“Des nouvelles de demain” saison 4 (Agence Française du Développement) : interview de Lauriane Lemasson

Lauriane Lemasson est photographe, ethno-musicologue et chercheuse rattachée à la Sorbonne. Depuis une expédition scientifique réalisée en 2013 pour étudier les paysages sonores et les peuples ancestraux de la Grande Île de Terre de Feu, elle est animée par une quête : faire reconnaitre l’existence des peuples du détroit d’Hatitelem (les Yagan, les Haush et les Selknam), dont les représentants ont été exterminés par les colons européens, ou assimilés de force à la culture hispanique d’Argentine et du Chili. Il est urgent de faire reconnaitre la vérité sur ces peuples, de faire connaitre leur négation par l’histoire officielle, et la spoliation de leurs terres – Elle joue un rôle de passeur, d’accompagnateur de ces peuples; et utilise l’art comme moyen de sensibiliser, comme porte d’entrée pour faire naitre de l’empathie. Elle garde un espoir de changement avec la nouvelle génération, et le revouveau indigène à l’œuvre

Des Nouvelles De Demain Saison 4

De nouvelles évidences arquéologiques permettent de comprendre la présence espagnole en Patagonie (DICYT, 02/09/2022, “Nuevas evidencias arqueológicas permiten entender la presencia española en la Patagonia”)

De nouvelles évidences arquéologiques permettent de comprendre la présence espagnole en Patagonie (DICYT, 02/09/2022, “Nuevas evidencias arqueológicas permiten entender la presencia española en la Patagonia”)

Les vestiges archéologiques de l’une des enclaves défensives et productives établies par la Couronne espagnole entre 1779 et 1810 sur la péninsule de Valdés révèlent un établissement précaire, témoin de la présence espagnole en Patagonie.

Plan et description du port de la baie San José, 1779. / Fundacao Biblioteca Nacional Rio de Janeiro (Brésil). Collection De Angelis. Cartographie ARC.023,06,022

CONICET/DICYT Dans le cadre des réformes bourboniennes, le roi Charles III décide de protéger et de renforcer sa présence dans les territoires indigènes d’Amérique. Ce projet de colonisation comprenait l’établissement de quatre enclaves sur la côte atlantique de la Patagonie. Une équipe de recherche archéologique multidisciplinaire du CONICET étudie les vestiges des colonies de Fuerte San José et Puesto de la Fuente, érigées entre 1779 et 1810 sur la péninsule de Valdés (province de Chubut), afin de comprendre leurs modes de vie, la complexité des relations interethniques entre les colons et les populations indigènes, et les stratégies de survie dans des contextes de pénurie et d’hostilité. « Ce qui reste dans les entrepôts est extrêmement abîmé (farine devenue terreau, sacs infestés de vers). Cet entrepôt est fortement infesté de rats, car il a été construit en premier, et ils dévorent toute la farine et les légumineuses », peut-on lire dans l’un des documents recueillis par les enquêteurs.

Les archéologues Silvana Buscaglia, de l’Institut multidisciplinaire d’histoire et de sciences humaines (IMHICIHU, CONICET), et Marcia Bianchi Villelli, de l’Institut de recherche sur la diversité et les processus de changement (IIDyPCa, UNRN-CONICET), travaillent depuis plus de vingt ans sur l’étude de la colonisation espagnole de la côte patagonienne. Depuis 2014, ils ont ajouté à leur équipe Solana García Guraieb, de l’Institut national d’anthropologie et de pensée latino-américaine (INAPL), et Augusto Tessone, de l’Institut de géochronologie et de géologie isotopique (INGEIS, CONICET-UBA). Au fil des ans, les membres de l’équipe ont publié de nombreux ouvrages sur la colonisation du Fort San José.

« Le Fort San José présente des caractéristiques particulières qui le distinguent des autres enclaves établies dans la région. C’était un établissement précaire, annexe du Fort Nuestra Señora del Carmen. Peu après, face au besoin d’eau douce, fut créé le Puesto de la Fuente, un établissement productif complémentaire situé près de la Salina Grande, à environ 30 kilomètres du fort. Les deux établissements étaient habités par une petite population militaire qui se relayait chaque année ; ils durèrent trente et un ans, jusqu’à ce qu’en 1810, des tensions avec les populations indigènes provoquent une attaque qui se solda par la mort de la moitié de ses occupants », explique Buscaglia.

Selon l’équipe de recherche, il existe une documentation abondante concernant le caractère et les intentions de la Couronne espagnole lorsqu’elle s’est établie dans certains sites qu’elle considérait comme stratégiques.

« Les colonies furent conçues comme des enclaves frontalières car elles avaient une fonction explicitement défensive. Elles visaient à renforcer la présence espagnole contre l’avancée anglaise dans la région, à fournir un abri dans les ports naturels et à soutenir l’exploitation des ressources marines et salines disponibles dans la région. Puisque la Couronne centralisait l’approvisionnement des populations et que leur seul lien avec le Río de la Plata était maritime, elles servaient également à intégrer les ports au système d’échange colonial », explique Bianchi Villelli.

Pour comprendre certaines des caractéristiques des personnes qui vivaient au fort, Solana García Guraieb et Augusto Tessone ont utilisé la bioarchéologie, qui leur permet de comprendre le profil biologique des populations du Fort San José.

« Nous avons pu recueillir de nombreuses informations grâce à des études ostéologiques et biochimiques. Nous avons découvert un cimetière et avons pu comparer des documents sur le profil biologique des habitants, hommes et adultes, ainsi que sur leur état de santé précaire. L’occupation était marquée par des maladies comme le scorbut. L’analyse des isotopes stables a révélé des caractéristiques alimentaires et indiqué une diversité d’origines parmi ses habitants, incluant peut-être des régions des Caraïbes », explique García Guraieb.

En ce qui concerne les relations interethniques, les chercheurs soulignent leur nature complexe et variable ainsi que le dynamisme et la reconfiguration constante des liens interculturels à travers l’espace et le temps. « Ainsi, dans le cas du Fort San José, nous observons que, d’un point de vue discursif, les références à la péninsule Valdés révèlent une lacune importante jusqu’en 1787, du moins dans le corpus documentaire recueilli aux Archives nationales. Durant les dernières années de l’occupation du Fort, les documents décrivent les populations indigènes comme majoritairement hostiles, et leurs contacts avec les habitants du Fort sont associés à des agressions physiques, des décès et des vols », explique Buscaglia.

Le Fort, qui ne l’était pas

Lors de leurs premières visites sur le site, les chercheurs ont consulté des cartes et diverses sources d’information et ont détecté des divergences entre elles. Par exemple, devant l’île aux Oiseaux (isthme Florentino Ameghino dans la péninsule de Valdés), se trouve aujourd’hui une réplique de ce qui aurait été la chapelle du Fort San José, construite pour le tourisme et pour commémorer l’exploit colonisateur. Cependant, au fur et à mesure que l’enquête progressait, il s’est avéré que cette construction était en réalité inspirée de la chapelle coloniale de la Citadelle de Montevideo (Uruguay). En raison d’une confusion dans les archives entre la batterie de Montevideo et le fort de Patagonie, tous deux portant le même nom, les cartes du Río de la Plata ont été attribuées à tort à la péninsule de Valdés. « Nous étions sur le terrain, examinant les plans et constatant une divergence significative avec le récit. Les installations réelles de San José étaient construites avec des matériaux précaires. C’était un fort fait de branches et de peaux, avec des abris, des vivres et une pénurie d’eau potable », décrit Bianchi Villelli.

C’est l’un des nombreux exemples de ce type de contraste entre les récits historiques traditionnels et les preuves historiques et archéologiques : « La perspective de l’archéologie historique, qui intègre, d’une part, l’examen critique de l’information documentaire et, d’autre part, une approche interdisciplinaire de l’étude de différentes lignes d’analyse archéologique et bioarchéologique, nous permet de réévaluer les discours traditionnels sur un processus complexe et multidimensionnel comme le colonialisme en Patagonie », souligne Buscaglia.

Source : https://www.dicyt.com/noticias/nuevas-evidencias-arqueologicas-permiten-entender-la-presencia-espanola-en-la-patagonia traduit de l’espagnol par l’association Karukinka

La démarche du peuple Yagan pour la préservation de son patrimoine culturel

La démarche du peuple Yagan pour la préservation de son patrimoine culturel

Un protocole de bonnes pratiques pour la protection du patrimoine culturel Yagan

Le peuple Yagan, communauté ancestrale des canaux de Patagonie, a développé en 2017 un protocole révolutionnaire pour protéger son patrimoine culturel. Cette initiative, menée par la Communauté Indigène Yagan de Bahía Mejillones en collaboration avec la Subdirección Nacional de Pueblos Originarios du Servicio Nacional del Patrimonio Cultural du Chili, représente un modèle de respect des droits indigènes et de préservation culturelle.

Contexte et fondements juridiques

Le protocole s’appuie sur la Convention 169 de l’OIT (Organisation Internationale du Travail), ratifiée par le Chili en 2009, qui reconnaît le droit à l’intégrité culturelle des peuples indigènes. Comme le stipule l’article 5 de cette convention : “deberán reconocerse y protegerse los valores y prácticas sociales, culturales, religiosos y espirituales propios de dichos pueblos”. (devront être reconnues et protégées les pratiques sociales, culturelles, religieuses et spirituelles propres à ces peuples)

Une définition collective du patrimoine culturel

La communauté Yagan définit son patrimoine culturel comme “l’ensemble des connaissances, pratiques et expressions culturelles, traditionnelles et contemporaines”, incluant :

  • La langue yagan
  • La navigation ancestrale
  • L’alimentation traditionnelle
  • Les artisanats
  • Les chants et danses
  • Les sites sacrés et de signification culturelle
  • La mémoire et l’histoire collective
  • Les matières premières nécessaires aux pratiques traditionnelles
  • Le territoire historique et contemporain

Les principales directives du protocole

1. Reconnaissance de l’existence d’un peuple vivant

Le protocole affirme clairement que le peuple Yagan est “un pueblo milenario, con 7.000 años de presencia aproximadamente en nuestro territorio” (“un peuple millénaire, avec approximativement 7000 ans de présence dans notre territoire”). Il rejette catégoriquement l’utilisation du qualificatif “último” (dernier) pour désigner les membres de la communauté, soulignant leur vitalité culturelle continue malgré les persécutions historiques.

2. Contrôle de la narration historique

Toute référence officielle à l’histoire du territoire et du peuple Yagan doit considérer la mémoire collective de la communauté et obtenir son autorisation. Pour le tourisme notamment, les guides doivent être des membres de la communauté Yagan.

3. Consentement pour les enregistrements

Tout enregistrement (audio, vidéo, photographique) de membres de la communauté ou de leur patrimoine nécessite un “consentement collectif et/ou individuel, préalable, libre et informé”.

4. Protection de l’artisanat

Les artisanats d’origine yagan ne peuvent être élaborés et commercialisés que par les membres du peuple, préservant ainsi l’authenticité et l’économie culturelle.

5. Restitution des patrimoines

Le protocole exige la restitution de tous les objets, enregistrements et documents patrimoniaux détenus par des institutions nationales ou internationales, car “ils appartiennent de droit à notre peuple” (“por derecho le pertenecen a nuestro pueblo”).

Défis contemporains et revendications

Navigation ancestrale

Le protocole dénonce l’interdiction actuelle de la navigation ancestrale : “actualmente se nos prohíbe la navegación ancestral, lo que constituye una transgresión de una práctica cultural” (“actuellement la navigation ancestrale nous est interdite ce qui constitue une transgression d’une pratique culturelle”). Cette restriction représente une violation des droits culturels établis par la Convention 169 de l’OIT.

Protection territoriale

La communauté exige la protection des ressources hydrobiologiques et phytogénétiques de leur territoire traditionnel, incluant la collecte de joncs et d’écorces d’arbres pour l’artisanat.

Consultation préalable

Tout projet pouvant affecter le patrimoine culturel yagan doit suivre des protocoles stricts de consultation, avec un préavis minimum de sept jours pour toute réunion communautaire.

Le protocole complet, traduit en français par l’association Karukinka, est consultable et téléchargeable ici : https://karukinka.eu/wp-content/uploads/2025/09/protocole-yagan-francais.pdf


Le rôle de l’association Karukinka

L’association française Karukinka joue un rôle crucial dans la diffusion de ces protocoles auprès des communautés francophones et anglophones. Depuis plus d’une décennie, Karukinka mène des expéditions scientifiques et artistiques en Patagonie, en faisant de son mieux pour avancer dans le respect des communautés yagan, selk’nam et haush.

Actions de Karukinka en faveur du patrimoine Yagan

  • Documentation culturelle : Collecte, digitalisation et archivage de sons de lieux, témoignages, chants et récits yagan
  • Cartographie linguistique : Identification de plus de 600 toponymes en langues yagan
  • Sensibilisation internationale : Organisation de rencontres, conférences et expositions en Europe
  • Projets collaboratifs : Programme “Voces de las Abuelas” pour la restitution d’archives ethnographiques
  • Formation et éducation : Ateliers de sensibilisation sur les droits culturels des peuples autochtones

Importance de la diffusion internationale

Karukinka communique activement sur ces protocoles pour sensibiliser les chercheurs, artistes, et institutions francophones et anglophones aux bonnes pratiques en matière de patrimoine culturel indigène. Cette démarche vise à :

  1. Prévenir l’appropriation culturelle : Informer les acteurs internationaux des protocoles à respecter
  2. Faciliter les collaborations éthiques : Établir des ponts entre yagans et institutions européennes
  3. Soutenir les revendications : Amplifier la voix de personnalités yagan à l’international
  4. Éduquer les publics : Sensibiliser aux enjeux de préservation culturelle en Patagonie et en Europe

Vers une reconnaissance internationale

Ce protocole yagan constitue un modèle pour d’autres communautés indigènes mondiales. Il démontre comment les peuples autochtones peuvent reprendre le contrôle de leur narration culturelle et établir des cadres de collaboration respectueux avec les institutions externes.

L’engagement de Karukinka dans la diffusion de ces protocoles s’inscrit dans une démarche plus large de décolonisation des pratiques de recherche et de valorisation des savoirs indigènes. En informant les communautés francophones et anglophones de ces protocoles, l’association contribue à créer un environnement international plus respectueux des droits culturels des peuples autochtones.

Le Protocole de Bonnes Pratiques pour la Protection du Patrimoine Culturel Yagan représente bien plus qu’un document administratif : c’est une déclaration d’indépendance culturelle, un guide pour des relations équitables, et un modèle de résistance pacifique face à la colonialité persistante.

Grâce au travail de diffusion mené par des associations comme Karukinka, ces protocoles peuvent inspirer de nouvelles formes de collaboration internationale, basées sur le respect, la réciprocité et la reconnaissance des droits des peuples autochtones à contrôler leur propre patrimoine culturel.

La préservation du patrimoine yagan n’est pas seulement une question locale : c’est un enjeu global qui nous interpelle tous sur notre relation au patrimoine culturel de l’humanité et notre responsabilité collective dans sa préservation et la décolonisation de nos modes d’interaction.

La publication originale (en espagnol) du protocole est disponible ici : https://www.pueblosoriginarios.gob.cl/publicaciones/protocolo-de-buenas-practicas-para-la-proteccion-del-patrimonio-cultural-indigena

le peuple yagan défend son patrimoine culturel

Podcast “Les Perchés” 4/8 : l’alpiniste (23 juillet 2022, RTS)

Durant l’été, les médias francophones publiques proposent une série de portraits de ceux qui travaillent en hauteur. Pour ce nouvel épisode, on se hisse très haut à la découverte de la passion de Sean Villanueva OʹDriscoll, lʹun des meilleurs grimpeurs au monde. Ce Belge de 41 ans, né de parents espagnol et irlandais, a réussi lʹannée dernière un exploit: franchir seul les six aiguilles du mythique Fitz Roy en Patagonie. Six jours en totale autonomie, dans lʹune des montagnes les plus isolées du monde. Il est également lauréat, en équipe, du Piolet dʹor, la plus prestigieuse récompense pour un alpiniste. Nos collègues de la RTBF l’on rencontré. Céline Biourge nous dresse son portrait. Un reportage réalisé avec Amélie Bruers, Adrian Platon et Christophe Bernard.

Source : https://www.rts.ch/audio-podcast/2022/audio/les-perches-l-alpiniste-4-8-25840183.html

Chiliens et argentins ont prolongé la réclamation de protection du Beagle contre les élevages de saumons (InfoTDF, 5/7/2022, “Chilenos y argentinos extendieron el reclamo de protección del Beagle contra las salmoneras”)

Samedi dernier 2 juillet au matin, chiliens et argentins, navigateurs, kayakistes, activistes, référents d’organisations sociales et membres des communautés Yagán et Kawesqar se sont réunis au centre de la ville d’Ushuaia pour célébrer l’anniversaire de la sanction de la Loi 1.355, laquele régulant l’élevage de saumons en Terre de Feu et Atlantique Sud, interdisant le développement de cette industrie en mer et positionnant le pays comme le premier à prendre une décision de telle ampleur pour la protection de l’environnement et incorporant à la création des politiques publiques la participation citoyenne et la vision des peuples autochtones sur le soin à porter à la nature.

Durant cette journée ont participé le Club Nautique AFASyN et des embarcations de la communauté nautique de Terre de Feu, le programme marin “Sin Azul No Hay Verde” (sans bleu il n’y a pas de vert), Canal Fun, Patagonia, le chef Lino Adillon, Greenpeace Andin, la Société Civile pour l’Action Climatique de Magallanes, des représentants des Communautés Yagáns de Ushuaia et de Navarino et des représentants de la Communauté Kawesqar.

David Alday, représentant de la communauté Yagán de Navarino, afirma “Dans cette partie de la planète nous avons démontré que les limites n’existent pas pour maintenir et prendre soin de notre environnement et de ce qui y habite. La connexion avec notre cosmovision est tellement essentielle que nous ne doutons pas pour nous activer et agir, pour protéger ce qui est notre vie, nos écosystèmes, chargés d’un regard patrimonial ancestral unique au monde. Pour cela notre travail doit être à la hauteur dans des zones de protection comme l’extrême austral, aussi bien au Chili qu’en Argentine. En célébrant cette année de la loi qui interdit l’élevage de saumon du côté argentin, cela signale que le travail réalisé n’a pas été vain, que les convictions et l’effort social est puissant et véridique, avec de solides arguments qui amènent à manifester le bon sens qui nous communqiue la protection de nos espaces et environnements débordants de vie et de nature vierge.”

Lors d’un événement sans précédent en mai 2021, argentins et chiliens réunirent le Canal Beagle, déroulant une banderole pour demander la sanction de la loi qui régule l’élevage de saumons en Argentine et renforcer la réclamation commune de protéger le Canal et les écosystèmes marins du bout du monde. Cette année, pour célébrer cette décision et continuer de réunir les efforts pour la protection de chaque côté du Canal, la communauté s’est à nouveau réunie. Maintenant que l’industrie serait en train de se réactiver à Puerto Williams, et, d’un autre côté, soutenir la cause des frères chiliens qui sollicitent que le gouvernement freine l’avancée de la salmoniculture.

«C’est très émouvant de revivre l’énorme triomphe atteint en Terre de Feu où grâce aux organisations, la communauté locale et les législateurs, il a été réussi unanimement de protéger le Canal de Beagle, icône de la province. C’est un véritable exemple de comment faire les choses correctement, avec un débat ouvert et participatif, et en comprenant qu’en protégeant l’environnement nous protégeant aussi la société dans son ensemble. Le Canal de Beagle doit être protégé de manière intégrale et c’est pour cela qu’ajourd’hui, à un an de cette loi historique, nous exigeons du gouvernement chilien qu’il rejette toutes les concessions en cours à Puerto Williams, l’information technique est déjà disponible pour poser les fondements de cette décision. Il faut suivre l’exemple du côté argentin qui peut célébrer ses bonnes décision” déclaré Estefanía González, Coordinatrice du programme Océans de Greenpeace Andin.

Les salmonicultures menacent la biodiversité, la santé des habitants et le développement économique. En 2019, le village chilien Puerto Williams, en face de la ville d’Ushuaia, fût pionnier à protéger le Beagle et expulsant les élevages de saumons de sa région.

A la différence du Chili où cette industrie a occupé de nombreux territoires, la province fuéguienne est l’unique lieu du pays où l’industrie du saumon pourrait s’installer. Avec l’approbation de la Loi l’année dernière, la Terre de Feu est devenu le premier lieu du monde à interdire l’industrie avant qu’elle ne s’installe, se convertissant ainsi en exemple de la protection d’un modèle économique et productif durable, qui respecte les traditions culturelles et les pratiques artisanales qui génèrent de véritables emplois et revenus issus du tourisme et de la commercialisation de produits locaux. Cette décision a eu un impact mondial, car de nombreuses communautés côtières du monde qui souffrent des impacts de l’industrie demandent également que les cages soient retirées de la mer.

« La division entre le Chili et l’Argentine est loin d’être une réalité, elle est évidente dans les territoires allant de l’Amérique du Nord à la Patagonie. Les régions ont une dynamique qui dépasse les limites politiques. La nature et la culture sont étroitement liées et le thème des fermes de saumon du canal Beagle a été un moment fort. Ces dernières années, la situation est devenue plus que claire grâce aux actions menées ensemble ; Nous ne voulons pas d’industries destructrices, nous voulons travailler de plus en plus unis pour un avenir durable, lié à la dynamique de la nature, à travers la revalorisation de la culture des peuples autochtones, des activités comme le tourisme naturel et tout ce qu’offre la région. En 2021, cette union a permis au gouvernement argentin de comprendre ce que les élevages de saumons signifient pour son peuple, aujourd’hui l’État chilien doit le comprendre », a déclaré David Lopez Katz, membre du programme marin Sin Azul No Hay Verde.

Aujourd’hui, les communautés chiliennes demandent que les élevages de saumons quittent les zones protégées et les lieux où vivent les communautés autochtones qui voient leur mode de vie et leur développement affectés. Ils exigent également que toute expansion de l’industrie soit stoppée en rejetant de nouveaux projets et en arrêtant l’augmentation des niveaux de production. Qu’ils se retirent progressivement des zones fragiles comme les fjords et les canaux et enfin que le gouvernement sanctionne les entreprises et les centres qui ont provoqué ou subissent des catastrophes environnementales par la perte de concessions.

Depuis qu’ils ont commencé à exiger un canal Beagle exempt d’élevages de saumons, les Chiliens ont réussi à obtenir que la Cour d’appel de Punta Arenas arrête le démarrage des travaux de production de l’entreprise salmonicole Nova Austral dans le canal Beagle, situé dans la région de Magallanes. Ils ont également retiré les cages déjà installées et prêtes à être produites et ont réussi à faire expirer les concessions aquacoles accordées jusque-là. En outre, ils ont stoppé l’expansion de l’industrie dans la région de Magallanes à travers différentes actions en justice. Dans le cas de Puerto Williams, la revendication est de pouvoir avancer avec l’Espace Marin Côtier pour les Peuples Autochtones (ECMPO) de la communauté Yagán, qui constitue une manière efficace et concrète de protéger cette zone de différentes menaces comme l’élevage du saumon.

Le Chili est en alerte depuis 2018 en raison de la menace constante des concessions encore administrativement actives dans le Beagle. Quatre ont été expulsées, mais huit restent, détenues par l’action de la communauté indigène à travers la présentation d’une demande ECMPO, qui permet de solliciter l’administration et paralyse en même temps tout projet existant.

Cette histoire ne s’arrête pas avec la sanction de la loi 1 355. La vision collective et globale de notre place dans le monde et de la nécessité de la protéger s’est renforcée face à sa menace imminente. La mer est une et la communauté argentine et chilienne restera unie dans la poursuite de sa conservation. La Terre de Feu a pris une décision pionnière qui est aujourd’hui célébrée par ceux qui la vivent et par le reste du monde qui veut suivre son chemin.

Source: https://infotdf.com/provinciales/chilenos-y-argentinos-extendieron-el-reclamo-de-proteccion-del-beagle-contra-las-salmoneras/ (Crítica Sur) Traduction : Karukinka