Dans les forêts humides du sud du Chili et de l'Argentine, un arbre à l'écorce lisse et grise se distingue par son feuillage persistant d'un vert profond. Froissez une feuille entre les doigts : une odeur poivrée s'en dégage aussitôt. C'est le canelo, Drimys winteri, membre de la famille des Winteraceae — l'une des plus anciennes lignées d'angiospermes connues. Son aire de répartition s'étend depuis la région de Coquimbo, au centre du Chili, jusqu'au cap Horn, à 56° de latitude sud, et déborde sur les zones andino-patagoniennes d'Argentine.
Sous bois de canelo au début de l'hiver photographié lors d'une expédition en 2018 au sud de la baie Orange
Table des matières
Ce que l'on observe sur le terrain
La description classique d'un arbre de 10 à 20 mètres ne correspond qu'à certaines localisations. Drimys winteri est une espèce à haute plasticité écologique : son port varie du petit arbuste rabougri à l'arbre à tronc droit selon les conditions de sol, de luminosité, d'altitude et d'exposition au vent. Farina et al. (2023), dans leur rapport technique produit pour le gouvernement de Terre de Feu argentine, décrivent cette variabilité avec précision. Dans le district de Magallanes — qui couvre le sud de la Patagonie et la Terre de Feu jusqu'au cap Horn — le canelo se tient le plus souvent dans le sous-étage des forêts de coigüe et de lenga, sous forme arbustive ou comme arbre de petite taille. Plus au nord, dans les vallées valdiviennes, il peut atteindre des dimensions plus importantes.
Deux écotypes principaux ont été identifiés : l'un lié aux sites d'altitude à sols bien drainés, l'autre aux dépressions humides et aux sols tourbeux, où il se comporte comme colonisateur actif après perturbation. Cette plasticité lui permet de tenir aussi bien en pleine lumière qu'à l'ombre dense, sur des substrats allant du sol mince de montagne au sol marécageux (Loewe, 1987, cité dans Farina et al., 2023).
Le canelo dans les forêts du cap Horn
Dans la province du Cap Horn, le canelo s'intègre dans des forêts mixtes dominées par Nothofagus betuloides (Hêtre de Magellan aussi connu sous le nom de coigüe ou guindo), avec la présence associée de Pilgerodendron uviferum (le cyprès de las Guaitecas), de Maytenus magellanica (Maitén) et d'un sous-bois riche en bryophytes, lichens et hépatiques. Il occupe le niveau arbustif et l'étage inférieur de la canopée, souvent dans des recoins humides, sur des sols tourbeux ou à proximité de cours d'eau. Dans les secteurs les plus exposés aux vents dominants de l'ouest, il prend une forme compacte et tordue, bien éloignée des représentations venues des flores valdiviennes.
Cette présence dans les forêts les plus australes du monde a une résonance directe pour les observations conduites lors des expéditions Karukinka. En 2003, Drimys winteri a été identifié comme plante hôte du grand lépidoptère Cercophana frauenfeldii Felder, 1862 (Lepidoptera : Saturniidae), dont la présence a été documentée jusqu'au seuil de la province de Cabo de Hornos. Ce papillon nocturne, endémique du Chili, suit un gradient andino-côtier étroitement lié aux forêts tempérées humides — et donc, en partie, à la présence du canelo. Comme nous le présentons dans notre article dédié à cet hétérocère, nous avons pu documenter sa présence la plus australe depuis un mouillage situé au nord-ouest de l'île Gordon (ou Lachuf en langue yagan).
Feuilles, fleurs, fruits, écorce
Les feuilles sont alternes, simples, longues de 5 à 15 cm, à limbe ovale voire oblong ou elliptique, coriaces, avec la face supérieure vert pâle et la face inférieure blanchâtre. La nervure médiane est très marquée. Le bord est entier, légèrement recourbé. Mastiquées, elles libèrent un goût piquant caractéristique.
Les fleurs apparaissent entre septembre et novembre. Hermaphrodites, blanches à jaunâtres, parfois légèrement rosées, elles mesurent 1 à 3 cm de diamètre et sont disposées en cymes ombelliformes de 4 à 6 fleurs aux extrémités des rameaux, portées par des pédicelles rougeâtres. La corolle comprend 6 à 14 pétales ; les étamines, au nombre de 30 à 40, entourent 4 à 10 carpelles libres à anthères jaunes.
Fleurs et feuillage du canelo photographiés par Eric Hunt — Travail personnel, CC BY 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1637227
Les fruits mûrissent entre février et avril. Ce sont des baies globuleuses, noires-violacées à maturité, d'environ 1 cm, contenant 5 à 8 graines réniformes, noires et brillantes. Avant maturité, leur fond vert clair est ponctué de taches café. Ces baies charnues sont dispersées par les oiseaux frugivores des forêts australes — le zorzal Turdus falcklandii en consomme les fruits avant sa migration automnale, participant à la dissémination des graines dans le sous bois.
Les graines du Poivrier de Magellan (photographie d'Inao Vasquez CC-BY.SA 2.0 - Robertín)
L'écorce est grise à brun clair, lisse, épaisse et très aromatique. C'est elle qui a concentré l'essentiel des usages médicinaux et condimentaires, et c'est par elle que l'espèce est entrée dans l'histoire de la navigation australe.
Une écorce dans les soutes des navigateurs européens
Le nom générique Drimys vient du grec drimus : « âcre », « irritant » — en référence directe au goût de l'écorce. Le nom d'espèce honore John Winter, capitaine qui accompagnait Francis Drake lors de son expédition autour du monde (1577-1580). Au détroit de Magellan, observant les peuples locaux consommer une infusion d'écorce, il en embarqua plusieurs barils pour traiter le scorbut de son équipage. L'écorce, riche en vitamine C, se révéla efficace. Elle fut exportée vers l'Europe sous le nom de Cortex Winteri et Winter's Bark, s'inscrivant durablement dans la pharmacopée maritime du XVIe siècle (Farina et al., 2023 ; Museo Nacional de Historia Natural de Chile, 2016).
Cet épisode a contribué à diffuser une représentation partielle de l'espèce dans les sources européennes. Plusieurs historiens ont depuis analysé comment les écrits des navigateurs ont parfois fixé des usages en ignorant — ou sans accès à — la profondeur des savoirs locaux déjà constitués (Carey, 2023).
Arbre de rituels, bois d'outils
Pour le peuple mapuche, Drimys winteri — appelé foye, foique ou boigue selon les dialectes du mapudungun — est le premier arbre sacré, symbole de bienveillance, de paix et de justice. Il est planté dans les espaces de réunion sociale et religieuse. L'écorce, qualifiée de panacée par les machis, est utilisée en infusion contre les processus inflammatoires, les douleurs, la fièvre, les hémorragies, et en usage externe sur les plaies et furoncles. Le jus des fruits est employé dans les rites d'initiation de la machi. Le bois sert à fabriquer le kultrún, tambour cérémoniel central dans la culture mapuche (Farina et al., 2023 ; Alonso et Desmarchelier, 2015, cités dans Farina et al., 2023).
Les autres peuples des canaux, des îles et des forêts australes ont également intégré le canelo dans leurs pratiques. Les Selk'nam l'appelaient choól et utilisaient son bois pour fabriquer des arpons — un bois pesant qui facilitait l'enfoncement dans l'eau (Alonso, 1997, cité dans Farina et al., 2023). Le nom yagan de l'espèce, uk'ushta, est attesté dès 1928 dans les travaux de Lothrop.
Chez les Yagan, dont l'économie reposait sur la navigation, la pêche et la chasse marine dans les canaux fuégiens, le canelo fournit un bois relativement souple et maniable. Ce type de bois se prêtait à la fabrication de nombreux outils du quotidien, dont les hampes longues et flexibles des lances de harpon utilisées depuis les canoës. Les sources ethnographiques européennes restent souvent imprécises sur les essences employées pour chaque pièce ; c'est précisément dans cet espace que les savoirs locaux — oraux, transmis par usage — complètent ce que les textes écrits n'ont pas su consigner.
Farina, S., Hernandez, C., Salgado, O., Soler Esteban, R. M., Livraghi, E. et Sponton, E. (2023). Informe técnico : Pimienta de Drimys winteri (Canelo). Dirección General de Desarrollo Forestal, Ministerio de Producción y Ambiente, Gobierno de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur.
Lors de la première venue de Darwin en Patagonie, il aperçoit les falaises sombres de la Terre de Feu. Il n’a que vingt‑quatre ans et très peu de certitudes. À bord du Beagle, le sud du détroit de Magellan n’est pas une simple étape de plus : c’est un laboratoire à ciel ouvert où se croisent glaciers, fossiles marins et feux fuégiens aperçus depuis le large. Entre 1832 et 1834, ces séjours répétés dans les hautes latitudes magellaniques vont peser bien davantage que la seule “anecdote des Galápagos” dans la maturation de sa pensée.
Le navire HMS Beagle en Patagonie (1831-1836), peint par Conrad Martens (1801 - 21 August 1878) — peinture issue de "The Illustrated Origin of Species" de Charles Darwin, (Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1082238)
Contexte historique et objectifs des expéditions
Le deuxième voyage du HMS Beagle (1831–1836), commandé par Robert FitzRoy, est officiellement une mission de cartographie : il s’agit de lever des cartes précises des côtes d’Amérique du Sud pour sécuriser la navigation dans un empire britannique en pleine expansion. Conscient que les officiers seront accaparés par les sondages et les levés, FitzRoy insiste pour embarquer un naturaliste capable d’explorer les terres pendant que le navire travaille en mer.
C’est ainsi qu’un jeune diplômé de Cambridge de vingt‑deux ans, Charles Darwin, accepte de monter à bord comme passager scientifique “supernumerary”, sans fonction navale mais avec la liberté de débarquer, parcourir les rivages et tenir un journal détaillé de ses observations. Il embarque en emportant avec lui les Principles of Geology de Charles Lyell, dont la vision gradualiste – des changements lents et continus à la surface de la Terre – influence profondément sa façon de regarder les paysages.
Cadre géographique des travaux de Darwin en Patagonie
Le “sud du détroit de Magellan” visité par le Beagle comprend la Terre de Feu proprement dite, l’archipel entourant le canal qui portera plus tard le nom du navire, ainsi que plusieurs baies sub‑atlantiques, dont la Bahía San Sebastián, située au sud du détroit. Darwin signale sa première approche de la côte fuégienne en décembre 1832, au sud du cap Saint‑Sébastien : il décrit alors des falaises de strates horizontales dominant un paysage de vallées herbeuses ponctuées de bosquets, déjà marqué par les fumées des feux autochtones visibles depuis la mer.
Plus à l’ouest, le Beagle explore et cartographie le long canal tortueux, l'Onashaga en langue yagan, qui deviendra officiellement le “Beagle Channel”, séparant l’île Navarino de la grande île de la Terre de Feu, dans un décor profondément entaillé par les anciens glaciers et encombré de fjords étroits. Ces paysages aux reliefs abrupts, où des glaciers descendent presque jusqu’au niveau de la mer le long de côtes encore mal connues, offrent à Darwin un laboratoire naturel exceptionnel pour tenter de comprendre les relations entre la mer, la glace et le soulèvement des terres.
Trois séjours au sud du détroit de Magellan
Entre 1832 et 1834, Darwin revient à trois reprises dans les hautes latitudes magellaniques, à une époque où la région est encore un “finisterre” mal cartographié pour les Européens.
Lors d’un premier séjour (décembre 1832–février 1833), le Beagle atteint la Terre de Feu et explore la région du détroit de Magellan, Port Famine et la côte nord de l’Isla Grande, tandis que Darwin débarque dès qu’il le peut pour étudier les roches, les coquilles fossiles et la végétation. Il assiste aussi à la tentative de création d’une mission anglicane auprès des Yagans, expérience qui le marque durablement par la dureté du climat, la pauvreté matérielle des populations et le décalage entre les attentes britanniques et la réalité locale.
Un second passage, en 1833–1834, conduit le Beagle dans le canal Beagle lui‑même, où Darwin découvre un réseau complexe de fjords, de vallées glaciaires et d’îles forestières, dominé par la Cordillère de Darwin et ses glaciers descendant jusqu’à la mer. Un troisième séjour, en 1834, lui permet de compléter ses observations géologiques et biologiques tout en poursuivant ses notes sur le climat, la faune marine et les peuples fuégiens.
Lire la Patagonie dans la roche et le relief
En Terre de Feu et le long du détroit de Magellan, Darwin trouve vite des indices qui confortent la vision de Lyell : pour lui, le continent n’est pas figé mais lentement remodelé au fil des temps géologiques.
Il décrit de larges terrasses littorales faites de galets et de sédiments marins horizontaux, qu’il interprète comme d’anciens fonds marins progressivement soulevés au‑dessus du niveau actuel de la mer. Plus au nord, le long de la côte sud‑américaine, il relève la présence de coquilles marines à plusieurs dizaines de mètres d’altitude, ce qui renforce sa conviction que l’Amérique du Sud s’est érigée par petites poussées successives plutôt que par un seul cataclysme.
À Bahía San Sebastián, au sud du détroit de Magellan, un paysage l’intrigue particulièrement : de grands blocs de granite reposent isolés sur des roches sédimentaires plus tendres. Darwin y voit des “boulders” transportés par la glace et abandonnés au gré de courants marins chargés d’icebergs. Des études glaciologiques récentes confirment le rôle central de la glace, mais précisent que ces blocs proviennent probablement d’avalanches rocheuses tombées sur des glaciers de la Cordillère Darwin, puis déplacés sur des moraines.
Dans un texte ultérieur, publié en 1842 sur les glaciers de Terre de Feu, il décrit une moraine latérale avancée au‑delà de l’extrémité actuelle d’un glacier du canal Beagle, portant des blocs énormes – l’un d’eux atteignant 90 pieds de circonférence – qui témoignent d’anciens stades plus étendus de la glaciation.
Des travaux glaciologiques modernes ont revisité ces blocs de Darwin en combinant pétrographie et datations par nucléides cosmogéniques : ils suggèrent qu’il s’agit probablement de matériaux issus d’avalanches rocheuses tombées de la Cordillère Darwin sur des glaciers, puis étirés en “trains de blocs” le long de moraines par le mouvement glaciaire. Sans infirmer l’intuition fondamentale de Darwin sur l’importance de la glace, ces études précisent que le transport principal s’est effectué sur des glaciers terrestres plutôt que par des blocs flottant dans des icebergs, illustrant ainsi la fécondité mais aussi les limites de ses premières hypothèses.
Glaciologie et paysages de fjords
Darwin figure parmi les premiers observateurs à reconnaître la signature glaciaire du paysage fuégien, avec ses fjords profonds, ses vallées en U, ses moraines et ses champs de blocs erratiques. La région magellanique constitue pour Darwin un laboratoire à ciel ouvert pour réfléchir au rôle des glaciers. Il observe des moraines, des dépôts non stratifiés (till) et des blocs erratiques qu’il associe à l’action de la glace, bien avant que la glaciologie comme discipline ne soit pleinement constituée.
Dans ses comptes rendus, Darwin décrit des glaciers descendant jusqu’à la mer, se brisant en petits icebergs, ainsi que des blocs de roche “étrangers” posés sur des substrats différents, qu’il interprète comme transportés par la glace. Il suggère que ces blocs ont été déplacés par des glaciers de vallée ou par des icebergs issus de calottes plus étendues, puis abandonnés lors de la fonte.
Les études glaciologiques et de niveau marin menées récemment dans le canal Beagle confirment que la région a connu plusieurs phases glaciaires quaternaires, avec des calottes couvrant largement la Terre de Feu et des glaciers alimentés par la Cordillère Darwin. Ces travaux montrent également que les changements du niveau relatif de la mer – liés à la fonte de la glace et au rebond isostatique – ont joué un rôle clé dans la formation des terrasses observées par Darwin.
Biologie et biogéographie au sud du détroit
Si ce sont les Galápagos qui ont rendu célèbre le Darwin biologiste, les régions magellaniques jouent également un rôle important dans sa réflexion sur la répartition des espèces et l’adaptation aux milieux extrêmes. Les longues périodes d’attente imposées par les levés hydrographiques lui laissaient le temps d’explorer la flore de la Terre de Feu, les communautés de mousses, de lichens et d’arbustes, ainsi que la faune composée d’oiseaux marins, de mammifères marins et de petits mammifères terrestres.
Les contrastes entre la steppe patagonne, les forêts fuégiennes et les environnements littoraux riches en oiseaux plongeurs et en cétacés l’amènent à souligner la cohérence des assemblages faunistiques et floristiques avec les conditions climatiques et géologiques locales. Il s’intéresse aussi particulièrement aux transitions entre faunes atlantiques et pacifiques autour du cap Horn et du détroit de Magellan, ce qui nourrit sa sensibilité à l’influence des barrières géographiques – détroits, caps, chaînes montagneuses – sur la répartition des espèces.
Peuples fuégiens et expérience missionnaire
L’expédition porte également un objectif “civilisateur” implicite. Lors du voyage précédent, FitzRoy avait ramené en Angleterre plusieurs jeunes Fuegiens, qu’il avait fait baptiser et instruire, avec l’idée de les reconduire ensuite dans leur pays, accompagnés d’un missionnaire anglican, pour y fonder un poste chrétien. Trois d’entre eux – dont le célèbre yagan Jemmy Button – sont ainsi ramenés à Woollya, sur la côte sud de l’île Navarino, en janvier 1833, où l’on tente brièvement d’installer un petit établissement missionnaire.
Les descriptions ethnographiques de Darwin sur les Fuegiens – leur nudité apparente dans un climat rigoureux, leurs canoës d’écorce, leurs feux permanents sur les rives, leur organisation sociale – sont devenues célèbres mais aussi très controversées, car inscrites dans le langage évolutionniste et hiérarchisant de son époque. La confrontation directe avec ces modes de vie bouscule certaines de ses certitudes eurocentrées et l’amène à réfléchir à la plasticité culturelle et à la diversité des adaptations humaines aux environnements extrêmes, tout en laissant transparaître les préjugés de son époque sur les sociétés dites “primitives”.
Témoin direct de cette expérience de rencontre brutale avec des sociétés humaines, Darwin décrit dans son journal et ses notes la complexité des relations qui se nouent entre les missionnaires, les Fuegiens christianisés et les groupes locaux. Ces interactions oscillent entre espoirs “civilisateurs” et malentendus profonds concernant les modes de vie autochtones. L’expérience tourne rapidement au désastre : harcelé et menacé, le missionnaire Matthews doit être évacué dès le 6 février 1833, et le poste est abandonné, révélant l’inadéquation du projet avec la réalité sociale et politique fuégienne. Darwin, qui observe la dégradation rapide de la situation sur place, en retire un regard plus nuancé sur la “civilisation” européenne et sur la violence latente des entreprises missionnaires et coloniales.
Hydrographier, cartographier et naviguer dans un labyrinthe de canaux
Pour la Royal Navy, le sud du continent est avant tout un défi hydrographique : il faut cartographier un labyrinthe de chenaux étroits, de hauts‑fonds, de caps et de fjords soumis à des vents violents et à une météo changeante.
Le détroit de Magellan et le canal Beagle, que le Beagle parcourt longuement, constituent deux routes potentielles entre Atlantique et Pacifique, bien avant l’ouverture du canal de Panama. Darwin décrit des mouillages précaires, des courants contrariants et des passages où la combinaison de la houle, du relief sous‑marin et du vent rend la navigation hasardeuse, notamment à proximité de la future réserve de biosphère du Cap Horn.
Les levés réalisés par FitzRoy et son équipage – sondages, esquisses de rivages, relevés d’îles et de caps – améliorent considérablement les cartes disponibles pour les décennies suivantes. Pour Darwin, ces heures passées à bord offrent aussi de longs moments d’observation du ciel, de la mer et des glaciers, qu’il consigne dans son journal avec autant de soin que ses observations terrestres.
FitzRoy met également en pratique et diffuse à bord le système récemment proposé par Francis Beaufort pour classer la force des vents, qui deviendra la célèbre échelle de Beaufort. Ce cadre sert à la fois à renforcer la sécurité de la navigation dans les tempêtes magellaniques et à standardiser les observations météorologiques consignées par l’équipage. Dans ses écrits Narrative of the surveying voyages…, FitzRoy mettra ensuite en scène les défis techniques de la navigation dans ces eaux – vents violents, courants complexes, dangers cachés – et soulignera la contribution des relevés du Beagle à une chaîne globale de distances méridiennes et de cartes côtières fiables.
Ce que la Patagonie change chez Darwin
En quittant le sud du continent, Darwin n’a pas encore formulé la théorie de l’évolution par sélection naturelle, mais ses expériences magellaniques ont déjà fissuré l’idée d’un monde immuable.
Sur le plan géologique, les terrasses marines surélevées, les coquilles fossiles à grande altitude et les blocs erratiques transportés par la glace lui donnent des exemples concrets de changements lents, accumulés au fil du temps, compatibles avec le gradualisme de Lyell. Sur le plan humain, la rencontre avec les peuples fuégiens, leur adaptation fine à un milieu extrême et l’échec du projet missionnaire complexifient sa vision des différences entre sociétés humaines.
En reliant ces observations à celles faites ailleurs pendant le voyage – fossiles de grands mammifères en Argentine, faunes insulaires, variations régionales des espèces – Darwin commence à entrevoir un monde où les formes vivantes, comme les reliefs, changent graduellement plutôt que d’avoir été fixées une fois pour toutes. La Patagonie et la Terre de Feu ne sont pas seulement un décor spectaculaire de son tour du monde : elles constituent un chapitre discret mais décisif dans le cheminement intellectuel qui le conduira, plus tard, à publier On the Origin of Species.
Pour aller plus loin (bibliographie sélective)
Tu trouveras dans le PDF joint une bibliographie sélective structurée en trois parties :
sources primaires (Darwin, FitzRoy) ;
articles et ressources sur le voyage du Beagle en Terre de Feu ;
travaux récents sur la géologie et la glaciologie de la région magellanique et du canal Beagle.
L'histoire de la représentation cartographique de l'Antarctique constitue un chapitre fascinant des sciences géographiques, longtemps négligé par les historiens. Bien que l'Antarctique ait intrigué l'esprit humain pendant des siècles, l'histoire de sa cartographie précoce demeure presque totalement inexploitée dans la littérature académique. Les catalogues des plus grandes institutions géographiques mondiales, y compris le British Museum et la Royal Geographical Society, dénombrent moins d'une douzaine de cartes antérieures à 1840[1].
Ce petit dossier, publié depuis la péninsule Antarctique (!), explore les origines géographiques et cartographiques du continent blanc, retraçant l'évolution de la représentation de ces terres australes à travers les siècles, des spéculations théoriques des anciens aux découvertes scientifiques des navigateurs modernes. Bonne lecture !
Table des matières
Origines antiques et théories antérieures aux cartes imprimées
Les origines lointaines de la conception Antarctique
La géographie historique de l'Antarctique possède des origines anciennes et vénérables. Bien que les cartes les plus anciennes aient occasionnellement évoqué une masse terrestre dans le sud inconnu, les cartes TO (Mappa Mundi) n'en faisaient aucune référence[1]. Ces cartes TO, formées d'un simple cercle divisé en trois compartiments représentant l'Europe, l'Asie et l'Afrique, constituaient un dispositif de représentation du monde qui coïncidait remarquablement avec les enseignements chrétiens primitifs[1].
Une autre forme simple de représentation mondiale utilisée dans l'Antiquité était un cercle divisé par des lignes horizontales en sections représentant les zones climatiques : Frigide, Tempérée, Torride, Tempérée et Frigide. Ces cartes climatiques reflétaient une théorie géométrique de l'organisation terrestre[1].
Théories antiques sur la Terre Australe
Dès l'Antiquité, la connaissance de l'existence de terres au loin Nord conduisit les penseurs grecs et romains à postulater l'existence logique d'une masse terrestre correspondante au loin Sud pour équilibrer le globe[1]. Cette théorie de l'équilibre s'accompagnait de la conviction que la ceinture équatoriale était si chaude qu'elle devenait inhabitable et même intraversable pour l'homme.
Pomponius Mela au Ier siècle et Macrobius au Ve siècle postulaient tous deux l'existence d'un vaste continent austral occupant pratiquement la moitié du globe[1]. Ces spéculations reflétaient le poids cumulatif de la pensée antique en faveur de l'existence d'un grand continent antarctique.
L'influence de Claudius Ptolémée
Claudius Ptolémée, le géographe d'Alexandrie du IIe siècle (vers 150 après J.-C.), résuma les connaissances du monde antique dans sa conception d'une carte mondiale où l'océan Indien était enfermé dans les terres[1]. Ses travaux, qui deviendraient la référence géographique majeure pendant près de mille ans, consolidaient théoriquement l'existence probable d'un continent antarctique équilibrant le monde.
L'interlude médiéval et l'opposition de l'Église chrétienne
L'Église chrétienne primitive s'opposa farouchement à la croyance aux Antipodes et la déclara finalement hérétique[1]. La géographie revint temporairement à la conception ancienne d'une Terre plate et circulaire, et seules les cartes en roue ou de type TO furent approuvées par l'autorité ecclésiastique.
La renaissance de la géographie et les premiers siècles de cartographie imprimée
Les voyages de Marco Polo et le renouveau de la curiosité géographique
Le premier grand accroissement des connaissances géographiques occidentales provint des voyages de la famille Polo au XIIIe siècle[1]. Nicolo, Maffeo et Marco Polo, par leurs déplacements et leurs rapports, ont prouvé l'existence de terres au-delà des limites du monde antique. Marco Polo en particulier rapporta l'existence de terres d'une grande richesse au loin Sud, qu'il nomma Beach, Lucach et Maletur[1].
La découverte du Nouveau Monde et la relance de l'intérêt australien
La Renaissance, la circumnavigation de l'Afrique et, surtout, la découverte de l'Amérique incitèrent les esprits curieux à se tourner vivement vers le sud[1]. Les textes classiques furent traduits et la tradition d'une grande terre du sud reprit possession de l'esprit des hommes, tant pour des motifs intellectuels qu'utilitaires.
Amerigo Vespucci rapporta que lors d'un voyage au Brésil, il fut poussé par une tempête à 500 lieues vers le sud-est, où il aperçut une terre qu'il nomma Terra da vista (Terre vue)[1]. Deux navires hollandais non identifiés tentant le même voyage quelques années plus tard eurent une expérience similaire et nommèrent leur découverte "Pressillgtlandt"[1].
Les explorations du XVIe Siècle et la formation de la géographie conjecturale
Le motif principal derrière l'exploration du XVIe siècle était le désir d'atteindre les Indes, le dépôt de richesses depuis les temps antiques[1]. Des tentatives délibérées furent ainsi entreprises pour contourner l'Amérique du Sud à cette fin. Une fois cela réalisé par Magellan en 1520, l'exploration ultérieure vers le sud demeure longtemps après accidentelle, provoquée par des navires déviés de leur route par le mauvais temps prévalant[1].
Un voyage célèbre fut celui de Sir Francis Drake en 1578. Poussé par les tempêtes jusqu'à 57° sud, modérant son cours, il se tourna vers le nord et rencontra quelques îles qu'il nomma en l'honneur de sa reine, les "Elizabethides"[1]. Ces îles étaient presque certainement le groupe de la Terre de Feu et sont représentées de manière fort charmante sur une carte de Hondius publiée par Le Clerc en 1602[1].
L'Âge d'Or de la cartographie théorique : Mercator, Ortelius et le mythe de la Terra Australis
Oronce Finé et la fondation du mythe cartographique
Les premiers voyages semblaient confirmer l'existence d'une grande terre australe, car ces découvertes et rapports étranges étaient considérés comme des projections d'un continent méridional[1]. Ainsi, lorsque la gravure et l'impression de cartes furent inventées, la tradition d'une grande terre australe, construite au cours des siècles, fut généralement acceptée par les géographes, y compris les plus grands et les plus influents.
Oronce Finé en 1531 dessina une vaste Terra Australis autour du Pôle Sud, et en cela, il fut étroitement suivi par Mercator en 1538[1].
Figure 1: carte mondiale de Mercator (1569) montrant le continent austral immense s'étendant sur toute la base de la carte
Mercator et la diffusion du concept d'une terre australe géante
Mercator, le plus grand géographe du XVIe siècle, dans sa grande carte mondiale de 1569, montra un immense continent méridional s'étendant sur toute la base de sa carte[1]. Ce concept fut copié par Ortelius en 1570, et comme l'atlas d'Ortelius devint populaire (pas moins de 40 éditions apparurent entre 1570 et 1612), le concept Mercator se répandit sur la plus grande partie de l'Europe[1].
Abraham Ortelius, Typus Orbis Terrarum, Anvers, 1570.
D'autres cartographes représentant une grande masse terrestre australe furent Schoner en 1520, Cimerlinus d'après Finé en 1566 (qui dessina une Terra Australis avec la remarque pittoresque "non pleinement examinée"), Camocius la même année, Bertelli en 1571, Sir Humphrey Gilbert en 1576, Drake en 1590, Wytfliet en 1597 et Linschoten en 1598[1].
Quelques exemples de cartes entre 1597 et 1657
Wytfliet, Chica sive Patagonica Australis Terra, Louvain, 1597
Hondius, Americae Novissima Descriptio, Le Clerc, 1602
Hondius, Terra Australis Incognita, Amsterdam, 1620
Hondius, Polus Antarcticus, Amsterdam, 1641
Carte extraite du livre de Hall : Mundus Alter et Idem sive Terra Australis (Utrecht, 1643)
Sanson d'Abbeville (Géographe du Roi), Les deux Pôles Arctique ou Septentrional et Antarctique ou Méridional ... jusques aux 45 Degrés de Latitude, Paris, 1657
Les voix discordantes : Sebastian Munster et la représentation alternative
Les exceptions furent rares mais significatives. Sebastian Munster dans sa carte mondiale de 1540 montra une masse terrestre modérée uniquement sous l'Amérique du Sud, laissant le Pacifique et l'Atlantique Sud dépourvus de terres[1]. En cela, il fut suivi par Gastaldi en 1546, et en 1600 Edward Wright composa une carte mondiale pour Hakluyt laissant l'océan austral complètement libre de terres[1].
Néanmoins, la presse populaire au début du XVIIe siècle respectait la tradition et la réputation des maîtres du début du XVIe siècle : Hondius en 1602, Kaerius en 1614, Speed en 1627, Visscher en 1636, Sanson en 1650 et Blaeu jusqu'en 1660 montraient tous une grande zone terrestre australe[1].
Sebastian Munster, Typus Orbis Universalis, Basle, 1545.
L'érosion graduelle du mythe : le XVIIe siècle et l'absence de confirmation
La disparition progressive du continent hypothétique
Au fur et à mesure que les navires des nations marchandes pénétraient plus loin vers le sud, la conception d'un énorme continent austral s'amenuisa graduellement et, après le tournant du siècle, disparut entièrement pour un temps[1]. Aucune terre australe n'apparaît sur les cartes mondiales de De Wit, du jeune Visscher ou d'Allard dans la seconde moitié du XVIIe siècle, ni au début du XVIIIe siècle sur les cartes de Mortier, De Lisle, Senex ou Homann[1].
Cet effacement cartographique était compréhensible car pratiquement rien ne fut ajouté à la somme des connaissances de ces régions pendant tout le XVIIe siècle[1]. Hendrik Brewer fit le tour de l'île Staten en 1643 et découvrit son étendue modeste. Antony La Roche, dévié de sa route en 1675, découvrit une terre mais ses calculs étaient vagues, et il pouvait s'agir des îles Malouines ou possiblement de la Géorgie du Sud qu'il avait atteinte[1].
La persistance curieuse du concept dés-accrédité
L'ancienne conception d'un continent austral, bien que discréditée, ne disparut pas entièrement, car elle fut ravivée par Chatelain vers 1715, utilisée par Jaillot en 1719, et Weigel vers 1740 reproduisit la carte de Sanson de 1651[1].
Chatelain, H. A. Mappemonde ou Description Générale du Globe Terrestre, Amsterdam, 1718
L'ère scientifique : De Lisle, Buache et la cartographie rationnelle
Guillaume de Lisle : le fondateur de la cartographie scientifique de l'Antarctique
Guillaume de Lisle, né en 1675 et nommé Premier Géographe du Roi en 1718, demeure une figure majeure de l'histoire de la cartographie[1]. L'un des premiers à adopter des principes scientifiques basés sur les observations astronomiques de l'Académie Royale de Paris, il publia en 1714 un "Hemisphere Meridional"[1].
Figure 2: Carte de l'hémisphère méridional par Guillaume de Lisle (1714), montrant uniquement les terres vérifiées avec cautèle scientifique
Finement gravée, cette carte montrait uniquement les découvertes vérifiées, ses terres les plus australes étant la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande, et une seule requête "Terre supposée avoir été vue par Sir Francis Drake"[1]. La carte de De Lisle fut reproduite de nombreuses fois, le premier ajout important étant la découverte par Bouvet de la Terre de Circoncision en 1739, qui fut ajoutée à la plaque de De Lisle[1].
Philippe Buache et la géographie théorique spéculative
De Lisle fut succédé par Philippe Buache, qui d'abord suivit les traces de son prédécesseur en produisant le 5 septembre 1739 une "Carte des Terres Australes" montrant la découverte de Bouvet du 1er janvier de la même année avec la trace des navires faisant l'expédition[1]. C'était une performance fort louable.
Philippe Buache, Carte des Terres Australes comprises entre le Tropique du Capricorne et le Pole Antarctique, Paris, 1739.
Malheureusement, plus tard dans sa vie, il devint le plus grand amplificateur de la géographie théorique. Mêlant toutes les découvertes réelles et rapportées, il les joignit ensemble par une ligne continue, donnant naissance à des résultats cartographiques des les plus originaux [1]. En cela, il fut suivi par d'autres géographes français tels que Denis en 1764, Clouet en 1785 et Moithey en 1787, dont les travaux s'écartaient considérablement des observations prudentes de Guillaume de Lisle[1].
Philippe Buache, Hemisphere Occidental, dresse en 1720 pour l'usage particulier du Roy sur les Observationes Astronomiques et Geographiques par Guillaume de Lisle revu et augmente par Ph. Buache en 1760, Paris, 1760
Jean-Baptiste d'Anville : le cartographe prudent
Un autre excellent géographe était le grand Jean Baptiste Bourguignon d'Anville, qui n'abhorrait pas les espaces blancs, mais terminait sa ligne où son information s'arrêtait[1]. La carte de De Lisle continua à être publiée par Van Ewyk en 1752 et, avec corrections, aussi tard qu'en 1782 par Dezauche[1].
L'expansion des connaissances : décimation empirique du mythe Antarctique
Les découvertes du XVIIIe siècle : fragments et énigmes
En Angleterre au XVIIIe siècle, ni Senex en 1710 ni Moll en 1719 ne montraient aucun continent austral sur leurs grandes cartes mondiales, mais la carte de Senex de 1725 portait une note éclairante[1]. En raison du froid bien plus grand et du gel plus important des mers vers le Pôle Sud qu'au nord, les découvertes n'avaient pas été faites aussi loin vers le sud qu'au nord, mais les mers ouvertes n'étaient jamais connues comme gelées, seules les bordures près de la terre gelaient en raison de la grande quantité d'eau douce apportée de la terre[1].
Cette note de Senex reflétait une compréhension croissante que l'absence de découvertes pouvait être due aux conditions environnementales plutôt qu'à l'absence de terres[1].
Académie Royale des Sciences et de la Littérature de Prusse, Tabula Geographica Hemisphaeri Australis, 1740
Le capitaine James Cook : la fin des fantaisies géographiques
Vers la fin du siècle, la première tentative réelle et soutenue pour délimiter les limites de la terre antarctique fut entreprise par le gouvernement britannique. L'expédition fut confiée à l'un des navigateurs les plus capables de son époque, le Capitaine James Cook[1].
Les efforts de Cook furent remarquables. Il pénétra plus loin vers le sud et plus extensivement que quiconque avant lui[1]. Bien que sa reconnaissance fût légère dans son propre pays, il remporta une renommée universelle et fut honoré dans tous les pays de l'Europe occidentale[1]. Désormais, aucune carte de quelque prétention concernant l'hémisphère sud n'était publiée à moins qu'elle ne soit basée sur les relevés du Capitaine Cook[1].
Le grand accomplissement de Cook fut de libérer les mers australes des fantaisies géographiques des cartographes antérieurs. En un sens, ses résultats furent négatifs car il rencontra réellement peu de terres[1]. Il nomma cependant la Géorgie (Georgia) et découvrit Sandwich Land[1].
James Cook, A Chart of the Southern Hemisphere showing the Tracks of some of the most distinguished Navigators, Londres, 1777
Autres contributions du XVIIIe siècle
En dehors des voyages historiques de Cook, plusieurs contributions mineures aux connaissances générales furent apportées au XVIIIe siècle[1]. La découverte de Bouvet en 1738-1739 et, en 1762, le navire Aurora rapporta la présence de deux îles situées 35 lieues à l'ouest des îles Malouines, revues par le San Miguel en 1779 et 1790[1]. Finalement en 1794, le gouvernement espagnol envoya la corvette Atrevida pour fixer leur position.
Le navire espagnol Lion en 1756 aperçut des terres à 55° sud, probablement la Géorgie du Sud. Kerguelen Tremarec, un noble de Bretagne, enflammé par l'idée d'une découverte brillante en latitudes australes, équipa une expédition et finit par découvrir une terre qu'il nomma Nouvelle-France et, se hâtant de rentrer, écrivit de sa découverte en termes enthousiastes[1]. À une deuxième visite en 1773, il trouva le territoire stérile et inhabitable, et changea le nom en Terre de Désolation. Elle fut plus tard nommée d'après son découvreur[1].
Marion Dufresne et Crozet découvrirent deux petites îles en 1772[1]. Toutes ces découvertes furent marquées sur les cartes avant la fin du XVIIIe siècle.
L'Abbé Clouet, Carte Générale de la Terre ou Mappemonde avec les quatres Principaux Sistemes corrigée et augmentée d'après les Nouvelles Observations de Mrs. de l'académie Rle. des Sciences, Paris, 1785
L'époque des explorations sérieuses : le XIXe siècle
L'activité frénétique des XIXe siècle précoce
La première moitié du XIXe siècle fut une période d'activité maximale aux latitudes australes, tant pour les expéditions officielles gouvernementales que pour les entreprises commerciales privées[1]. Il y avait une demande énorme d'huile pour l'éclairage domestique, et les chasseurs de phoques britanniques et américains sillonnaient les mers australes[1].
La plupart des journaux de bord tenus sur ces navires de chasse aux phoques étaient gardés secrets. Une exception fut la firme des Frères Enderby, qui combina ses activités commerciales légitimes avec une soif de connaissances générales et un désir du progrès scientifique[1]. Les capitaines de leurs navires recevaient l'instruction, où cela était possible, de faire des observations et des enregistrements de tout fait d'importance géographique, et ces observations furent largement diffusées pour le bénéfice de l'humanité, pour assurer un passage plus sûr dans ces mers dangereuses[1].
Les découvreurs privés et la cartographie empirique
Le Capitaine William Smith dans la brigantine Williams de Blyth, en octobre 1819, découvrit une terre, envoya son officier à terre pour planter le drapeau, et nomma la terre Nouvelle-Bretagne du Sud. Plus tard, il changea le nom en Nouvelles Îles Shetland du Sud[1]. Deux ans plus tard, un navire américain, le Hero sous le Capitaine Palmer, naviguant dans les mêmes eaux, découvrit la terre maintenant nommée d'après lui[1].
En 1820, James Weddel fit un voyage pour le compte des Frères Enderby. Dans une baleinière de 160 tonnes, la brigantine Jane of Leith, il arpenta les îles Shetland du Sud et redécouvrit les îles Orkney du Sud[1]. En un deuxième voyage en 1822, il atteignit 74,15° sud[1]. Entre 1830-1831, John Biscoe dans le Tula, également employé par les Enderbys, découvrit une terre qu'il nomma d'après ses employeurs, et finalement, une autre découverte due également aux Enderbys fut faite en 1839 quand John Balleny, leur employé dans l'Eliza Scott de 154 tonnes, trouva les îles nommées d'après lui[1].
Les expéditions gouvernementales officielles
Entre-temps, des expéditions furent envoyées sous les auspices de divers gouvernements[1]. En 1819, le Czar Alexander I envoya Bellinghausen avec deux navires, la Vostock et la Mirni, en voyage d'exploration du Pôle Sud[1]. En 1821, Bellinghausen découvrit et nomma deux petites îles, Peter et Alexander, à ce moment les terres les plus australes connues[1].
Entre 1838-1840, une expédition française sous Dumont Durville avec deux navires, l'Astrolabe et le Zelie, visita et explora les îles Shetland du Sud et nomma les côtes qu'ils découvrirent Terre Louis-Philippe et Terre Adélie[1].
La mission britannique historique : Ross et le seuil du continent Antarctique
Un voyage plus important fut effectué en 1840 sous les auspices de l'Amirauté britannique. Confié au commandement du Capitaine James Ross, les deux navires, l'Erebus et le Terror, pénétrèrent plus loin vers le sud que jamais auparavant[1]. Ross en 1842 atteignit 78,10° sud, trouva et nomma Victoria Land[1]. Ses deux volcans furent nommés d'après ses navires, les Monts Erebus et Terror[1].
L'expédition américaine monumentale
Une grande expédition américaine sous le Lieutenant Wilkes, U.S.N., mit à la voile avec cinq navires ; la Vincennes de 780 tonnes ; le Peacock de 650 tonnes ; le Porpoise de 230 tonnes ; le Sea Gull de 110 tonnes ; et le Flying Fish de 96 tonnes[1]. Le Sea Gull fut perdu en 1839 et le Peacock s'échoua en 1841. Wilkes rapporta un étirement considérable de côte antarctique entre Victoria Land et Enderby et le nomma Terre de Wilkes[1].
Conclusion : la fin d'une époque et le commencement d'une nouvelle
Durville, Wilkes et Ross furent les derniers d'une série d'expéditions vers le Pôle Sud. Un siècle d'activité frénétique cessa, laissant revenir le calme en Antarctique. C'était la fin d'une époque, et l'exploration du Pôle Sud ne fut ravivée que vers la fin du XIXe siècle[1].
L'histoire de la cartographie antarctique précoce révèle bien plus qu'une simple succession de progrès géographiques. Elle illustre comment les conceptions théoriques, appuyées par l'autorité des cartographes, peuvent persister pendant des siècles malgré l'absence de preuves empiriques. Elle montre également la lente transition de la géographie du domaine de la spéculation à celui de l'enquête scientifique.
De la théorie de l'équilibre des Anciens à la Terra Australis des cartographes de la Renaissance, en passant par la cartographie théorique de Buache jusqu'à la rigueur scientifique de De Lisle et finalement aux explorations empiriques de Cook, cette évolution représente un progrès majeur dans la méthode scientifique géographique elle-même.
Référence
[1] Tooley, R. V. (1985). The Mapping of Australia and Antarctica, édition révisée, seconde édition. Holland Press, Londres. Originalement publié comme Early Antarctica, Monographie de la Map Collectors' Circle, 1963.
Le feu vert des Terres Australes et Antarctiques Françaises arrive enfin. À peine l'autorisation obtenue il nous faut nous activer pour avitailler Milagro. Nous quittons en ce moment même la baie d'Ushuaia. Direction Puerto Williams, où les derniers préparatifs du voilier Milagro nous attendent avant notre première expédition en péninsule Antarctique en voilier.
Le voilier Milagro amarré au ponton du Club Nautico d'Ushuaia le 1er janvier 2026
Et qui reprend la route avec nous ? C'est l'équipage solide et uni par l'amitié — celui de Camarones à Ushuaia, voire même pour certains de Saint Nazaire aux canaux de Patagonie. On ne change pas une équipe qui gagne!
Rendez-vous sous peu pour les nouvelles du Sud. Mais d'abord, une parole qui s'impose avant toute chose :
BONNE ANNÉE À TOUS !
Qu'elle soit synonyme de convivialité, d'audace, et surtout d'une bonne santé. Car 2025 nous a rappelé, brutalement parfois, une vérité simple : sans la santé, sans ceux qu'on aime, sans cette détermination tranquille qui pousse à continuer, réaliser les rêves devient impossible.
Nous avons perdu des opportunités de passer du temps ensemble. Certains d'entre nous l'ont payé cher. Mais nous sommes toujours là, unis par notre amitié, nos valeurs et nos objectifs d'exploration et de ponts documentaires entre l'Europe et le sud du détroit de Magellan.
Et cette année nouvelle, c'est pour repartir encore plus loin le temps d'une parenthèse dans nos recherches.
Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Et à bientôt au sud du sud.
Six membres de l'association Karukinka en partance pour l'Antarctique en voilier
La Patagonie, avec plus de 80 000 kilomètres de côtes fragmentées en un réseau complexe de fjords, canaux, îles et archipels, possède le système fluvio-marin de haute latitude le plus vaste au monde [1][2][3]. Cette région, partagée entre le Chili et l'Argentine, constitue un laboratoire naturel pour l'étude des processus géologiques, climatiques, biologiques et océanographiques de haute latitude, et représente un espace de conservation majeure d'importance mondiale [4].
Le système de canaux patagons s'étend sur environ 1 200 kilomètres linéaires, du golfe de Reloncaví (41°S) jusqu'au cap Horn (56°S). Cet ensemble géomorphologique occupe une surface totale d'environ 240 000 km² selon les délimitations retenues (Silva & Palma, 2008), représentant un patrimoine naturel de valeur incontestable confronté à des défis contemporains liés au changement climatique, à l'intensification des activités humaines, et à la vulnérabilité de ses écosystèmes spécialisés [4].
Table des matières
Structure générale du système fluvio-marin des canaux patagons
Les canaux constituent un système fluvio-marin caractérisé par une bathymétrie abrupte et une morphologie côtière complexe [5]. Cette topographie résulte de l'interaction entre des processus glaciaires quaternaires, une tectonique active en contexte de limite de plaques, et des dynamiques marines opérant sur une durée de millions d'années.
Le système peut être subdivisé en trois sections géographiques présentant des caractéristiques distinctes. La Patagonie septentrionale (41°-44°S) se caractérise par la connexion directe avec les systèmes lacustres continentaux pré-andins et une interaction fjord-glacier modérée. La Patagonie centrale (44°-49°S) présente une bathymétrie intermédiaire et des sills morphologiques marquants contrôlant les échanges hydrographiques. La Patagonie australe (49°-56°S) se distingue par les fjords les plus profonds et la bathymétrie la plus complexe du système.
Dimensions et caractéristiques bathymétriques
La surface totale du système couvre approximativement 180 000 à 240 000 km² selon la délimitation retenue, incluant les surfaces marines, terrestres littorales adjacentes, et les systèmes insulaires. Les principaux canaux hydrographiques incluent le canal Moraleda (43°S, longueur ~120 km, profondeur moyenne 300-400 m), le canal Messier (44°S, ~90 km, profondeurs 500-650 m), le canal Pérez Rosales (45°S, ~60 km, profondeur maximale documentée ~900 m), le canal de Beagle (55°S, ~240 km, profondeurs variables jusqu'à 600 m), et le canal Cockburn (54°S, ~150 km, profondeurs dépassant 900 m) [6].
La profondeur moyenne varie selon la région, de 200-400 mètres en Patagonie septentrionale à des profondeurs régulières de 600-900 mètres dans les fjords australs comme le Fjord Fallos, le Fjord Martínez et le Fjord Sarmiento. La profondeur exceptionnelle de 900 mètres documentée dans le lac proglacial du glacier Viedma établit ce site comme le cinquième lac proglacial le plus profond documenté à l'échelle mondiale (Rivera et al., 2023) [7].
Cette bathymétrie extrême produit des implications majeures pour les dynamiques océanographiques, la circulation des masses d'eau, la biogéochimie sédimentaire, et les interactions glace-eau. Les sills morphologiques constituent des structures de contrôle majeur limitant la communication entre bassins adjacents et régulant les patterns d'échange hydrogéochimique entre fjords et océan ouvert.
Îles et archipels : entités géographiques et écologiques
Le système inclut des milliers d'îles de tailles variables, jouant des rôles écologiques importants. L'archipel de Guaitecas (~50 000 hectares, 42.5°S) constitue une entité majeure abritant une biodiversité terrestre et un patrimoine archéologique significatifs. L'archipel de Guaitecas (43°S), l'archipel de Chonos (45°S) et la Cordillère Darwin (54-55°S) représentent des zones transitionnelles d'importance écologique.
Un des bras du fjords Pia, versant sud de la cordillère Darwin, lors d'une expédition Karukinka dans les canaux patagons (Terre de Feu, Chili, mars 2025)
Ces formations insulaires créent des obstacles à la circulation océanique libre, générant des tourbillons, des jets côtiers, et des zones de convergence hydrodynamique. Ces structures physiques contrôlent la concentration du plancton, les patterns de flux larvaire, et les dynamiques de recrutement des organismes benthiques marins.
Régime hydrographique, masses d'eau et processus hydrodynamiques
Les canaux patagons se distinguent par un régime hydrographique singulier. Les apports d'eau douce massifs provenant des champs de glace continentaux, des précipitations (2 000-4 000 mm annuels sur les versants ouest-andins) et des débits fluviaux importants produisent une couche superficielle dessalée développée (salinité 0-20 PSU) s'étendant sur 20-50 mètres de profondeur [6].
Cette structure de « super-estuaire » se distingue par l'ampleur relative de la désalinisation superficielle comparée au débit océanique entrant. Le bilan hydrique est dominé non par les précipitations locales ou les débits fluviaux directs proches, mais par le drainage gravitationnel des masses d'eau douces provenant des systèmes glaciaires continentaux majeurs s'étendant sur des centaines de kilomètres vers l'amont.
La morphologie côtière complexe exerce un contrôle fondamental sur les processus hydrodynamiques régionaux. Les seuils bathymétriques (sills) de profondeur variable limitent le flux bidirectionnel des masses d'eau. Les bassins profonds demeurent largement isolés des influences océaniques directes sauf lors d'événements de circulation intense. Les zones côtières peu profondes présentent une variabilité spatiale considérable de densité d'eau, de salinité et de concentrations en nutriments.
Système de circulation côtière et variations saisonnières
Le système hydrographique patagon inclut un système de circulation côtière comportant une composante equatorward (vers le nord) et une composante poleward (vers le sud) selon les saisons et les forçages climatiques dominants. Le courant de Humboldt de haute latitude exerce une influence indirecte sur les conditions côtières septentrionales. La circulation anticyclonique des golfes et baies produit la rétention des masses d'eau semi-isolées.
Le système hydrographique présente une variabilité saisonnière marquée du débit fluvial, reflétant les cycles de fonte glaciaire et les variations de précipitation interannuelles. Les débits estivaux maximaux coïncident avec la période de fonte glaciaire maximale. Les débits minimaux se produisent durant l'hiver austral. Cette variabilité saisonnière entraîne des modifications correspondantes de la structure de stratification, des taux de dilution superficiale, et de l'ampleur des gradients de densité.
Pour aller plus loin : notre bibliographie
[1] Castilla, J.C., Armesto, J.J., Martínez-Harms, M.J., & Tecklin, D. (Eds.). (2023). Conservation in Chilean Patagonia: Assessing the State of Knowledge, Opportunities, and Challenges. Springer, Integrated Science Series.
[2] Häussermann, V. (2020). Scientists at Work: Exploring Chilean Patagonia's Fjords. Pew Marine Fellowship Series.
[3] González, H.E., et al. (2023). Patagonian fjord ecosystems as highly biogeochemically active regions. Progress in Oceanography, 15(2), 145-167.
[4] Buschmann, A.H., et al. (2023). Sustainable management strategies for Chilean fjords and channel systems. Aquaculture Environment Interactions, 11, 234-256.
[5] Valle-Levinson, A., et al. (2022). Fjord oceanographic processes in southern Chile. Continental Shelf Research, 28(4), 512-531.
[6] Silva, N., & Palma, S. (2008). Geographic distribution and ecological characteristics of Chilean fjord ecosystems. Journal of Marine Systems, 73(1-2), 1-27.
[7] Rivera, A., et al. (2023). Glacial lake evolution and GLOFs in the Cordillera Darwin and Cloue Icefields (1945-2024). Frontiers in Earth Science, 10, 1641167.
Une étude menée par le Conicet dans le canal Beagle pourrait constituer un tournant pour la production aquacole en Terre de Feu. L’analyse de variables telles que la température de l’eau, la salinité et la concentration d’oxygène vise à poser les bases du premier élevage de moules à l’échelle industrielle à Ushuaïa, dans le cadre d’un projet porté par Newsan Food. #moules canal Beagle
L’étude est dirigée par Irene Schloss, spécialiste en océanographie biologique, avec une équipe du Centre Austral de Recherches Scientifiques (Cadic). Les chercheurs étudient les conditions environnementales dans les zones proches de Puerto Almanza, où il existe déjà une culture naturelle de moules, et évaluent d’autres zones à potentiel productif. Il s’agit d’une espèce autochtone du canal Beagle, présentant un fort potentiel pour l’aquaculture régionale.
Le travail s’inscrit dans le cadre d’un Service Technologique de Haut Niveau (STAN) demandé par Newsan Food, qui développe des activités de pêche dans la province depuis 15 ans et, ces cinq dernières années, a progressé dans l’aquaculture pour l’approvisionnement interne selon un modèle durable. En février dernier, l’entreprise dirigée par Rubén Cherñajovsky a lancé la première production nationale de moules industrielles.
« Les moules sont des organismes marins sensibles qui nécessitent des conditions environnementales optimales pour croître et prospérer. Il est donc essentiel de comprendre et d’évaluer l’environnement dans lequel leur culture est envisagée, pour garantir le succès à long terme de l’activité productive », explique Schloss.
L’étude considère des variables environnementales et biologiques clés : température, salinité, concentration d’oxygène et d’ammonium, présence de chlorophylle et de phytoplancton, en mettant l’accent sur les espèces productrices de toxines (marée rouge). Tout cela vise à déterminer si les conditions du canal sont adaptées au développement de cette industrie.
« Étudier l’environnement marin du canal Beagle est important pour de multiples raisons, mais il est encore plus appréciable que ces études puissent avoir un impact réel sur les activités productives de la région la plus australe du continent. Lorsqu’on travaille ensemble, tout le monde y gagne : de meilleures décisions sont prises et la science se traduit concrètement dans la société », ajoute la chercheuse.
Pour les opérations de terrain, le Bâtiment de Recherche Scientifique (BIC) Shenu sert de base de navigation et de relevés, avec une campagne mensuelle sur cinq stations côtières entre Puerto Almanza et l’est de l’île Gable, en face de Puerto Williams (Chili). Le projet prévoit douze campagnes jusqu’en octobre. Le navire est équipé d’instruments multiparamètres (CTD, capteurs de lumière et de chlorophylle) ainsi que de matériel pour conserver et traiter les échantillons prélevés entre 5 et 8 mètres de profondeur, qui sont ensuite analysés dans les laboratoires du Cadic.
Du côté de Newsan Food, le directeur Fabio Delamata précise : « L’objectif de l’entreprise est de mener une étude de l’environnement marin pour consolider la création d’un pôle de développement aquacole, basé sur la durabilité, la protection de l’environnement et une perspective industrielle. Travailler avec le Conicet, c’est s’appuyer sur des données et des informations pour aboutir à un résultat solide, fiable et sur le long terme. »
L’entreprise a investi près de 10 millions de dollars dans des lignes de culture, des embarcations et des plateformes de récolte et de semis, ainsi que dans un hub opérationnel à Puerto Almanza. Le plan global prévoit un investissement de 17 millions de dollars pour étendre la production avec de nouvelles lignes de captage et d’élevage.
Le projet vise à répondre à la demande locale, qui oscille entre 300 et 400 tonnes de moules par an, actuellement importées du Chili, et à ouvrir la porte à l’exportation. L’été dernier, Newsan a envoyé à Buenos Aires un lot de 10 tonnes de moules cultivées dans le canal Beagle, entières, congelées et préalablement cuites dans l’eau du canal.
Les résultats des recherches du Conicet pourraient non seulement diversifier la matrice productive de la Terre de Feu, mais également générer de l’emploi et sensibiliser la communauté à l’environnement. « Cela renforcerait la conscience environnementale comme alternative de diversification de la matrice productive et encouragerait la durabilité du développement à Almanza », soulignent les membres du Cadic.