Voyage au bout du monde, en Patagonie, depuis la Rochelle !
Si vous prévoyez de passer à la Rochelle cet été, ne manquez pas ce voyage au bout du monde ! Créée par Sébastien Laurier et en partenariat avec l'association du phare du bout du monde et la ville de la Rochelle, cette fiction sonore et immersive vous transporte pendant une heure à l'extrême sud de la Patagonie, au départ du bureau du port de la pointe des Minimes.
Un projet avec plusieurs de nos membres : Mirtha Salamanca (selk'nam), Marie-Pierre Lemasson et Lauriane Lemasson
Plusieurs membres de l'association Karukinka ont participé à ce projet, dont Mirtha Salamanca (femme selk'nam membre du conseil participatif indigène d'Argentine) et confiant sa voix française à Marie-Pierre Lemasson, trésorière de l'association et que Mirtha connaît depuis 2019, lors de sa première venue en France, dans le cadre du projet Haizebegi. Et oui, le personnage principal, Lauriane, n'est pas sans faire écho à la fondatrice de Karukinka...
[Toponymie argentine] La décision récente du gouvernement de Javier Milei de rebaptiser le lac Acigami en « lac Roca » révèle l’ampleur du combat symbolique autour de la toponymie en Argentine. Bien plus qu’un simple changement de nom, cette initiative questionne la place de la mémoire autochtone et souligne les enjeux politiques du pouvoir de nommer des territoires. Cet article analyse l’histoire, la portée et les conséquences de cette révision toponymique, en s’appuyant sur les témoignages, les archives et la situation des peuples de Patagonie.
Il y a trois jours un mouvement que je pensais inaliénable pour la reconnaissance des peuples de Patagonie s'est brusquement interrompu : Manuel Adorni, porte-parole du gouvernement de Javier Milei, a annoncé depuis la Casa Rosada le changement de nom d'un lac situé à quelques kilomètres à l'ouest d'Ushuaia, pour "rétablir l'ordre dans le sud du pays", "protéger les propriétaires des terres prises" dans le cadre d'"usurpations de terres par des pseudo-mapuches". La décision a été prise par le gouvernement le vendredi 7 juin 2024 et est soutenue par le Président de l'Administration des Parcs Nationaux, Cristian Larsen.
Cela pourrait sembler dérisoire, un nom de lac, mais la symbolique qu'il revêt dépasse de loin ce que mon esprit pouvait imaginer. Ce n'est que depuis le début des années 2000, sous la présidence de Cristina Kirchner, que ce lac avait retrouvé son nom yagan "Acigami", s'ajoutant ainsi à la liste des rares toponymes d'origine yagan, selk'nam, haush ou kawesqar encore présents dans les bases de données géographiques officielles en Argentine et au Chili.
Selon mes analyses du catalogue de l'Institut Géographique National d'Argentine, en 2019 moins de 8% des toponymes de la province de Terre de Feu avaient une origine indigène, ce qui signifie que plus de 90% des noms de lieux sont liés aux différentes vagues d'exploration et de colonisation de cette région. Le lac Acigami faisait donc partie jusqu'à il y a peu des rares noms yagan a avoir retrouvé sa place après qu'un autre nom, "Lac Roca", lui ait pris sa place durant de nombreuses décennies.
Lors de la revue de presse du 12 juin 2024, Manuel Adorni a déclaré : "le lac Acigami, qui est un nom aborigène qui signifie "poche allongée", Dieu sait ce que cela a à voir avec, le lac Roca a été rebaptisé, comme il l'était avant 2008, en l'honneur du héros, ancien président de la République et architecte de la consolidation de l'État-nation, qui avec sa vision et son leadership a fini par délimiter l'extension de notre territoire" (“El lago Acigami, que es un nombre aborigen que significa ‘bolsa alargada’, vaya a saber Dios qué tenía que ver, se volvió a llamar al lago Roca, como lo hizo hasta 2008, en honor al prócer, expresidente de la República y artífice de la consolidación Estado-nación, quien con su visión y liderazgo terminó por delimitar la extensión en nuestro territorio”).
En plus d'un ton dépréciatif non dissimulé à l'égard de ce nom yagan et plus généralement envers ce peuple qualifié de "pseudo-mapuche", nous pouvons reprocher aux décisionnaires une méconnaissance de l'histoire argentine liée à ce lieu. Ce lac se nommait ainsi bien avant que les terribles effets de la Conquête du Désert (qui n'en était pas un!) menée par le Général Roca ne s'y manifestent. Pour rappel, et ce rappel démontre à quel point ce changement de nom est idéologiquement terrible, Julio Argentino Roca, avant de devenir président de 1880 à 1886, était un militaire et a eu pour mission de conquérir les terres situées au sud du Rio Negro, la Patagonie donc, afin d'y affirmer la souveraineté argentine. Nommée "Conquête du Désert", cette expédition de plusieurs années a eu pour effet le génocide des peuples de Patagonie, encore trop peu documenté à ce jour et d'une ampleur effroyable, afin que des colons les remplacent en s'y installant avec leurs ovins.
Il est à noter que nous retrouvons la mention de ce nom de lieu dès 1883, à la page 81 du rapport d'expédition de Giacomo Bove réalisée à la demande du gouvernement argentin et en partenariat avec le Consulat Italien à Buenos Aires, durant la présidence de Julio Argentino Roca. Il apparaît également dans de nombreuses sources (Thomas Bridges, Nathalie Goodall,...) et pas toujours orthographié de la même manière (Acacima, Ucasimae, Acagimi, Asigami,...).
carte extraite de "Expedición Austral Argentina" (p.81) de Giacomo Bove, imprimé à Buenos Aires par le Département National de l'Agriculture et présenté au sein du Ministère de l'Intérieur et du Ministère de la Guerre et de la Marine.
Affirmer qu'avant 2008 ce lac avait pour seul nom "Roca" démontre une méconnaissance des archives de l'Institut Géographique National et un mépris protéiforme pour l'histoire. Les yagans habitent ces territoires depuis des milliers d'années et le retour de ce nom de lieu était lié à des obligations légales relatives aux peuples indigènes, l'Argentine ayant ratifiée la Convention 169 de l'OIT en 2000.
Et surtout, cette décision ne manque pas d'ironie puisque sous couvert de modernisation et de regard tourné vers un Occident présenté comme modèle, le gouvernement de Milei fait l'exact inverse de ce qui se passe de plus en plus généralement en Europe, avec la cohabitation de toponymes dans diverses régions, la mienne par exemple (Bretagne, avec des noms en français, gallo et breton).
En tant que chercheuse dédiée aux questions de toponymie (>3000 noms de lieux recensés), je dénonce cette attaque contre les yagan et apporte tout mon soutien à ce peuple dont le porte-parole, Victor Vargas Filgueira, n'a de cesse de lutter pour visibiliser son peuple, comme il a pu le faire en présentiel en France lors du festival Haizebegi de Bayonne en 2019 et durant lequel l'association Karukinka était investie.
Pour terminer cet article bien amer, je citerai les mots réconfortants de David Alday, ex-président de la communauté yagan de la baie Mejillones au Chili : "L'histoire et la mémoires de nos peuples originaires ont des milliers d'années et cela ne s'efface pas comme ça, quelque soit les annonces qu'ils font, il y a toujours quelqu'un pour enseigner et souligner la réalité de notre riche toponymie. Il est temps d'écouter et d'observer tranquillement Marraku [Victor], écouter et observer." ("La historia y memoria de nuestros pueblos originarios tienen miles de años, no se borra por más anuncios que se hagan, siempre hay alguien que enseñe y señale la realidad de nuestra rica toponimia. Es tiempo de escuchar y observar tranquilos Marraku, escuchar y observar.")
Ecoutons et observons, ils ne peuvent rien contre la mémoire collective.
À l’occasion du Green Shift Festival, qui se tient du 5 au 7 juin à Monaco, Jorge Quilaqueo, chamane Mapuche, a échangé avec Sabah Rahmani, journaliste anthropologue, et Hélène Collongues, anthropologue spécialiste du peuple Jivaro.
Sur la scène du Green Shift Festival, de gauche à droite, Jorge Quilaqueo, Sabah Rahmani, Hélène Collongues et Sébastien Uscher (mdérateur). Crédit : Philippe Fitte / FPA2
Jorge Quilaqueo est chamane Mapuche. Ce peuple autochtone du Chili et d’Argentine occupait, jusqu’à l’arrivée des Espagnols, une grande partie du territoire de part et d’autre de la cordillère des Andes, de l’océan Pacifique à l’océan Atlantique. Jorge Quilaqueo défend les droits de son peuple qui a été spolié d’une grande partie de ses terres et a été décimé au fil des siècles – il resterait moins d’un million de Mapuches aujourd’hui. Il œuvre aussi pour inciter les peuples, tous les peuples, à se reconnecter au vivant.
De passage en Europe, il a ouvert, mercredi 5 juin, le Green Shift Festival 2024 de Monaco par une cérémonie de l’eau. Cet événement, dédié aux nouveaux imaginaires d’un monde plus durable, est l’occasion d’aborder « l’écologie du sensible plus que du rationnel », comme l’a expliqué Olivier Wenden, vice-président de la Fondation Prince Albert II de Monaco, qui organise le festival et dont WE DEMAIN est partenaire.
la suite sur leur site : https://www.wedemain.fr/respirer/peuples-racines-5-a-6-de-lhumanite-preserve-80-de-la-biodiversite-de-la-planete/
Située à l'ouest du Cap Nord, cette petite île de 18km² appartient à la municipalité de Måsøy (comté du Troms og Finnmark) et est habitée par une vingtaine de personnes.
Ingøya : Au-delà de la carte postale, une immersion au cœur de l'Arctique
Ingoya est entourée de récifs et pour accéder à son petit port de pêche les premières fois on passe de la carte à l'observation du balisage local (pas toujours conventionnel...) un paquet de fois ! Et comme nous sommes joueurs, nous y retournerons en 2026, en voilier ! https://karukinka-exploration.com
Parmi les innombrables joyaux que nous a offerts l'été arctique lors de notre expédition vers le Cap Nord, l'île d'Ingøya occupe une place à part dans nos mémoires. Plus qu'une simple escale, cette terre isolée de la municipalité de Måsøy est devenue une incarnation de ce que nous recherchons avec Karukinka : une navigation qui donne du sens, où l'aventure se nourrit de rencontres et d'histoire.
Cap sur l'île norvégienne Ingoya
Fruholmen Fyr, le gardien silencieux de la mer de Barents
Notre approche d'Ingøya fut guidée par la silhouette emblématique de son phare, Fruholmen Fyr. Construit en 1866, il est le phare le plus septentrional de Norvège, un véritable gardien posté à la frontière entre la civilisation et l'immensité polaire. Naviguer sous son faisceau lumineux, c'est ressentir le poids de l'histoire maritime et rendre hommage aux générations de marins qui ont bravé ces eaux périlleuses. Détruit durant la Seconde Guerre mondiale puis reconstruit, il symbolise la résilience d'une communauté face aux éléments et aux tumultes de l'histoire. Pour l'équipage du Milagro, passer sous son regard n'était pas un simple point de passage, mais un dialogue silencieux avec le patrimoine norvégien.
A l'ouest de l'île culmine le phare Fruholmen (Fruholmen fyr) qui, après avoir été détruit en 1944 par les Allemands, a été reconstruit et remis en service en 1949. Il mesure 18m et est visible à plus de 19 milles nautiques.
Une terre de contrastes, entre nature brute et enjeu stratégique
Une fois le pied à terre, Ingøya se révèle comme une terre de contrastes saisissants. D'un côté, une nature à l'état pur : la végétation arctique, tapissée de lichens et de fleurs sauvages tenaces, les falaises abruptes où nichent des milliers d'oiseaux marins dont les cris percent le silence, et des plages balayées par des vents venus du pôle. C'est un écosystème fragile et puissant, où chaque élément rappelle l'humilité nécessaire pour évoluer dans ces latitudes.
Mûre blanche, aussi appelée "Cloudberry" (anglais) et "Multebær" (Bokmal)Flore des paysages arctiques norvégiens, Ingoya (comté du Troms et Finnmark)
De l'autre, l'île abrite une station de relais radio d'une importance géostratégique majeure, un lien invisible mais vital connectant le continent au Svalbard. Cette infrastructure, presque incongrue dans ce décor, rappelle qu'Ingøya n'est pas seulement un bout du monde sauvage, mais aussi un point névralgique dans les communications et la surveillance de l'Arctique. C'est cette dualité qui rend l'île si fascinante : un sanctuaire naturel doublé d'un avant-poste technologique.
Ingøya abrite la plus grande antenne de Scandinavie. Elle sert de relais radio géostratégique entre les deux extrémités de la Norvège : Oslo et le Svalbard.
L'âme d'Ingøya : la navigation comme prétexte à la rencontre
Mais ce qui transforme une escale en souvenir impérissable, ce sont les rencontres. À Ingøya, la vie s'organise autour du petit port de pêche, cœur battant d'une communauté d'e quelques dizaines'une vingtaine d'âmes. Échanger avec les habitants, c'est comprendre la réalité d'un quotidien rythmé par la météo et les marées, loin de l'agitation du monde. C'est découvrir un savoir-faire ancestral, une solidarité forgée par l'isolement et un attachement viscéral à cette terre à la fois rude et généreuse.
Pour nous, l'équipage de Karukinka, atteindre Ingøya n'était pas une fin en soi. C'était l'occasion de vivre notre philosophie : utiliser le voilier comme un camp de base flottant pour explorer, comprendre et partager. Chaque randonnée sur les sentiers de l'île, chaque discussion sur le quai et chaque moment de contemplation face à la mer de Barents ont renforcé notre conviction qu'une autre manière de voyager est possible. Une aventure plus lente, plus respectueuse, où la véritable richesse ne se mesure pas en milles parcourus, mais en liens tissés.
Ingoya, porte d'entrée vers le Svalbard Norvege en mer de Barents
Quitter Ingøya, c'est laisser derrière soi bien plus qu'une île. C'est emporter avec nous un fragment de son âme, et la promesse de continuer à naviguer pour découvrir ces lieux où la nature, l'histoire et l'humanité s'entremêlent avec une force et une beauté inoubliables.
Quoi de mieux que de partager un maté, des empanadas et des alfajores pour faire un saut à l'extrême sud de l'Amérique ?
En partenariat avec El Almacén, un resto bar argentin situé à deux pas de la place Royale (4 rue de l'Arche sèche à Nantes), nous vous convions à l'exposition de sons et d'images réalisés en Patagonie lors de nos différentes expéditions à pieds et à la voile.
Pensée sous la forme d'une rétrospective de dix années passées en territoires selk'nam, yagan et haush, cette présentation d'une partie de nos activités sera complétée, le 16 mars à 18h30, par une conférence de Lauriane Lemasson, fondatrice de l'association.
Au plaisir de vous rencontrer et de vous faire découvrir nos activités passées, présentes et futures,
Jacques Sax, président de l'association Karukinka
PS: pour l'écoute, n'oubliez pas vos écouteurs et, si besoin, d'installer une application de lecture de QR codes
Des découvertes et recherches archéologiques en Patagonie : Tolhuin, en Terre de Feu argentine
Sur le chemin menant au Cerro Michi [Terre de Feu, Patagonie], une équipe d’archéologues du GIATMA (rattaché au CADIC-CONICET) a fait une découverte significative : lors des travaux de terrain, les archéologues ont trouvé des matériaux et un nouveau site archéologique sur lesquels ils ont alors commencé à travailler.
Cette découverte s’inscrit dans le cadre du projet ImpaCT.AR, défi 2, « Patrimoine Culturel Archéologique à Tolhuin », soutenu par la municipalité et accompagné depuis la première gestion de Daniel Harrington. L’objectif principal est l’identification et la protection du patrimoine culturel archéologique de la région.
L’équipe de chercheurs a mené des travaux de terrain, comprenant des prospections et des fouilles au sein du périmètre urbain de Tolhuin, dans le but d’établir une carte des risques archéologiques permettant de zoner les secteurs sensibles. Cela fournit aux autorités municipales des informations cruciales pour la préservation du patrimoine lors de projets d’infrastructures.
Le projet ImpaCT.AR ne se limite pas à l’identification de sites archéologiques, il inclut aussi la formation du personnel impliqué, directement ou indirectement, dans les modifications du paysage urbain. Les travailleurs sont sensibilisés à l’importance du patrimoine archéologique et à la nécessité d’être vigilants lors d’activités impliquant des mouvements du sol.
La découverte sur le chemin du Cerro Michi s’ajoute à d’autres trouvailles à Tolhuin, comme sur le chemin du quai, à la Laguna Varela, à la descente du lac Fagnano et dans le quartier résidentiel de Las Laderas del Kamuk. La stratégie centrale de cette collaboration entre le CADIC-CONICET et la municipalité de Tolhuin est la prévention, afin de garantir que les travaux d’infrastructure se déroulent avec soin et dans le respect du patrimoine partagé par la communauté.
Qu’est-ce qu’une découverte archéologique ?
Selon le Guide pour la formulation du protocole de découvertes fortuites de patrimoine archéologique et d’archéologie publique, une découverte archéologique est la rencontre imprévue de matériaux archéologiques tels que des vases ou fragments, des objets lithiques (pierres ou roches), des ossements animaux ou humains, des figurines, des ustensiles en bois ou en métal, ou tout autre élément ancien. À ce sujet, la municipalité de Tolhuin était attendue sur la nature précise des matériaux trouvés afin de contextualiser la nouvelle, mais la communauté devra attendre un prochain rapport pour en savoir davantage.