C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Julia Gonzalez Calderon hier et après plusieurs années de lutte contre la maladie.
Notre soutien et nos meilleures pensées traversent l'océan pour rejoindre la communauté yagan, ses proches, et plus particulièrement son frère José German et les petites Thiaré et Hevolett.
Chère Julia, merci pour tout ce que tu as transmis avec générosité à la communauté en générale, pour ces moments précieux passés à cuisiner, à discuter, ainsi qu'à préparer et tresser les joncs ensemble bien au chaud dans ton salon.
Que ton voyage vers les confins des canaux de ton enfance te soit doux et te rapproche de ceux que tu aimais partis avant toi.
Le Pouvoir Exécutif Provincial considère qu'il s'agit d'un "fait historique dans le pays", puisque le province de "Terre de feu est la première province qui reconnaît et élargit le droit à l'identité des peuples indigènes, donnant la possibilité d'indiquer dans les actes de naissance l'appartenance à une communauté indigène.
Traduction en français de l'article paru en espagnol sur le site du journal InfoFueguina le 12 octobre 2023.
Le gouvernement provincial a habilité - via une Résolution - l'incorporation de l'identité indigène dans les actes de naissance émis par le Registre Civil, à travers le Secrétariat de la Justice et le Secrétariat des Droits Humains et de la Diversité.
Le document a été remis à des représentants de peuples indigènes, durant la marche du 11 octobre à Ushuaia, en présence du Secrétaire à la Justice, Gonzalo Carrillon et de la sous-secrétaire des Peuples Autochtones, Pamela Altamirando.
Depuis le Pouvoir Exécutif Provincial il a d'ores et déjà été indiqué que la semaine prochaine sera réalisée la présentation officielle et protocolaire devant les communautés invitées.
La résolution pour l'incorporation de l'identité indigène dans les actes de naissance se base sur un solide engagement pour les droits humains et la diversité culturelle, soulignant la reconnaissance constitutionnelle de la préexistence ethnique et culturelle des peuples indigènes argentins (article 75, sous-section 17 de la Constitution Nationale).
De plus, cet engagement se démarque de traités internationaux, comme la Convention sur la Protection et la Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles, la Loi Nationale 26.994 et la Loi Provinciale 235, qui soulignent l'obligation de l'Etat Provincial à fortifier les identités indigènes.
"Cette initiative représente un acte de reconnaissance, de renforcement de la diversité culturelle et une action de réparation historique pour une partie de la population qui a été marginalisée et discriminée durant très longtemps", dit Carrillo.
Le fonctionnaire a considéré "important, dans le cadre du "Dernier jour de Liberté des Peuples Autochtones", que cette résolution soit envoyée aujourd'hui, le 11 octobre, reconnaissant et respectant l'identité indigène et la diversité culturelle" ajouta-t-il.
Pour sa part, Pamela Altamirando a rappelé que "la gestation de cette initiative a eu lieu un 9 septembre, coïncidant avec le Jour de la Femme Indigène, et c'est en cette journée significative qu'a été soulevée la nécessité de réaffirmer l'identité, et aujourd'hui, le 11 octobre, nous célébrons une avancée importante pour la reconnaissance des droits, qui se résonnera au niveau provincial et national."
"Il est crucial de souligner que notre province a toujours marqué des lignes directrices au niveau normatif, et compter maintenant sur cette reconnaissance dans une résolution est un pas significatif. Cet exploit, inscrit dans un document officiel, marquera sûrement un précédent exemplaire pour d'autres juridictions du pais", a fait remarquer la fonctionnaire.
A partir de cette nouvelle norme, toute personne née dans la province peut être inscrite ou solliciter que soit inscrite son identité indigène dans son acte de naissance. La demande doit être accompagnée par un Acte-aval de la Communauté Indigène inscrite dans le Registre National des Communautés Indigènes (ReNaCi) à laquelle il ou elle appartient."
Documentaire d'une expédition avec des membres des peuples autochtones Kawésqar et Yagán dans la réserve nationale Kawésqar, dans le sud du Chili. Ensemble, ils explorent certaines des régions marines les plus uniques et les moins étudiées de la planète, notamment de vastes forêts de varech, des glaciers et des fjords, dans le but de les protéger contre les menaces posées par l'élevage continu du saumon dans la réserve.
Patagonia sin salmoneras, Delight Lab / Patagonia sin salmoneras, Delight Lab
Le groupe Delight Lab, qui projetait des phrases avec de la lumière sur la Tour Téléphonique de Santiago durant le mouvement social populaire, a réalisé une intervention lumineuse à Puerto Natales appelant à prohiber la salmoniculture en Patagonie chilienne, comme cela s'est fait en Patagonie Argentine.
La nuit du dimanche 19 février, à la colline Dorotea de Puerto Natales dans la région de Magallanes, a été projeté un message lumineux qui disait : “Patagonie chilienne libre de salmonicultures. (l'Argentine l'a déjà fait)”.
L'intervention a été réalisée par le groupe Delight Lab, qui s'est rendue célèbre pour son activisme lumineux en projetant des phrases lumineuses sur la Tour Téléphonique durant les protestations du mouvement social populaire à Santiago.
La seconde partie de la phrase se réfère à la loi historique en vigueur en Argentine depuis 2021 et qui interdit l'élevage de saumons en Patagonie. Des organisations territoriales de Magallanes qui ont travaillé pendant des années dans la campagne pour une Patagonie sans salmonicultures ont remercié l'intervention et la diffusion de leur message.
Il s'agit d'une intervention de plus qu'ont réalisé les membres de ce studio audiovisuel lors de sa tournée au sud du Chili, durant laquelle ils ont participé à des conversations et réalisé des projections, annonçant les localisations de ces évènements sur les réseaux sociaux.
Les interventions du Delight Lab durant le mouvement social populaire sont celles qui leur a donné une notoriété massive, mais les créateurs du studio n'étaient pas éloignés de l'activisme social et environnemental. Ils ont réalisé depuis 2019 au moins des interventions notoires comme la projection de la phrase "Zone de sacrifice" sur la fumée d'une des entreprises thermoélectriques de la baie Quintero, ou celle du visage de Camilo Catrillanca sur la façade du Congrès à Valparaiso.
Lauriane Lemasson est photographe, ethno-musicologue et chercheuse rattachée à la Sorbonne. Depuis une expédition scientifique réalisée en 2013 pour étudier les paysages sonores et les peuples ancestraux de la Grande Île de Terre de Feu, elle est animée par une quête : faire reconnaitre l'existence des peuples du détroit d'Hatitelem (les Yagan, les Haush et les Selknam), dont les représentants ont été exterminés par les colons européens, ou assimilés de force à la culture hispanique d’Argentine et du Chili. Il est urgent de faire reconnaitre la vérité sur ces peuples, de faire connaitre leur négation par l'histoire officielle, et la spoliation de leurs terres - Elle joue un rôle de passeur, d'accompagnateur de ces peuples; et utilise l'art comme moyen de sensibiliser, comme porte d'entrée pour faire naitre de l'empathie. Elle garde un espoir de changement avec la nouvelle génération, et le revouveau indigène à l'œuvre
Un protocole de bonnes pratiques pour la protection du patrimoine culturel Yagan
Le peuple Yagan, communauté ancestrale des canaux de Patagonie, a développé en 2017 un protocole révolutionnaire pour protéger son patrimoine culturel. Cette initiative, menée par la Communauté Indigène Yagan de Bahía Mejillones en collaboration avec la Subdirección Nacional de Pueblos Originarios du Servicio Nacional del Patrimonio Cultural du Chili, représente un modèle de respect des droits indigènes et de préservation culturelle.
Contexte et fondements juridiques
Le protocole s'appuie sur la Convention 169 de l'OIT (Organisation Internationale du Travail), ratifiée par le Chili en 2009, qui reconnaît le droit à l'intégrité culturelle des peuples indigènes. Comme le stipule l'article 5 de cette convention : "deberán reconocerse y protegerse los valores y prácticas sociales, culturales, religiosos y espirituales propios de dichos pueblos". (devront être reconnues et protégées les pratiques sociales, culturelles, religieuses et spirituelles propres à ces peuples)
Une définition collective du patrimoine culturel
La communauté Yagan définit son patrimoine culturel comme "l'ensemble des connaissances, pratiques et expressions culturelles, traditionnelles et contemporaines", incluant :
La langue yagan
La navigation ancestrale
L'alimentation traditionnelle
Les artisanats
Les chants et danses
Les sites sacrés et de signification culturelle
La mémoire et l'histoire collective
Les matières premières nécessaires aux pratiques traditionnelles
Le territoire historique et contemporain
Les principales directives du protocole
1. Reconnaissance de l'existence d'un peuple vivant
Le protocole affirme clairement que le peuple Yagan est "un pueblo milenario, con 7.000 años de presencia aproximadamente en nuestro territorio" ("un peuple millénaire, avec approximativement 7000 ans de présence dans notre territoire"). Il rejette catégoriquement l'utilisation du qualificatif "último" (dernier) pour désigner les membres de la communauté, soulignant leur vitalité culturelle continue malgré les persécutions historiques.
2. Contrôle de la narration historique
Toute référence officielle à l'histoire du territoire et du peuple Yagan doit considérer la mémoire collective de la communauté et obtenir son autorisation. Pour le tourisme notamment, les guides doivent être des membres de la communauté Yagan.
3. Consentement pour les enregistrements
Tout enregistrement (audio, vidéo, photographique) de membres de la communauté ou de leur patrimoine nécessite un "consentement collectif et/ou individuel, préalable, libre et informé".
4. Protection de l'artisanat
Les artisanats d'origine yagan ne peuvent être élaborés et commercialisés que par les membres du peuple, préservant ainsi l'authenticité et l'économie culturelle.
5. Restitution des patrimoines
Le protocole exige la restitution de tous les objets, enregistrements et documents patrimoniaux détenus par des institutions nationales ou internationales, car "ils appartiennent de droit à notre peuple" ("por derecho le pertenecen a nuestro pueblo").
Défis contemporains et revendications
Navigation ancestrale
Le protocole dénonce l'interdiction actuelle de la navigation ancestrale : "actualmente se nos prohíbe la navegación ancestral, lo que constituye una transgresión de una práctica cultural" ("actuellement la navigation ancestrale nous est interdite ce qui constitue une transgression d'une pratique culturelle"). Cette restriction représente une violation des droits culturels établis par la Convention 169 de l'OIT.
Protection territoriale
La communauté exige la protection des ressources hydrobiologiques et phytogénétiques de leur territoire traditionnel, incluant la collecte de joncs et d'écorces d'arbres pour l'artisanat.
Consultation préalable
Tout projet pouvant affecter le patrimoine culturel yagan doit suivre des protocoles stricts de consultation, avec un préavis minimum de sept jours pour toute réunion communautaire.
L'association française Karukinka joue un rôle crucial dans la diffusion de ces protocoles auprès des communautés francophones et anglophones. Depuis plus d'une décennie, Karukinka mène des expéditions scientifiques et artistiques en Patagonie, en faisant de son mieux pour avancer dans le respect des communautés yagan, selk'nam et haush.
Actions de Karukinka en faveur du patrimoine Yagan
Documentation culturelle : Collecte, digitalisation et archivage de sons de lieux, témoignages, chants et récits yagan
Cartographie linguistique : Identification de plus de 600 toponymes en langues yagan
Sensibilisation internationale : Organisation de rencontres, conférences et expositions en Europe
Projets collaboratifs : Programme "Voces de las Abuelas" pour la restitution d'archives ethnographiques
Formation et éducation : Ateliers de sensibilisation sur les droits culturels des peuples autochtones
Importance de la diffusion internationale
Karukinka communique activement sur ces protocoles pour sensibiliser les chercheurs, artistes, et institutions francophones et anglophones aux bonnes pratiques en matière de patrimoine culturel indigène. Cette démarche vise à :
Prévenir l'appropriation culturelle : Informer les acteurs internationaux des protocoles à respecter
Faciliter les collaborations éthiques : Établir des ponts entre yagans et institutions européennes
Soutenir les revendications : Amplifier la voix de personnalités yagan à l'international
Éduquer les publics : Sensibiliser aux enjeux de préservation culturelle en Patagonie et en Europe
Vers une reconnaissance internationale
Ce protocole yagan constitue un modèle pour d'autres communautés indigènes mondiales. Il démontre comment les peuples autochtones peuvent reprendre le contrôle de leur narration culturelle et établir des cadres de collaboration respectueux avec les institutions externes.
L'engagement de Karukinka dans la diffusion de ces protocoles s'inscrit dans une démarche plus large de décolonisation des pratiques de recherche et de valorisation des savoirs indigènes. En informant les communautés francophones et anglophones de ces protocoles, l'association contribue à créer un environnement international plus respectueux des droits culturels des peuples autochtones.
Le Protocole de Bonnes Pratiques pour la Protection du Patrimoine Culturel Yagan représente bien plus qu'un document administratif : c'est une déclaration d'indépendance culturelle, un guide pour des relations équitables, et un modèle de résistance pacifique face à la colonialité persistante.
Grâce au travail de diffusion mené par des associations comme Karukinka, ces protocoles peuvent inspirer de nouvelles formes de collaboration internationale, basées sur le respect, la réciprocité et la reconnaissance des droits des peuples autochtones à contrôler leur propre patrimoine culturel.
La préservation du patrimoine yagan n'est pas seulement une question locale : c'est un enjeu global qui nous interpelle tous sur notre relation au patrimoine culturel de l'humanité et notre responsabilité collective dans sa préservation et la décolonisation de nos modes d'interaction.