visuels exposant leurs œuvres,
  • un moment de partage et de rencontre, dans l’esprit de Kreeh Chinen, qui valorise à la fois l’art, l’engagement local et la coopération.

Cette 5ᵉ édition du festival Kreeh Chinen permettra, une nouvelle fois, de célébrer l’art, la culture et la solidarité en Terre de Feu. Nous vous relaterons cet événement plus en détail bientôt ! 

En savoir plus sur les dernières éditions du festival

Affiche du festival artistique itinérant Kreeh Chinen, le 3 mai 2025 à Ushuaia (Tierra del Fuego, Patagonie Argentine)
Affiche du festival artistique itinérant Kreeh Chinen, le 3 mai 2025 à Ushuaia (Tierra del Fuego, Patagonie Argentine)
Affiche du festival artistique indépendant Kreeh Chinen, le 13 juillet 2024 à Ushuaia
Une histoire yagan : le colibri (Omora ou Sámakéar)

Une histoire yagan : le colibri (Omora ou Sámakéar)

Aujourd’hui nous vous faisons découvrir une histoire yagan dédiée au colibri contée par Úrsula Calderón et Cristina Calderón en 2001 dans la baie Mejillones (île Navarino, Chili). Elle a été publiée dans les pages 170 et 171 du livre “Guia Multi-Etnica de Aves de los bosques subantárticos de Sudamérica” (2017) et traduite de l’espagnol au français par l’association Karukinka.

une histoire yagan du colibri du chili Sephanoides sephaniodes
Le colibri du Chili ou Sephanoides sephaniodes, (source Wikipedia)

L’histoire yagan du colibri Sephanoides sephaniodes

“Autrefois, lorsque les oiseaux étaient encore des humains, une grande sécheresse s’abattit sur la région du cap Horn et ses habitants mouraient de soif. L’astucieux renard (cilawáia, le renard de Magellan) trouva une lagune et, sans en parler à personne, construisit autour un enclos de rameaux d’umush (calafate en yagan) afin que personne ne puisse entrer. Ainsi caché, il buvait seul beaucoup d’eau, se préoccupant seulement de lui.

Renard de Magellan (Lycalopex griseus, cilawáia)

Au bout d’un certain temps, les autres découvrirent l’existence de cette lagune et en groupe, ils allèrent demander un peu d’eau au cilawáia. Mais il ne voulut même pas écouter leurs supplications et les expulsa avec des paroles brutales. La condition des personnes s’aggravait à chaque moment et, dans leur désespoir, ils se souvinrent d’omora. Ils envoyèrent alors un message à ce petit visiteur occasionnel qui, dans d’autres pénuries similaires, leur avait sauvé la vie.

Le colibri ou petit omora était toujours prêt à aider et vint très rapidement. Bien que diminué, cette petite créature (humaine ou esprit) est plus courageuse et intrépide que n’importe quel géant. À son arrivée, les gens lui racontèrent ce qui s’était passé, en détail, au sujet de ses grandes pénuries. Omora, en écoutant ce qui se passait, s’indigna et s’éleva en volant vers l’endroit où se trouvait cilawáia. Egoïste, le renard se confronta à lui. Et omora lui dit alors: « Écoute! Est-ce vraiment vrai ce que les autres m’ont raconté? Tu as accès à une lagune, et tu ne veux pas partager ton eau avec les autres. Sais-tu que si tu ne leur donnes pas d’eau, ils mourront de soif? » Le renard répliqua: « Qu’est-ce que cela peut me faire? Cette lagune contient très peu d’eau, juste assez pour moi et certains de mes proches parents.» En écoutant cela, omora devint furieux et, sans répondre au cilawáia, il retourna au campement.

Il réfléchit et, avec empressement, s’éleva en prenant son bâton et retourna là où était cilawáia. En chemin, omora collecta plusieurs pierres pointues, et lorsqu’il s’approcha suffisamment du renard il cria: « Partageras-tu enfin l’eau avec tous? » L’egoïste cilawáia répondait: « Qu’ils meurent de soif. Je ne peux pas donner de l’eau à chacun d’eux, sinon moi et ma famille nous mourrons de soif. » Omora était si furieux qu’il ne put se retenir et s’élança avec son bâton, tuant le renard au premier coup.

Les autres qui regardaient arrivèrent heureux en courant au lieu, cassèrent l’enclos pour s’approcher de la lagune et commencèrent à boire pour calmer leur soif, toute l’eau. Quelques oiseaux arrivés tard purent à peine mouiller leurs gorges. Alors, la sage petite chouette sirra (la grand-mère d’omora) dit aux oiseaux qui étaient arrivés tard: « Allez chercher de la boue du fond de la lagune et volez vers les sommets des montagnes, au-dessus desquels vous devez arrroser. »

Les petits oiseaux et leurs balles de boue firent naître des sources verticales à l’origine des cours d’eau qui dégringolent des montagnes, formant de petits ruisseaux et de grands fleuves qui coulent par les ravins. Quand tout le monde vit cela, ils étaient extrêmement heureux et tous burent de grandes quantités d’eau fraîche et pure, ce qui était bien meilleur que l’eau de la lagune que cilawáia, le renard, gardait. Maintenant, tous se trouvaient sauvés. Jusqu’à aujourd’hui, tous ces cours d’eau coulent depuis les montagnes et fournissent une eau exquise. Depuis ce moment, personne ne doit mourir de soif.”

Le voilier Milagro se pare de bois de coigüe

Le voilier Milagro se pare de bois de coigüe

Lundi 27 octobre, le Milagro a vibré au rythme du bois et des outils. Avec José, membre de l’équipage et parrain du bateau, nous avons consacré la journée à une séance de menuiserie traditionnelle pour façonner deux nouveaux plans de travail en bois de coigüe. Ces aménagements, désormais installés à l’arrière du voilier, serviront à vider les poissons et à lever les filets à l’extérieur, en pleine harmonie avec la mer et le vent. À bord, le parfum du bois fraîchement taillé s’est mêlé à celui des changements de marée. La finition s’est faite à la hache, à la scie vibrante et enfin à la meuleuse.

une séance de menuiserie traditionnelle deux nouveaux plans de travail en bois de coigüe

Héritage du peuple yagan

Chez les Yagans, peuple des canaux de la Terre de Feu, le travail du bois occupe une place essentielle. Issus d’une culture intimement liée à l’eau et au froid, les Yagans façonnent le bois pour tout : les canoës, les outils, les abris. Leur savoir-faire repose sur un sens aigu de la matière, capable de transformer un tronc humide en embarcation légère, ou une planche brute en surface de travail durable. En reprenant ces gestes ancestraux, bien que complétés par des outils modernes, nous rendons hommage à cette culture maritime millénaire, qui voyait dans chaque morceau de bois un fragment du paysage, une trace du lien entre l’humain et la nature.

Lauriane et José à bord de Milagro, avec un premier plan de travail en bois de coigue sur le balcon arrière tribord.
Lauriane et José à bord de Milagro, avec un premier plan de travail en coigüe sur le balcon arrière tribord.

Le bois de coigüe, force du sud chilien

Le coigüe (Nothofagus dombeyi) est un arbre emblématique des forêts tempérées du sud du Chili et de la Patagonie. Son bois, dense et résistant, se distingue par une teinte claire et chaude, parfaite pour les ouvrages marins. C’est une essence qui supporte bien l’humidité et vieillit avec élégance, développant une patine douce au fil des saisons. Travailler le coïgue, c’est manipuler un matériau vivant, enraciné dans la même terre et les mêmes vents que le Milagro sillonne. Un bois noble, de plus de 60 ans dans le cas de celui que nous avons utilisé, façonné ici à la manière d’autrefois, pour que le bateau continue son voyage dans le respect des traditions et de la nature qui l’entourent.

coigue nothofagus dombeyi spécimen adulte
Un spécimen adulte (source Wikipedia)
Le feuillage du coigüe (crédits: Valerio Pillar de Porto Alegre, Brazil — DSC_7172.JPGUploaded by pixeltoo, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=10393830)

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