Arles accueille du 21 au 27 août, la 4e édition du festival Agir pour le Vivant. Projections, conférences, ateliers, balades ou cafés citoyens : autant d’occasions de faire émerger une société du vivant. « Nous serons un peuple quand ? » Tel était le thème de la conférence qu’a suivi Bleu Tomate.
Quels sont les liens entre le climat et le racisme, le colonialisme ou la pauvreté ? Pour Fatima Ouassak, politologue et militante écologiste, « il existe en France un processus de désancrage des populations assignées à certains territoires, qui subissent spoliation et dévastation. On leur répète que cette terre n’est pas la leur, et ils ne sont pas considérés légitimes à discuter des projets qui les concernent ».
Déficit de démocratie ici…
La militante de citer en exemple l’installation de data centers ou de nouvelles autoroutes. Egratignant au passage certains artistes ou militants écologistes prompts à soutenir les luttes lointaines mais peu engagés pour les quartiers et leurs habitants racisés.
Une parole non reconnue et non entendue également sous d’autres cieux. Lauriane Lemasson est ethnomusicologue. Elle travaille depuis des années avec les peuples de la Terre de Feu. Survivants d’un génocide qui les a vus disparaitre à 95%, ils ont été classés à l’époque entre les animaux et les humains, donc « sous-humanisés ». Les colons se sont accaparé leurs territoires, voués aux estancias d’élevage.
… Et ailleurs
Et même si le droit international reconnait aujourd’hui le droit des peuples sur leurs territoires, ils ont beaucoup de mal à monter des dossiers pour prouver leur antériorité sur ces espaces qui leur sont aujourd’hui interdits.
La jeune chercheuse donne l’exemple d’un gigantesque projet de fabrication d’hydrogène et d’ammoniac (dit vert, car à partir de l’énergie éolienne). Aucune concertation avec les représentants des peuples autochtones, mis devant le fait accompli.
La responsabilité du colonialisme
« Le colonialisme rime avec la destruction de la planète » explique Arturo Escobar. Le célèbre anthropologue, chercheur-activiste voit quatre moments dans son histoire. La découverte de l’Amérique du XVe au XVIIe siècle, avec la destruction non seulement des peuples eux-mêmes, mais aussi de leur culture et de leurs connaissances.
Puis au XVIIIe, s’impose une vision scientifique qui sépare l’humain de la nature et les blancs européens des autres humains auxquels on ne reconnait justement pas de conscience.
Avec le XIXe siècle vient le capitalisme, économique mais aussi comme un concept de vie. Il voit l’humain individualiste, agressif et compétitif. Au XXe enfin, la pensée libérale arrive au bout de son cycle. Elle affiche « un cosmos patriarcal, séparatiste et dominateur sur l’autre », explique le scientifique.
Alors, quand fait-on peuple ?
Fort de ces constats, quelles solutions ? Chacun des intervenants a apporté sa pierre à la réflexion, devant un public nombreux, dans une chapelle du Méjan surchauffée par la canicule extérieure.
Fatima Ouassak l’exprime comme un cri : « On a besoin d’autonomie, de liberté, laissez-nous respirer ! On est chez nous, on veut transmettre notre langue, notre culture, notre religion, c’est notre droit ».
Dans ces territoires où la classe ouvrière et les personnes racisées ont si peu accès au débat démocratique et renoncent souvent au bulletin de vote, « on doit avoir des partis, des syndicats, des collectifs », poursuit la militante écologiste engagée à Bagnolet. Et se saisir du pouvoir politique, car « les AMAP, le tri et les jardins partagés on fait déjà, mais cela ne suffit pas ».
Le thème du festival en 2023 : « Climat et inégalités sociales »
La 2e conquête du désert
En Patagonie et bientôt en Finlande avec les Samis, Lauriane Lemasson agit, sac à dos. Elle documente les territoires pour aider les communautés à faire valoir leurs droits. Ici, elle trouve les traces d’un lieu rituel, là une montagne connue pour être repère entre deux migrations saisonnières. L’ethnomusicologue étudie les rapports entre les sons, les habitants et les territoires.
Sentir-penser pour penser-agir
Pour Arturo Escobar, il faut changer de paradigme et penser différemment. Il met pour cela en avant le concept de « sentir-penser », (créé par le sociologue colombien Orlando Fals-Borda). « Il revient à chacun de nous à présent d’apprendre à sentir-penser avec les territoires, les cultures et les connaissances des peuples ». Manière pour l’anthropologue, de se connecter avec les flux de l’univers.
Sa réponse à la pensée libérale est de travailler à plusieurs mondes. « Un non à la globalisation, et plusieurs oui ». Oui aux luttes ancrées, enracinées dans les territoires, aux alternatives locales et radicales, aux actions des collectifs en réseaux. En citant la lutte contre l’extractivisme, Arturo Escobar rappelle que la technologie numérique est particulièrement gourmande de minerais extraits dans le Sud global.
Dans le cadre de la 3e édition du festival "Agir pour le Vivant", l'expédition cap Nord - cap Horn sera mise à l'honneur, avec un vernissage de l'exposition sonore et photographique prévue le 22 août à 16h30 à la chapelle du Méjan.
La première étape de cette expédition a été réalisée grâce au soutien du programme Mondes Nouveaux (Ministère de la Culture) et cette exposition présentera, sous forme de rétrospective, les travaux menés au nord de la Norvège et au sud de la Patagonie, sous l'égide de l'association Karukinka.
Lauriane, Damien et Toupie seront présents à Arles pour présenter ces travaux, avec une participation de Lauriane lors du débat "Nous serons un peuple quand?" le jeudi 24 août à la chapelle du Méjan et en compagnie d'Arturo Escobar et de Fatima Ouassak.
Au plaisir de vous rencontrer lors de cette manifestation!
Après s'être approché à quelques dizaines de milles nautiques de la frontière russo-norvégienne nord, l'équipage a fait cap à l'ouest pour franchir toutes voiles dehors et pour la deuxième fois le Kinarodden, le point le plus septentrional de l'Europe continentale, puis pour la première fois cette fois Davvenjárga, le cap Nord, suivi du Knivskjellodden, la pointe la plus au nord, devançant quelque peu le cap Nord.
Une nouvelle étape de l'expédition a donc été franchie, avec des conditions de navigation parfaites. Nous avons même pu voir le navire grâce à la webcam en temps réel et à 360°. Les captures d'écran pâtissent du manque de résolution mais couplées aux données MarineTraffic, nous avons bien pu voir qu'ils étaient là, seul voilier au milieu des navires de pêche !
L'équipage est en pleine forme et se réjouit de vous partager le fruit de ses recherches en terres samis lors de son retour en France à la fin du mois.
Ils nous ont transmis quelques images et nous en ajouterons en fonction de leurs envois.
Au Centre de la photographie, Akosua Viktoria Adu-Sanyah nous embarque en Patagonie aux côtés d’une expédition chilienne étudiant les changements climatiques
Pendant les hautes eaux pandémiques au Chili, à l’hiver 2020 puis en juin 2022, Akosua Viktoria Adu-Sanyah se trouvait exactement là où l’on parvient à sentir les formes, reliefs et processus telluriques qui ont façonné la planète au fil du temps. Elle en reviendra bouleversée. Atteints par les changements climatiques, les fjords patagoniens sont défigurés. A un rythme élevé, les biotopes, inexorablement pollués, se dégradent.
C'est désormais officiel, notre expédition initiée par Lauriane Lemasson a été lauréate du programme "Mondes Nouveaux" du ministère de la culture français. Reçue à cette occasion au Palais de l'Elysée, notre fondatrice est plus que jamais déterminée à faire avancer la recherche sous les hautes latitudes, faisant appel cette fois aux connaissances des Samis pour compléter son approche géographique au sud de Hatitelen, plus connu sous le nom de détroit de Magellan.
Quelques images de la réception à l'Elysée, pour les lauréats du programme.
La suite prochainement... et une présentation du projet ici
Le mois dernier, les alpinistes chiliennes Nadine Lehrner, Isidora Llarena et Rebeca Caceres se sont offert une aventure de 19 jours à travers la calotte de glace nord de Patagonie au Chili, le tout ponctuée par l'ouverture d'une voie sur Cerro Arenales (3 437 m). #patagonie alpinisme
Un énorme potentiel pour l'exploration et l'alpinisme
C'était l'une des expéditions de l'année 2022 estampillées Grit&Rock, fondation initiée par l'aventurière et femme d'affaire britannico-russe Masha Gordon, dont l'objectif est, depuis 2017, de soutenir les expéditions féminines à travers le monde. L'été dernier, déjà, les Américains Jeff et Priti Wright avaient bénéficié d'une bourse pour leur aventure dans la face nord du K7, au Pakistan. Pour leur projet sur le Cerro Arenales, les jeunes Chiliennes Nadine Lehrner, Isidora Llarena et Rebeca Caceres avaient, elles, reçu 2 000 $ de la fondation.
« La calotte glaciaire nord de Patagonie a un énorme potentiel pour l'exploration et l'alpinisme », peut-on lire dans un article publié dans l'American Alpine Journal en 2018. De quoi donner envie d'aller préparer son sac à dos. Situé au sud du Chili, dans la cordillère des Andes, la calotte de glace nord de Patagonie s'étend sur une centaine de kilomètres de long et cinquante de large, pour une superficie totale de plus de 4 000 km².
Troisième séjour sur la calotte glaciaire nord de Patagonie
Pour Nadine Lehrner, Isidora Llarena et Rebeca Caceres, l'aventure débute en janvier 2021, avec une première excursion à travers ce gigantesque champ de glace, ponctuée par une belle première sur le Cerro Nora (2 460 m). Prenant l'information de l'American Alpine Journal au pied de la lettre, le trio revient à l'automne suivant et gravit cette fois-ci la face nord-est du Cerro Silva (2 770 m), avant de buter sur le Cerro Arenales en raison du vent.
À l'automne 2022, les trois Chiliennes, qui jouent à domicile, reprennent la route du Campo de Hielo Norte avec l'idée d'une nouvelle tentative sur le Cerro Arenales, dont la première ascension date de 1958 et une expédition conjointement organisée par le club alpin japonais et la Chilean Federación de Andinismo. La seconde est l'œuvre d'Eric Shipton, la légende britannique, accompagné d'une poignée de locaux, en 1963.
Après plusieurs jours d'approche en kayak, à pied et à skis, Lehrner, Llarena et Caceres atteignent finalement le pied du Cerro Arenales et lancent leur ascension le 4 novembre, via la face nord de ce qui est en fait un volcan. Face aux crevasses qui barrent l'accès au sommet, elles envisagent un temps de faire demi-tour mais découvrent finalement une grande rampe, invisible depuis le camp de base, qui les mène jusqu'au champignon de glace sommital à travers un labyrinthe glacé parsemé de ponts de neige fragiles.
« Il est difficile de ne pas rêver d'y retourner. »
La tempête qui les cueille à la descente les oblige à passer plusieurs jours au frais dans une grotte de glace avant de retrouver skis, traineaux et kayaks pour le long chemin du retour vers la civilisation : « Les 19 jours que nous avons passés dans et autour de la calotte glaciaire nous ont énormément marquées en tant qu'alpinistes et en tant qu'humains. Notre ascension d'Arenales est le résultat de deux années de recherche, de planification, de formation et de travail acharné pour réaliser ce rêve. La traversée du champ de glace nous a amenées dans des endroits plus éloignés et inspirants que nous n'aurions pu l'imaginer, et il est difficile de ne pas rêver d'y retourner », peut-on lire dans leur communiqué publié par Grit&Rock.