Située à l’extrémité sud‑est du secteur argentin de l’île Grande de Terre de Feu, la péninsule Mitre correspond au vaste massif sauvage compris entre la façade atlantique, le canal Beagle oriental et l’isthme qui la relie aux vallées de Río Grande et d’Ushuaia. Ce territoire relève administrativement du département d’Ushuaia, dans la province de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur. Longtemps dépourvue de statut juridique spécifique malgré son caractère presque inhabité, la zone a été identifiée par la province comme « d’intérêt environnemental, naturel et culturel » en 2020, prélude à son intégration au système provincial d’aires naturelles protégées.
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La péninsule Mitre intègre le système d’aires protégées d'Argentine
En décembre 2022, la Législature de Tierra del Fuego a adopté la Loi provinciale n° 1461, qui crée l’« Área Natural Protegida Península Mitre » (ANPPM) et l’inscrit formellement dans le Système Provincial d’Aires Naturelles Protégées établi par la Loi n° 272. Cette loi définit l’aire comme englobant la portion terrestre de l’extrémité orientale de l’île Grande de Terre de Feu, la frange marine adjacente ainsi que les zones marines entourant l’île des Etats (Isla de los Estados), Isla de Año Nuevo et les îlots associés, séparés de l'île de Terre de Feu par le détroit de Le Maire et incluant tous les plans d’eau intérieurs. L’ANPPM complète ainsi le Parc national Tierra del Fuego et le système d’aires provinciales déjà existants, en assurant une continuité spatiale de protection depuis la cordillère Darwin jusqu’à l’extrémité atlantique de l’archipel.
Selon la documentation officielle de la province de Tierra del Fuego, l’Area Natural Protegida Península Mitre couvre environ 300 000 hectares terrestres et 200 000 hectares marins, soit un peu plus de 500 000 hectares au total à l’échelle de l’extrémité orientale de l’archipel. La Loi 1461 précise que ses limites suivent, côté ouest, une série de repères cadastraux, de coordonnées géographiques et de cours d’eau, dont le Rio Moat, tandis que, vers le sud, l’est et le nord, elles se prolongent en mer selon un tracé décrit par une succession de points géodésiques. Ce dispositif juridique découpe un continuum terrestre‑marin intégrant falaises atlantiques, caps exposés au large, golfes abrités et arrière‑pays montagneux et tourbeux.
La loi provinciale institue un zonage interne articulé autour de plusieurs catégories d’aires protégées, destinées à concilier conservation stricte, usages traditionnels et activités compatibles avec les objectifs de protection. Sont notamment créés :
le Parc naturel provincial Península Mitre, défini comme un environnement de conservation paysagère et naturelle soumis à un usage non extractif et à une intervention étatique rigoureuse ;
la Réserve forestière naturelle Península Mitre, qui associe objectifs de conservation et utilisation forestière sous contrôle technique de l’État provincial ;
le Monument naturel provincial « Formación Sloggett », visant la protection d’affleurements géologiques et paléontologiques de haute valeur scientifique ;
des réserves côtières naturelles et une réserve provinciale d’usages multiples, permettant des activités économiques et récréatives encadrées.
La mise en œuvre de ce zonage s’inscrit dans le cadre plus large de la politique provinciale de conservation, qui reconnaît, dans sa Constitution et dans son Système d’Aires Naturelles Protégées, la responsabilité de préserver les services écosystémiques et le patrimoine culturel pour les générations présentes et futures. Des textes complémentaires, comme la Loi provinciale n° 1487, sont venus ajuster certains aspects de la loi de création pour faciliter la gestion et la planification opérationnelle de l’aire.
Un noyau majeur de tourbières subantarctiques
La péninsule concentre l’essentiel des tourbières de la province et, plus largement, la grande majorité des tourbières de l’Argentine. À l’échelle nationale, environ 95 % des tourbières du pays se situent en Tierra del Fuego et elles sont massivement regroupées là. Elle représente un noyau stratégique de stockage de carbone à l’interface de l’Atlantique Sud et des Andes australes. Ces tourbières, véritables « éponges » paysagères, accumulent au fil des millénaires des couches de matière organique partiellement décomposée (la tourbe), pouvant atteindre plusieurs mètres d’épaisseur, dans un contexte de climat froid, humide et venteux.
Du point de vue de l’Argentine, la reconnaissance de la péninsule Mitre comme aire protégée renforce l’intégration des tourbières dans les stratégies de mitigation du changement climatique et de gestion des zones humides. Les tourbes agissent comme de grands réservoirs de carbone, jouant un rôle dans la régulation hydrologique et la stabilité du climat, ce qui est désormais pris en compte dans les politiques nationales de zones humides et les engagements climatiques du pays. La désignation de sites Ramsar supplémentaires en Terre de Feu, explicitement justifiée par la présence de vastes complexes tourbeux et par leur fonction de puits de carbone, s’inscrit dans la même logique d’articulation entre conservation locale et enjeux climatiques globaux.
Valeurs biologiques, géologiques et culturelles
À l’échelle de la Terre de Feu, la péninsule Mitre se distingue par la juxtaposition de plusieurs ensembles de paysages : lisières forestières de lenga et de guindo, cordons de collines et de montagnes basses, plateaux tourbeux, vallées fluviales encaissées et un littoral atlanto‑austral ponctué de falaises et de baies isolées. La province met en avant la présence de colonies d’oiseaux et de mammifères marins, de zones humides littorales, de marais d’eau douce et de massifs de tourbières, qui fournissent des habitats à de nombreuses espèces emblématiques de la région subantarctique.
La loi de création de l’ANPPM insiste également sur l’importance des valeurs paléontologiques et archéologiques, à travers la protection de la Formation Sloggett et de gisements témoignant d’occupations humaines anciennes. Des vestiges et traces de la présence des peuples autochtones, en particulier des Selk’nam/Haush et Yagan, sont identifiés dans la péninsule, prolongeant le continuum culturel déjà reconnu dans l’ensemble de l’archipel fuégien. Ces dimensions culturelles complètent la valeur écologique de la zone en justifiant une approche de conservation intégrée, attentive à la fois aux écosystèmes et à la mémoire des usages autochtones.
La côte Est de la péninsule Mitre dans la brume, vue depuis le détroit de Le Maire à bord du voilier Milagro (Expéditions Karukinka, janvier 2025)
Accès, réglementation et gestion adaptative
Du fait de son isolement, la péninsule Mitre demeure l’une des régions les plus difficilement accessibles de la province, ce qui limite naturellement la pression anthropique mais impose aussi des exigences particulières en matière de sécurité et de contrôle. Les autorités provinciales ont mis en place une procédure d’accès qui oblige toute personne ou groupe souhaitant entrer dans l’aire à remplir un formulaire préalable et à obtenir une autorisation de la Secretaría de Ambiente au moins dix jours avant la date prévue d’entrée. Ce dispositif vise à concilier la vocation de conservation avec des usages tels que la randonnée d’expédition, la recherche scientifique ou certaines activités productives à faible impact, en assurant une connaissance préalable des itinéraires et des durées de séjour.
Sur le plan de la gestion, la province de Tierra del Fuego annonce travailler à l’élaboration d’un plan de gestion spécifique pour l’ANPPM, en cohérence avec le cadre plus général des plans de gestion existants pour le Parc national Tierra del Fuego et pour les réserves provinciales. Les communications officielles insistent sur la nécessité de structurer ce plan autour de la participation des acteurs locaux, des communautés scientifiques et des organisations de la société civile, dans la continuité des décennies de mobilisation qui ont précédé la création de l’aire. La planification intègre explicitement la problématique des espèces exotiques envahissantes, des impacts d’éventuels projets d’infrastructures et des risques liés à une fréquentation non encadrée dans un environnement tourbeux particulièrement fragile.
Articulation avec la géopolitique et la planification régionale
À l’échelle géopolitique, l’aire naturelle protégée Península Mitre renforce la présence effective de l’État argentin sur l’extrémité orientale de l’île Grande de Terre de Feu et sur les espaces maritimes adjacents, dans un secteur qui fait face au passage maritime stratégique du détroit de Le Maire et aux routes antarctiques. En protégeant juridiquement un vaste continuum terrestre et marin peu habité, la province consolide à la fois des objectifs de souveraineté, de conservation de la biodiversité et de contribution aux engagements climatiques internationaux.
Dans la mosaïque d’aires protégées et de territoires de production qui structurent aujourd’hui la Grande Île de Terre de Feu, la péninsule Mitre occupe ainsi une place singulière : complémentaire du Parc national Tierra del Fuego et des réserves provinciales, en miroir, côté atlantique, des grands ensembles de conservation de la cordillère de Darwin et de Karukinka sur le versant chilien.
Pour en savoir plus sur les initiatives locales en faveur de la protection de l'environnement en Terre de Feu argentine, nous vous recommandons de jeter un œil aux publications et activités de l'association Mane'kenk
Bibliographie
Articles et chapitres scientifiques
Barreda, V. et al. (2013). Paleogene flora of the Sloggett Formation, Tierra del Fuego, Argentina. CONICET / Centro Austral de Investigaciones Científicas (CADIC). Disponible via Repositorio CONICET.
Fundación Manekenk. (2020). Turberas de Península Mitre. Ushuaia.
Fundación Manekenk. (2022). Creando el área protegida Península Mitre. Ushuaia.
Geoflama. (2021). El cañón submarino Sloggett: el gran lago fueguino del Pleistoceno tardío. Blog de divulgación geológica argentina.
Gobierno de la Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur. (2023). Área Natural Protegida Península Mitre. Secretaría de Ambiente y Desarrollo Sustentable.
Gobierno de la Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur. (2024). Área natural protegida Península Mitre TDF (sitio oficial). Secretaría de Ambiente y Cambio Climático.
Malumián, N. et al. (2015). Sr-stratigraphy and sedimentary evolution of early Miocene marine foreland deposits in the northern Austral (Magallanes) Basin, Argentina. Andean Geology, 42(3), 388–418.
Ponce, J. F. et al. (2021). Geomorphology and sedimentary processes on the Sloggett submarine canyon, Tierra del Fuego margin (Argentina–Chile). Continental Shelf Research, 227, 104488.
Ponce, J. F. et al. (2025). Análisis geomorfológico del cañón Sloggett (Sverdrup Channel, Canal de Beagle). Comunicación en congreso, Repositorios Digitales MINCyT / CONICET.
Varios autores. (année). Estratigrafía, sedimentología y palinología de la Formación Sloggett, Tierra del Fuego. Revista de la Asociación Geológica Argentina.
La Grande Île de Terre de Feu est un territoire partagé entre l’Argentine et le Chili, où se superposent des steppes battues par le vent, des forêts subantarctiques, de vastes tourbières, des chaînes andines couvertes de glace et une histoire humaine marquée à la fois par la profondeur des cultures autochtones et par des violences coloniales extrêmes. C’est aussi un espace géopolitique sensible, structuré par le traité de 1881 entre les deux États, par le différend du canal Beagle et par des politiques contemporaines de conservation et de reconnaissance des peuples autochtones.
La Grande Île de Terre de Feu occupe l’extrémité australe de l’Amérique du Sud et est séparée du continent par le détroit de Magellan, qui en marque la limite nord. À l’est, elle s’ouvre sur l’océan Atlantique, tandis qu’au sud le canal Beagle constitue un couloir maritime majeur entre les archipels subantarctiques, prolongeant l’île vers les eaux du cap Horn.
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Une île divisée entre deux pays
Le territoire est politiquement partagé entre l’Argentine, à l’est, et le Chili, à l’ouest et au sud de l’archipel, dans le cadre fixé par le traité de limites de 1881 et les instruments diplomatiques postérieurs.
Côté chilien, la partie insulaire de Terre de Feu relève de la Région de Magallanes y de la Antártica Chilena, avec une structuration en communes et provinces qui ancre l’île dans un ensemble plus vaste incluant le détroit de Magellan, les canaux patagoniens et la péninsule de Brunswick. Les communes chiliennes de la province de Terre de Feu (Chili) sont Porvenir, Primavera et Timaukel. Porvenir est la capitale provinciale, située dans le détroit de Magellan, et la plus peuplée des trois communes. Primavera et Timaukel sont des communes plus petites, situées dans la partie sud-ouest de l'île, avec respectivement environ 1 629 et 423 habitants. La province de Terre de Feu chilienne couvre la partie occidentale de la Grande Île de la Terre de Feu, soit environ 61,4 % de son aire totale.
Côté argentin, la portion insulaire de la province de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur comprend la section orientale de l’île et l’Île des Etats (Isla de los Estados), avec une capitale provinciale établie à Ushuaia sur la rive nord du canal Beagle (Onashaga). Le gouvernement de la province décrit un territoire dont les limites internes englobent, outre la portion de la Grande Île, les revendications sur un secteur de l’Antarctique et un ensemble d’îles de l’Atlantique Sud, même si la souveraineté effective sur ces dernières reste disputée au plan international. Ushuaia, deuxième plus grande ville de la province argentine après Rio Grande, est présentée par les autorités argentines comme la capitale provinciale et comme une ville littorale tournée vers le canal Beagle, située à environ 3 079 km de Buenos Aires et à près de 1 000 km de la péninsule Antarctique, ce qui en fait un pivot des relations entre le continent sud-américain et l’Antarctique.
L’accès routier au secteur argentin de l’île impose de franchir le détroit de Magellan en territoire chilien et de passer deux frontières terrestres, un point de friction récurrent entre les deux pays.
Une grande diversité de paysages
Les sources historiques et écologiques argentines et chiliennes décrivent une île structurée en grandes unités paysagères nord-sud : steppes et plaines dans la moitié nord, mosaïque de lacs et tourbières en zone de transition centrale, forêts subantarctiques vers le sud et l’ouest, relief andin englacé en bordure méridionale, complétés par des côtes profondément entaillées de fjords et de baies. Ces ensembles s’emboîtent et se chevauchent, créant un gradient écologique particulièrement net sur une distance relativement courte, depuis une steppe semi-aride jusqu’à des forêts où les arbres atteignent la mer.
Tableau synthétique des paysages
Ensemble paysager
Localisation dominante
Caractéristiques clés
Steppe fuégienne et plaines du nord
Portion nord et centre-nord de la Grande Île
Grandes plaines et collines douces, végétation de coirón et graminoïdes en touffes.
Zone de transition lacustre et tourbeuse
Centre de l’île, autour de grands lacs et du piémont andin, Péninsule Mitre
Présence de lacs et de lagunes, vastes tourbières, mosaïque de bosquets, interface entre la steppe et les forêts denses.
Forêts subantarctiques
Sud et sud-ouest, côtes du canal Beagle et du Seno Almirantazgo
Forêts de lenga, ñire, coihue de Magellan et canelo, tourbières boisées, faune forestière et côtière abondante.
Montagnes andines australes
Bordure sud-ouest et sud, prolongement andin
Reliefs élevés, conditions froides et ventées, étagement de végétation andine, glaciers et neiges persistantes.
Littoral, fjords et canaux
Côtes atlantiques, canal Beagle, Seno Almirantazgo, canaux du sud
Baies profondes, fjords, côtes rocheuses et plages abritant de grandes colonies d’oiseaux et de mammifères marins.
La steppe et les plaines du nord
La portion nord et centrale de la Grande Île présente, selon les études historiques chiliennes, de vastes plaines et des reliefs faiblement ondulés, couverts de différentes espèces de coirón et de graminées poussant en touffes, accompagnés de petits arbustes. Cet environnement de steppe froide a constitué le territoire principal des Selk’nam, peuple de chasseurs-cueilleurs qui s’y déplaçait en suivant les déplacements du gibier, notamment le guanaco.
Les descriptions de Memoria Chilena soulignent que ces plaines du nord offraient un couvert végétal assez ouvert pour permettre l’usage de boleadoras et d’autres armes de chasse, tout en imposant aux populations de se protéger contre des conditions climatiques rigoureuses. Les Selk’nam utilisaient ainsi des capes de peaux de guanaco, de renard ou d’autres mammifères, complétées par des peintures corporelles qui jouaient à la fois un rôle symbolique et une fonction de protection contre le froid et l’humidité.
Sur le plan écologique, ce paysage steppique se retrouve encore aujourd’hui dans de larges portions de la Tierra del Fuego chilienne, notamment au nord du Seno Almirantazgo et autour des zones de pâturage ovin historiques, même si les pratiques pastorales et l’introduction d’espèces exotiques ont profondément modifié la composition de la végétation et les dynamiques de faune. Le long des côtes nord de la Grande Île, l’interface entre steppe et rivage donne naissance à des paysages très ouverts où les estancias ovines se sont installées dès la fin du XIXe siècle, au cœur des conflits fonciers avec les peuples autochtones et liés à la colonisation de la région par les Etats chilien et argentin.
La zone de transition lacustre et tourbeuse
Entre la steppe du nord et les forêts denses du sud s’étend une zone de transition caractérisée par des lacs glaciaires, des lagunes, des systèmes de tourbières et une mosaïque de peuplements forestiers et de matorrals. Du côté argentin, les documents de gestion du Parque Nacional Tierra del Fuego et les publications provinciales sur les écorégions décrivent un paysage de vallées occupées par de grands lacs et par des tourbières étendues, qui jouent un rôle clé dans la régulation hydrologique et dans le stockage du carbone.
Les tourbières de mousses (tourbes de sphaignes) sont fréquemment bordées de peuplements de ñire, un hêtre (Nothofagus) qui tolère les conditions de sols saturés et le gel fréquent, formant une ceinture de transition entre les milieux ouverts et les forêts fermées. Dans le Parque Karukinka, au sud de la portion chilienne de Terre de Feu, les descriptions écologiques soulignent la présence de tourbières (turberas) – marais de tourbe (humedales de turba) – capables de séquestrer d’importantes quantités de carbone tout en régulant les flux d’eau.
Les autorités environnementales de la province de Tierra del Fuego insistent sur l’importance des services écosystémiques rendus par ces milieux : alimentation en eau, épuration, stockage de carbone, soutien à la biodiversité et valeur paysagère et culturelle. Ces tourbières ont été historiquement exploitées pour la tourbe combustible, mais sont désormais de plus en plus intégrées à des systèmes d’aires protégées et à des démarches de planification territoriale visant à limiter leur dégradation (ex: statut de protection de la péninsule Mitre).
Les forêts subantarctiques
Composition floristique
Les forêts subantarctiques de la Grande Île appartiennent à l’écorégion des « Bosques Patagónicos », telle que la définit l’Administration des Parcs Nationaux argentins pour le Parque Nacional Tierra del Fuego. La composante dominante est la lenga (Nothofagus pumilio, hêtre), un feuillu caduc qui colore le paysage de rouges intenses en automne et forme des peuplements denses sur les versants bien drainés et les pentes des vallées.
Dans les secteurs plus humides, les fiches techniques du parc mentionnent l’association de la lenga avec le guindo ou coihue de Magallanes (Nothofagus betuloides), au feuillage persistant, et avec le canelo (Drimys winteri), arbre aromatique présent dans les forêts les plus pluvieuses et dans certains fonds de vallées abrités. À la marge inférieure des tourbières, ces forêts se dégradent en bosquets de ñire (Nothofagus antarctica), espèce plus tolérante aux sols gorgés d’eau et aux vents violents.
En territoire chilien, les descriptions du Parque Karukinka – appuyées par la municipalité de Timaukel – confirment la présence de vastes forêts primaires de lenga et de formations mixtes lenga–coihue de Magallanes. Ces boisements couvrent une grande partie du sud de l’île, constituant à cette latitude un des derniers ensembles continus de forêts tempérées de l’hémisphère sud.
Faune associée
La faune des forêts fuégiennes compte des mammifères emblématiques tels que le guanaco (Lama guanicoe), le huillín (Lontra provocax, une loutre menacée) et le renard rouge fuégien, cités comme habitants réguliers du Parque Nacional de Tierra del Fuego. Ces espèces dépendent de la mosaïque de forêts, de tourbières et de milieux rivulaires, ce qui rend leur conservation étroitement liée au maintien de la continuité des habitats.
L’avifaune forestière, décrite par l’Administration des Parcs Nationaux, comprend des espèces caractéristiques des forêts australes comme la cachaña (perruche autrale), le carpintero gigante (pic rouge de Magellan), le rayadito et le zorzal patagónico. Sur les rivages, lagunes et bras de mer associés aux forêts, on observe régulièrement la caranca ou cauquén (Chloephaga hybrida), choisie comme emblème du parc, ainsi que des albatros à sourcils noirs, le quetru (Brassemer de Magellan), divers ostréiculteurs dont le huitrier-pie austral, des mouettes et des cormorans.
Dans le Parque Karukinka et les secteurs voisins de la province chilienne de Terre de Feu, les inventaires – relayés par les autorités locales – mentionnent également des populations en bonne santé de guanacos, de renards culpeos et de huillín, mais aussi de grands rapaces comme le condor des Andes et diverses espèces d’oiseaux aquatiques dont le cygne à cou noir et le carpintero magallánico (pic rouge de Magellan).
Le climat des forêts fuégiennes est tempéré à froid et humide, caractérisé par des chutes de neige abondantes, des pluies fréquentes, des gelées presque toute l’année et des vents violents. Ces conditions climatiques soutiennent une productivité forestière relativement élevée, mais imposent aussi des contraintes sévères aux activités humaines et à la régénération des peuplements lorsque ceux-ci ont été perturbés.
Montagnes andines et étagement altitudinal
Le sud-ouest de la Grande Île accueille le prolongement de la cordillère des Andes australes, avec des chaînes montagneuses qui dominent le canal Beagle et les bras de mer adjacents. Cette zone se caractérise surtout par des reliefs marqués, des vallées glaciaires profondes, des lacs d’origine glaciaire et des neiges persistantes en altitude parfois accompagnées de glaciers.
Dans le Parque Karukinka, la partie dite « andine » est décrite comme un écosystème dominé par une végétation herbacée ou arbustive adaptée aux températures basses et au vent, où le condor trouve des conditions favorables pour le vol et la nidification. Cet étage andin surmonte les forêts de lenga et de coihue de Magellan, reflétant un gradient altitudinal typique des Andes australes, où la couverture forestière cède progressivement la place aux pelouses et rocailles de haute altitude.
L’Administration des Parcs Nationaux souligne que le Parc national Tierra del Fuego protège un secteur représentatif de ce relief, incluant des vallées, des lacs et des crêtes d’origine glaciaire, ce qui en fait une fenêtre privilégiée sur les processus géomorphologiques qui ont sculpté l’extrémité australe du continent sud-américain. Le relief montagneux contribue également à la formation de microclimats et à la distribution différenciée des précipitations, avec des versants sous le vent plus secs et des versants au vent beaucoup plus humides, même si ces gradients fins ne sont qu’esquissés dans la documentation officielle grand public.
Littoral, fjords et canaux
Les côtes de la Grande Île sont profondément entaillées, en particulier dans la partie sud et sud-ouest, où les fjords et les canaux forment un réseau complexe entre les îles principales et les archipels secondaires. Sur la rive argentine du canal Beagle, le Parc national Tierra del Fuego protège un tronçon de côte où les forêts patagoniques atteignent littéralement la mer, une singularité géographique à l’échelle du pays. La Bahía Lapataia, unique fjord argentin donnant sur le canal Beagle, et l’Ensenada Zaratiegui sont mentionnées comme des sites emblématiques de ce contact direct entre forêt, montagne et mer.
Du côté chilien, la côte nord du Seno Almirantazgo et les rivages de Karukinka accueillent des colonies d’oiseaux et de mammifères marins, qui trouvent refuge dans des baies abritées, des falaises et des plages de galets. Les documents de WCS Chile et de la municipalité de Timaukel soulignent que cette portion de littoral constitue un refuge pour des communautés entières d’oiseaux de mer et de mammifères, contribuant au rôle de la région comme corridor écologique entre l’Atlantique, le Pacifique et les eaux antarctiques.
Ces côtes et canaux formaient autrefois un espace de vie intensément parcouru par les Yagans, des populations canotières, dont l’occupation s’étendait entre le canal Beagle, la Grande Île, l’île Navarino, l’île Hoste et l’archipel du cap Horn. Cette dimension maritime reste aujourd’hui déterminante pour la navigation commerciale et scientifique, ainsi que pour la pêche et l’aquaculture, même si ces dernières ne sont pas détaillées dans les documents institutionnels mobilisés ici.
Climat régional et processus géologiques
La Grande Île est caractérisée comme un territoire de climats tempérés froids et humides au sud, plus continentaux et semi-arides vers le nord. Les documents éducatifs sur les écorégions de Terre de Feu évoquent pour les « bosques fueguinos » un climat marqué par des pluies et des chutes de neige abondantes, des gelées fréquentes et des vents persistants, ce qui est cohérent avec le cadre subantarctique général.
Sur le plan géologique et géomorphologique, la présence de larges vallées glaciaires, de lacs en auge, de fjords et de vastes tourbières témoigne d’un modelé dominé par les glaciations quaternaires et par l’ajustement isostatique et sédimentaire postérieur. Les tourbières, en particulier, sont présentées par les gestionnaires de Karukinka comme des humedales de turba (marais de tourbières) jouant un rôle essentiel dans la séquestration du carbone et la régulation des cycles hydrologiques, ce qui suppose des conditions de saturation en eau et de basse température favorables à l’accumulation lente de matière organique.
Les autorités provinciales argentines insistent sur la nécessité de conserver ces milieux afin de préserver leur capacité à stocker du carbone, à purifier l’eau et à amortir les extrêmes hydrologiques, en particulier dans un contexte de changement climatique global.
Quelques informations sur le peuplement de la Terre de Feu
Peuples autochtones et démographie avant la colonisation
Diversité des peuples australs
L'Argentine et le Chili s’accordent pour souligner la profondeur de l’occupation humaine de la région et la diversité des peuples autochtones qui y vivaient bien avant la colonisation. Le gouvernement de la province de Tierra del Fuego (AR) rappelle que, il y a environ 10 000 ans, le territoire aujourd’hui provincial était déjà habité par plusieurs peuples : les Selk’nam ou Shelknam, les Yámanas ou Yaganes, les Kawésqar et les Haush, chacun ayant développé des langues, des coutumes et des modes de vie adaptés à un environnement particulièrement exigeant.
Entre l’île de Chiloé et le cap Horn se répartissaient différents groupes aux cultures rituelles riches, dont les Selk’nam sur les plaines de Terre de Feu, peuple de chasseurs-recueilleurs terrestres, et les Yámana ou Yagán, peuple canotier spécialisé dans la pêche et la chasse marine. Les travaux soutenus par le CONICET en Argentine, notamment au travers du Centro Austral de Investigaciones Científicas (CADIC), évoquent eux aussi cette mosaïque de peuples – Yaganes ou Yámanas, Selk’nam ou Onas, Kawésqar ou Alakaluf – présents dans l’archipel au moment du contact avec les colons.
Les sources chiliennes consacrées spécifiquement au peuple Yagán décrivent un territoire d’occupation couvrant les canaux et les côtes sud-occidentales de Terre de Feu, entre le canal Beagle et le cap Horn, incluant l’île Hoste, la côte sud de la Grande Île et les archipels orientés vers l’Atlantique. Ces populations passaient une grande partie de leur existence en mer, la canoë en écorce constituant à la fois moyen de déplacement, espace domestique et symbole d’adaptation à un environnement de canaux froids et instables. Le nom donné à l'île par les Yagans est "Onaisin" signifiant "le territoire des Onas", leurs voisins Selk'nam.
Organisation sociale et territoires Selk’nam et Haush
Les Selk’nam appellent l'île de Terre de Feu "Karukinka" et étaient autrefois organisés en familles étendues, pouvant regrouper trois ou quatre générations, structurées selon une filiation patrilinéaire et résidant dans des territoires appelés haruwenh, dont les limites étaient généralement respectées par les groupes voisins. La notion de haruwenh traduit un rapport au territoire à la fois matériel – lié aux ressources en gibier et en végétation – et symbolique, structuré par des récits mythiques et des rituels comme le célèbre Hain.
Plusieurs descriptions distinguent deux grands ensembles selk’nam : les groupes des plaines du nord, chasseurs de cururos et de guanacos, et ceux de la zone montagneuse du sud de l’île, dont le mode de vie répondait davantage aux contraintes forestières et montagnardes. Dans l’extrême sud-est de Terre de Feu, en péninsule Mitre, un autre peuple, les Haush, partageait de nombreuses similitudes culturelles avec les Selk’nam, tout en entretenant ses propres spécificités territoriales et rituelles.
Profondeur archéologique
Les recherches archéologiques soutenues par le CONICET indiquent que le peuplement de la côte sud de l’archipel a commencé il y a environ huit mille ans, comme l’attestent les outils lithiques, les foyers et les restes alimentaires mis au jour sur divers sites. Les grands amas coquilliers (concheros ou conchales), qui apparaissent environ un millénaire plus tard, montrent l’intensification de l’exploitation des ressources marines et la mise en place de modes de vie littoraux durables, surtout chez les populations canotières comme les Yagans.
Ces données archéologiques complètent les témoignages oraux et les documents missionnaires, même si la colonisation a largement détruit la mémoire orale des peuples autochtones et n’a laissé que peu de traces directes de leur propre regard sur le monde. Dans ce contexte, les communautés autochtones, les musées régionaux et les institutions de mémoire – en Argentine, au Chili et grâce aux initiatives de notre association – jouent aujourd’hui un rôle crucial pour recomposer, à partir de restes matériels, de photographies et d’archives, une histoire longue que les violences coloniales ont tenté d’effacer.
Colonisation, missions et génocide
Expansion pastorale et violences
Les récits historiques convergent pour décrire l’installation des grandes estancias ovines sur les plaines de Terre de Feu à la fin du XIXe siècle comme un moment de bascule dramatique pour les peuples autochtones, en particulier pour les Selk’nam. La mise en place d'élevages ovins de grande taille au nord de l’île a été accompagnée de conflits violents, puis d’une véritable politique d’extermination soutenue par certaines compagnies et estancias, qui rémunéraient les chasseurs d’« Indiens » pour chaque Selk’nam tué.
De grandes compagnies ovines payaient une livre sterling par Selk’nam abattu, les chasseurs devant présenter des mains ou des oreilles comme preuve pour percevoir cette prime. Les plaines du nord ont été les premières touchées, provoquant un déplacement massif des survivants vers le sud de l’île pour tenter d’échapper aux massacres, ce qui a intensifié les tensions entre groupes et saturé les territoires encore disponibles.
Plusieurs travaux et archives détaillent la logique d’« etnocidio » : les hommes adultes étaient souvent tués sur place, car perçus comme les porteurs de la résistance, tandis que les femmes et les enfants étaient capturés, soumis à des violences, à des viols systématiques et à des formes de servitude domestique. Des correspondances de propriétaires d’estancias témoignent de la circulation d’enfants selk’nam en tant que domestiques, dans un contexte où la population coloniale masculine était nettement majoritaire et où les femmes autochtones étaient particulièrement vulnérables.
Missions et déportations
Face aux massacres, des voix missionnaires – notamment salésiennes – ont dénoncé la situation, sans toutefois parvenir à inverser la dynamique de destruction. À la fin du XIXe siècle, le gouvernement chilien a cédé l’île Dawson, dans le détroit de Magellan, à des missionnaires pour y établir une mission destinée à « regrouper » les survivants selk’nam, dotée de ressources économiques importantes. Les Selk’nam qui avaient survécu aux tueries ont été de facto déportés vers cette île, où la mission San Rafael a cessé de fonctionner après environ deux décennies, les maladies, la désorganisation sociale et les violences ayant réduit à très peu la population originelle.
Le gouvernement de Terre de Feu, dans sa page historique, reconnaît que l’expansion de l’élevage au tournant des XIXe et XXe siècles a apporté « une des pages les plus douloureuses de l’histoire fuégienne », marquée par la persécution et le massacre systématique des peuples autochtones. Malgré les dénonciations, peu d’actions effectives ont été entreprises pour protéger ces populations, et les processus de colonisation et de privatisation foncière ont continué à avancer, consolidant le contrôle étatique et privé sur les terres de l’île.
Mémoire et reconnaissance récente
Les institutions chiliennes de mémoire publique, comme Memoria Chilena et les musées régionaux, ainsi que les organes de l’État dédiés aux peuples autochtones, contribuent aujourd’hui à la reconnaissance de ce passé d’ethnocide. La Corporación Nacional de Desarrollo Indígena (CONADI) a soutenu, en lien avec le ministère de Développement social, un projet de loi reconnaissant formellement le peuple Selk’nam comme peuple autochtone vivant, ce qui marque un tournant symbolique après des décennies pendant lesquelles il avait été présenté comme « éteint ».
En Argentine, les travaux archéologiques du CADIC et les actions de diffusion menées par des institutions scientifiques et culturelles visent à reconstruire l’histoire des Yagans, des Selk’nam, des Kawésqar et d’autres groupes à partir des objets, des sites et des archives, ce qui nourrit un mouvement plus large de revalorisation de la mémoire autochtone à l’échelle provinciale et nationale. Ces initiatives n’effacent pas les violences passées, mais elles permettent d’inscrire la question des peuples autochtones au cœur des débats contemporains sur la justice territoriale, la conservation et la souveraineté dans la région fuégienne.
Démographie contemporaine
La démographie récente
Côté argentin, les résultats du Censo Nacional de Población, Hogares y Viviendas 2022, diffusés par l’INDEC et relayés par l’Institut Provincial de Análisis, Investigación y Estadística (IPIEC), confirment une croissance rapide de la population provinciale sur le dernier demi-siècle, dans un contexte d’urbanisation concentrée autour de quelques centres urbains sur la Grande Île. Les documents provinciaux et nationaux rappellent que cette croissance doit être lue dans le cadre d’un territoire très vaste, incluant des terres insulaires, des revendications antarctiques et des îles de l’Atlantique Sud, ce qui se traduit par des densités moyennes encore très faibles malgré l’essor des villes. La majeure partie de la population se concentre aujourd’hui dans quelques localités de la Grande Île – aux premiers rangs desquelles Rio Grande et Ushuaia – tandis que de grandes portions du centre et du nord de l’île restent très peu peuplées.
Côté chilien, les résultats des recensements de population et de logement publiés par l’Instituto Nacional de Estadísticas (INE) indiquent que la Région de Magallanes y de la Antártica Chilena reste l’une des moins peuplées du pays, même si sa population continue de croître lentement. Les rapports communaux publiés par la Biblioteca del Congreso Nacional montrent que la province de Tierra del Fuego – et en particulier les communes de Porvenir, Primavera et Timaukel – ne représentent qu’une fraction modeste de la population régionale, celle-ci étant rurale et très dispersée.
Structure urbaine et rurale
Les documents institutionnels argentins mettent en avant un contraste net entre les centres urbains et les zones rurales, ces dernières incluant les estancias, les installations pétrolières et les petits villages liés à l’exploitation des ressources naturelles. Ushuaia apparait comme un pôle administratif, logistique et touristique majeur, tandis que d’autres localités insulaires comme Rio Grande jouent un rôle surtout dans l’industrie.
En territoire chilien, la documentation communale et régionale souligne que la population de Tierra del Fuego est distribuée entre une petite ville principale, Porvenir, et quelques communes faiblement peuplées, dans un cadre marqué par le poids des estancias et, plus récemment, des aires protégées rurales comme Karukinka.
Démographie autochtone actuelle
Les processus de recensement et les politiques de reconnaissance officielle ont conduit, tant en Argentine qu’au Chili, à une visibilité accrue des personnes s’identifiant comme appartenant aux peuples autochtones de l’archipel fuégien. Au Chili, les consultations préalables menées par le Conseil de la Culture et les Arts de Magallanes auprès des peuples Kawésqar, Yagán et Mapuche Huilliche témoignent de l’existence de communautés actives dans la région, y compris à Porvenir et dans d’autres localités de Terre de Feu, impliquées dans la co-construction de politiques culturelles.
Les plateformes institutionnelles dédiées aux personnes âgées autochtones rappellent que le peuple Yagán subsiste aujourd’hui majoritairement dans la localité de Villa Ukika, à Puerto Williams, sur l’île Navarino, mais que son territoire historique s’étendait à l’ensemble des canaux et côtes sud de la Grande Île et du cap Horn. En Argentine, les travaux du CONICET sur les Yagans, les Haush et les Selk’nam s’inscrivent dans un contexte de revalorisation des identités originaires et de revendications territoriales et symboliques, même si les populations actuelles représentent une fraction de ce qu’elles étaient avant les massacres de la fin du XIXe siècle.
Aires protégées et politiques de conservation
Parc national Tierra del Fuego (Argentine)
Créé en 1960 par la loi nationale 15.554, le Parc national Tierra del Fuego est présenté par l’Administration des Parcs Nationaux comme la principale aire protégée insulaire de la province, avec une superficie de 68 909 hectares dans l’écorégion des Bosques Patagónicos. Ses objectifs spécifiques incluent la protection d’un secteur de forêts fueguines à prédominance de lenga et de ñire, ainsi que la sauvegarde de sites archéologiques témoignant de l’occupation humaine ancienne sur la rive nord du canal Beagle.
La communication du parc met en avant un « paysage impactant » composé de lacs, de vallées, de vastes tourbières et d’un tronçon de côte où les forêts arrivent jusqu’à la mer, ce qui en fait un site unique en Argentine. Les objectifs de gestion incluent la préservation des espèces et de la diversité génétique, la protection de caractéristiques naturelles spécifiques et la conservation de paysages représentatifs, ce qui se traduit par un zonage interne et par un plan de gestion actualisé pour la période 2021–2030.
Le plan de gestion, élaboré de manière participative avec les services de l’Administration des Parcs Nationaux et la communauté d’Ushuaia, insiste également sur la nécessité de concilier conservation et usages récréatifs, éducatifs et scientifiques, dans un contexte de fréquentation croissante par les habitants et par les visiteurs nationaux et internationaux. L’articulation avec le système provincial d’aires protégées permet de penser la Grande Île comme un ensemble de noyaux de conservation interconnectés, plutôt que comme une somme de sites isolés.
Système provincial d’aires naturelles protégées (Tierra del Fuego, Argentine)
La Constitution de la Province de Tierra del Fuego reconnaît expressément les valeurs et les services écosystémiques de son vaste territoire et confie à l’État la responsabilité de les conserver au bénéfice des générations présentes et futures. Dans ce cadre, le Sistema Provincial de Áreas Naturales Protegidas est présenté par les autorités comme un instrument central pour garantir la conservation du patrimoine naturel et culturel, en définissant des catégories de protection et des objectifs spécifiques pour chaque réserve.
Les documents provinciaux expliquent que les aires naturelles protégées contribuent à protéger des services tels que l’alimentation en eau potable, la régulation du climat, le stockage du carbone, la protection des paysages et la mise à disposition d’espaces pour la récréation, l’éducation et le développement culturel. Ils soulignent aussi la menace que représentent les espèces exotiques envahissantes pour les ressources et espèces autochtones, ce qui est particulièrement pertinent pour la Grande Île où des espèces introduites comme le castor ont profondément transformé les milieux aquatiques et forestiers, même si ce dernier point est davantage développé par des institutions spécialisées que par les textes généraux mobilisés ici.
En décembre 2022, la Législature de Tierra del Fuego a adopté la Loi provinciale n° 1461, qui crée l’« Área Natural Protegida Península Mitre » (ANPPM) et l’inscrit formellement dans le Système Provincial d’Aires Naturelles Protégées établi par la Loi n° 272. Cette loi définit l’aire comme englobant la portion terrestre de l’extrémité orientale de l’île Grande de Terre de Feu, la frange marine adjacente ainsi que les zones marines entourant l’Isla de los Estados, Isla de Año Nuevo et les îlots associés, incluant tous les plans d’eau intérieurs. L’ANPPM complète ainsi le Parc national Tierra del Fuego et le système d’aires provinciales déjà existants, en assurant une continuité spatiale de protection depuis la cordillère de Darwin jusqu’à l’extrémité atlantique de l’archipel.
Parque Karukinka (Chili)
Du côté chilien, le Parque natural Karukinka, situé dans le secteur sud de la Grande Île, est décrit par WCS Chile et par la municipalité de Timaukel comme un parc naturel privé d’importance mondiale pour la conservation. Il contient de grandes étendues de forêts primaires de lenga et de forêts mixtes lenga–coihue de Magallanes, des tourbières, des steppes patagoniques, des matorrals, des zones côtières, ainsi qu’un étage andin, rassemblant ainsi une grande partie des écosystèmes représentatifs de la biodiversité australe.
Karukinka abrite de nombreuses espèces natives de plantes et d’animaux de l’écorégion subantarctique, dont le guanaco, le renard culpeo, le huillín, divers rongeurs comme le tuco-tuco, ainsi que des oiseaux tels que le cygne à cou noir, le carpintero magallánico, le pato quetru et plusieurs rapaces. Le parc est ouvert de manière saisonnière au public, dans une logique de fréquentation contrôlée visant à minimiser les impacts sur les écosystèmes, notamment à travers une gestion rigoureuse des déchets et l’interdiction de faire du feu en dehors des lieux autorisés.
Historiquement, le toponyme Karukinka renvoie à la désignation que les Selk’nam donnaient à leur terre, et les gestionnaires du parc soulignent que la conservation de ces paysages constitue une forme d’hommage aux peuples autochtones et de transmission pour les générations futures. Le parc bénéficie en outre d’une protection de son sous-sol en tant que « lieu d’intérêt scientifique pour effets miniers », ce qui limite les activités extractives et renforce sa vocation de laboratoire vivant pour la recherche.
Géopolitique historique et actuelle
Le traité de limites de 1881
Le traité de limites de 1881 entre l’Argentine et le Chili constitue l’acte fondateur de la délimitation binationale à l’extrémité sud de l’Amérique du Sud, y compris pour la Grande Île de Terre de Feu. Les textes officiels conservés par le ministère argentin des Relations extérieures et par la Dirección Nacional de Fronteras y Límites de Chile soulignent que ce traité attribue à l’Argentine l’Isla de los Estados, les îlots qui lui sont immédiatement adjacents et les autres îles situées sur l’Atlantique à l’est de la Terre de Feu et des côtes orientales de la Patagonie.
Le même article du traité stipule que « percerán a Chile todas las islas al Sur del Canal “Beagle” hasta el Cabo de Hornos y las que haya al Occidente de la Tierra del Fuego », ce qui signifie que toutes les îles au sud du canal Beagle jusqu’au cap Horn, ainsi que celles situées à l’ouest de la Terre de Feu, reviennent au Chili. Le texte ne précise toutefois pas de manière suffisamment claire pour l’époque la localisation exacte de l’axe du canal Beagle, ouvrant la voie à des divergences d’interprétation sur la souveraineté de certains groupes d’îles situés à son embouchure orientale.
Ce traité a été complété par d’autres instruments au cours du XXe siècle, mais il demeure la référence première pour la répartition des souverainetés sur la Grande Île elle‑même, instituant de fait un partage est–ouest de l’île principale entre les deux pays. Les cartes officielles et les actes de provincialisation et de régionalisation ultérieurs s’inscrivent dans ce cadre, tout en ajustant au fil du temps la gouvernance interne des espaces insulaires et maritimes.
Le conflit du Beagle et la médiation pontificale
Au XXe siècle, la délimitation précise des frontières dans la zone du canal Beagle a suscité plusieurs différends, dont le plus connu est le « conflit du Beagle », centré sur la souveraineté des îles Picton, Nueva et Lennox et sur les espaces maritimes qui y sont associés. Selon la synthèse de la Dirección Nacional de Fronteras y Límites, le canal Beagle est un détroit reliant les océans Pacifique et Atlantique, situé au sud du parallèle 55°, entre les méridiens 71° et 66° ouest, et s’étendant sur environ 240 km le long de la côte sud de la Grande Île.
Dans le cadre du différend, un laudo arbitral confié à la Couronne britannique a statué en faveur du Chili quant à la souveraineté sur ces îles, mais l’Argentine a déclaré unilatéralement la nullité du jugement, ce qui a fortement accru les tensions diplomatiques entre les deux pays. Cette escalade a conduit à une situation de quasi confrontation armée à la fin des années 1970, avant que les parties ne recourent à une médiation du pape Jean‑Paul II, qui a abouti à la signature du traité de paix et d’amitié de 1984.
La documentation institutionnelle chilienne souligne que ce traité a fixé définitivement la frontière maritime depuis le canal Beagle jusqu’au passage de Drake, au sud du cap Horn, en confirmant la souveraineté chilienne sur les îles en litige et en organisant un régime partagé de navigation et de coopération dans la zone australe. Ce règlement a consolidé la situation géopolitique de la Grande Île en tant que pièce d’un puzzle plus vaste de frontières maritimes et de zones économiques, tout en réduisant les risques de conflit armé dans un espace crucial pour les routes maritimes et les ressources halieutiques.
Gouvernance territoriale actuelle
Aujourd’hui, la portion argentine de la Grande Île est intégrée à la Province de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur, province la plus jeune du pays, dont l’histoire institutionnelle a été marquée par la consolidation progressive de la souveraineté argentine sur les terres australes, y compris par le biais des missions, des bases navales et des politiques de promotion industrielle. Le gouvernement provincial insiste sur la dimension stratégique de ce territoire, situé à la fois comme « coin le plus austral de l’Argentine » et comme porte d’entrée vers l’Antarctique, ce qui se reflète dans le développement de la logistique antarctique, du tourisme de croisière et de la recherche scientifique.
Côté chilien, la Grande Île est incluse dans la Región de Magallanes y de la Antártica Chilena, région dotée d’un statut particulier en raison de son éloignement, de ses conditions climatiques extrêmes et de son rôle dans la projection antarctique du pays. La province de Tierra del Fuego et ses communes (dont Porvenir, Primavera et Timaukel) s’inscrivent dans une trame institutionnelle où se combinent la gestion des estancias, l’exploitation des ressources naturelles, la présence de bases militaires, la protection d’aires naturelles et le soutien aux communautés originaires.
Les organes nationaux compétents – ministères des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Environnement et des Cultures – interviennent conjointement dans cet espace, en particulier lorsque les enjeux touchent à la délimitation maritime, aux aires marines protégées, à la reconnaissance des peuples autochtones et à la coopération bilatérale dans les canaux et passages du sud. Ces cadres géopolitiques structurent de manière décisive l’avenir de la Grande Île, en encadrant les usages possibles de ses terres et de ses mers.
Enjeux contemporains et perspectives
Reconnaissance des peuples autochtones
Au Chili comme en Argentine, la reconnaissance juridique et politique des peuples originaires de Terre de Feu constitue un enjeu central. Au Chili, la CONADI et le ministère de Développement social ont porté un projet de loi reconnaissant officiellement le peuple Selk’nam, qui avait longtemps été considéré comme disparu, ce qui ouvre des perspectives en termes de droits culturels, de participation et de mesures de réparation symbolique.
Les processus de Consulta Previa organisés par le Conseil régional de la Culture et des Arts de Magallanes avec les peuples Yagán, Kawésqar et Mapuche Huilliche témoignent également d’une volonté de construire des politiques culturelles et patrimoniales en dialogue avec les communautés concernées. En Argentine, les institutions provinciales et nationales insistent sur l’importance de reconnaître la part des Selk’nam, Yámanas, Kawésqar et Haush dans l’identité fueguine actuelle, y compris à travers des programmes éducatifs, muséographiques et scientifiques.
Conservation, climat et ressources
Les aires protégées – Parc national Tierra del Fuego, système provincial d’aires naturelles et Parque Karukinka, entre autres – sont au cœur des stratégies de conservation des écosystèmes subantarctiques de la Grande Île, dans un contexte de changement climatique qui accentue les pressions sur les forêts, les tourbières et les milieux littoraux. Les tourbières, en tant que puits de carbone et régulateurs hydrologiques, sont particulièrement mises en avant comme éléments à protéger, les autorités provinciales soulignant que leur dégradation pourrait libérer de grandes quantités de carbone et fragiliser l’approvisionnement en eau.
Dans le même temps, la région reste liée à des activités extractives et énergétiques – en particulier à l’exploitation des ressources fossiles – et à des formes d’élevage extensif, qui posent la question de la compatibilité entre développement économique, justice environnementale et droits des peuples originaires. Les textes institutionnels insistent sur la nécessité de planifier l’occupation du territoire, de réglementer les usages et de renforcer la surveillance des espèces exotiques envahissantes, sans toutefois toujours détailler les instruments concrets mis en œuvre.
Coopération binationale et dimension antarctique
La position de la Grande Île, à la charnière entre Atlantique, Pacifique et océan Austral, en fait un espace privilégié pour la coopération scientifique, logistique et environnementale entre l’Argentine et le Chili. Les deux pays y développent des capacités pour la desserte de l’Antarctique, abritent des bases, des ports et des infrastructures de recherche qui s’appuient sur la proximité de la péninsule antarctique et sur la présence de canaux relativement abrités pour la navigation.
Dans ce contexte, la pacification durable du différend du Beagle et la clarification des frontières maritimes ont constitué un préalable indispensable à toute coopération de long terme, en réduisant les incertitudes géopolitiques et en permettant d’envisager des politiques communes de sécurité maritime, de protection de l’environnement marin et de gestion des risques liés au trafic croissant dans les passages du sud. La Grande Île de Terre de Feu apparaît ainsi, dans les discours institutionnels contemporains, à la fois comme un territoire de mémoire – marqué par les traces des peuples originaires et par les violences coloniales – et comme un laboratoire pour penser de nouvelles formes de cohabitation entre nature, culture et souveraineté au bout du monde.
Bibliographie institutionnelle (sélection)
Administración de Parques Nacionales (Argentina), « Ficha del área protegida: Parque Nacional Tierra del Fuego », Ministerio del Interior, 2024.
Administración de Parques Nacionales, « Plan de Gestión del Parque Nacional Tierra del Fuego 2021–2030 », Sistema de Información de Biodiversidad.
Administración de Parques Nacionales – Sistema de Información de Biodiversidad (SIB), « Parque Nacional Tierra del Fuego », Buenos Aires, s.d.
Biblioteca del Congreso Nacional de Chile (BCN), « Reporte Comunal – Provincia de Tierra del Fuego (Magallanes) », Santiago, 2025.
CONICET – Centro Austral de Investigaciones Científicas (CADIC), « Una investigación reconstruye la historia de los pueblos originarios de Tierra del Fuego », DICYT, s.d.
Corporación Nacional de Desarrollo Indígena (CONADI), « Congreso Nacional despachó proyecto … que reconoce al pueblo Selk’nam », Ministerio de Desarrollo Social y Familia, s.d.
Dirección Nacional de Fronteras y Límites del Estado (DIFROL), « Conflicto del Beagle y mediación papal », Ministerio de Relaciones Exteriores de Chile, 2025.
Gobierno de la Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur, « Ubicación de Tierra del Fuego », Instituto Fueguino de Turismo – Sitio oficial Fin del Mundo.
Gobierno de la Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur, « Historia de TDF – De los primeros pueblos originarios a la provincia más joven del país », 2025.
Gobierno de Tierra del Fuego – Secretaría de Ambiente, « Sistema Provincial de Áreas Naturales Protegidas de Tierra del Fuego », ProDyAmbiente.
Gobierno de Tierra del Fuego – ProDyAmbiente, « La tierra es diversa – ¿Conocés nuestras ecorregiones? », brochure pédagogique sur les écorégions fueguines.
Instituto Nacional de Estadística y Censos (INDEC), « Censo Nacional de Población, Hogares y Viviendas 2022 – Resultados definitivos », Buenos Aires.
Instituto Provincial de Análisis, Investigación y Estadística y Censos (IPIEC), « Censo 2022 – Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur », Gobierno de TDF.
Instituto Nacional de Estadísticas (INE), « Censos de Población y Vivienda – Región de Magallanes y de la Antártica Chilena », Santiago.
Memoria Chilena – Biblioteca Nacional de Chile, « Onas o Selk’nam », dossier thématique.
Memoria Chilena – Biblioteca Nacional de Chile, « Pueblos australes de Chile », dossier thématique.
Ministerio de las Culturas, las Artes y el Patrimonio (Chile), « En Puerto Edén finaliza Consulta Previa a Pueblos Originarios de Magallanes », CRCA Magallanes.
Ministerio de las Culturas, las Artes y el Patrimonio (Chile), « Consejo de la Cultura de Magallanes da a conocer detalles de Consulta Previa a los Pueblos Indígenas », CRCA Magallanes, 2014.
Ministerio de Relaciones Exteriores, Comercio Internacional y Culto (Argentina), « Tratado de Límites entre la República Argentina y la República de Chile (1881) », Archivo de Tratados.
Museo Regional de Magallanes, « Etnocidio y resistencia de los selk´nam en el siglo XIX », Colecciones en línea.
Municipalidad de Timaukel (Chile), « Parque nacional Karukinka – Atractivos turísticos », 2022.
Proyecto « Vejez Indígena », « Pueblo Yagán », plateforme institutionnelle dédiée aux personnes âgées autochtones.
Ser Indígena – Pueblos Originarios de Chile, « Pueblo Yagan » et « Selk´Nam ».
Wildlife Conservation Society (WCS) Chile, « Parque Karukinka – Ecosistemas en Karukinka », et « Karukinka – Juntos por la vida silvestre », 2017–2024.
Voyage au bout du monde, en Patagonie, depuis la Rochelle !
Si vous prévoyez de passer à la Rochelle cet été, ne manquez pas ce voyage au bout du monde ! Créée par Sébastien Laurier et en partenariat avec l'association du phare du bout du monde et la ville de la Rochelle, cette fiction sonore et immersive vous transporte pendant une heure à l'extrême sud de la Patagonie, au départ du bureau du port de la pointe des Minimes.
Un projet avec plusieurs de nos membres : Mirtha Salamanca (selk'nam), Marie-Pierre Lemasson et Lauriane Lemasson
Plusieurs membres de l'association Karukinka ont participé à ce projet, dont Mirtha Salamanca (femme selk'nam membre du conseil participatif indigène d'Argentine) et confiant sa voix française à Marie-Pierre Lemasson, trésorière de l'association et que Mirtha connaît depuis 2019, lors de sa première venue en France, dans le cadre du projet Haizebegi. Et oui, le personnage principal, Lauriane, n'est pas sans faire écho à la fondatrice de Karukinka...
De bon matin nous levons l’ancre au moment de l’étale et à quelques encablures du château Moy, dans le Loch Buie (île Mull). La nuit dans ce loch ouvert au sud-ouest a été moyennement agréable : en cause une petite houle du sud arrivée avant le vent prévu dans la même direction et qui fait que Milagro a eu la fâcheuse tendance à se maintenir travers à cette houle (et à nous bercer, certes, mais nous nous en serions passé!).
Entre le démarrage moteur, la levée du mouillage, le nettoyage du lot de graviers et vase qui maculait la chaîne et l’ancre, et l’envoi des voiles pour n’avancer que grâce à elles, nous établissons un nouveau record du temps d’utilisation minimale du moteur : 20 minutes ! C’est sous artimon et yankee que nous sortons du loch, au près à 5,5 noeuds : à quoi bon forcer ?
Les prévisions sont bonnes (Sud 3 à 5 évoluant 2 à 4 durant quelques heures, avant de passer 3 à 5 puis de changer de direction pour Nord-Ouest 4 à 6 au sud de l’île Mull. Nous profitons de la marée descendante pour rester à bonne distance de la côte sud malgré une allure travers. Cette partie de l’île située entre le Loch Scridain (au nord) et la fin du Firth of Lorn (au sud) forme une péninsule appelée Ross of Mull. Plus nous nous dirigeons vers l’ouest plus les fonds deviennent complexes, avec de nombreux récifs entre lesquels passer pour atteindre notre objectif : Iona.
Les falaises de basalte (encore des orgues!) ont par endroit pris la forme de grottes et d’arches sculptées par l’érosion, et sont entrecoupées de magnifiques cascades et de criques de couleur turquoise. Abstraction faite de la température de l’eau (14 dégrés), cette couleur nous inciterait à la baignade ! Interpelés par la beauté du paysage, nous changeons de cap pour nous approcher au portant de la cascade de Malcolm’s Point, avant de reprendre notre route vers l’ouest.
Progressivement apparaissent les passages plus exigeants, dont ceux des Torran Rocks signalés par la cardinale Bogha nan Ramfhear et l’entrée vers le sud du Sound of Iona. Une fois encore, de nombreux moments de solitude (et de rire évidemment) ponctuent nos indications de noms des rochers, baies, écueils, îles et caps ! Nos rencontres avec des locaux ne parlant pas gaélique nous ont tout de suite rassurés quand nous avons évoqué ce point avec eux : ils bredouillent eux aussi ! Pour vous faire une petite idée, nous vous invitons à jeter un oeil à la carte de cette zone!
Carte extraite de la 3e édition du guide du Clyde Cruising Club, du Kintyre à Ardnamurchan (p.180)
Nous entrons dans le chenal séparant le Ross of Mull de Iona à la voile (au portant, 5,5 noeuds). Seul voilier à la voile dans le chenal en cette fin d’après-midi, nous nous refusons de gagner le nord à l’aide du moteur. Nous préférons prendre le temps de bien étudier la carte et de chercher les repères visuels à terre pour réaliser la traversée du chenal en nous basant exclusivement sur les alignements (cathédrale, Bull Hole,…) et indications du sondeur, plutôt que de suivre les écrans. Nous réalisons plusieurs relèvements au compas et manoeuvres d’empannage dans des passages relativement étroits pour contourner des sondes d’un grand banc de sable et rochers comprises entre 10cm et 1m60, puis l’île Eilean nam Ban et ses couleurs incroyables sur notre tribord. A la sortie l’espace s’ouvre à nouveau et nous rejoignons le mouillage de Port na Fraing et sa plage de sable blanc, rien que pour nous et sur 7m de fond ! (ceux de Martyrs’ Bay ou de Bull Hole sont plus fréquentés). Les 4 à 6 Beaufort prévus arrivent en fin de journée et nous sommes bien à l’abri dans le chenal, sous le vent d’Iona.
Après une nuit reposante, nous partons en annexe vers le quai du ferry de Martyrs’ Bay pour visiter ce lieu sacré de l’histoire écossaise dont nous avait parlé Vicky Gunn, chercheuse en histoire médiévale que nous avions rencontré à Loch Melfort.
Iona est une petite île ouverte sur l’Atlantique avec pour seul terre émergée vers l’ouest à cette latitude les dangereux parages de Skerryvore (après eux c’est le Canada). Elle est bordée de récifs dont les noirs rochers contrastent avec des plages de sable blanc. Dotée d’un petit village comprenant tous les services essentiels (dont une petite école primaire) et plusieurs artisans (potiers, sculpteurs sur bois, joaillers, vanniers, tisseurs…), Iona est considérée comme l’un des principaux lieux spirituels d’Ecosse. Nombreux sont ceux qui y viennent en pèlerinage et/ou pour trouver le calme lors de retraites spirituelles.
Pourquoi cette petite île est-elle donc si importante ? C’est ce que nous allons vous partager plus en détails grâce aux informations transmises par Vicky, lors de notre visite puis des lectures et recherches qui s’en sont suivies.
Le premier constat est que l’importance culturelle et historique d’Iona est complètement disproportionnelle à sa taille. Habitée au moins depuis l’Âge du Bronze comme le montrent le site de Blàr Buidhe, ce n’est qu’à partir du VIe siècle que l’importance d’Iona est documentée. Plusieurs toponymes lui sont associés, dont “Ì”, “Ì Challuim Chille” (Iona de St Columba pour éviter les confusions), “Eilean Idhe” (l’île de Iona) et “Ì nam ban bòidheach” (Iona de la belle femme en gaélique), et ses habitants s’appellent les Idheach.
En 563 arrivèrent du nord de l’Irlande et à la voile Columba et ses douze disciples. Ils fondèrent la deuxième mission de christianisation de l’Ecosse, un siècle et demi après la précédente menée par Ninian sur l’île Whithorn en 397 et dont les préceptes auraient été diffusés jusqu’aux îles Shetlands. Le choix d’établir une église et un monastère sur Iona était stratégique puisque cette île était située sur une voie navigable permettant de relier Inverness et l’Irlande, mais aussi tout le monde celte. Comme Holy Island et Portmahomack, Iona devint rapidement un pôle de diffusion de la version celte de la religion chrétienne et de nouvelles idées et créations (dont enluminure/calligraphie, musique, peinture et artisanat d’art). Le faire depuis cet endroit était très efficace car il était situé sur un axe d’échanges culturels et commerciaux principal de l’époque. La petite communauté installée là développa également une économie de subsistance avec une importante activité agricole (cultures céréalières et élevage), de pêche et de construction. Ils n’étaient pas non plus complètement autonomes puisque pour un usage liturgique ils faisaient venir du vin, des pigments et des huiles du sud de la France ! Durant 34 ans, Columba développa des liens étroits avec la royauté, convertissant par exemple le roi Bruce et les Picts au christianisme, à la suite d’un combat spirituel qu’il gagna contre le référent de leur royaume. Columba aida également, jusqu’à sa mort en 597, à l’établissement d’un royaume indépendant en Ecosse de l’ouest : l’Argyll. La plupart de ces informations est parvenue jusqu’à nous grâce à Adomnàn, diplomate, successeur et biographe de St Columba ayant dirigé la mission durant 25 ans, au VIIe siècle. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages majeurs pour comprendre cette époque dont La Vie de Saint Columba (“Vita Sancti Columbae”, env. 690) et La Loi des Innocents (“Lex Innocentium” de 697).
Aux VIIIe et IXe siècles, les Vikings attaquèrent à plusieurs reprises Iona, attirés par les trésors du monastère. En 825 eu lieu l’un des pires raids viking : l’abbé Blathmac et les moines l’accompagnant furent torturés dans le but de leur faire avouer le lieu où étaient cachées les reliques de St Columba, un poème indiquant qu’ils reposeraient dans un coffre recouvert d’or et d’argent. Suite à l’absence d’aveux, ils furent massacrés dans une baie nommée ensuite Martyrs’ Bay. La peur de ces raids et leur répétition étaient telles que s’en était déjà suivit un exode de nombreux religieux qui avaient pris le soin d’emporter avec eux les plus importantes reliques (dont les os de St Columba) et un autre trésor: le Livre de Kells (créé à Iona 200 ans après la mort de St Columba, ce livre est considéré comme l’un des plus remarquables ouvrages religieux de l’époque et est désormais visible au Trinity College de Dublin). Malgré ces attaques continues, le monastère resta actif et ce n’est qu’au Xe siècle que la fréquence des raids diminua, lorsque les Vikings installés dans les Hébrides se convertirent au christianisme, adoptant St Columba comme leur saint patron. Plusieurs pierres tombales gravées et conservées dans le musée montrent l’influence viking avec des inscriptions runiques.
Au XIe siècle Iona et la plupart des îles de l’ouest écossais étaient sous le pouvoir du roi de Norvège. La distance compliquant grandement les possibilités de gouverner la région, ce dernier confia cette tâche à un guerrier gaélico-norvégien : Somerled. Ce dernier devint le premier Seigneur des Îles, prenant le contrôle d’une région s’étendant du Kintyre aux Hébrides extérieures et ayant pour descendants les MacDougalls of Lorn, MacDonalds of Islay et MacRuairis of Garmoran, plusieurs d’entre eux ayant joué un rôle essentiel dans les manoeuvres politiques et guerres d’indépendance du XIVe siècle.
Lors de notre excursion à terre et pour nous rendre à l’abbaye, nous avons traversé les ruines d’un couvent et suivi la rue des morts (“Sràid nam marbh”), une rue pavée de granit rose reliant la baie des Martyrs avec le tombeau de St Columba situé au centre de l’abbaye bénédictine construite au XVe siècle. Cet itinéraire n’est autre que celui emprunté par les pélerins et lors des processions dédiées aux sépultures d’acteurs importants du monde gaélique dans le cimetière Reilig Odhrain entourant la chapelle St Oran construite au XIIe siècle (la plus vieille structure intacte de l’île). Dans ce cimetière reposeraient 48 rois d’Ecosse (dont Macbeth / Mac Bethad), des membres du clan MacDonald Seigneur des Îles ayant pour certains des ascendants Norse (MacKinnons, MacLeans et Macleods) et, dans la petite chapelle d’une simplicité déconcertante, les corps des plus importants seigneurs et chefs de guerre des îles de l’ouest écossais. De nombreuses pierres tombales anciennes sculptées sont encore dans ce cimetière et d’autres ont été déplacées pour mieux les préserver dans le musée ou le cloître de l’abbaye. Les premières croix sur les tombes, assez conventionnelles aujourd’hui, seraient apparues à Iona aux environs de l’an 600, comme le montre les plus anciennes croix ornées de symboles sophistiqués et aux designs variés, comme le montrent les différents exemples vus dans le musée adjacent à l’abbaye.
Nous sortons ensuite de ce cimetière pour nous rendre sur le promontoire rocheux (“Torr an aba”) faisant face à l’abbaye et d’où Columba travaillait. Cet emplacement offre une vue imprenable sur le Sound of Iona, l’extrémité du Ross of Mull et la petite chapelle abritant le tombeau de St Columba située juste derrière la réplique d’une imposante croix en granit sculptée et dédiée à St Jean (l’originale est dans le musée). Cette abbaye a été construite après l’arrivée au XIIIe siècle de moines bénédictins et de soeurs augustiniennes invités par Ranald, Seigneur des Îles et descendant de Somerled, pour revitaliser la vie religieuse sur l’île et moyennant des moyens de subsistances plus conséquents. Plusieurs attaques armées vinrent saboter ce nouveau monastère, plusieurs chefs religieux irlandais n’acceptant pas de perdre leur connexion et leur influence sur Iona. A la suite du traité de Perth (1266) entre la Norvège et l’Ecosse, Iona revint au royaume d’Ecosse et devint progressivement un important lieu de pèlerinage, jusqu’à la Réformation de 1560 qui signa la fin des monastères en Ecosse.
Plusieurs tentatives de restauration ont ensuite été menées, sans succès, conduisant progressivement les bâtiments à l’état de ruines à la fin du XIXe siècle, comme l’attestent plusieurs photographies prises avant d’importants travaux. Le 8e Duc d’Argyll, propriétaire de l’île, commissionna un architecte pour consolider les ruines puis céda l’abbaye, le cimetière et le couvent au Iona Cathedral Trust en 1899. D’importants travaux de rénovation furent lancés et 6 ans plus tard, un premier office pu déjà être réalisé dans l’église partiellement rénovée. Les décennies suivantes furent dédiées à la restauration du monastère et de toute la partie ouest du cloître, sous l’impulsion de la Iona Community, une communauté chrétienne travaillant pour la paix et la justice sociale et ayant des membres dispersés dans le monde entier. En 2000 le Iona Cathedral Trust finit par céder l’abbaye, le cimetière, l’église Saint Ronan et le couvent au monuments historiques d’Ecosse. La cathédrale est aujourd’hui en bon état et entretenue grâce aux fonds issus des visites et de dons.
Bref, vous l’aurez compris, Iona est le lieu à ne pas manquer lorsque vous vous rendez aux Hébrides, c’est un peu le “St Jacques de Compostelle” écossais et quitte à faire le pèlerinage, celui-ci se fait selon nous plutôt à la voile qu’à pieds. Même si vous n’êtes pas passionné.e d’histoire, la beauté du monument et de ses environs sont marquants, ils ouvrent une parenthèse qui vous transporte à différentes époques et permettent de porter ensuite un autre regard sur ces îles. Iona crée un véritable espace pour l’imaginaire, faisant finalement écho à ce que nous recherchons aussi dans la navigation et les longues déconnexion du tumulte qu’elle procure, en harmonie avec car dépendants des éléments. Cette sensation se retrouve aussi résumée dans les mots du compositeurs Felix Mendelssohn, en 1829, mentionnés sur l’un des murs de la sortie du cloître : “When in some future time I shall sit in a madly crowded assembly with music and dancing round me, and the wish arises to retire into the loneliest loneliness, I shall think of Iona.” (traduction : “Quand dans le futur je serai assis au sein d’une assemblée follement bondée, avec de la musique et des danses autour de moi, et que se fera sentir le désir de me retirer dans la solitude la plus solitaire, je penserai à Iona.”)
N’ayant pas vu le temps passer, ce n’est que tard dans l’après-midi que nous rejoignons Milagro, grignotant rapidement quelque chose avant de lever l’ancre pour profiter des bonnes conditions pour rejoindre Staffa puis Ulva avant la tombée de la nuit.
Petit bonus : les lumières du couchant sur les récifs et embruns au sud de Iona quelques semaines plus tard, au retour des îles Treshnish.
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C’est après une superbe escale faite de rencontres aussi belles que les paysages environnant que nous quittons Loch Melfort pour nous diriger vers le sud de l’île Mull. Pour ce faire, plusieurs options existent et nous retenons celle du Cuan Sound, un chenal (assez) étroit séparant l’île Seil de ses voisines du sud, Luing et Torsa. Les conditions étant trop calmes pour avancer uniquement à la voile et arriver à temps pour le bon moment de marée, c’est avec un appui moteur que nous nous engageons dans le chenal. Les “eddies” (tourbillons) indiqués sur la carte sont bien là, accompagnés de veines de courant assez anarchiques au passage par le nord d’An Cléiteadh. L’équipage du petit ferry de Cuan, reliant Seil et Luing, nous salue et, passées quelques ruines en sortie de chenal où paissent ovins et bovins, nous entrons dans le Firth of Lorn intérieur (Ann Linne Latharnach en gaélique), hissons les voiles et éteignons le moteur pour traverser cette baie au portant et toutes voiles dehors, sous un grand ciel bleu sans nuages.
Le Firth of Lorn(e) est une baie située dans la continuité de la faille Great Glen (celle du canal Calédonien). Ce lieu est classée, compte tenu de la diversité des paysages et des espèces qui le peuplent, en tant qu’aire protégée depuis 2014. Comme le montrent les cartes bathymétriques du Firth of Lorn, le relief des fonds est semblables à celui de la surface : des falaises, des replats et des pics. Tout ceci participe à créer des conditions très diverses où se rencontrent des espèces atteignant respectivement leurs limites de migration nord ou sud. La morphologie des fonds et son ouverture vers l’Atlantique font qu’il vaut mieux s’y présenter par beau temps pour éviter les vagues statiques et les tourbillons. Les effets de la marée y sont forts, avec d’importants courants issus de la Great Race. En notre faveur lors de la traversée, ce courant nous accompagne vers le Loch Spelve.
Nous entrons sous voile en soirée, le long de falaises verdoyantes et nous révélant les premiers témoignages d’un volcanisme actif il y a plus de 40 millions d’années : des colonnes de basalte (issues de la lave) à l’est et au sud du loch et un mélange de granophyre (contenant du quartz) et de grès incrusté d’olivine (roche sédimentaire sableuse) à l’ouest et au nord.
Nous laissons de chaque côté des fermes marines et jetons l’ancre au fond du loch ouest, au son des cris des huîtriers pies en vol et des bêlements des moutons. Le calme y est total et pas un remous ne rompt la quiétude nocturne.
Le lendemain nous partons à pieds pour le Loch Uisg, un grand lac situé dans l’axe de la faille Great Glen et entouré par Loch Spelve au nord-est et Loch Buie au sud-ouest. Tout le long du chemin nous nous émerveillons des rhododendrons qui, contrairement à chez nous où ils sont de taille arbustive, composent de véritable bois denses et richement colorés. L’église Kinlochspelve surplombe la rive est et s’ouvre devant nous l’horizon d’un plan d’eau sur lequel chacun imagine quel sport il pourrait y pratiquer : planche à voile, kayak, wingfoil, kite, dériveur… les idées ne manquent pas et le petit ponton voisin d’un lodge nous confirme que nous ne sommes vraiment pas les premiers à y penser !
Nous continuons notre marche vers Loch Buie afin de visiter le château Moy du clan des MacLaine de Lochbuie. Construit en 1450 par Hector Reaganach Maclean, ce château de trois étages et directement alimenté en eau douce au rez de chaussée, a été reconnu par le roi d’Ecosse en 1494. Il a été érigé à deux pas de la rive afin de permettre aux navires d’y accéder aisément. Un arc de pierres toujours visible servait de piège à poissons et plusieurs gros blocs facilitent le débarquement depuis de petites embarcations. Il fût le théâtre d’affrontements comme lors de la révolte jacobite de 1689. Ce château a dû être restauré à l’issue de cette période et a aussi été modifié au fil des siècles pour en améliorer le confort (ex: installation d’une cheminée au XVIe sicèle). Ce n’est qu’en 1790 que le clan des MacLaine de Lochbuie le quitta au profit d’un habitat voisin plus confortable, une fois des temps plus paisibles revenus : la maison Moy. Durant plusieurs décennies l’utilisation du Moy Castle s’est retrouvée réduite à celle de son donjon en tant que prison.
Le loch est tellement beau que nous nous décidons à y revenir avec Milagro et profitez d’une nouvelle excursion le lendemain vers les mégalithes. Au retour à Loch Spelve nous ne sommes plus seuls au mouillage et rencontrons le sympathique équipage voisin, un trio d’écossais impressionnés par la taille et la ligne de notre Milagro. Nous les invitons à bord pour le café du lendemain matin, avant de lever l’ancre vers Loch Buie.
La navigation se fait au travers (4-5 beaufort) sous le vent de l’île Mull. Nous nous approchons du Moy Castle et savourons une vue splendide sur le plus haut sommet du loch : Ben Buie (717m). Nous jetons l’ancre dans une échancrure du loch et débarquons pour aller voir ces fameuses mégalithes. Il fait si beau que des baigneurs profitent de la plage voisine et nous, nous ne tardons pas à quitter les coupe-vent et préférer les t-shirts. La ballade vers les mégalithes nous mène à la rencontre d’une réunion entre cervidés et ovins. Nous suivons les pierres blanches nous indiquant le chemin jusqu’au cercle de mégalithes. Avant l’arrivée, un autre site est repéré par Lauriane, à quelques centaines de mètres, semblable à certaines tombes de type tumuli visibles au sein du site mégalithique de Saint Just en Bretagne (composées de plusieurs chambres et d’un couloir d’entrée). La vue du cercle de mégalithes fascine : que signifie t’il ? L’absence de consensus scientifique sur le sujet permet à chacun d’y projeter son imaginaire et d’y voir un site rituel, un monument lié à l’alignement des astres ou encore un lieu de rassemblement pour faire la fête !
Après un dîner au mouillage le ciel se charge et un peu de roulis apparaît pour nous bercer. Nous nous préparons pour la navigation suivante vers Iona, l’île sacrée.
D’ici peu nous publierons une petite vidéo résumant nos escales à Loch Spelve et Loch Buie et intégrant des images du cercle de mégalithes.