Au-delà du détroit de Magellan, les cartes se font plus rares et les côtes hostiles. C'est ici, au sud de la Terre de Feu, entre les îles Wollaston et Hermite, que l'Atlantique et le Pacifique se heurtent sans obstacle depuis la dérive des continents. En juin 2005, l'UNESCO classait cet archipel au programme « L'Homme et la biosphère » : la réserve de biosphère du cap Horn était née, la plus australe du continent américain, couvrant 4 884 274 hectares de terres et d'eaux.
Plan de l'article
1. Géographie et zonation de la réserve naturelle cap Horn
La réserve s'étend entre 54,1° S et 56,2° S, sur un territoire que le relief, les glaces et les vents ont découpé en une mosaïque de fjords, de canaux et d'îles. Elle intègre pour la première fois au Chili des écosystèmes marins et terrestres sous un statut de conservation commun : 1 917 238 ha de terres, 2 967 036 ha d'eaux marines.
Sa zonation suit le modèle MAB classique. Les parcs nationaux Alberto de Agostini — qui englobe la cordillère Darwin — et Cabo de Hornos forment la zone cœur, où toute infrastructure permanente est exclue. Autour, une zone tampon autorise les activités légères et durables. La zone de transition, enfin, inclut Puerto Williams et quelques établissements humains isolés, organisés selon un schéma de développement maîtrisé.
Carte issue de l'ouvrage "Reservas de la biosfera de Chile: laboratorios para la sustentabilidad" de Moreira-Muñoz, Andrés et Borsdorf, Axel, UNESCO, 2014 (page 55).
Ce qui frappe à première vue, c'est la disproportion entre l'étendue du territoire et le nombre de personnes qui y vivent. Moins de deux mille habitants permanents sur près de cinq millions d'hectares — un rapport qui dit quelque chose de l'extrême que représentent ces latitudes.
2. Les forêts les plus australes du monde
Les forêts subantarctiques de la réserve sont les plus méridionales de la planète. Trois espèces de Nothofagus — N. pumilio, N. betuloides et N. antarctica — y forment des peuplements caducifoliés et sempervirents qui constituent l'un des derniers massifs de forêt tempérée non fragmentée à l'échelle mondiale.
Entre les arbres, le sol disparaît sous des tapis épais de bryophytes. L'humidité constante et les températures fraîches maintiennent ces communautés dans un état de développement exceptionnel : un seul tronc de Nothofagus peut accueillir plus d'une centaine d'espèces de mousses, d'hépatiques et de lichens. Les tourbières occupent 54% de l'île Navarino. Elles accumulent de la tourbe depuis la fin de la dernière glaciation, stockent du carbone à long terme et régulent l'hydrologie de l'ensemble du bassin versant.
3. Diversité biologique et endémisme : la biodiversité subantarctique
La réserve concentre plus de 300 espèces d'hépatiques et 450 espèces de mousses — soit plus de 5% de la diversité mondiale de bryophytes, sur moins de 0,01% de la surface terrestre. Ces chiffres placent le cap Horn au rang des espaces les plus remarquables pour ce groupe végétal, aux côtés des forêts tropicales humides d'Amazonie et de Nouvelle-Guinée.
Ce n'est pas un hasard de répartition. La combinaison d'une humidité quasi permanente, d'une faible perturbation humaine et de la diversité des substrats offerts par les forêts de Nothofagus crée des conditions de développement qui n'ont pas d'équivalent à ces latitudes. Les communautés de bryophytes servent également de sentinelles climatiques : leur structure et leur composition renseignent sur les variations de température, d'ensoleillement et d'irradiation UV — un signal particulièrement précieux dans une zone de l'hémisphère sud où le trou de la couche d'ozone a eu des effets mesurables.
Exemple de bryophytes / forêt miniature (mousses, hépatiques et lichens) de la réserve de biopshère du cap Horn (MAB-UNESCO); île Navarino, 2020 (c) Lauriane Lemasson.
4. La composante marine
La part marine de la réserve n'est pas un simple liseré côtier. Elle englobe un réseau complexe de fjords, de canaux et de plateaux sous-marins où se mêlent les eaux froides du Pacifique et celles, légèrement plus salées, de l'Atlantique. Ce brassage entretient une productivité biologique élevée et des forêts de kelp — Macrocystis pyrifera, Durvillaea antarctica — parmi les plus denses et les plus étendues de l'hémisphère austral.
Un Carancho noir de la baie Martial (Réserve du Cap Horn, le 10 avril 2025 lors d'une expédition en voilier au cap horn et dans les canaux de Patagonie)Baleines dans le canal Beagle, lors de l'expédition 2018 (association Karukinka)
Ces forêts sous-marines abritent une faune invertébrée riche et constituent des zones de nurserie pour plusieurs espèces de poissons. En surface, les eaux froides et oxygénées soutiennent des colonies de phoques léopards, d'otaries à fourrure, d'albatros à sourcil noir et de pétrels géants. Des populations stables de cétacés — notamment de dauphins de Commerson — ont été documentées dans les canaux de la réserve.
4. Les Yagan, gardiens d'une mémoire de 7 500 ans
La réserve est aussi un sanctuaire culturel. Les Yagan — ou Yámana — ont navigué ces canaux depuis plus de 7 500 ans, comme en attestent les sites archéologiques de l'île Navarino. Peuple nomade des eaux intérieures, ils connaissaient chaque courant, chaque abri, chaque espèce comestible de ces archipels. Leur langue, leurs savoirs botaniques et leur maîtrise de la navigation en canoë d'écorce constituent un corpus de connaissances écologiques accumulé sur des millénaires.
Aujourd'hui, la communauté yagan de Puerto Williams collabore aux programmes de recherche et d'éducation du parc Omora. Ses membres participent aux inventaires biologiques et contribuent à la transmission de noms de lieux et de pratiques culturelles dans les programmes scolaires locaux. Cette dimension bioculturelle — la coexistence entre une biodiversité exceptionnelle et une mémoire humaine ancienne — est au cœur de la philosophie de la réserve.
5. La recherche sur le terrain
Le parc ethnobotanique Omora, créé en 2000 à 4 km à l'ouest de Puerto Williams, est le principal site de recherche de la réserve. Cogéré par l'IEB-Chile, la Fondation Omora et l'Université de Magallanes, il constitue un nœud du réseau LTSER-Chile (Long-Term Socio-Ecological Research) et accueille des chercheurs du monde entier pour des travaux sur les bryophytes, les lichens, les oiseaux et les sciences humaines.
C'est là qu'a été développé l'Ecoturismo con lupa — l'écotourisme avec loupe — une approche pédagogique qui invite les visiteurs à examiner les « forêts miniatures » à l'échelle du millimètre. La pratique a été formalisée dans l'ouvrage de Goffinet, Rozzi et al. (2012), Miniature Forests of Cape Horn: Ecotourism with a Hand Lens. Elle est aujourd'hui intégrée aux circuits du parc et constitue l'un des exemples les plus documentés d'écotourisme à faible impact et haute valeur scientifique.
En 2020 a été inauguré le Cape Horn International Center (CHIC), à Puerto Williams. Sa mission : fédérer chercheurs, artistes et communautés autochtones autour d'un modèle de conservation bioculturelle. Ses programmes couvrent les réponses de la biodiversité au changement climatique, la gestion des espèces invasives et l'élaboration de politiques publiques adaptées aux zones subantarctiques.
6. Les pressions sur la réserve
Malgré son isolement, la réserve fait face à plusieurs menaces : – Le développement touristique non maîtrisé, notamment les croisières de l’extrême sud et l’augmentation des passages autour du Cap Horn, génère un risque de pollution et de perturbation de la faune marine. – L’élevage intensif de saumons dans les fjords situés plus au nord dissémine des espèces exotiques et altère la qualité de l’eau. Des saumons se reproduisent désormais dans les eaux de cette réserve, impactant les espèces natives dont le robalo. – L’expansion du castor d’Amérique et du vison, deux espèces introduites, met en péril les forêts proches des cours d'eau, les habitats rivulaires et la nL'isolement de la réserve ne la met pas à l'abri. Trois menaces sont documentées et font l'objet d'un suivi à long terme.
Le castor nord-américain (Castor canadensis), introduit en Terre de Feu en 1946 pour une tentative d'élevage abandonnée, a colonisé l'ensemble de l'archipel fuégien. Sur l'île Navarino, ses barrages ont modifié l'hydrologie de plus de 23 000 hectares de forêt native, déraciné des Nothofagus en place depuis des siècles et remplacé des ripisylves denses par des prairies inondées. Le vison américain, autre introduction, affecte les populations d'oiseaux nicheurs au sol.
Le développement de la salmoniculture dans les fjords situés plus au nord génère une contamination organique et dissémination d'espèces exotiques qui atteignent progressivement les eaux de la réserve, au détriment d'espèces natives comme le robalo (Eleginops maclovinus).
Enfin, l'augmentation du tourisme de croisière autour du cap Horn soumet les zones côtières à des perturbations croissantes. La gestion de ces flux dans un espace dont la logistique est extrêmement contrainte reste un défi structurel pour les gestionnaires de la réserve.
Lac créé au pied d'un glacier par les castors, photographié lors d'une expédition en voilier en Patagonie (canal Beagle, île Hoste, Réserve de Biosphère du Cap Horn, Chili)
7. Initiatives de recherche et d’éducation
7.1 Parc ethnobotanique Omora
Créé en 2000, l’Omora Ethnobotanical Park est le cœur d’une approche transdisciplinaire alliant écologie, philosophie environnementale et éducation par la « philosophie du terrain ». Il propose des circuits pédagogiques, dont les « forêts miniatures », pour sensibiliser le public à la richesse des bryophytes et au lien entre biodiversité et culture Yagan.
7.2 Cape Horn International Center (CHIC)
Inauguré en 2020 à Puerto Williams, le CHIC a pour objectif de fédérer chercheurs, artistes et communautés autochtones pour développer un modèle de conservation bioculturelle, de formation technique et de développement durable. Ses programmes portent sur les réponses de la biodiversité aux changements climatiques, la gestion des invasives et la consolidation de politiques publiques adaptées aux zones subantarctiques.
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La réserve de biosphère de Cabo de Hornos reste l’un des rares refuges où s’exprime pleinement la cohabitation harmonieuse entre les habitants et des écosystèmes littéralement à la limite du monde. Pour assurer son avenir, il convient de renforcer la gouvernance participative, de contrôler les espèces invasives et d’encadrer le tourisme polaire sous la bannière d’un écotourisme responsable. Enfin, l’intégration permanente des savoirs Yagan dans les programmes de recherche et d’éducation garantira la préservation à la fois biologique et culturelle de ce sanctuaire subantarctique unique.
Glacier Pia, Canaux de Patagonie, Cordillère Darwin, Réserve de Biosphère du Cap Horn, Magallanes, Chili, 2025
Bibliographie
Rozzi, R. et al. (2006). Ten Principles for Biocultural Conservation at the Southern Tip of the Americas: The Cape Horn Biosphere Reserve. Ecology and Society, 11(1). https://www.ecologyandsociety.org/vol11/iss1/art43/
Rozzi, R. et al. (2004). Omora Ethnobotanical Park: A Model for Integrating Biocultural Conservation and Environmental Philosophy in the Cape Horn Biosphere Reserve. Environmental Ethics, 26(2), 131–169. https://doi.org/10.5840/enviroethics200426226
Mittermeier, R. A. et al. (2003). Hotspots: Earth’s Biologically Richest and Most Endangered Terrestrial Ecoregions. Conservation International. https://www.conservation.org
CONAF (Corporación Nacional Forestal). (2023). Reserva de la Biósfera Cabo de Hornos. Gobierno de Chile. https://www.chilebosque.cl
Cape Horn International Center (CHIC). (2021). CHIC Strategic Plan 2021–2026. Universidad de Magallanes. https://www.centrochic.cl
Anderson, C.B. et al. (2011). Exotic ecosystem engineers transform sub-Antarctic forest structure and function. Biological Invasions, 13, 545–561. https://doi.org/10.1007/s10530-010-9841-4
Anderson, C.B. et al. (2019). Cape Horn's Lessons for Sustainability. Science Advances (UNESCO CHIC/UMAG). https://advances.sciencemag.org/
Rozzi, R. et al. (2010). La Reserva de Biósfera Cabo de Hornos: una propuesta educativa y de desarrollo sustentable en el extremo austral de Chile. Universidad de Magallanes. Disponible sur la bibliothèque CHIC.
La mission scientifique du cap Horn fut conçue pour répondre au programme international visant à étudier simultanément les phénomènes géodésiques autour des pôles, en mettant l’accent sur le magnétisme, la météorologie et, cette année-là, l’observation du passage de Vénus devant le Soleil le 6 décembre 1882. Onze pays européens et les États-Unis coordonnèrent ainsi leurs efforts.
Table des matières
L’expédition part de Cherbourg en juillet 1882, rejoint la baie Orange par étapes, débarque et installe des baraques scientifiques préfabriquées sur plus de 450 m² (fondations toujours visibles à ce jour, comme lors de l'expédition sous l'égide de Karukinka menée en 2018), observatoires astronomiques et magnétiques, laboratoires, logements et magasins.
La France, qui arrive le 6 septembre 1882 en baie Orange (île Hoste, Chili), grâce au navire La Romanche et sous le commandement de Louis-Ferdinand Martial, a déployé des moyens humains et matériels sans précédent : 140 membres d’équipage et de nombreux savants, répartis en deux groupes – l’un à terre chargé des observations scientifiques, l’autre naviguant le long des côtes pour relever des informations hydrographiques et cartographiques. Les relevés et mesures réalisés couvrent alors un spectre inédit : météorologie, cartographie, géologie, zoologie, botanique, magnétisme, marées et occultations astronomiques. La spécificité française sera le recours, inédit, à l’anthropologie physique avec étude exhaustive de la population locale : les Yagan.
L’équipe et la logistique sur place
Le programme est planifié minutieusement et réunit 140 personnes : officiers, scientifiques et marins. En sciences humaines, le médecin Paul Hyades est le membre central, chargé à la fois des études médicales, géologiques et surtout ethnologiques. À ses côtés, Léon Sauvinet assure le prélèvement de spécimens biologiques, Edmond Payen la documentation photographique, Martial et Hahn les observations de terrain. La division mission à terre/mission maritime permet de couvrir l’intégralité de la Terre de Feu et des îles extrêmes.
L’installation sur l’île Hoste, choisie pour la qualité du mouillage, la proximité du Cap Horn et la disponibilité en bois et eau douce, offre aux Français une base sûre pour six mois. Les baraques furent bâties par les marins eux-mêmes, installées sur une colline abrupte, et disposaient de tout le matériel avant-gardiste de l’époque (marégraphes, thermomètres, baromètres, balances, photomètres, appareils de dosage de gaz, chambre noire pour la photographie, etc).
L’organisation scientifique et la diversité disciplinaire
La mission se distingue par la pluralité de ses activités :
Botanique (Paul Hariot, Adrien Franchet, Emile Bescherelle, Paul Petit) : près de 160 espèces végétales, dont beaucoup inédites.
Zoologie (Émile Oustalet, A. Milne-Edwards, etc.) : collecte et description de la faune locale sur plus de 87 planches illustrées.
Hydrographie, météorologie, géologie, magnétisme terrestre : avec la publication, en sept tomes, de résultats riches et originaux issus des relevés sur place.
Le programme météorologique de la mission scientifique du cap Horn, réalisé par Jules Lephay et Le Cannellier, est d’une ampleur sans précédent : observations multiples chaque jour sur la pression, température, humidité, masses nuageuses, vent, enregistrement tous les quarts d’heure, expériences d’évaporation et de radiation solaire. Plus de 120 000 données numériques sont compilées en quelques mois.
En zoologie et botanique, Émile Bescherelle, Adrien Franchet, Paul Hariot, Paul Petit et Hyades exploitent la biodiversité exceptionnelle de l’archipel. Collectes de spécimens en alcool, taxidermie, photographies de flore et faune, herbiers, échantillons vivants (graines, plantes, oiseaux ramenés en France). Les excursions offrent des occasions uniques pour la chasse, la pêche et le recueil de données géologiques sur des centaines de kilomètres de rivage.
L’équipe investit notamment la baie Orange, où elle côtoie les peuples autochtones vivant encore selon des méthodes jugées alors “primitives” par la science européenne.
Dimension ethnologique : le terrain d’étude des Yagans
Cohabitation et méthodologie
L’étude ethnologique prend rapidement une dimension centrale : l’expédition s’installe sur le territoire des Yagans. Leurs voisins nomades marins, chassant et pêchant, vivent dans des huttes et se déplacent continuellement. Près d’une quarantaine de personnes accueille les Français à leur arrivée, puis diverses familles viennent séjourner à proximité. Cette proximité sert à l’expédition de laboratoire vivant pour l’étude ethnographique et anthropologique. Selon la doctrine de l’époque, ce contact direct permettrait d’établir si le “Fuégien” relève d’une “race inférieure” ou seulement d’une “population dégradée” par son environnement.
Paul Hyades, aidé par l’interprète Yakaïf, pratique une observation immersive : description minutieuse du mode de vie, organisation sociale familiale, langue, mythologie, techniques de chasse et de pêche, transmission orale. L’estimation démographique de Hyades situe 2 000 Yahgans vers 1883, répartis en petits groupes le long du canal Beagle et des côtes.
L’équipe pratique avec eux le troc, distribue biscuits, vêtements, outils, en échange de peaux, de produits artisanaux et d’informations. Si les relations sont souvent cordiales, marquées par la curiosité et l’aide médicale prodiguée par Hyades, elles n’excluent pas les tensions typiques des premiers contacts (vols, incendies accidentels, encadrement spatial des baraques).
L’équipe française documente en détail la structure familiale, la technique du harpon et les activités quotidiennes (plumage de canard, pêche, chasse) au moyen de photographies et de descriptions ethnographiques précises. Le cas d’Athlinata, chef de famille et “superbe sauvage”, illustre l’engagement de la mission à suivre sur le long terme la physiologie, les habitudes et les rapports sociaux du peuple Yahgan. Les pratiques alimentaires, la parentalité (accouchement observé de Chounakar Kipa), la construction et l’utilisation de la pirogue sont décrites avec minutie.
Campagne d’anthropométrie et psychologie : le rôle de Paul Hyades
Né à Marseille et médecin de la Marine, Paul Hyades s’était formé à l’École de médecine navale de Toulon puis à l’inspection générale à Paris. Son intégration à la Société d’anthropologie de Paris, sous le patronage d’Armand de Quatrefages, le prédispose à appliquer sur le terrain une méthodologie mixte où la médecine devient à la fois un instrument d’insertion sociale et d’étude expérimentale.
Sa pratique sur place ne s’arrête donc pas à la médecine d’urgence : Hyades est en demande pour tous les maux, et le terme « Doteur » entre dans le vocabulaire local. Les séances d’examen, les analyses de pathologies spécifiques yahganes (maladies respiratoires, infections, nutrition, réactions aux stress climatiques), fondent le cœur de ses rapports et de ses publications au retour.
Accompagné d’Edmond Payen et d’autres membres de la mission, il va mobiliser une batterie d’instruments :
Ruban métrique, compas glissière, équerre, planche à mensurations, compas de Broca pour l’angle facial.
Tableau chromatique pour la couleur de la peau, dynamomètre pour la force musculaire, matériels de physiologie sensorielle (hématimètre, diapason, montre, compas de Weber).
Ce protocole méthodologique correspond à celui en vigueur dans le laboratoire d’anthropologie du Muséum national d’histoire naturelle à Paris.
Hyades documente en 85 fiches anthropométriques : 26 hommes, 23 femmes, 36 enfants de toutes les familles présentes lors du séjour. Il procède à environ 45 mensurations et près de 20 observations des caractères physiques pour chaque sujet, parfois répétés à plusieurs mois d’intervalle, ce qui lui permet d’étudier la croissance, la résistance au froid, la physiologie sensorielle.
L’étude va au-delà de l’anatomique : elle intègre des tests sur la sensibilité tactile, l’audition, la vue (test de Holmgren), le goût et l’odorat. Hyades relève aussi, selon le paradigme de son temps, la résistance du peuple au froid et à la douleur, leur mémoire jugée limitée ou leur manière de pleurer. Il s’essaie même à l’hypnotisme sans succès.
Photographies et moulages
La mission rapporte en France 323 plaques photographiques, dont 287 clichés anthropologiques conservés depuis au Musée du quai Branly et à la Bibliothèque nationale de France, constituant l’un des plus importants corpus photographiques sur les Yahgans. Les séances de photographie sont minutieusement orchestrées selon les méthodes de Broca : sujets de face, profil, dos, parfois nus ou en tenue traditionnelle. Moyennant persuasion et insistance, Hyades fait réaliser également des moulages corporels de certains sujets, dont Athlinata et Kamanakar Kipa, figures marquantes de cette collection.
Grâce à Edmond Payen et Jean-Louis Doze, la mission produitaussi des photographies de la vie quotidienne des Yagans. Certaines séances incluent familles entières, enfants, vieillards, bijoux, outils et gestes rituels.
Collaboration et réseaux sociaux locaux
La mission française ne travaille pas isolément : elle noue de forts liens avec la mission anglicane d’Ushuaia, dirigée par le pasteur Thomas Bridges. Ce dernier joue un rôle d’interprète, source documentaire et fiable sur la société Yahgan. Bridges, qui a composé un dictionnaire yahgan de 32 000 mots, partage ses observations, ses mémoires et manuscrits, et favorise l’accès de Hyades aux familles locales.
À Ushuaia et dans les stations satellites de Packewaia, Lapataia et Yendegaia, la présence britannique modèle la sédentarisation d’une partie des Yahgans, soumettant par troc et par produits alimentaires une population auparavant nomade. Hyades complète ses travaux de terrain par les récits et notes du pasteur, ainsi que par les comparaisons linguistiques et ethnographiques sur les populations fuégiennes et selk’nam croisées lors de courtes excursions dans les baies avoisinantes.
La collecte de restes humains et la dimension anthropologique physique
Pratiques et motivations
La mission applique une dynamique de “collection” des ossements, fragments de peau, échantillons de cheveux, viscères et organes, répondant à la demande sans cesse croissante des anthropologues européens pour constituer des séries de spécimens à étudier en laboratoire. Hyades se conforme scrupuleusement aux instructions reçues de savants comme Quatrefages et Fernand Delisle pour conserver viscères et cerveaux lors des décès, mais aussi de procéder sur le vivant à des prélèvements capitaux pour la science. Cette collecte participe à la constitution en Europe d’une gigantesque série de crânes et d’ossements “exotiques” utilisés pour l’anthropologie physique comparée.
Impact et legs
Des centaines de pièces anthropologiques et biologiques sont ainsi rapportées en France, dont des restes humains Yahgans et Fuégiens. Ces restes sont encore aujourd’hui conservés dans les réserves du Musée de l’Homme à Paris, où ils constituent une part du patrimoine controversé de la discipline. Ils servent à la documentation du “type fuégien” par moulages, photographies, et études anatomo-pathologiques, preuve de la mobilisation des sciences françaises dans les débats raciaux et évolutionnistes du XIXe siècle.
La collection de la mission du cap Horn, traitant du type physique, du “degré d’évolution”, de la physiologie sensorielle et de la résistance au milieu, a longtemps alimenté les recherches comparatives du Muséum et du Musée de l’Homme, jusqu’à susciter la réflexion contemporaine sur la restitution des restes humains et les liens avec les peuples originaires de l’extrême sud du Chili.
Héritage scientifique et enjeux contemporains
Publications et diffusion
L’arrivée à Cherbourg en novembre 1883 signe le succès scientifique et social de la mission : collections naturalistes, archives photographiques, fiches de mesures, artefacts et restes humains sont exposés à Paris lors d’une grande exposition qui relate et illustre les progrès de la science et la présence française dans les derniers confins du monde.
La mission du Cap Horn marque un tournant dans la pratique ethnologique française : c’est la première étude systématique et exhaustive d’un peuple considéré comme « primitif » par l’anthropologie raciale du XIXe siècle. Les descriptions oscillent entre fascination, projection du sauvage, et reconnaissance de la complexité sociale et psychologique des Yahgans.
Hyades, bien que bercé par le paradigme racial de son temps, nuance son regard au fil des mois, passant de la mystification de « l’animalité brute » au constat de la vitalité, de la santé, de la résistance et même de la sociabilité de ses interlocuteurs. Ses fiches individuelles, ses carnets de terrain, ses analyses longues — souvent publiées dès le retour à Paris — jettent les bases d’une anthropologie de terrain à la française, avant que les techniques de recueil ne soient standardisées au XXe siècle.
Les résultats de la mission sont publiés en sept tomes de référence entre 1885 et 1891 pour la communauté scientifique internationale : chapitres sur la météorologie, le magnétisme terrestre, la géologie, la botanique, la zoologie, l’anthropologie et l’ethnographie. Le volet anthropologique, notamment sous la plume de Paul Hyades et Joseph Deniker, marque un tournant dans l’étude du peuplement de la Terre de Feu et de l’histoire humaine en Patagonie australe.
Collections au Musée de l’Homme
Plus d’une centaine d’objets ethnographiques, biologiques et anthropologiques, ainsi que des restes humains Yahgans, sont conservés à Paris. Ils font régulièrement l’objet d’études et d’expositions, dans un espace dédié (l’“abri des ancêtres”), et sont au cœur des débats contemporains sur la restitution et la mémoire des peuples autochtones. Les collections du Musée de l’Homme incluent ces pièces, dont le legs matériel et symbolique est aussi celui des controverses sur la déontologie scientifique et le respect des cultures.
La collection ostéologique du Musée de l’Homme conserve aujourd’hui les restes humains fuégiens ramenés par Hyades et ses collègues. Ces artefacts, initialement pensés comme outils scientifiques, soulèvent depuis des décennies la question de la restitution et du respect de la mémoire des peuples autochtones. Les revendications récentes des descendants ou communautés concernées, et le débat éthique international, marquent un tournant dans l’histoire des sciences humaines en France, qui doit composer aujourd’hui avec son passé colonial et ses héritages scientifiques controversés.
Photographie de La Romanche au mouillage dans la baie Romanche, située sur la rive nord de l'île Gordon, lors de la Mission scientifique du cap Horn (1882-1883) issue des archives de la bibliothèque universitaire de Lyon (France)
En définitive, la mission scientifique du Cap Horn 1882-1883 apparaît comme un jalon majeur dans l’histoire des sciences naturelles et humaines. Elle synthétise les pratiques positives de la collecte exhaustive, de la photographie scientifique et de l’observation sur le terrain, tout en illustrant les ambiguïtés d’une anthropologie physique confrontée à ses propres limites morales et politiques.
Le travail de Paul Hyades, tout comme la mission dans son ensemble, reste une référence incontournable pour l’étude des peuples fuégiens. Les archives produites, les restes humains conservés, les débats soulevés sur la restitution, la mémoire et le respect des cultures autochtones, forment aujourd’hui la matière première d’un nouveau regard sur la science coloniale, ses ambitions et ses limites.
Bibliographie
Sources primaires et documents d'archives
Mission scientifique du cap Horn, 1882-1883. Mission scientifique du cap Horn, 1882-1883. Paris : Ministères de la Marine et de l'Instruction publique, 1885-1891, 7 volumes. Internet Archive.
Martial, Louis-Ferdinand. Mission scientifique au Cap Horn 1882-1883. Observatoire de la Côte d'Azur, Collections numérisées.
Lephay, Jules. Mission scientifique du cap Horn, 1882-1883: Météorologie. Paris, 1885-1891.
Le Cannellier, François-Octave. "Magnétisme terrestre". In Mission scientifique du cap Horn, 1882-1883, Tome III. Paris : Ministères de la Marine et de l'Instruction publique, 1885-1891.
Müntz, Achille & Aubin, Eugène. "Recherches sur la constitution chimique de l'atmosphère". In Mission scientifique du cap Horn, 1882-1883, Tome III. Paris : Ministères de la Marine et de l'Instruction publique, 1885-1891.
Sources contemporaines
Baker, F.W.G. "The First International Polar Year (1882–1883): French Measurements of Carbon Dioxide Concentrations in the Atmosphere at Bahia Orange, Hoste Island, Tierra del Fuego". Polar Record, vol. 45, no. 3, juillet 2009, p. 204-208. Cambridge University Press.
Chapman, Anne, Barthe, Christine & Revo, Christophe. Cap Horn, 1882-1883. Rencontre avec les Indiens Yahgan. Paris : Éditions de la Martinière, 1995.
SUDOC (Système universitaire de documentation). "Mission scientifique du Cap Horn, 1882-1883 Tome III". Notice bibliographique, 2018. https://www.sudoc.fr/017728096
Blogs et sites spécialisés
"La Romanche en Terre de Feu et au Cap Horn (1882-1883)". Bibulyon - Carnet de la bibliothèque de Lyon, 10 janvier 2021.bibulyon.hypotheses
"WDC-MARE Reports". EPIC - Electronic Publication Information Center, Alfred Wegener Institute. epic.awi
Archives photographiques et visuelles
"Engravings of Tierra del Fuego". Wikimedia Commons, 31 décembre 2021.wikimedia
Archives photographiques de la mission du Cap Horn. Collections du Musée du Quai Branly - Jacques Chirac et de la Bibliothèque nationale de France, Paris. https://books.openedition.org/pur/161420?lang=fr
Un monde perdu découvert sous la glace de l’Antarctique : des chercheurs internationaux ont annoncé la découverte d’un monde perdu, potentiellement vieux de plus de 30 millions d’années, situé à plus d’un kilomètre sous la glace de l’Antarctique. Ce paysage ancien aurait pu regorger de rivières, de forêts, et peut-être même d’animaux sauvages.
L’Antarctique n’a pas toujours été un désert glacé. Selon les scientifiques, il abritait autrefois un écosystème luxuriant. « Cette découverte est comme l’ouverture d’une capsule temporelle », a déclaré le professeur Stewart Jamieson, géologue à l’Université de Durham en Angleterre et co-auteur de l’étude, publiée dans la revue Nature Communications.
Des recherches débutées en 2017
Les travaux sur le terrain ont commencé en 2017, lorsque l’équipe a foré le fond marin afin d’extraire des sédiments provenant d’un écosystème enfoui sous la glace.
« La terre sous la calotte glaciaire de l’Antarctique oriental est moins connue que la surface de Mars », a souligné le professeur Jamieson.
C’est en analysant ces sédiments que les scientifiques ont mis au jour un ancien paysage situé à plus d’un kilomètre de profondeur.
Un paysage vaste et préservé
Le paysage découvert se situe dans la région de Wilkesland, dans l’Antarctique de l’Est, et s’étend sur plus de 30 000 km², soit environ deux fois la taille de la Bretagne.
Des traces de pollen de palmiers anciens ont été retrouvées, suggérant que la zone pouvait avoir un climat tropical avant sa glaciation.
Grâce à des outils de pointe, notamment le radar à pénétration de sol, les chercheurs ont identifié des blocs de terrain surélevé mesurant entre 120 et 170 kilomètres de long et jusqu’à 85 kilomètres de large. Ces blocs sont séparés par des vallées pouvant atteindre 40 kilomètres de largeur et près de 1 200 mètres de profondeur.
Un paysage sculpté par les rivières
L’analyse indique que cette formation géologique n’a probablement pas été érodée par la glace, mais façonnée par des rivières. Le paysage aurait donc été formé avant l’apparition de la calotte glaciaire antarctique, il y a environ 34 millions d’années.
Un schéma représentant l’ancien paysage fluvial préservé sous la calotte glaciaire de l’Antarctique oriental. Image crédits nature Communications
Les chercheurs poursuivent leurs études sur cette zone afin de mieux comprendre l’évolution du climat, des écosystèmes anciens et de la calotte glaciaire.
La fragmentation de Gondwana et la naissance d’un relief unique
Lorsque le supercontinent Gondwana a commencé à se disloquer, le mouvement des masses terrestres a engendré de profondes fissures et formé les crêtes imposantes identifiées sous la glace de l’Antarctique. Ce processus tectonique ancien a façonné un paysage complexe qui est resté figé pendant des dizaines de millions d’années.
À cette époque reculée, la région abritait probablement des rivières sinueuses et des forêts denses dans un climat tempéré, voire tropical. Cette hypothèse est étayée par la découverte de pollen de palmier ancien à proximité du site, selon The Economic Times.
Par ailleurs, les sédiments extraits contenaient des micro-organismes marins, évoquant un environnement caractérisé par des mers chaudes et une biodiversité importante.
Un paysage qui évoque la Patagonie… ou les tropiques
« Il est difficile de dire exactement à quoi ressemblait ce paysage ancien, mais selon la période que l’on considère, le climat aurait pu ressembler à celui de la Patagonie moderne, ou même à quelque chose de tropical », a expliqué le professeur Stewart Jamieson.
En d’autres termes, l’Antarctique verdoyant n’est pas uniquement un phénomène hypothétique ou contemporain. Il fut bel et bien une réalité géologique dans un lointain passé.
Un gel brutal qui a figé l’écosystème
Lorsque le climat mondial s’est refroidi, une calotte glaciaire s’est formée, recouvrant progressivement le continent antarctique. Ce processus a interrompu l’érosion active et a gelé le paysage sous-glaciaire, un peu comme un mammouth piégé dans la glace.
« L’histoire géologique de l’Antarctique enregistre d’importantes fluctuations », a déclaré Jamieson. « Mais des changements aussi brusques ont laissé peu de temps à la glace pour modifier significativement le paysage sous-jacent. »
Même lors de périodes de réchauffement climatique, comme au cours du Pliocène moyen il y a environ 3 millions d’années, la glace n’a jamais complètement reculé au point de révéler cette ancienne topographie.
Elle est donc restée préservée, intacte sous la glace depuis des dizaines de millions d’années.
Mieux comprendre le passé pour prédire l’avenir
L’équipe scientifique espère que l’étude de ce paysage enfoui et de son évolution sous l’effet des glaciations successives permettra d’améliorer les modèles actuels sur la fonte des glaces.
« Ce type de découverte nous aide à comprendre comment le climat et la géographie sont étroitement liés, et à quoi nous pouvons nous attendre dans un monde où les températures augmentent », a conclu Jamieson.
D’après le British Antarctic Survey, le réchauffement climatique accélère le déclin démographique de ces oiseaux de l’Antarctique.
Par Le HuffPost avec AFPPartager
Capture d’écran Facebook @Parks and Wildlife Service Western Australia Le réchauffement climatique est la principale cause de déclin des manchots empereurs. (illustration)
ENVIRONNEMENT - Un constat alarmant. Le réchauffement climatique, et en particulier le recul de la banquise dans l’Antarctique, fait décliner « plus vite que prévu » la population des manchots empereurs, dont nombre de colonies ont perdu plus de 20 % de leurs membres en 15 ans, alerte une étude britannique de référence publiée mardi 10 juin.
Ce déclin rapide a été observé par satellites dans seize colonies, situées dans la péninsule antarctique, la mer de Weddell et la mer de Bellingshausen, qui représentent un tiers de la population de la plus grande espèce de manchots au monde, rapporte l’étude du British Antarctic Survey publiée dans la revue Nature Communications : Earth & Environment.
« Nous avons là une illustration très déprimante du changement climatique et un déclin démographique qui se déroule plus vite que prévu, mais il n’est pas trop tard », a déclaré Peter Fretwell, chercheur de cet observatoire britannique qui a dirigé l’étude. Les conclusions de ces nouvelles observations sont « probablement environ 50 % pires » que les estimations les plus pessimistes réalisées à l’aide de modèles informatiques, a-t-il ajouté.
Réchauffement climatique
Première cause à l’origine de ce déclin, le réchauffement climatique amincit la glace sous les pattes des manchots dans leurs zones de reproduction. Ces dernières années, certaines colonies ont perdu l’intégralité de leurs poussins, noyés ou morts de froid lorsque la glace a cédé sous leurs minuscules pattes, avant qu’ils ne soient prêts à affronter l’océan glacial.
L’étude suggère que le nombre de manchots est en baisse depuis le début de la surveillance précise par satellite, en 2009, soit avant que le réchauffement ne réduise la reconstitution annuelle de la banquise, selon Peter Fretwell. Le changement climatique reste le principal facteur du déclin, a-t-il précisé, entraînant d’autres menaces pour les manchots, telles que des précipitations plus importantes ou l’intrusion croissante de prédateurs, comme les orques et les phoques par exemple.
« Il n’y a pas de pêche, pas de destruction de leur habitat, pas de pollution qui cause le déclin de leurs populations. C’est simplement la température de la glace sur laquelle ils se reproduisent et vivent, et c’est vraiment le changement climatique », a-t-il déclaré à l’AFP.
Selon une étude réalisée en 2020, les manchots empereurs, dont le nom scientifique est Aptenodytes forsteri, comptent environ 250 000 couples reproducteurs, tous en Antarctique. Les manchots n’appartiennent pas à la même famille que les pingouins de l’hémisphère nord, plus petits et capables de voler.
Extinction d’ici la fin du siècle ?
L’œuf de manchot empereur est couvé en hiver par le mâle, tandis que la femelle part à la pêche pendant deux mois, avant de revenir nourrir les petits par régurgitation. Pour survivre par eux-mêmes, les oisillons doivent développer des plumes imperméables, un processus qui commence généralement à la mi-décembre, pendant l’été austral.
Le chercheur considère qu’il y a de l’espoir que les manchots se rapprochent du pôle Sud à l’avenir, mais il est difficile de dire « combien de temps ils vont tenir là-bas », précise Peter Fretwell. Des modélisations informatiques avaient déjà prévu que l’espèce sera proche de l’extinction d’ici la fin du siècle si l’humanité ne réduit pas ses émissions de gaz à effet de serre.
Toutefois, à la lumière des dernières découvertes inquiétantes, « il se peut que nous devions repenser ces modèles », a déclaré Peter Fretwell et il est de plus en plus nécessaire d’étudier le reste de la population. « Nous allons probablement perdre beaucoup de manchots empereurs, mais (...) si nous réduisons nos émissions de gaz à effet de serre, alors nous sauverons l’espèce », conclut le scientifique.
Un camp de base flottant polyvalent en Patagonie insulaire
Milagro est un voilier d'expédition acquis par l'association Karukinka en 2023 grâce au soutien de ses membres. C'est un ketch Bruce Roberts de 20 mètres en acier qui joue un rôle fondamental dans la réalisation de nos activités associatives. Ce navire, construit en Suède et ayant déjà effectué deux tours du monde, est un véritable "camp de base flottant" permettant d'accueillir diverses initiatives qu'elles soient artistiques, scientifiques ou sportives. #voilier patagonie
Avec ses caractéristiques techniques adaptées (longueur de 20m, maître-bau de 5m25, tirant d'eau de 2m30, motorisation Cummins 180CV, voilure 180m² au près et 295m² au portant), le Milagro offre une plateforme robuste et adaptée pour nos expéditions en régions polaires et subpolaires, domaines d'activité privilégiés de Karukinka.
Le voilier Milagro au pied d'un glacier de la Cordillère Darwin, Tierra del Fuego, canaux de Patagonie, Chili (Photographie: Diego Quiroga, du voilier Pic La Lune, Ushuaia)
Un navire support pour la logistique de nos expéditions scientifiques, sportives et artistiques
Une infrastructure adaptée aux recherches de terrain
Le Milagro constitue un support logistique essentiel pour les expéditions scientifiques et artistiques menées par Karukinka. Entièrement équipé et isolé, ce navire permet d'accueillir jusqu'à 12 personnes (10 personnes pour les projets de plus d'une semaine) grâce à ses cinq cabines (quatre doubles et une quadruple). Cette capacité d'accueil importante facilite la constitution d'équipes pluridisciplinaires, conformément à l'approche de notre association qui réunit des compétences sportives, artistiques et scientifiques.
L'autonomie considérable du navire (1500L de gasoil, 1000L d'eau + dessalinisateur, groupe électrogène, panneaux solaires...) lui permet d'atteindre des zones reculées et d'y séjourner suffisamment longtemps pour mener à bien nos travaux. Le navire est également équipé pour les télécommunications en zone A4 et d'un accès à internet, garantissant la sécurité et la connectivité même dans les régions les plus isolées comme les canaux de Patagonie (Terre de Feu, Cordillère Darwin, cap Horn, Antarctique...).
Exploration d'un fjord de la Cordillère Darwin (Terre de Feu) où vèle l'un des nombreux glaciers de Patagonie (voilier Milagro, canaux de Patagonie, Chili, mars 2025)
Un outil pour les projets ambitieux
Grâce au Milagro, Karukinka a pu élargir considérablement ses actions et mettre en place des expéditions et résidences de recherches scientifiques et artistiques en toute indépendance. Le navire est mené par un équipage professionnel bénévole composé de deux à trois personnes diplômées du Brevet d'État Voile et de la Marine Marchande française.
L'acquisition de ce voilier a notamment permis la réalisation de l'expédition Cap Nord - Cap Horn (2023-2025), un projet majeur soutenu par le programme "Mondes Nouveaux" du Ministère de la Culture. Cette expédition, qui relie à la voile le cap Nord en Norvège au cap Horn en Patagonie, s'est conclut par une arrivée en Terre de Feu le 24 janvier 2025, après un voyage de plus de 15 000 milles nautiques et par le passage du cap Horn à la voile en mars et avril 2025.
Milagro au mouillage dans une des nombreuses baies de la Réserve de Biosphère du Cap Horn (2025)
Financement des activités de l'association
Une section voile pour l'autofinancement
Depuis 2023, Karukinka dispose d'une section voile affiliée à la Fédération Française de Voile. L'association propose des stages de voile réservés à ses membres, ce qui permet de financer ses actions en faveur des peuples autochtones et de garantir la réalisation de projets ambitieux.
Compte tenu du budget nécessaire à la maintenance et à l'utilisation d'un voilier de 20 mètres, et de l'ampleur des projets à long terme de l'association (digitalisation de documents/archives, création de bases de données en ligne, financement de séjours en Europe pour des membres des communautés autochtones), Karukinka définit chaque année en Assemblée Générale la cotisation nécessaire pour participer aux différentes activités de navigation et ainsi pérenniser ses actions.
Navigation dans les canaux de Patagonie avec nos membres originaires d'Ecosse et Belgique : Norena, David, Morag et Morgan (Canal Beagle, Chili, février 2025)
Un soutien pour la recherche indépendante
Consciente des difficultés rencontrées par les laboratoires et chercheurs pour obtenir des financements en milieux polaires et subpolaires, Karukinka met tout en œuvre pour soutenir des projets scientifiques, artistiques, sportifs et humanistes. Le voilier Milagro joue ainsi un rôle crucial dans cette stratégie d'autofinancement et de soutien à la recherche indépendante.
Pêche artisanale dans les canaux de Patagonie avec José Germán Gonzalez Calderón (patron de pêche et artisan yagan, membre d'honneur de Karukinka et parrain du navire)
L'association propose également ses services pour la réalisation de missions de terrain à bord du Milagro pour des laboratoires, instituts et groupes de chercheurs et/ou artistes. Cette approche permet de mutualiser les ressources et de rendre accessibles des terrains d'étude difficiles d'accès.
Un outil de liberté pour les projets futurs
L'acquisition du Milagro a considérablement élargi les horizons de notre association. Grâce à ce navire nous avons désormais toute la liberté de poursuivre nos actions et recherches au sud du détroit de Magellan, pour commencer de 2025 à 2030 !
Le voilier permet à l'association de mener des projets pluridisciplinaires dans des régions difficiles d'accès, comme les canaux de Patagonie, l'Antarctique, la Géorgie du Sud... Il facilite également la poursuite des travaux avec les peuples autochtones selk'nam, haush et yagan du sud de la Patagonie, qui constituent l'un des axes principaux de travail de l'association.
Arrivée du voilier Milagro dans le canal Beagle, Patagonie, après 15 000mn (photographie de José Germán González Calderón, à côte de Puerto Williams, île Navarino, région du Cap Horn, Chili, 2025)
Le voilier Milagro représente bien plus qu'un simple moyen de transport et n'est pas une fin sinon un moyen. Il constitue un véritable outil stratégique qui permet à l'association de réaliser pleinement sa mission d'exploration, de recherche scientifique et de création artistique en régions polaires et subpolaires.
Grâce à ce navire, Karukinka peut mener des projets ambitieux, autofinancer ses activités, soutenir la recherche indépendante et poursuivre son travail avec les peuples autochtones. Le Milagro incarne ainsi la philosophie de l'association : indépendance, bienveillance et engagement au service de la connaissance et de la préservation des cultures et des environnements des régions extrêmes de notre planète.
Départ du voilier Milagro au port de pêche de Puerto Williams avec un équipage international (Argentine, Chili et France) Aude, Lauriane, Sébastien, Clément, Alejandro, Shenü, Damien, Mirtha (marraine du navire), Alicia, Maria et Vaïna, filmé par José, le parrain de Milagro (janvier 2025)
Le Centre sismologique national chilien a évalué le tremblement de terre survenu vendredi à une magnitude de 7,5 tandis que l’Institut américain de géophysique a mesuré une magnitude de 7,4.
Un puissant séisme en mer au sud du Chili et de l’Argentine a déclenché, vendredi 2 mai, une brève alerte au tsunami et un ordre d’évacuation des populations en zone côtière de cette région peu peuplée proche de l’Antarctique.
Le tremblement de terre a été enregistré à 9 h 58, heure locale (14 h 58 heure de Paris), à dix kilomètres de profondeur en mer, à 218 kilomètres au sud de la localité de Puerto Williams et à environ 2 500 kilomètres au sud de Santiago, selon le Centre sismologique national, dépendant de l’Université du Chili. Le Centre sismologique national l’a évalué à une magnitude de 7,5 tandis que l’Institut américain de géophysique (USGS) a mesuré une magnitude de 7,4.
Le Service national de prévention et de réponse aux catastrophes (Senapred) et le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOA) du Chili ont immédiatement déclenché l’appel à évacuer : « [Le] Senapred face à la menace de tsunami demande d’évacuer le secteur du bord de mer de la région de Magallanes », a écrit l’organisme sur X. Peu après, le Senapred a demandé « d’évacuer la zone de plage du territoire antarctique ».
Mais peu avant midi (17 heures, heure de Paris), l’alerte au tsunami a été levée. « L’évacuation préventive est terminée. En d’autres termes, tout le monde reprend ses activités. Tous les secteurs devraient fonctionner normalement, à l’exception de toutes les activités économiques sur la côte », a dit Juan Carlos Andrade, directeur régional du Senapred de Magallanes.
Convergence de trois plaques tectoniques
En Argentine voisine, les autorités de la province de Terre de Feu ont appelé la centaine d’habitants de la petite ville de Puerto Almanza à évacuer « préventivement (…), [à] se rendre dans des endroits élevés et sûrs » et à « suspendre tout type d’activité aquatique et de navigation dans le canal Beagle » jusqu’à 15 h 30 (20 h 30 à Paris).
Dans la ville d’Ushuaïa, à 75 kilomètres de Puerto Almanza, « il n’y a pas d’alerte », a rapporté sur la chaîne de télévision TN Pedro Franco, secrétaire de la protection civile de la province, et « seules les activités aquatiques ont été suspendues ». « Il n’y a pas de dommages aux structures des bâtiments », a-t-il ajouté.
Au Chili est attendu dans les prochaines heures, sur les côtes de la péninsule antarctique, le train de vagues générées par le séisme, avec des hauteurs estimées entre 30 centimètres et un mètre. Les bases militaires chiliennes Bernardo O’Higgins et Arturo Prat, en Antarctique, devraient être les premières affectées.
Les chaînes de télévision ont montré l’évacuation ordonnée par les populations qui se réunissaient dans des points hauts et éloignés de la mer.
La localité de Puerto Williams, la plus proche de l’épicentre du tremblement de terre, compte environ 2 800 habitants. La région de Magallanes en compte 170 000.
Le Chili est l’un des pays qui a enregistré le plus de séismes au monde. Sur son territoire convergent trois plaques tectoniques : la plaque de Nazca, la plaque sud-américaine et la plaque antarctique. En 1960, la ville de Valdivia (Sud) a été dévastée par un séisme de magnitude 9,5, considéré comme le plus puissant jamais enregistré, qui a fait 9 500 morts.