Lichens et bryophytes de la rรฉserve de biosphรจre du cap Horn : les forรชts en miniature du sud de la Patagonie

Lichens et bryophytes de la rรฉserve de biosphรจre du cap Horn : les forรชts en miniature du sud de la Patagonie

Au sud de la Patagonie, au sein de la Rรฉserve de biosphรจre du cap Horn, les lichens et les bryophytes transforment troncs, rochers et tourbiรจres en vรฉritables ยซ forรชts en miniature ยป que lโ€™on ne dรฉcouvre quโ€™en se penchant avec une loupe.

Cette diversitรฉ cryptogamique atteint un niveau exceptionnel sur lโ€™รฎle Navarino, oรน des travaux menรฉs par lโ€™รฉquipe du Parc ethnobotanique Omora ont montrรฉ que sur moins de 0,01% de la surface terrestre se concentrent plus de 5% des espรจces mondiales de bryophytes, dont une grande proportion dโ€™endรฉmiques. ร€ cette richesse en mousses et hรฉpatiques sโ€™ajoute une flore lichรฉnique remarquable, rรฉcemment inventoriรฉe, qui confirme le statut de la Rรฉserve de biosphรจre du Cap Horn comme hotspot global pour les organismes non vasculaires.

Placopsis lambii Gunnera magellanica
Placopsis lambii et Gunnera magellanica, photographiรฉs dans l'un des bras de la baie Tres Brazos (expรฉdition Karukinka "Rรฉserve de Biosphรจre du cap Horn", fรฉvrier 2026)

Un hotspot au bout du monde

Lโ€™รฎle Navarino et la rรฉgion subantarctique de Magallanes se situent dans une zone de forรชts tempรฉrรฉes humides balayรฉes par les vents, oรน les prรฉcipitations abondantes et les tempรฉratures fraรฎches favorisent la prolifรฉration des mousses, hรฉpatiques et lichens. Cette รฉcorรฉgion a รฉtรฉ identifiรฉe comme un centre mondial de diversitรฉ pour les bryophytes, avec environ 818 espรจces recensรฉes dans la rรฉgion de Magallanes, qui jouent un rรดle clรฉ dans la rรฉgulation des nutriments et de la qualitรฉ de lโ€™eau. Les lichens y atteignent รฉgalement une diversitรฉ remarquable : une รฉtude floristique intensive menรฉe sur lโ€™รฎle Navarino a enregistrรฉ 416 taxons de lichens et champignons liรฉs, incluant des espรจces nouvelles pour la science.

Les forรชts de Navarino se situent dans une des rรฉgions aux pluies les plus propres de la planรจte, et lโ€™abondance de lichens sensibles ร  la pollution atmosphรฉrique tรฉmoigne de la faible charge en contaminants de lโ€™air local. Cette sensibilitรฉ fait des lichens de bons bioindicateurs de qualitรฉ de lโ€™air, un argument frรฉquemment mobilisรฉ dans les activitรฉs รฉducatives du Parc Omora et dans la communication autour de la Rรฉserve de biosphรจre.

Bunodophoron patagonicum (expรฉdition Karukinka fรฉvrier 2026, rรฉserve de biosphรจre du cap Horn)

Mรชme dans cette rรฉgion relativement prรฉservรฉe, les communautรฉs de bryophytes et lichens restent vulnรฉrables au piรฉtinement rรฉpรฉtรฉ, aux modifications hydrologiques et aux effets ร  long terme du changement climatique sur les rรฉgimes de prรฉcipitations et de tempรฉrature.
Les perturbations engendrรฉes par des espรจces introduites, comme le castor nordโ€‘amรฉricain qui modifie profondรฉment les cours dโ€™eau et les tourbiรจres de la rรฉgion, peuvent altรฉrer indirectement les substrats et les conditions microclimatiques nรฉcessaires ร  ces forรชts en miniature.

Bryophytes et lichens : des protagonistes discrets mais essentiels

Les bryophytes โ€“ mousses, hรฉpatiques et anthocรฉrotes โ€“ sont des plantes non vasculaires de petite taille, dรฉpourvues de racines et de tissus conducteurs complexes, ce qui ne les empรชche pas de coloniser massivement troncs, sols et rochers dans les forรชts subantarctiques.
Les lichens, symbioses durables entre un champignon et une algue ou une cyanobactรฉrie, forment des croรปtes, rosettes foliacรฉes ou touffes fruticuleuses qui tapissent lโ€™รฉcorce des Nothofagus, le bois mort, les pierres et mรชme les coussinets de mousses dรฉjร  prรฉsents.
En combinant ces deux groupes, le Cap Horn prรฉsente lโ€™une des densitรฉs les plus รฉlevรฉes au monde dโ€™organismes non vasculaires, au point quโ€™un seul arbre peut hรฉberger plus dโ€™une centaine dโ€™espรจces รฉpiphytes.

Les bryophytes et lichens du sud de la Patagonie sont poรฏkilohydres, cโ€™estโ€‘ร โ€‘dire quโ€™ils tolรจrent de forts dessรจchements et peuvent interrompre leur mรฉtabolisme pour le reprendre rapidement dรจs quโ€™ils se rรฉhydratent, ce qui les rend particuliรจrement rรฉsistants aux cycles gelโ€“dรฉgel.
Beaucoup dโ€™espรจces dรฉveloppent des pigments protecteurs et des structures รฉpaisses qui rรฉduisent les dommages liรฉs aux rayonnements UV, au vent et ร  lโ€™exposition directe, notamment dans les toundras magellaniques et les milieux cรดtiers. Ces traits fonctionnels expliquent quโ€™aux plus hautes altitudes de Navarino ou sur les rivages battus par les embruns, les organismes dominants soient des coussinets de mousses et des croรปtes ou buissons de lichens.

Les ยซ forรชts en miniature ยป : changer dโ€™รฉchelle

Pour rendre cette richesse perceptible au-delร  des cercles scientifiques, Ricardo Rozzi et ses collรจgues ont proposรฉ la mรฉtaphore des ยซ bosques en miniatura del Cabo de Hornos ยป, des forรชts en miniature formรฉes par les mousses, hรฉpatiques, lichens et la microโ€‘faune qui y vit. La pratique dโ€™observer ces petits paysages avec une loupe, en sโ€™arrรชtant longuement devant un tronc ou un rocher, transforme la promenade en une exploration naturaliste dรฉtaillรฉe de mondes habituellement invisibles.

Lypocodium s.l.  bryophytes, baie Tres Brazos, Rรฉserve de biosphรจre du cap Horn, expรฉdition Karukinka
Lypocodium s.l. ร  droite (baie Tres Brazos, Rรฉserve de biosphรจre du cap Horn, expรฉdition Karukinka fรฉvrier 2026)

Les ยซ forรชts en miniature ยป ne sont pas seulement vรฉgรฉtales : elles hรฉbergent une microโ€‘faune variรฉe dโ€™insectes, dโ€™acariens, de nรฉmatodes et dโ€™autres invertรฉbrรฉs qui se nourrissent, se reproduisent et se rรฉfugient dans les coussins de mousses et de lichens. Ces organismes contribuent ร  la fragmentation de la matiรจre organique, ร  la minรฉralisation des nutriments et parfois ร  la dispersion des spores et propagules, ajoutant plusieurs niveaux trophiques ร  ce qui, ร  lโ€™ล“il nu, ressemble ร  un simple tapis vert ou gris.

Rรดles รฉcologiques dans les forรชts et tourbiรจres

Dans les forรชts subantarctiques humides, les bryophytes et lichens forment des manteaux รฉpais sur les troncs, les rochers et le sol, capables de retenir de grandes quantitรฉs dโ€™eau et de rรฉguler lโ€™humiditรฉ locale. Cette capacitรฉ de rรฉtention en fait des รฉponges naturelles qui amortissent lโ€™impact des pluies frรฉquentes, limitent lโ€™รฉrosion et stabilisent les microโ€‘habitats pour une multitude dโ€™invertรฉbrรฉs et de microโ€‘organismes.

Dans les tourbiรจres, des bryophytes โ€“ notamment des mousses de type sphaignes et apparentรฉes โ€“ structurent la matrice qui accumule la matiรจre organique en milieu saturรฉ, stockant ร  la fois de lโ€™eau et de grandes quantitรฉs de carbone.

Sphagnum et hรฉpatiques de tourbiรจres, Baie Tres Brazos (Rรฉserve de Biosphรจre du cap Horn, expรฉdition Karukinka, fรฉvrier 2026)

Les lichens jouent aussi un rรดle pionnier sur les roches nues, les moraines glaciaires et les affleurements du littoral, oรน ils amorcent la formation de sols en altรฉrant physiquement et chimiquement le substrat. En retenant des particules et lโ€™humiditรฉ, ces communautรฉs pionniรจres crรฉent progressivement des microโ€‘niches propices ร  lโ€™installation ultรฉrieure de mousses, puis de plantes vasculaires

Espรจces emblรฉmatiques de mousses et de lichens

Parmi les bryophytes, la mousse Lepyrodon lagurus est souvent citรฉe comme espรจce emblรฉmatique du Parc Omora, oรน elle forme des nappes veloutรฉes sur les troncs et contribue ร  lโ€™aspect luxuriant des forรชts humides.
Ce type de mousses รฉpiphytes retient lโ€™eau de pluie, offre des microโ€‘refuges ร  des invertรฉbrรฉs variรฉs et accueille parfois des lichens qui sโ€™installent sur leur surface, complexifiant encore la structure de la microโ€‘forรชt.

Chez les lichens, les grandes touffes dโ€™Usnea, les ยซ barbes de vieillard ยป suspendues aux branches des Nothofagus, illustrent bien la relation entre puretรฉ de lโ€™air et vigueur des populations lichรฉniques. Les coussinets et petites trompettes des Cladonia qui couvrent certains sols ou bois morts, ainsi que des espรจces nouvellement dรฉcrites comme Candelariella magellanica, tรฉmoignent de lโ€™originalitรฉ de la flore lichรฉnique de Navarino.

Ecoturismo con lupa : un tourisme avec loupe

Pour valoriser et protรฉger cette biodiversitรฉ discrรจte, lโ€™รฉquipe du Parc Omora a dรฉveloppรฉ le concept dโ€™ยซ Ecoturismo con lupa ยป, un รฉcotourisme avec loupe qui place au centre de lโ€™expรฉrience la dรฉcouverte des mousses, hรฉpatiques et lichens. Ce terme, forgรฉ par Ricardo Rozzi et ses collรจgues, dรฉsigne une forme de tourisme de niche dans la Rรฉserve de biosphรจre du Cap Horn, oรน les visiteurs sont invitรฉs ร  observer les ยซ bosques en miniatura ยป et ร  comprendre leur rรดle รฉcologique. Des sentiers balisรฉs accueillent de petits groupes รฉquipรฉs de loupes, accompagnรฉs de guides qui combinent histoire naturelle, รฉcologie et rรฉflexion รฉthique sur la conservation bioculturelle.

Ce modรจle dโ€™รฉcotourisme a รฉtรฉ soutenu par des projets de dรฉveloppement dโ€™un tourisme scientifique et รฉducatif dans la rรฉgion, cherchant ร  articuler retombรฉes รฉconomiques locales, รฉducation environnementale et protection des รฉcosystรจmes subantarctiques.
Le documentaire ยซ Viaje Invisible. Ecoturismo con Lupa ยป illustre cette approche en suivant des visites guidรฉes qui plongent le public dans la contemplation dรฉtaillรฉe des forรชts en miniature du Cap Horn.

Conservation bioculturelle et รฉducation

Le Parc Omora et ses partenaires dรฉfendent une approche de ยซ conservation bioculturelle ยป, qui relie la protection de la biodiversitรฉ ร  la reconnaissance des cultures locales, en particulier la tradition yagan et les communautรฉs de Puerto Williams. Les bryophytes et lichens deviennent alors des mรฉdiateurs pour rรฉflรฉchir aux liens entre modes de vie, รฉthique environnementale et responsabilitรฉ envers les รฉcosystรจmes, notamment ร  travers la ยซ philosophie environnementale de terrain ยป proposรฉe par Rozzi et ses collรจgues.

Les รฉcoles de Puerto Williams intรจgrent lโ€™observation des forรชts en miniature dans leurs activitรฉs pรฉdagogiques, afin que les enfants reconnaissent la valeur mondiale de la biodiversitรฉ de leur territoire. Cette appropriation locale contribue ร  contrer la ยซ homogรฉnรฉisation bioculturelle ยป, concept qui dรฉsigne la tendance ร  oublier les organismes discrets et ร  perdre en mรชme temps les connaissances et significations culturelles qui leur sont associรฉes.

Nos remerciements ร  Ricardo Rozzi et ร  Josรฉ German Gonzalez Calderon pour leur aide ร  la dรฉfinition des bryophytes ร  partir de nos images.


Bibliographie non exhaustive

Etayo, J., Sancho, L. G., Gรณmezโ€‘Bolea, A., Sรธchting, U., Aguirre, F., & Rozzi, R. (2021). Catรกlogo de lรญquenes (y algunos hongos relacionados) de la isla Navarino, Reserva de la Biosfera Cabo de Hornos, Chile. Anales del Instituto de la Patagonia, 49.

Goffinet, B., Rozzi, R., Massardo, F., et al. (2012). Miniature Forests of Cape Horn: Ecotourism with a Hand Lens. University of North Texas Press.

Rozzi, R. (coord.) (s.d.). Ecoturismo con lupa en el Parque Omora. Universidad de Magallanes. Prรฉsentation รฉditoriale et notice du livre.

Cape Horn Center (CHIC). Ecoturismo con lupa: una experiencia para conocer los bosques en miniatura de lรญquenes y musgos.

Instituto de Ecologรญa y Biodiversidad / Universidad de Magallanes. Omora Ethnobotanical Park โ€“ prรฉsentation institutionnelle de la station biologique.

Rozzi, R., et al. (2008). Patterns of species richness in subโ€‘Antarctic plants and implications for conservation (rapport et articles associรฉs sur la flore de Magallanes).

Wikipedia. Ecoturismo con lupa. Fiche encyclopรฉdique prรฉsentant le concept et son contexte au Cap Horn.

Documentaire Viaje Invisible. Ecoturismo con Lupa. Parc ethnobotanique Omora, 2013.

Cultivating a Garden of Names in the Cape Horn Biosphere Reserve. ร‰tude sur la conservation bioculturelle, les bryophytes et lichens et lโ€™รฉducation environnementale.

Cartographie Antarctique : une histoire des cartes prรฉcoces du continent blanc

Cartographie Antarctique : une histoire des cartes prรฉcoces du continent blanc

L'histoire de la reprรฉsentation cartographique de l'Antarctique constitue un chapitre fascinant des sciences gรฉographiques, longtemps nรฉgligรฉ par les historiens. Bien que l'Antarctique ait intriguรฉ l'esprit humain pendant des siรจcles, l'histoire de sa cartographie prรฉcoce demeure presque totalement inexploitรฉe dans la littรฉrature acadรฉmique. Les catalogues des plus grandes institutions gรฉographiques mondiales, y compris le British Museum et la Royal Geographical Society, dรฉnombrent moins d'une douzaine de cartes antรฉrieures ร  1840[1].

Ce petit dossier, publiรฉ depuis la pรฉninsule Antarctique (!), explore les origines gรฉographiques et cartographiques du continent blanc, retraรงant l'รฉvolution de la reprรฉsentation de ces terres australes ร  travers les siรจcles, des spรฉculations thรฉoriques des anciens aux dรฉcouvertes scientifiques des navigateurs modernes. Bonne lecture !

Origines antiques et thรฉories antรฉrieures aux cartes imprimรฉes

Les origines lointaines de la conception Antarctique

La gรฉographie historique de l'Antarctique possรจde des origines anciennes et vรฉnรฉrables. Bien que les cartes les plus anciennes aient occasionnellement รฉvoquรฉ une masse terrestre dans le sud inconnu, les cartes TO (Mappa Mundi) n'en faisaient aucune rรฉfรฉrence[1]. Ces cartes TO, formรฉes d'un simple cercle divisรฉ en trois compartiments reprรฉsentant l'Europe, l'Asie et l'Afrique, constituaient un dispositif de reprรฉsentation du monde qui coรฏncidait remarquablement avec les enseignements chrรฉtiens primitifs[1].

Une autre forme simple de reprรฉsentation mondiale utilisรฉe dans l'Antiquitรฉ รฉtait un cercle divisรฉ par des lignes horizontales en sections reprรฉsentant les zones climatiques : Frigide, Tempรฉrรฉe, Torride, Tempรฉrรฉe et Frigide. Ces cartes climatiques reflรฉtaient une thรฉorie gรฉomรฉtrique de l'organisation terrestre[1].

Thรฉories antiques sur la Terre Australe

Dรจs l'Antiquitรฉ, la connaissance de l'existence de terres au loin Nord conduisit les penseurs grecs et romains ร  postulater l'existence logique d'une masse terrestre correspondante au loin Sud pour รฉquilibrer le globe[1]. Cette thรฉorie de l'รฉquilibre s'accompagnait de la conviction que la ceinture รฉquatoriale รฉtait si chaude qu'elle devenait inhabitable et mรชme intraversable pour l'homme.

Pomponius Mela au Ier siรจcle et Macrobius au Ve siรจcle postulaient tous deux l'existence d'un vaste continent austral occupant pratiquement la moitiรฉ du globe[1]. Ces spรฉculations reflรฉtaient le poids cumulatif de la pensรฉe antique en faveur de l'existence d'un grand continent antarctique.

L'influence de Claudius Ptolรฉmรฉe

Claudius Ptolรฉmรฉe, le gรฉographe d'Alexandrie du IIe siรจcle (vers 150 aprรจs J.-C.), rรฉsuma les connaissances du monde antique dans sa conception d'une carte mondiale oรน l'ocรฉan Indien รฉtait enfermรฉ dans les terres[1]. Ses travaux, qui deviendraient la rรฉfรฉrence gรฉographique majeure pendant prรจs de mille ans, consolidaient thรฉoriquement l'existence probable d'un continent antarctique รฉquilibrant le monde.

L'interlude mรฉdiรฉval et l'opposition de l'ร‰glise chrรฉtienne

L'ร‰glise chrรฉtienne primitive s'opposa farouchement ร  la croyance aux Antipodes et la dรฉclara finalement hรฉrรฉtique[1]. La gรฉographie revint temporairement ร  la conception ancienne d'une Terre plate et circulaire, et seules les cartes en roue ou de type TO furent approuvรฉes par l'autoritรฉ ecclรฉsiastique.

La renaissance de la gรฉographie et les premiers siรจcles de cartographie imprimรฉe

Les voyages de Marco Polo et le renouveau de la curiositรฉ gรฉographique

Le premier grand accroissement des connaissances gรฉographiques occidentales provint des voyages de la famille Polo au XIIIe siรจcle[1]. Nicolo, Maffeo et Marco Polo, par leurs dรฉplacements et leurs rapports, ont prouvรฉ l'existence de terres au-delร  des limites du monde antique. Marco Polo en particulier rapporta l'existence de terres d'une grande richesse au loin Sud, qu'il nomma Beach, Lucach et Maletur[1].

La dรฉcouverte du Nouveau Monde et la relance de l'intรฉrรชt australien

La Renaissance, la circumnavigation de l'Afrique et, surtout, la dรฉcouverte de l'Amรฉrique incitรจrent les esprits curieux ร  se tourner vivement vers le sud[1]. Les textes classiques furent traduits et la tradition d'une grande terre du sud reprit possession de l'esprit des hommes, tant pour des motifs intellectuels qu'utilitaires.

Amerigo Vespucci rapporta que lors d'un voyage au Brรฉsil, il fut poussรฉ par une tempรชte ร  500 lieues vers le sud-est, oรน il aperรงut une terre qu'il nomma Terra da vista (Terre vue)[1]. Deux navires hollandais non identifiรฉs tentant le mรชme voyage quelques annรฉes plus tard eurent une expรฉrience similaire et nommรจrent leur dรฉcouverte "Pressillgtlandt"[1].

Les explorations du XVIe Siรจcle et la formation de la gรฉographie conjecturale

Le motif principal derriรจre l'exploration du XVIe siรจcle รฉtait le dรฉsir d'atteindre les Indes, le dรฉpรดt de richesses depuis les temps antiques[1]. Des tentatives dรฉlibรฉrรฉes furent ainsi entreprises pour contourner l'Amรฉrique du Sud ร  cette fin. Une fois cela rรฉalisรฉ par Magellan en 1520, l'exploration ultรฉrieure vers le sud demeure longtemps aprรจs accidentelle, provoquรฉe par des navires dรฉviรฉs de leur route par le mauvais temps prรฉvalant[1].

Un voyage cรฉlรจbre fut celui de Sir Francis Drake en 1578. Poussรฉ par les tempรชtes jusqu'ร  57ยฐ sud, modรฉrant son cours, il se tourna vers le nord et rencontra quelques รฎles qu'il nomma en l'honneur de sa reine, les "Elizabethides"[1]. Ces รฎles รฉtaient presque certainement le groupe de la Terre de Feu et sont reprรฉsentรฉes de maniรจre fort charmante sur une carte de Hondius publiรฉe par Le Clerc en 1602[1].

L'ร‚ge d'Or de la cartographie thรฉorique : Mercator, Ortelius et le mythe de la Terra Australis

Oronce Finรฉ et la fondation du mythe cartographique

Les premiers voyages semblaient confirmer l'existence d'une grande terre australe, car ces dรฉcouvertes et rapports รฉtranges รฉtaient considรฉrรฉs comme des projections d'un continent mรฉridional[1]. Ainsi, lorsque la gravure et l'impression de cartes furent inventรฉes, la tradition d'une grande terre australe, construite au cours des siรจcles, fut gรฉnรฉralement acceptรฉe par les gรฉographes, y compris les plus grands et les plus influents.

Oronce Finรฉ en 1531 dessina une vaste Terra Australis autour du Pรดle Sud, et en cela, il fut รฉtroitement suivi par Mercator en 1538[1].

Figure 1: carte mondiale de Mercator (1569) montrant le continent austral immense s'รฉtendant sur toute la base de la carte

Mercator et la diffusion du concept d'une terre australe gรฉante

Mercator, le plus grand gรฉographe du XVIe siรจcle, dans sa grande carte mondiale de 1569, montra un immense continent mรฉridional s'รฉtendant sur toute la base de sa carte[1]. Ce concept fut copiรฉ par Ortelius en 1570, et comme l'atlas d'Ortelius devint populaire (pas moins de 40 รฉditions apparurent entre 1570 et 1612), le concept Mercator se rรฉpandit sur la plus grande partie de l'Europe[1].

Abraham Ortelius Typus Orbis Terrarum Anvers Antwerpen 1570.
Abraham Ortelius, Typus Orbis Terrarum, Anvers, 1570.

D'autres cartographes reprรฉsentant une grande masse terrestre australe furent Schoner en 1520, Cimerlinus d'aprรจs Finรฉ en 1566 (qui dessina une Terra Australis avec la remarque pittoresque "non pleinement examinรฉe"), Camocius la mรชme annรฉe, Bertelli en 1571, Sir Humphrey Gilbert en 1576, Drake en 1590, Wytfliet en 1597 et Linschoten en 1598[1].

Quelques exemples de cartes entre 1597 et 1657

Wytfliet Chica sive Patagonica Australis Terra Louvain 1597
Wytfliet, Chica sive Patagonica Australis Terra, Louvain, 1597
Hondius Americae Novissima Descriptio le Clerc 1602
Hondius, Americae Novissima Descriptio, Le Clerc, 1602
Hondius Terra Australis Incognita Amsterdam 1620
Hondius, Terra Australis Incognita, Amsterdam, 1620
Hondius, Polus Antarcticus, Amsterdam, 1641
Carte extraite du livre de Hall Mundus Alter et Idem sive Terra Australis Utrecht, 1643
Carte extraite du livre de Hall : Mundus Alter et Idem sive Terra Australis (Utrecht, 1643)
Sanson d'Abbeville Les deux Poles Arctique ou Septentrionale et Antarctique ou Meridional ... jusques aux 45 Degres de Latitude Paris 1657
Sanson d'Abbeville (Gรฉographe du Roi), Les deux Pรดles Arctique ou Septentrional et Antarctique ou Mรฉridional ... jusques aux 45 Degrรฉs de Latitude, Paris, 1657

Les voix discordantes : Sebastian Munster et la reprรฉsentation alternative

Les exceptions furent rares mais significatives. Sebastian Munster dans sa carte mondiale de 1540 montra une masse terrestre modรฉrรฉe uniquement sous l'Amรฉrique du Sud, laissant le Pacifique et l'Atlantique Sud dรฉpourvus de terres[1]. En cela, il fut suivi par Gastaldi en 1546, et en 1600 Edward Wright composa une carte mondiale pour Hakluyt laissant l'ocรฉan austral complรจtement libre de terres[1].

Nรฉanmoins, la presse populaire au dรฉbut du XVIIe siรจcle respectait la tradition et la rรฉputation des maรฎtres du dรฉbut du XVIe siรจcle : Hondius en 1602, Kaerius en 1614, Speed en 1627, Visscher en 1636, Sanson en 1650 et Blaeu jusqu'en 1660 montraient tous une grande zone terrestre australe[1].

cartographie antarctique Sebastian Munster Typus Orbis Universalis 1545
Sebastian Munster, Typus Orbis Universalis, Basle, 1545.

L'รฉrosion graduelle du mythe : le XVIIe siรจcle et l'absence de confirmation

La disparition progressive du continent hypothรฉtique

Au fur et ร  mesure que les navires des nations marchandes pรฉnรฉtraient plus loin vers le sud, la conception d'un รฉnorme continent austral s'amenuisa graduellement et, aprรจs le tournant du siรจcle, disparut entiรจrement pour un temps[1]. Aucune terre australe n'apparaรฎt sur les cartes mondiales de De Wit, du jeune Visscher ou d'Allard dans la seconde moitiรฉ du XVIIe siรจcle, ni au dรฉbut du XVIIIe siรจcle sur les cartes de Mortier, De Lisle, Senex ou Homann[1].

Cet effacement cartographique รฉtait comprรฉhensible car pratiquement rien ne fut ajoutรฉ ร  la somme des connaissances de ces rรฉgions pendant tout le XVIIe siรจcle[1]. Hendrik Brewer fit le tour de l'รฎle Staten en 1643 et dรฉcouvrit son รฉtendue modeste. Antony La Roche, dรฉviรฉ de sa route en 1675, dรฉcouvrit une terre mais ses calculs รฉtaient vagues, et il pouvait s'agir des รฎles Malouines ou possiblement de la Gรฉorgie du Sud qu'il avait atteinte[1].

La persistance curieuse du concept dรฉs-accrรฉditรฉ

L'ancienne conception d'un continent austral, bien que discrรฉditรฉe, ne disparut pas entiรจrement, car elle fut ravivรฉe par Chatelain vers 1715, utilisรฉe par Jaillot en 1719, et Weigel vers 1740 reproduisit la carte de Sanson de 1651[1].

Chatelain Mappemonde ou Description Gรฉnรฉrale du Globe Terrestre Amsterdam 1718
Chatelain, H. A. Mappemonde ou Description Gรฉnรฉrale du Globe Terrestre, Amsterdam, 1718

L'รจre scientifique : De Lisle, Buache et la cartographie rationnelle

Guillaume de Lisle : le fondateur de la cartographie scientifique de l'Antarctique

Guillaume de Lisle, nรฉ en 1675 et nommรฉ Premier Gรฉographe du Roi en 1718, demeure une figure majeure de l'histoire de la cartographie[1]. L'un des premiers ร  adopter des principes scientifiques basรฉs sur les observations astronomiques de l'Acadรฉmie Royale de Paris, il publia en 1714 un "Hemisphere Meridional"[1].

Figure 2: Carte de l'hรฉmisphรจre mรฉridional par Guillaume de Lisle (1714), montrant uniquement les terres vรฉrifiรฉes avec cautรจle scientifique

Finement gravรฉe, cette carte montrait uniquement les dรฉcouvertes vรฉrifiรฉes, ses terres les plus australes รฉtant la Tasmanie et la Nouvelle-Zรฉlande, et une seule requรชte "Terre supposรฉe avoir รฉtรฉ vue par Sir Francis Drake"[1]. La carte de De Lisle fut reproduite de nombreuses fois, le premier ajout important รฉtant la dรฉcouverte par Bouvet de la Terre de Circoncision en 1739, qui fut ajoutรฉe ร  la plaque de De Lisle[1].

Philippe Buache et la gรฉographie thรฉorique spรฉculative

De Lisle fut succรฉdรฉ par Philippe Buache, qui d'abord suivit les traces de son prรฉdรฉcesseur en produisant le 5 septembre 1739 une "Carte des Terres Australes" montrant la dรฉcouverte de Bouvet du 1er janvier de la mรชme annรฉe avec la trace des navires faisant l'expรฉdition[1]. C'รฉtait une performance fort louable.

Philippe Buache Carte des Terres Australes comprises entre le Tropique du Capricorne et le Pole Antarctique Paris 1739
Philippe Buache, Carte des Terres Australes comprises entre le Tropique du Capricorne et le Pole Antarctique, Paris, 1739.

Malheureusement, plus tard dans sa vie, il devint le plus grand amplificateur de la gรฉographie thรฉorique. Mรชlant toutes les dรฉcouvertes rรฉelles et rapportรฉes, il les joignit ensemble par une ligne continue, donnant naissance ร  des rรฉsultats cartographiques des les plus originaux [1]. En cela, il fut suivi par d'autres gรฉographes franรงais tels que Denis en 1764, Clouet en 1785 et Moithey en 1787, dont les travaux s'รฉcartaient considรฉrablement des observations prudentes de Guillaume de Lisle[1].

Philippe Buache Hemisphere Occidental dresse en 1720 pour l'usage particulier du Roy sur les Observationes Astronomiques et Geographiques par Guillaume de Lisle revu et augmente par Ph. Buache en 1760 Paris 1760
Philippe Buache, Hemisphere Occidental, dresse en 1720 pour l'usage particulier du Roy sur les Observationes Astronomiques et Geographiques par Guillaume de Lisle revu et augmente par Ph. Buache en 1760, Paris, 1760

Jean-Baptiste d'Anville : le cartographe prudent

Un autre excellent gรฉographe รฉtait le grand Jean Baptiste Bourguignon d'Anville, qui n'abhorrait pas les espaces blancs, mais terminait sa ligne oรน son information s'arrรชtait[1]. La carte de De Lisle continua ร  รชtre publiรฉe par Van Ewyk en 1752 et, avec corrections, aussi tard qu'en 1782 par Dezauche[1].

L'expansion des connaissances : dรฉcimation empirique du mythe Antarctique

Les dรฉcouvertes du XVIIIe siรจcle : fragments et รฉnigmes

En Angleterre au XVIIIe siรจcle, ni Senex en 1710 ni Moll en 1719 ne montraient aucun continent austral sur leurs grandes cartes mondiales, mais la carte de Senex de 1725 portait une note รฉclairante[1]. En raison du froid bien plus grand et du gel plus important des mers vers le Pรดle Sud qu'au nord, les dรฉcouvertes n'avaient pas รฉtรฉ faites aussi loin vers le sud qu'au nord, mais les mers ouvertes n'รฉtaient jamais connues comme gelรฉes, seules les bordures prรจs de la terre gelaient en raison de la grande quantitรฉ d'eau douce apportรฉe de la terre[1].

Cette note de Senex reflรฉtait une comprรฉhension croissante que l'absence de dรฉcouvertes pouvait รชtre due aux conditions environnementales plutรดt qu'ร  l'absence de terres[1].


Acadรฉmie Royale des Sciences et de la Littรฉrature de Prusse Tabula Geographica Hemisphaeri Australis 1740
Acadรฉmie Royale des Sciences et de la Littรฉrature de Prusse, Tabula Geographica Hemisphaeri Australis, 1740

Le capitaine James Cook : la fin des fantaisies gรฉographiques

Vers la fin du siรจcle, la premiรจre tentative rรฉelle et soutenue pour dรฉlimiter les limites de la terre antarctique fut entreprise par le gouvernement britannique. L'expรฉdition fut confiรฉe ร  l'un des navigateurs les plus capables de son รฉpoque, le Capitaine James Cook[1].

Les efforts de Cook furent remarquables. Il pรฉnรฉtra plus loin vers le sud et plus extensivement que quiconque avant lui[1]. Bien que sa reconnaissance fรปt lรฉgรจre dans son propre pays, il remporta une renommรฉe universelle et fut honorรฉ dans tous les pays de l'Europe occidentale[1]. Dรฉsormais, aucune carte de quelque prรฉtention concernant l'hรฉmisphรจre sud n'รฉtait publiรฉe ร  moins qu'elle ne soit basรฉe sur les relevรฉs du Capitaine Cook[1].

Le grand accomplissement de Cook fut de libรฉrer les mers australes des fantaisies gรฉographiques des cartographes antรฉrieurs. En un sens, ses rรฉsultats furent nรฉgatifs car il rencontra rรฉellement peu de terres[1]. Il nomma cependant la Gรฉorgie (Georgia) et dรฉcouvrit Sandwich Land[1].

James Cook A Chart of the Southern Hemisphere showing the Tracks of some of the most distinguished Navigators Londres 1777
James Cook, A Chart of the Southern Hemisphere showing the Tracks of some of the most distinguished Navigators, Londres, 1777

Autres contributions du XVIIIe siรจcle

En dehors des voyages historiques de Cook, plusieurs contributions mineures aux connaissances gรฉnรฉrales furent apportรฉes au XVIIIe siรจcle[1]. La dรฉcouverte de Bouvet en 1738-1739 et, en 1762, le navire Aurora rapporta la prรฉsence de deux รฎles situรฉes 35 lieues ร  l'ouest des รฎles Malouines, revues par le San Miguel en 1779 et 1790[1]. Finalement en 1794, le gouvernement espagnol envoya la corvette Atrevida pour fixer leur position.

Le navire espagnol Lion en 1756 aperรงut des terres ร  55ยฐ sud, probablement la Gรฉorgie du Sud. Kerguelen Tremarec, un noble de Bretagne, enflammรฉ par l'idรฉe d'une dรฉcouverte brillante en latitudes australes, รฉquipa une expรฉdition et finit par dรฉcouvrir une terre qu'il nomma Nouvelle-France et, se hรขtant de rentrer, รฉcrivit de sa dรฉcouverte en termes enthousiastes[1]. ร€ une deuxiรจme visite en 1773, il trouva le territoire stรฉrile et inhabitable, et changea le nom en Terre de Dรฉsolation. Elle fut plus tard nommรฉe d'aprรจs son dรฉcouvreur[1].

Marion Dufresne et Crozet dรฉcouvrirent deux petites รฎles en 1772[1]. Toutes ces dรฉcouvertes furent marquรฉes sur les cartes avant la fin du XVIIIe siรจcle.

L Abbรฉ Clouet Carte Gรฉnรฉrale de la Terre ou Mappemonde avec les quatres Principaux Sistemes corrigรฉe et augmentรฉe d'aprรจs les Nouvelles Observations de Mrs de l'acadรฉmie Rle. des Sciences Paris 1785
L'Abbรฉ Clouet, Carte Gรฉnรฉrale de la Terre ou Mappemonde avec les quatres Principaux Sistemes corrigรฉe et augmentรฉe d'aprรจs les Nouvelles Observations de Mrs. de l'acadรฉmie Rle. des Sciences, Paris, 1785

L'รฉpoque des explorations sรฉrieuses : le XIXe siรจcle

L'activitรฉ frรฉnรฉtique des XIXe siรจcle prรฉcoce

La premiรจre moitiรฉ du XIXe siรจcle fut une pรฉriode d'activitรฉ maximale aux latitudes australes, tant pour les expรฉditions officielles gouvernementales que pour les entreprises commerciales privรฉes[1]. Il y avait une demande รฉnorme d'huile pour l'รฉclairage domestique, et les chasseurs de phoques britanniques et amรฉricains sillonnaient les mers australes[1].

La plupart des journaux de bord tenus sur ces navires de chasse aux phoques รฉtaient gardรฉs secrets. Une exception fut la firme des Frรจres Enderby, qui combina ses activitรฉs commerciales lรฉgitimes avec une soif de connaissances gรฉnรฉrales et un dรฉsir du progrรจs scientifique[1]. Les capitaines de leurs navires recevaient l'instruction, oรน cela รฉtait possible, de faire des observations et des enregistrements de tout fait d'importance gรฉographique, et ces observations furent largement diffusรฉes pour le bรฉnรฉfice de l'humanitรฉ, pour assurer un passage plus sรปr dans ces mers dangereuses[1].

Les dรฉcouvreurs privรฉs et la cartographie empirique

Le Capitaine William Smith dans la brigantine Williams de Blyth, en octobre 1819, dรฉcouvrit une terre, envoya son officier ร  terre pour planter le drapeau, et nomma la terre Nouvelle-Bretagne du Sud. Plus tard, il changea le nom en Nouvelles รŽles Shetland du Sud[1]. Deux ans plus tard, un navire amรฉricain, le Hero sous le Capitaine Palmer, naviguant dans les mรชmes eaux, dรฉcouvrit la terre maintenant nommรฉe d'aprรจs lui[1].

En 1820, James Weddel fit un voyage pour le compte des Frรจres Enderby. Dans une baleiniรจre de 160 tonnes, la brigantine Jane of Leith, il arpenta les รฎles Shetland du Sud et redรฉcouvrit les รฎles Orkney du Sud[1]. En un deuxiรจme voyage en 1822, il atteignit 74,15ยฐ sud[1]. Entre 1830-1831, John Biscoe dans le Tula, รฉgalement employรฉ par les Enderbys, dรฉcouvrit une terre qu'il nomma d'aprรจs ses employeurs, et finalement, une autre dรฉcouverte due รฉgalement aux Enderbys fut faite en 1839 quand John Balleny, leur employรฉ dans l'Eliza Scott de 154 tonnes, trouva les รฎles nommรฉes d'aprรจs lui[1].

Les expรฉditions gouvernementales officielles

Entre-temps, des expรฉditions furent envoyรฉes sous les auspices de divers gouvernements[1]. En 1819, le Czar Alexander I envoya Bellinghausen avec deux navires, la Vostock et la Mirni, en voyage d'exploration du Pรดle Sud[1]. En 1821, Bellinghausen dรฉcouvrit et nomma deux petites รฎles, Peter et Alexander, ร  ce moment les terres les plus australes connues[1].

Entre 1838-1840, une expรฉdition franรงaise sous Dumont Durville avec deux navires, l'Astrolabe et le Zelie, visita et explora les รฎles Shetland du Sud et nomma les cรดtes qu'ils dรฉcouvrirent Terre Louis-Philippe et Terre Adรฉlie[1].

La mission britannique historique : Ross et le seuil du continent Antarctique

Un voyage plus important fut effectuรฉ en 1840 sous les auspices de l'Amirautรฉ britannique. Confiรฉ au commandement du Capitaine James Ross, les deux navires, l'Erebus et le Terror, pรฉnรฉtrรจrent plus loin vers le sud que jamais auparavant[1]. Ross en 1842 atteignit 78,10ยฐ sud, trouva et nomma Victoria Land[1]. Ses deux volcans furent nommรฉs d'aprรจs ses navires, les Monts Erebus et Terror[1].

L'expรฉdition amรฉricaine monumentale

Une grande expรฉdition amรฉricaine sous le Lieutenant Wilkes, U.S.N., mit ร  la voile avec cinq navires ; la Vincennes de 780 tonnes ; le Peacock de 650 tonnes ; le Porpoise de 230 tonnes ; le Sea Gull de 110 tonnes ; et le Flying Fish de 96 tonnes[1]. Le Sea Gull fut perdu en 1839 et le Peacock s'รฉchoua en 1841. Wilkes rapporta un รฉtirement considรฉrable de cรดte antarctique entre Victoria Land et Enderby et le nomma Terre de Wilkes[1].

Conclusion : la fin d'une รฉpoque et le commencement d'une nouvelle

Durville, Wilkes et Ross furent les derniers d'une sรฉrie d'expรฉditions vers le Pรดle Sud. Un siรจcle d'activitรฉ frรฉnรฉtique cessa, laissant revenir le calme en Antarctique. C'รฉtait la fin d'une รฉpoque, et l'exploration du Pรดle Sud ne fut ravivรฉe que vers la fin du XIXe siรจcle[1].

L'histoire de la cartographie antarctique prรฉcoce rรฉvรจle bien plus qu'une simple succession de progrรจs gรฉographiques. Elle illustre comment les conceptions thรฉoriques, appuyรฉes par l'autoritรฉ des cartographes, peuvent persister pendant des siรจcles malgrรฉ l'absence de preuves empiriques. Elle montre รฉgalement la lente transition de la gรฉographie du domaine de la spรฉculation ร  celui de l'enquรชte scientifique.

De la thรฉorie de l'รฉquilibre des Anciens ร  la Terra Australis des cartographes de la Renaissance, en passant par la cartographie thรฉorique de Buache jusqu'ร  la rigueur scientifique de De Lisle et finalement aux explorations empiriques de Cook, cette รฉvolution reprรฉsente un progrรจs majeur dans la mรฉthode scientifique gรฉographique elle-mรชme.

Rรฉfรฉrence

[1] Tooley, R. V. (1985). The Mapping of Australia and Antarctica, รฉdition rรฉvisรฉe, seconde รฉdition. Holland Press, Londres. Originalement publiรฉ comme Early Antarctica, Monographie de la Map Collectors' Circle, 1963.

La pรฉninsule Antarctique en voilier : c’est partiii pour Milagro et son รฉquipage !

La pรฉninsule Antarctique en voilier : c’est partiii pour Milagro et son รฉquipage !

Le feu vert des Terres Australes et Antarctiques Franรงaises arrive enfin. ร€ peine l'autorisation obtenue il nous faut nous activer pour avitailler Milagro. Nous quittons en ce moment mรชme la baie d'Ushuaia. Direction Puerto Williams, oรน les derniers prรฉparatifs du voilier Milagro nous attendent avant notre premiรจre expรฉdition en pรฉninsule Antarctique en voilier.

l'antarctique en voilier avec le navire Milagro de l'association Karukinka
Le voilier Milagro amarrรฉ au ponton du Club Nautico d'Ushuaia le 1er janvier 2026

Et qui reprend la route avec nous ? C'est l'รฉquipage solide et uni par l'amitiรฉ โ€” celui de Camarones ร  Ushuaia, voire mรชme pour certains de Saint Nazaire aux canaux de Patagonie. On ne change pas une รฉquipe qui gagne!

Rendez-vous sous peu pour les nouvelles du Sud. Mais d'abord, une parole qui s'impose avant toute chose :

BONNE ANNร‰E ร€ TOUS !

Qu'elle soit synonyme de convivialitรฉ, d'audace, et surtout d'une bonne santรฉ. Car 2025 nous a rappelรฉ, brutalement parfois, une vรฉritรฉ simple : sans la santรฉ, sans ceux qu'on aime, sans cette dรฉtermination tranquille qui pousse ร  continuer, rรฉaliser les rรชves devient impossible.

Nous avons perdu des opportunitรฉs de passer du temps ensemble. Certains d'entre nous l'ont payรฉ cher. Mais nous sommes toujours lร , unis par notre amitiรฉ, nos valeurs et nos objectifs d'exploration et de ponts documentaires entre l'Europe et le sud du dรฉtroit de Magellan.

Et cette annรฉe nouvelle, c'est pour repartir encore plus loin le temps d'une parenthรจse dans nos recherches.

Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Et ร  bientรดt au sud du sud.

DOSSIER CANAUX DE PATAGONIE : Glaciologie et systรจmes cryosphรฉriquesย 

DOSSIER CANAUX DE PATAGONIE : Glaciologie et systรจmes cryosphรฉriquesย 

La Patagonie abrite trois champs de glace continentaux majeurs reprรฉsentant les rรฉserves glaciaires les plus importantes de l'hรฉmisphรจre sud en dehors de l'Antarctique et de la Nouvelle-Zรฉlande.

Le Champ deย Glace Patagon Nord (Campo de Hielo Patagรณnico Norte, NPI) s'รฉtend au 46.5ยฐS avec une surface d'environ 4 200 kmยฒ et un volume de glace estimรฉ entre 1 200 et 1 400 kmยณ. Le Champ deย Glace Patagon Sud (Campo de Hieloย Patagรณnicoย Sur, SPI), situรฉ entre 50 et 51ยฐS, couvre environ 13 000 kmยฒ avec un volume estimรฉ de 3 800 ร  4 200 kmยณ. Le Champ deย Glace de la Cordillรจre Darwin (CDI), localisรฉ quant ร  lui au 54ยฐS, s'รฉtend sur environ 1 600 kmยฒ avec un volume estimรฉ de 500 ร  700 kmยณ[1][2].ย 

Ensemble, ces trois systรจmesย cryosphรฉriquesย couvrent plus de 19 000 kmยฒ et contiendraient suffisamment d'eau pour รฉlever le niveau marin global de 13 ร  14 millimรจtres si entiรจrement fusionnรฉs et drainรฉs vers l'ocรฉan. Ces glaciers reprรฉsentent environ 3 % du volume de glace non-polaire terrestre global (seulement!), mais ont contribuรฉ depuis l'annรฉe 2000 ร  environ 10 % de l'รฉlรฉvation du niveau marin global observรฉe durant cetteย pรฉriode[2].ย 

Evolution et mรฉcanismes de la perte de masse glaciaire de 1940 ร  2023ย 

Depuis l'annรฉe 1940, les glaciers patagons collectivement ont perdu 1 350 ยฑ 150 milliards de tonnes de glace, contribuant directement ร  une รฉlรฉvation du niveau marin estimรฉe ร  3,7 millimรจtres. Ce taux de contribution ocรฉanique s'est accรฉlรฉrรฉ au cours du temps : le taux annuel de perte de glace s'est accรฉlรฉrรฉ de 15 Gt/an durant les annรฉes 1960-1980, puis ร  22-29 Gt/an pour la pรฉriode 2000-2023, soit une accรฉlรฉration exponentielle de la fonte des glaciers de Patagonie.ย Les dรฉmarcations se lisent sur la roche adjacente et ne serait-ce qu'entre 2018 et 2025 durant nos expรฉditions, nous pouvons constater la perte de volume des glaciers situรฉs sur le versant sud de la Cordillรจre Darwin et par exemple l'รฉcoulement constant, devenu une รฉnorme cascade, au pied du glacier Romanche.

patagonie glaciologie et systรจmes cryosphรฉriques terre de feu
La cascade de fonte au pied du glacier Romanche (Cordillรจre Darwin, Terre de Feu, Chili) lors de l'expรฉdition d'avril 2025

Les recherches menรฉes par le Programme de Recherche des Champs de Glace de Patagonie (PIRP) et le Centre de Recherche GAIAย Antรกrticaย de l'Universitรฉ de Magallanes, en combinaison avec les modรจles climatiques rรฉgionaux ร  haute rรฉsolution spatiale (MAR et RACMO ร  500m de rรฉsolution), rรฉvรจlent que l'augmentation du ruissellement de surface constitue le principal facteur physique de perte de masse glaciaire depuis 1940, modifiant ainsi les hypothรจses scientifiquesย antรฉrieures[2].ย 

Les donnรฉes reconstruites du bilan de masse superficiel (SMB) couvrant la pรฉriode 1940-2023 ร  500m de rรฉsolution spatiale รฉtablissent une dรฉclinaison nette de -0,35 Gt/anยฒ. Cette dรฉclinaison rรฉsulte principalement d'une augmentation du ruissellement de surface de +0,47 Gt/anยฒ, partiellement compensรฉe par une variation mineure des prรฉcipitations (~-0,06 Gt/anยฒ). Les bilans cumulatifs interannuels varient considรฉrablement : la meilleure annรฉe observรฉe (1948) enregistra un surplus d'accumulation de +59,4 Gt, tandis que la pire annรฉe documentรฉe (2016) enregistra une perte nette de -52,2 Gt, illustrant la variabilitรฉ extrรชme du systรจme glaciaire. 

Amplification climatique rรฉgionaleย de la fonte glaciaire

L'augmentation du ruissellement glaciaire de surface rรฉsulte directement d'une รฉlรฉvation gรฉnรฉrale des tempรฉratures estivales ร  l'รฉchelle rรฉgionale. La rรฉgionย patagonneย connaรฎt une augmentation des tempรฉratures documentรฉe depuis 1940 affichant un taux de +0,08ยฐC par dรฉcade, soit environ 2,5 fois plus rapide que la tendance de rรฉchauffement global moyen (~0.03ยฐC par dรฉcade observรฉe ร  l'รฉchelle planรฉtaire). Cette amplification rรฉgionale est attribuable ร  l'intrusion de vents chauds provenant d'origines septentrionales, phรฉnomรจne directement liรฉ au dรฉplacement vers le pรดle des systรจmes de haute pression subtropicaux en rรฉponse au changement climatique global.ย 

Le nombre de lacs proglaciaires (lacs d'eau de fusion formรฉs immรฉdiatement en aval des fronts glaciaires) dans la Cordillรจre Darwin et des Champs de Glace Nord et Sud a augmentรฉ de 461 % entre 1945 et 2024, passant de 33 lacs documentรฉs ร  185 lacs. La surface totale couverte par ces lacs a augmentรฉ de 124 %, passant de 28,2 ยฑ 5,6 kmยฒ en 1945 ร  63,3 ยฑ 1,9 kmยฒ en 2024[3].ย 

Le passage de lacs endiguรฉes par la glace (reprรฉsentant 71,6 % de la surface totale en 1945) ร ย des lacs endiguรฉesย par des moraines sรฉdimentaires (80,5 % en 2024) reprรฉsente une transformation รฉcosystรฉmique aux implications gรฉomorphologiques critiques. Cette transition transforme fondamentalement le rรฉgime des dรฉbรขcles glaciaires catastrophiques (GLOFs) puisque les barrages de moraine prรฉsentent une stabilitรฉ extrรชmement faible et une susceptibilitรฉ รฉlevรฉe aux effondrements soudains libรฉrant les masses d'eau stockรฉes.ย 

Les dรฉbรขcles glaciaires catastrophiques documentรฉs incluent un รฉvรฉnement remarquable d'effondrement de moraine d'un lac proglaciaire en 1997-1998 qui provoqua une inondation destructrice traversant les fjords et modifiant la morphologie des zones cรดtiรจres adjacentes. Un รฉvรฉnement plus volumineux et complexe fut enregistrรฉ en 2018, libรฉrant 28 fois le volume du premier รฉvรฉnement, crรฉant un flux destructeur et transformant complรจtement la morphologie des vallรฉesย drainรฉes[3].ย 

Des glaciers en Patagonie : jusqu'ร  quand?

L'un des bras du plus grand glacier de l'รฎle Hoste, lors de l'expรฉdition Karukinka de dรฉcembre 2025 (Dรฉtroit Coloane, Province du cap Horn, Chili)

Les modรจles glaciologiques rรฉgionaux (OGGM - Open Global Glacier Model) appliquรฉs aux populations de glaciers patagons de superficie supรฉrieure ร  1 kmยฒ indiquent une continuation du dรฉglaรงage durant le 21รจme siรจcle. Les projections climatiques d'ensemble pour la pรฉriode 2020-2100 indiquent une perte de volume glaciaire totale estimรฉe entre 22 et 27 % selon le scรฉnario de forรงage climatique considรฉrรฉ, avec une contribution ร  l'รฉlรฉvation du niveau marin estimรฉe de 3,1 ร  3,8 mm pour la pรฉriode 2012-2050 seule. 

Au taux actuel de perte de masse documentรฉ et observรฉ pour la pรฉriode rรฉcente 1979-2023, les glaciers patagons pourraient potentiellement disparaรฎtre entiรจrement dans approximativement 220 ans.ย 


Pour aller plus loin, les rรฉfรฉrences utilisรฉes pour cet article : ย 

[1] Noรซl, B., et al. (2025). Surfaceย runoffย asย primaryย driver ofย Patagonianย glacier massย lossย sinceย 1940. Nature Communications.ย 

[2] CONICET. (2023).ย Glaciares:ย Guardianesย delย Agua.ย Documentalย CONICET, IANIGLA-CONICET.ย 

[3]ย Izagirre, E., et al. (2025). Evolution of glacialย lakesย andย southernmostย GLOFsย in the Cordillera Darwin and Cloue Icefields (1945-2024).ย Frontiersย inย Earthย Science, 10, 1641167.ย 

25 novembre : journรฉe de commรฉmoration du gรฉnocide selknam en Terre de Feu argentine

25 novembre : journรฉe de commรฉmoration du gรฉnocide selknam en Terre de Feu argentine

Le 25 novembre marque, en Terre de Feu argentine, la commรฉmoration du gรฉnocide selknam, dont le processus dโ€™extermination a dรฉbutรฉ ร  la fin du XIXe siรจcle lors du massacre de San Sebastiรกn. Cette date, dรฉsormais reconnue par la loi provinciale comme journรฉe de mรฉmoire et de rรฉparation, souligne ร  la fois lโ€™รฉtendue de la violence coloniale, la complexitรฉ du processus mรฉmoriel et la continuitรฉ des communautรฉs selkโ€™nam contemporaines, aujourdโ€™hui engagรฉes dans la rรฉcupรฉration culturelle et la revendication de leurs droits.

Les Selkโ€™nam รฉtaient des chasseurs-cueilleurs semi-nomades de la grande รฎle de la Terre de Feu. Leur sociรฉtรฉ, fondรฉe sur les haruwen (territoires familiaux collectifs), ne reposait pas sur des chefs permanents, mais sur des rรดles de leadership tournants. Leur culture รฉtait structurรฉe par des rites tels que le Hain, essentiels ร  la transmission intergรฉnรฉrationnelle. Les premiers contacts europรฉens remontent ร  lโ€™expรฉdition de Magellan en 1520, qui observe les feux faits sur les rives par les Selkโ€™nam et baptise ainsi la Terre de Feu.โ€‹

Les prรฉmices du gรฉnocide

Colonisation, orpailleurs et estancieros

Dรจs la deuxiรจme moitiรฉ du XIXรจme siรจcle, la ruรฉe vers lโ€™or attira des aventuriers et industriels en Terre de Feu (Tierra del Fuego). Des figures comme Julius Popper menรจrent des expรฉditions violentes contre les Selkโ€™nam, lesquels commencรจrent ร  perdre leurs terres de chasse et de cรฉrรฉmonie au profit des รฉleveurs ovins. Privรฉs de guanacos, chassรฉs pour รฉviter la concurrence avec les moutons, les Selkโ€™nam furent poussรฉs ร  la prรฉdation animale et au conflit ouvert, justifiant pour les colons une politique systรฉmatique dโ€™extermination.

Le massacre de San Sebastiรกn (25 novembre 1886)

Le 25 novembre 1886, sur ordre de lโ€™Exรฉcutif national argentin, lโ€™officier Ramรณn Lista dรฉbarque en baie de San Sebastiรกn avec ses hommes, tombe sur un groupe de familles selkโ€™nam et ordonne dโ€™ouvrir le feu aprรจs une tentative dโ€™arrestation infructueuse. 28 personnes sont tuรฉes, dont des femmes et des enfants. Cet รฉvรฉnement est considรฉrรฉ comme le dรฉbut du gรฉnocide planifiรฉ.

Processus dโ€™extermination et survivances

ร€ partir de 1894, les haruwen sont dรฉfinitivement occupรฉs : les territoires collectifs sont segmentรฉs par les estancieros. Les survivants sont dispersรฉs, concentrรฉs ou dรฉportรฉs. Les missions religieuses, en particulier celles de La Candelaria (Rio Grande, Terre de Feu) et la Mision San Rafael (รฎle Dawson), imposent une assimilation culturelle, participent aux mauvais traitements et contribuent ร  la perte linguistique.

La population selkโ€™nam, officiellement estimรฉe ร  4000 personnes en 1870, chute ร  quelques centaines en 1900 puis ร  une centaine en 1930, jusqu'ร  une disparition officielle liรฉe au dรฉcรจs d'Angela Loig dans les annรฉes 1970. Pourtant, les recensements de 2010 en Argentine enregistrent plus de 2700 personnes se reconnaissant comme Selkโ€™nam, tรฉmoignage dโ€™une rรฉsurgence identitaire portรฉe notamment par la communautรฉ Rafaela Ishton.โ€‹

Mรฉmoire, rรฉparation et lois argentines

Longtemps marginalisรฉe dans lโ€™historiographie et les manuels scolaires, la mรฉmoire selkโ€™nam connaรฎt depuis la fin du XXe siรจcle une revalorisation portรฉe par des chercheurs internationaux et les mouvements autochtones. La reconnaissance officielle du 25 novembre (Loi provinciale 1389, 2021) concrรฉtise ce processus de rรฉparation mรฉmorielle. Les cรฉrรฉmonies publiques ร  Rรญo Grande, Tolhuin et Ushuaia, la mobilisation de la communautรฉ Rafaela Ishton et lโ€™engagement des institutions sont autant dโ€™initiatives vers la justice historique et sociale.โ€‹

La commรฉmoration du gรฉnocide selkโ€™nam dรฉpasse la dรฉnonciation, elle vise ร  soutenir la lutte d'un peuple pour la reconnaissance officielle, la prรฉservation de leur patrimoine et la transmission de son histoire.


genocide selknam selk'nam colonisation terre de feu rafaela ishton

Commรฉmorer le gรฉnocide selknam le 25 novembre en Terre de Feu argentine est un acte de justice historique, dโ€™engagement politique et de reconnaissance communautaire. Ce processus, portรฉ par les descendants des survivants, les institutions et la recherche, combat lโ€™invisibilisation et vise la prise en compte de la mรฉmoire collective et la rรฉparation.

L'association Karukinka, par son approche รฉditoriale, ses actions et son partenariat avec des membres de cette communautรฉ contribue activement ร  la valorisation et ร  la transmission du patrimoine selkโ€™nam, pour une histoire rรฉappropriรฉe.โ€‹


Bibliographie

  • Casali, Romina, Conquistando el fin del mundo. La misiรณn La Candelaria y la salud de la poblaciรณn selkโ€™nam, Tierra del Fuego 1895-1931, Prohistoria Ediciones, 2013.
  • Feierstein, Daniel, El genocidio como prรกctica social, Fondo de Cultura Econรณmica, 2007.
  • Casali, Romina, De la extinciรณn al genocidio selkโ€™nam: sobre Historia e historias para una expiaciรณn intelectual. Tierra del Fuego, Argentina, A Contracorriente, 2017.
  • Pรฉrez, Pilar, Historia y silencio: La Conquista del Desierto como genocidio no-narrado, 2011.
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  • Riesco, Leonor, Lecciones y proyecciones del โ€œSumario sobre vejรกmenesโ€, 2022.
  • SUTEF, Genocidio Selkโ€™namhttps://sutef.org/genocidioselknam/
  • UNTDF, 25 de noviembre/ โ€œDรญa del Genocidio Selkโ€™namโ€https://www.untdf.edu.ar/noticias/1924
  • El Diario del Fin del Mundo, Ceremonia conmemorativa del genocidio Selkโ€™nam, 26/11/2024
  • La Tinta, Genocidio en el fin del mundo: Estado y terratenientes contra los selkโ€™nam, 22/10/2025
  • Tierra del Fuego AIAS, Se llevรณ a cabo en Rรญo Grande el primer acto oficial..., 25/11/2022
  • Gouvernement Provincial de Terre de Feu, Invitation ร  la commรฉmoration du Dia del Genocidio Selknam, 24/11/2025