Portrait d’une carnivore miniature : la Drosera uniflora

Portrait d’une carnivore miniature : la Drosera uniflora

La Drosera uniflora est une minuscule plante carnivore des tourbières patagoniennes, discrète par la taille mais emblématique des milieux humides de l’extrême sud du Chili, de l’Argentine et des îles Falkland (Malouines). Tapie à quelques centimètres du sol, elle tend ses feuilles couvertes de gouttelettes brillantes pour capturer les insectes dont elle tire l’essentiel de ses nutriments, là où les sols sont trop pauvres pour nourrir une plante « classique ».

drosera uniflora cap horn canaux de patagonie
Drosera uniflora, photographiée sur l'île Chair lors d'une expédition Karukinka (février 2025, réserve de biosphère du cap Horn, Chili)

Drosera uniflora appartient au genre Drosera, les « rossolis » ou sundews, l’un des plus grands groupes de plantes carnivores au monde.
C’est une espèce de très petite taille : les rosettes ne dépassent guère 2,5 à 3 centimètres de hauteur, avec des feuilles spatulées de quelques millimètres seulement, disposées en cercle au ras du substrat. Au cœur de l’été austral, un ou deux pédoncules floraux émergent de la rosette ; ils ne montent qu’à 1–3 centimètres de haut et portent, comme le nom de l’espèce l’indique, une unique fleur blanche à cinq pétales, délicate et parfaitement proportionnée à la plante.

Les feuilles sont couvertes de tentacules glanduleux rougeâtres, terminés par une goutte de mucilage transparent qui scintille comme de la rosée au soleil. Cette apparence de goutte d’eau n’a rien d’innocent : elle joue le rôle de leurre visuel et olfactif pour les petits insectes, qui viennent s’y poser avant de se retrouver piégés.

Une stratégie de chasse par « rosée collante »

Comme toutes les droseras, D. uniflora utilise une stratégie de capture adhésive : ses tentacules sécrètent un mucus sucré, très visqueux, qui colle immédiatement aux pattes et aux ailes des proies. Une fois l’insecte englué, les tentacules voisins s’orientent lentement vers lui, parfois enroulant partiellement la feuille, de façon à multiplier les points de contact et à immobiliser totalement la victime. La plante libère ensuite des enzymes digestives qui liquéfient les tissus mous ; les produits de cette digestion – surtout azote et phosphore – sont absorbés à travers l’épiderme de la feuille et complètent l’alimentation minérale extrêmement pauvre du sol tourbeux.

Chez Drosera uniflora, ce mécanisme est d’autant plus remarquable qu’il fonctionne dans des conditions climatiques froides, sur des sites exposés au vent et à des températures proches de zéro une bonne partie de l’année. La plante reste ainsi un prédateur efficace dans un environnement où la productivité biologique globale est faible et où chaque source de nutriments constitue un avantage décisif.

Origines et liens de parenté

Drosera uniflora a été décrite en 1809 par le botaniste Carl Ludwig Willdenow, à partir de spécimens récoltés dans le sud de l’Amérique du Sud.
Des études phylogénétiques basées sur le gène chloroplastique rbcL suggèrent qu’elle forme un groupe étroitement apparenté avec Drosera stenopetala, espèce endémique de Nouvelle‑Zélande ; toutes deux dériveraient de lignées australiennes, l’Australie étant le centre majeur de diversification des droseras.
Cette parenté transpacifique illustre la capacité du genre à se disperser sur de longues distances, probablement par le transport de graines par les oiseaux ou les courants atmosphériques.

Aire de répartition patagonienne

D. uniflora est une espèce strictement subantarctique, absente de l’hémisphère Nord. Elle est signalée dans le sud de l’Argentine (provinces de Santa Cruz, Terre de Feu et île des Etats) et dans le sud du Chili, des régions tempérées froides jusqu’à Magallanes, ainsi que sur les îles Falkland/Malvinas.

  • En Argentine elle est décrite comme une herbe vivace endémique des zones humides de basse et moyenne altitude, entre le niveau de la mer et environ 600 mètres.
  • Du côté chilien, elle occupe un gradient plus large, depuis la région du Biobío jusqu’aux confins magellaniques, préférant cependant les montagnes proches de l’océan entre 500 et 2 000 mètres d’altitude, souvent sur des versants ou des replats bien ensoleillés.
  • Aux Falkland, on la trouve surtout dans les tourbières et les dépressions saturées en eau, fréquemment associée à des coussins d’Astelia pumila et à des mousses de type Sphagnum.

Une spécialiste des tourbières froides

Drosera uniflora est intimement liée aux tourbières et aux bogs de type coussins du sud de la Patagonie, ces milieux saturés en eau où s’accumulent sur des millénaires des épaisseurs considérables de tourbe. Les études de végétation montrent qu’elle fait partie des communautés de « Magellanic Sphagnum bogs » et de tourbières de transition dominées par des cypéracées comme Carex magellanica, des plantes "coussinantes" (Astelia pumilaTetroncium magellanicumOreobolus obtusangulus) et des arbustes nains.

Drosera uniflora cohabitant avec Donatia fascicularia et Astelia pumila
Drosera uniflora cohabitant avec Donatia fascicularia et Astelia pumila (île Chair, Chili, février 2025)


Dans ces paysages, D. uniflora se niche souvent sur les bords de petites mares, sur les coussins suintants ou dans les micro‑dépressions gorgées d’eau où la concurrence des grandes plantes vasculaires est limitée.

Les tourbières de Terre de Feu et des Canaux de Patagonie jouent un rôle majeur dans le stockage de carbone à l’échelle régionale ; certaines études montrent que les bogs à coussins, dominés par des plantes vasculaires et abritant D. uniflora, peuvent être des puits de CO₂ encore plus puissants que les tourbières dominées par les sphaignes. La présence de cette petite carnivore constitue ainsi un indicateur de milieux encore relativement intacts et hydrologiquement fonctionnels.

Saison de croissance et reproduction

Dans l’hémisphère Sud tempéré froid, la période de végétation de D. uniflora est courte. Les rosettes restent discrètes pendant l’hiver austral, puis se développent pleinement au printemps, lorsque la neige se retire et que les tourbières se réchauffent légèrement. La floraison intervient en été, principalement en janvier–février, où la plante produit sa fleur blanche solitaire, pollinisée par de petits insectes adaptés à ces milieux frais. Après la floraison, la plante forme des capsules contenant de fines graines, disséminées par le vent ou l’eau dans les micro dépressions alentour. Cette reproduction sexuée est complétée par la capacité de la rosette à survivre plusieurs saisons, ce qui en fait une vivace pérenne, souvent présente plusieurs années de suite aux mêmes emplacements tant que les conditions hydriques demeurent stables.

Rôle écologique et interactions

En tant que plante carnivore, D. uniflora occupe une niche particulière dans les réseaux trophiques des tourbières patagoniennes. Elle prélève une partie des populations de petits insectes – moucherons, moustiques, collemboles – qui exploitent eux‑mêmes ces milieux humides, mais son impact global reste limité par sa petite taille et la faible densité des rosettes. Les nutriments issus de la digestion des proies sont réinjectés dans le cycle interne de la tourbe lorsque les feuilles meurent et se décomposent, contribuant à la fertilité locale de la toute petite motte qui la porte.

D. uniflora vit également en étroite association spatiale avec d’autres espèces végétales emblématiques : Astelia pumilaSphagnum magellanicumPilgerodendron uviferaTepualia stipularis et diverses cypéracées et hémicryptophytes, selon les communautés décrites en Patagonie chilienne et aux Falkland. Ces co‑occurrences soulignent que la plante fait pleinement partie du groupe floristique subantarctique, et non un organisme exotique importé, à la différence de Drosera rotundifolia récemment détectée comme espèce introduite dans certaines tourbières andines.

Une petite plante à protéger

Si D. uniflora n’est pas encore considérée comme globalement menacée, plusieurs facteurs la rendent vulnérable : fragmentation et drainage des tourbières, exploitation de la tourbe, introduction d’espèces carnivores exotiques plus compétitives et changements climatiques affectant le régime hydrique. Des travaux récents signalent par exemple l’arrivée de Drosera rotundifolia dans une tourbière du parc national Nahuel Huapi, en Argentine, avec un risque potentiel pour l’intégrité des communautés végétales locales où D. uniflora était jusqu’alors la seule drosera indigène.

Dans ce contexte, la mise en avant de D. uniflora comme plante carnivore native de Patagonie et de Magallanes, présente dans les guides naturalistes, les sentiers d’interprétation et les programmes d’éducation environnementale, participe à la reconnaissance de la valeur écologique des tourbières australes.

Bibliographie indicative

  • Willdenow, C. L. (1809). Enumeratio Plantarum 1: 340. Description originale de Drosera uniflora Willd.
  • Moore, D. M. (1983). Travaux floristiques sur la flore de Patagonie et des îles Falkland, cités par la Flora del Conosur pour la distribution de Drosera uniflora.
  • Rivadavia, F. et al. (2003). Études phylogénétiques sur Drosera basées sur le gène rbcL, montrant la parenté entre D. uniflora et D. stenopetala et une origine australienne des espèces sud‑américaines.
  • Chilebosque / Chileflora. Fiches « Drosera uniflora » décrivant morphologie, habitat (500–2 000 m dans les cordillères côtières), rusticité et difficultés de culture.
  • Domínguez Díaz, E. et al. (réf. citée dans Flora nativa de Torres del Paine). Description vulgarisée de D. uniflora, de son cycle et de ses noms vernaculaires en Patagonie.
  • Holl, D. et al. (2019). « Cushion bogs are stronger carbon dioxide net sinks than moss‑dominated bogs… ». Biogeosciences 16: 3397‑3423. Étude des flux de CO₂ dans des tourbières de Terre de Feu, incluant les bogs à coussins où D. uniflora est typique.
  • Fesq‑Martin, M. et al. (2004). Travaux palynologiques sur l’histoire holocène de la végétation patagonienne, mentionnant l’apparition et la régression du pollen de Drosera uniflora en lien avec l’expansion des bogs d’Astelia.
  • Vidal Russell, R. de et al. (2019). « First report of alien Drosera rotundifolia in a high conservation value peat bog in southern South America ». Mise en garde sur l’introduction de droseras exotiques dans les tourbières andines.
  • De Stefano, R. D. (2001). « Conservation status of Drosera in South America and the Caribbean ». Discussion générale sur la vulnérabilité des droseras sud‑américaines, y compris D. uniflora.
  • Philippi Foundation – Catalogue de la flore chilienne. Notice « Drosera uniflora » décrivant la plante comme une petite vivace carnivore à feuilles rougeâtres et floraison blanche, caractéristique des sols tourbeux humides.
  • Reportaje Agrícola. « Drosera uniflora: ¿Conocías esta planta carnívora nativa de Chile? », article de vulgarisation sur sa biologie, sa répartition du Biobío à Magallanes et son mécanisme de capture.
La péninsule Mitre : une réserve naturelle de tourbières, montagnes et forêts sub-antarctiques

La péninsule Mitre : une réserve naturelle de tourbières, montagnes et forêts sub-antarctiques

Située à l’extrémité sud‑est du secteur argentin de l’île Grande de Terre de Feu, la péninsule Mitre correspond au vaste massif sauvage compris entre la façade atlantique, le canal Beagle oriental et l’isthme qui la relie aux vallées de Río Grande et d’Ushuaia. Ce territoire relève administrativement du département d’Ushuaia, dans la province de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur. Longtemps dépourvue de statut juridique spécifique malgré son caractère presque inhabité, la zone a été identifiée par la province comme « d’intérêt environnemental, naturel et culturel » en 2020, prélude à son intégration au système provincial d’aires naturelles protégées.

La péninsule Mitre intègre le système d’aires protégées d'Argentine

En décembre 2022, la Législature de Tierra del Fuego a adopté la Loi provinciale n° 1461, qui crée l’« Área Natural Protegida Península Mitre » (ANPPM) et l’inscrit formellement dans le Système Provincial d’Aires Naturelles Protégées établi par la Loi n° 272. Cette loi définit l’aire comme englobant la portion terrestre de l’extrémité orientale de l’île Grande de Terre de Feu, la frange marine adjacente ainsi que les zones marines entourant l’île des Etats (Isla de los Estados), Isla de Año Nuevo et les îlots associés, séparés de l'île de Terre de Feu par le détroit de Le Maire et incluant tous les plans d’eau intérieurs. L’ANPPM complète ainsi le Parc national Tierra del Fuego et le système d’aires provinciales déjà existants, en assurant une continuité spatiale de protection depuis la cordillère Darwin jusqu’à l’extrémité atlantique de l’archipel.

carte d'illustration issue du site argentin : https://prodyambiente.tierradelfuego.gob.ar/area-natural-protegida-peninsula-mitre-tdf/

Superficie, zonage et cadre juridique

Selon la documentation officielle de la province de Tierra del Fuego, l’Area Natural Protegida Península Mitre couvre environ 300 000 hectares terrestres et 200 000 hectares marins, soit un peu plus de 500 000 hectares au total à l’échelle de l’extrémité orientale de l’archipel. La Loi 1461 précise que ses limites suivent, côté ouest, une série de repères cadastraux, de coordonnées géographiques et de cours d’eau, dont le Rio Moat, tandis que, vers le sud, l’est et le nord, elles se prolongent en mer selon un tracé décrit par une succession de points géodésiques. Ce dispositif juridique découpe un continuum terrestre‑marin intégrant falaises atlantiques, caps exposés au large, golfes abrités et arrière‑pays montagneux et tourbeux.

La loi provinciale institue un zonage interne articulé autour de plusieurs catégories d’aires protégées, destinées à concilier conservation stricte, usages traditionnels et activités compatibles avec les objectifs de protection. Sont notamment créés :

  • le Parc naturel provincial Península Mitre, défini comme un environnement de conservation paysagère et naturelle soumis à un usage non extractif et à une intervention étatique rigoureuse ;
  • la Réserve forestière naturelle Península Mitre, qui associe objectifs de conservation et utilisation forestière sous contrôle technique de l’État provincial ;
  • le Monument naturel provincial « Formación Sloggett », visant la protection d’affleurements géologiques et paléontologiques de haute valeur scientifique ;
  • des réserves côtières naturelles et une réserve provinciale d’usages multiples, permettant des activités économiques et récréatives encadrées.

La mise en œuvre de ce zonage s’inscrit dans le cadre plus large de la politique provinciale de conservation, qui reconnaît, dans sa Constitution et dans son Système d’Aires Naturelles Protégées, la responsabilité de préserver les services écosystémiques et le patrimoine culturel pour les générations présentes et futures. Des textes complémentaires, comme la Loi provinciale n° 1487, sont venus ajuster certains aspects de la loi de création pour faciliter la gestion et la planification opérationnelle de l’aire.

Un noyau majeur de tourbières subantarctiques

La péninsule concentre l’essentiel des tourbières de la province et, plus largement, la grande majorité des tourbières de l’Argentine. À l’échelle nationale, environ 95 % des tourbières du pays se situent en Tierra del Fuego et elles sont massivement regroupées là. Elle représente un noyau stratégique de stockage de carbone à l’interface de l’Atlantique Sud et des Andes australes. Ces tourbières, véritables « éponges » paysagères, accumulent au fil des millénaires des couches de matière organique partiellement décomposée (la tourbe), pouvant atteindre plusieurs mètres d’épaisseur, dans un contexte de climat froid, humide et venteux.

péninsule mitre
Photo réalisée par Rodolfo Iturraspe et issue du site dédié aux zones humides https://lac.wetlands.org/declararon-area-natural-protegida-a-la-peninsula-mitre-en-tierra-del-fuego/

Du point de vue de l’Argentine, la reconnaissance de la péninsule Mitre comme aire protégée renforce l’intégration des tourbières dans les stratégies de mitigation du changement climatique et de gestion des zones humides. Les tourbes agissent comme de grands réservoirs de carbone, jouant un rôle dans la régulation hydrologique et la stabilité du climat, ce qui est désormais pris en compte dans les politiques nationales de zones humides et les engagements climatiques du pays. La désignation de sites Ramsar supplémentaires en Terre de Feu, explicitement justifiée par la présence de vastes complexes tourbeux et par leur fonction de puits de carbone, s’inscrit dans la même logique d’articulation entre conservation locale et enjeux climatiques globaux.

Valeurs biologiques, géologiques et culturelles

À l’échelle de la Terre de Feu, la péninsule Mitre se distingue par la juxtaposition de plusieurs ensembles de paysages : lisières forestières de lenga et de guindo, cordons de collines et de montagnes basses, plateaux tourbeux, vallées fluviales encaissées et un littoral atlanto‑austral ponctué de falaises et de baies isolées. La province met en avant la présence de colonies d’oiseaux et de mammifères marins, de zones humides littorales, de marais d’eau douce et de massifs de tourbières, qui fournissent des habitats à de nombreuses espèces emblématiques de la région subantarctique.

La loi de création de l’ANPPM insiste également sur l’importance des valeurs paléontologiques et archéologiques, à travers la protection de la Formation Sloggett et de gisements témoignant d’occupations humaines anciennes. Des vestiges et traces de la présence des peuples autochtones, en particulier des Selk’nam/Haush et Yagan, sont identifiés dans la péninsule, prolongeant le continuum culturel déjà reconnu dans l’ensemble de l’archipel fuégien. Ces dimensions culturelles complètent la valeur écologique de la zone en justifiant une approche de conservation intégrée, attentive à la fois aux écosystèmes et à la mémoire des usages autochtones.

La côte Est de la péninsule Mitre dans la brume, vue depuis le détroit de Lemaire à bord du voilier Milagro
La côte Est de la péninsule Mitre dans la brume, vue depuis le détroit de Le Maire à bord du voilier Milagro (Expéditions Karukinka, janvier 2025)

Accès, réglementation et gestion adaptative

Du fait de son isolement, la péninsule Mitre demeure l’une des régions les plus difficilement accessibles de la province, ce qui limite naturellement la pression anthropique mais impose aussi des exigences particulières en matière de sécurité et de contrôle. Les autorités provinciales ont mis en place une procédure d’accès qui oblige toute personne ou groupe souhaitant entrer dans l’aire à remplir un formulaire préalable et à obtenir une autorisation de la Secretaría de Ambiente au moins dix jours avant la date prévue d’entrée. Ce dispositif vise à concilier la vocation de conservation avec des usages tels que la randonnée d’expédition, la recherche scientifique ou certaines activités productives à faible impact, en assurant une connaissance préalable des itinéraires et des durées de séjour.

Sur le plan de la gestion, la province de Tierra del Fuego annonce travailler à l’élaboration d’un plan de gestion spécifique pour l’ANPPM, en cohérence avec le cadre plus général des plans de gestion existants pour le Parc national Tierra del Fuego et pour les réserves provinciales. Les communications officielles insistent sur la nécessité de structurer ce plan autour de la participation des acteurs locaux, des communautés scientifiques et des organisations de la société civile, dans la continuité des décennies de mobilisation qui ont précédé la création de l’aire. La planification intègre explicitement la problématique des espèces exotiques envahissantes, des impacts d’éventuels projets d’infrastructures et des risques liés à une fréquentation non encadrée dans un environnement tourbeux particulièrement fragile.

Articulation avec la géopolitique et la planification régionale

À l’échelle géopolitique, l’aire naturelle protégée Península Mitre renforce la présence effective de l’État argentin sur l’extrémité orientale de l’île Grande de Terre de Feu et sur les espaces maritimes adjacents, dans un secteur qui fait face au passage maritime stratégique du détroit de Le Maire et aux routes antarctiques. En protégeant juridiquement un vaste continuum terrestre et marin peu habité, la province consolide à la fois des objectifs de souveraineté, de conservation de la biodiversité et de contribution aux engagements climatiques internationaux.

Dans la mosaïque d’aires protégées et de territoires de production qui structurent aujourd’hui la Grande Île de Terre de Feu, la péninsule Mitre occupe ainsi une place singulière : complémentaire du Parc national Tierra del Fuego et des réserves provinciales, en miroir, côté atlantique, des grands ensembles de conservation de la cordillère de Darwin et de Karukinka sur le versant chilien.

Pour en savoir plus sur les initiatives locales en faveur de la protection de l'environnement en Terre de Feu argentine, nous vous recommandons de jeter un œil aux publications et activités de l'association Mane'kenk

Bibliographie

Articles et chapitres scientifiques

  • Barreda, V. et al. (2013). Paleogene flora of the Sloggett Formation, Tierra del Fuego, Argentina. CONICET / Centro Austral de Investigaciones Científicas (CADIC). Disponible via Repositorio CONICET.
  • Fundación Manekenk. (2020). Turberas de Península Mitre. Ushuaia.
  • Fundación Manekenk. (2022). Creando el área protegida Península Mitre. Ushuaia.
  • Geoflama. (2021). El cañón submarino Sloggett: el gran lago fueguino del Pleistoceno tardío. Blog de divulgación geológica argentina.​
  • ​Gobierno de la Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur. (2023). Área Natural Protegida Península Mitre. Secretaría de Ambiente y Desarrollo Sustentable.
  • Gobierno de la Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur. (2024). Área natural protegida Península Mitre TDF (sitio oficial). Secretaría de Ambiente y Cambio Climático.
  • Malumián, N., & al. (2012). Sr-isotope chronostratigraphy of Paleogene–Neogene marine deposits: Austral Basin, southern Patagonia (Argentina). Marine and Petroleum Geology, 37(1), 124–146.
  • Malumián, N. et al. (2015). Sr-stratigraphy and sedimentary evolution of early Miocene marine foreland deposits in the northern Austral (Magallanes) Basin, Argentina. Andean Geology, 42(3), 388–418.
  • Ponce, J. F. et al. (2021). Geomorphology and sedimentary processes on the Sloggett submarine canyon, Tierra del Fuego margin (Argentina–Chile). Continental Shelf Research, 227, 104488.
  • Ponce, J. F. et al. (2025). Análisis geomorfológico del cañón Sloggett (Sverdrup Channel, Canal de Beagle). Comunicación en congreso, Repositorios Digitales MINCyT / CONICET.
  • Varios autores. (année). Estratigrafía, sedimentología y palinología de la Formación Sloggett, Tierra del Fuego. Revista de la Asociación Geológica Argentina.
La Grande Île de Terre de Feu

La Grande Île de Terre de Feu

La Grande Île de Terre de Feu est un territoire partagé entre l’Argentine et le Chili, où se superposent des steppes battues par le vent, des forêts subantarctiques, de vastes tourbières, des chaînes andines couvertes de glace et une histoire humaine marquée à la fois par la profondeur des cultures autochtones et par des violences coloniales extrêmes. C’est aussi un espace géopolitique sensible, structuré par le traité de 1881 entre les deux États, par le différend du canal Beagle et par des politiques contemporaines de conservation et de reconnaissance des peuples autochtones.

Guanacos en Terre de Feu argentine, avec la cordillère en arrière plan

La Grande Île de Terre de Feu occupe l’extrémité australe de l’Amérique du Sud et est séparée du continent par le détroit de Magellan, qui en marque la limite nord. À l’est, elle s’ouvre sur l’océan Atlantique, tandis qu’au sud le canal Beagle constitue un couloir maritime majeur entre les archipels subantarctiques, prolongeant l’île vers les eaux du cap Horn.

Une île divisée entre deux pays

Le territoire est politiquement partagé entre l’Argentine, à l’est, et le Chili, à l’ouest et au sud de l’archipel, dans le cadre fixé par le traité de limites de 1881 et les instruments diplomatiques postérieurs.

  • Côté chilien, la partie insulaire de Terre de Feu relève de la Région de Magallanes y de la Antártica Chilena, avec une structuration en communes et provinces qui ancre l’île dans un ensemble plus vaste incluant le détroit de Magellan, les canaux patagoniens et la péninsule de Brunswick. Les communes chiliennes de la province de Terre de Feu (Chili) sont Porvenir, Primavera et Timaukel.  Porvenir est la capitale provinciale, située dans le détroit de Magellan, et la plus peuplée des trois communes. Primavera et Timaukel sont des communes plus petites, situées dans la partie sud-ouest de l'île, avec respectivement environ 1 629 et 423 habitants.  La province de Terre de Feu chilienne couvre la partie occidentale de la Grande Île de la Terre de Feu, soit environ 61,4 % de son aire totale.
  • Côté argentin, la portion insulaire de la province de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur comprend la section orientale de l’île et l’Île des Etats (Isla de los Estados), avec une capitale provinciale établie à Ushuaia sur la rive nord du canal Beagle (Onashaga). Le gouvernement de la province décrit un territoire dont les limites internes englobent, outre la portion de la Grande Île, les revendications sur un secteur de l’Antarctique et un ensemble d’îles de l’Atlantique Sud, même si la souveraineté effective sur ces dernières reste disputée au plan international. Ushuaia, deuxième plus grande ville de la province argentine après Rio Grande, est présentée par les autorités argentines comme la capitale provinciale et comme une ville littorale tournée vers le canal Beagle, située à environ 3 079 km de Buenos Aires et à près de 1 000 km de la péninsule Antarctique, ce qui en fait un pivot des relations entre le continent sud-américain et l’Antarctique.

L’accès routier au secteur argentin de l’île impose de franchir le détroit de Magellan en territoire chilien et de passer deux frontières terrestres, un point de friction récurrent entre les deux pays.

Une grande diversité de paysages

Les sources historiques et écologiques argentines et chiliennes décrivent une île structurée en grandes unités paysagères nord-sud : steppes et plaines dans la moitié nord, mosaïque de lacs et tourbières en zone de transition centrale, forêts subantarctiques vers le sud et l’ouest, relief andin englacé en bordure méridionale, complétés par des côtes profondément entaillées de fjords et de baies. Ces ensembles s’emboîtent et se chevauchent, créant un gradient écologique particulièrement net sur une distance relativement courte, depuis une steppe semi-aride jusqu’à des forêts où les arbres atteignent la mer.

Tableau synthétique des paysages

Ensemble paysagerLocalisation dominanteCaractéristiques clés
Steppe fuégienne et plaines du nordPortion nord et centre-nord de la Grande ÎleGrandes plaines et collines douces, végétation de coirón et graminoïdes en touffes.​
Zone de transition lacustre et tourbeuseCentre de l’île, autour de grands lacs et du piémont andin, Péninsule MitrePrésence de lacs et de lagunes, vastes tourbières, mosaïque de bosquets, interface entre la steppe et les forêts denses.
Forêts subantarctiquesSud et sud-ouest, côtes du canal Beagle et du Seno AlmirantazgoForêts de lenga, ñire, coihue de Magellan et canelo, tourbières boisées, faune forestière et côtière abondante.
Montagnes andines australesBordure sud-ouest et sud, prolongement andinReliefs élevés, conditions froides et ventées, étagement de végétation andine, glaciers et neiges persistantes.
Littoral, fjords et canauxCôtes atlantiques, canal Beagle, Seno Almirantazgo, canaux du sudBaies profondes, fjords, côtes rocheuses et plages abritant de grandes colonies d’oiseaux et de mammifères marins.

La steppe et les plaines du nord

La portion nord et centrale de la Grande Île présente, selon les études historiques chiliennes, de vastes plaines et des reliefs faiblement ondulés, couverts de différentes espèces de coirón et de graminées poussant en touffes, accompagnés de petits arbustes. Cet environnement de steppe froide a constitué le territoire principal des Selk’nam, peuple de chasseurs-cueilleurs qui s’y déplaçait en suivant les déplacements du gibier, notamment le guanaco.

Les descriptions de Memoria Chilena soulignent que ces plaines du nord offraient un couvert végétal assez ouvert pour permettre l’usage de boleadoras et d’autres armes de chasse, tout en imposant aux populations de se protéger contre des conditions climatiques rigoureuses. Les Selk’nam utilisaient ainsi des capes de peaux de guanaco, de renard ou d’autres mammifères, complétées par des peintures corporelles qui jouaient à la fois un rôle symbolique et une fonction de protection contre le froid et l’humidité.

Sur le plan écologique, ce paysage steppique se retrouve encore aujourd’hui dans de larges portions de la Tierra del Fuego chilienne, notamment au nord du Seno Almirantazgo et autour des zones de pâturage ovin historiques, même si les pratiques pastorales et l’introduction d’espèces exotiques ont profondément modifié la composition de la végétation et les dynamiques de faune. Le long des côtes nord de la Grande Île, l’interface entre steppe et rivage donne naissance à des paysages très ouverts où les estancias ovines se sont installées dès la fin du XIXe siècle, au cœur des conflits fonciers avec les peuples autochtones et liés à la colonisation de la région par les Etats chilien et argentin.

La zone de transition lacustre et tourbeuse

Entre la steppe du nord et les forêts denses du sud s’étend une zone de transition caractérisée par des lacs glaciaires, des lagunes, des systèmes de tourbières et une mosaïque de peuplements forestiers et de matorrals. Du côté argentin, les documents de gestion du Parque Nacional Tierra del Fuego et les publications provinciales sur les écorégions décrivent un paysage de vallées occupées par de grands lacs et par des tourbières étendues, qui jouent un rôle clé dans la régulation hydrologique et dans le stockage du carbone.

Les tourbières de mousses (tourbes de sphaignes) sont fréquemment bordées de peuplements de ñire, un hêtre (Nothofagus) qui tolère les conditions de sols saturés et le gel fréquent, formant une ceinture de transition entre les milieux ouverts et les forêts fermées. Dans le Parque Karukinka, au sud de la portion chilienne de Terre de Feu, les descriptions écologiques soulignent la présence de tourbières (turberas) – marais de tourbe (humedales de turba) – capables de séquestrer d’importantes quantités de carbone tout en régulant les flux d’eau.

Les autorités environnementales de la province de Tierra del Fuego insistent sur l’importance des services écosystémiques rendus par ces milieux : alimentation en eau, épuration, stockage de carbone, soutien à la biodiversité et valeur paysagère et culturelle. Ces tourbières ont été historiquement exploitées pour la tourbe combustible, mais sont désormais de plus en plus intégrées à des systèmes d’aires protégées et à des démarches de planification territoriale visant à limiter leur dégradation (ex: statut de protection de la péninsule Mitre).

Les forêts subantarctiques

Composition floristique

Les forêts subantarctiques de la Grande Île appartiennent à l’écorégion des « Bosques Patagónicos », telle que la définit l’Administration des Parcs Nationaux argentins pour le Parque Nacional Tierra del Fuego. La composante dominante est la lenga (Nothofagus pumilio, hêtre), un feuillu caduc qui colore le paysage de rouges intenses en automne et forme des peuplements denses sur les versants bien drainés et les pentes des vallées.

Dans les secteurs plus humides, les fiches techniques du parc mentionnent l’association de la lenga avec le guindo ou coihue de Magallanes (Nothofagus betuloides), au feuillage persistant, et avec le canelo (Drimys winteri), arbre aromatique présent dans les forêts les plus pluvieuses et dans certains fonds de vallées abrités. À la marge inférieure des tourbières, ces forêts se dégradent en bosquets de ñire (Nothofagus antarctica), espèce plus tolérante aux sols gorgés d’eau et aux vents violents.

En territoire chilien, les descriptions du Parque Karukinka – appuyées par la municipalité de Timaukel – confirment la présence de vastes forêts primaires de lenga et de formations mixtes lenga–coihue de Magallanes. Ces boisements couvrent une grande partie du sud de l’île, constituant à cette latitude un des derniers ensembles continus de forêts tempérées de l’hémisphère sud.

Faune associée

La faune des forêts fuégiennes compte des mammifères emblématiques tels que le guanaco (Lama guanicoe), le huillín (Lontra provocax, une loutre menacée) et le renard rouge fuégien, cités comme habitants réguliers du Parque Nacional de Tierra del Fuego. Ces espèces dépendent de la mosaïque de forêts, de tourbières et de milieux rivulaires, ce qui rend leur conservation étroitement liée au maintien de la continuité des habitats.

L’avifaune forestière, décrite par l’Administration des Parcs Nationaux, comprend des espèces caractéristiques des forêts australes comme la cachaña (perruche autrale), le carpintero gigante (pic rouge de Magellan), le rayadito et le zorzal patagónico. Sur les rivages, lagunes et bras de mer associés aux forêts, on observe régulièrement la caranca ou cauquén (Chloephaga hybrida), choisie comme emblème du parc, ainsi que des albatros à sourcils noirs, le quetru (Brassemer de Magellan), divers ostréiculteurs dont le huitrier-pie austral, des mouettes et des cormorans.

Dans le Parque Karukinka et les secteurs voisins de la province chilienne de Terre de Feu, les inventaires – relayés par les autorités locales – mentionnent également des populations en bonne santé de guanacos, de renards culpeos et de huillín, mais aussi de grands rapaces comme le condor des Andes et diverses espèces d’oiseaux aquatiques dont le cygne à cou noir et le carpintero magallánico (pic rouge de Magellan).

Le climat des forêts fuégiennes est tempéré à froid et humide, caractérisé par des chutes de neige abondantes, des pluies fréquentes, des gelées presque toute l’année et des vents violents. Ces conditions climatiques soutiennent une productivité forestière relativement élevée, mais imposent aussi des contraintes sévères aux activités humaines et à la régénération des peuplements lorsque ceux-ci ont été perturbés.

Montagnes andines et étagement altitudinal

Le sud-ouest de la Grande Île accueille le prolongement de la cordillère des Andes australes, avec des chaînes montagneuses qui dominent le canal Beagle et les bras de mer adjacents. Cette zone se caractérise surtout par des reliefs marqués, des vallées glaciaires profondes, des lacs d’origine glaciaire et des neiges persistantes en altitude parfois accompagnées de glaciers.

Dans le Parque Karukinka, la partie dite « andine » est décrite comme un écosystème dominé par une végétation herbacée ou arbustive adaptée aux températures basses et au vent, où le condor trouve des conditions favorables pour le vol et la nidification. Cet étage andin surmonte les forêts de lenga et de coihue de Magellan, reflétant un gradient altitudinal typique des Andes australes, où la couverture forestière cède progressivement la place aux pelouses et rocailles de haute altitude.

L’Administration des Parcs Nationaux souligne que le Parc national Tierra del Fuego protège un secteur représentatif de ce relief, incluant des vallées, des lacs et des crêtes d’origine glaciaire, ce qui en fait une fenêtre privilégiée sur les processus géomorphologiques qui ont sculpté l’extrémité australe du continent sud-américain. Le relief montagneux contribue également à la formation de microclimats et à la distribution différenciée des précipitations, avec des versants sous le vent plus secs et des versants au vent beaucoup plus humides, même si ces gradients fins ne sont qu’esquissés dans la documentation officielle grand public.

Littoral, fjords et canaux

Les côtes de la Grande Île sont profondément entaillées, en particulier dans la partie sud et sud-ouest, où les fjords et les canaux forment un réseau complexe entre les îles principales et les archipels secondaires. Sur la rive argentine du canal Beagle, le Parc national Tierra del Fuego protège un tronçon de côte où les forêts patagoniques atteignent littéralement la mer, une singularité géographique à l’échelle du pays. La Bahía Lapataia, unique fjord argentin donnant sur le canal Beagle, et l’Ensenada Zaratiegui sont mentionnées comme des sites emblématiques de ce contact direct entre forêt, montagne et mer.

Du côté chilien, la côte nord du Seno Almirantazgo et les rivages de Karukinka accueillent des colonies d’oiseaux et de mammifères marins, qui trouvent refuge dans des baies abritées, des falaises et des plages de galets. Les documents de WCS Chile et de la municipalité de Timaukel soulignent que cette portion de littoral constitue un refuge pour des communautés entières d’oiseaux de mer et de mammifères, contribuant au rôle de la région comme corridor écologique entre l’Atlantique, le Pacifique et les eaux antarctiques.

Les sources chiliennes sur le peuple Yagán rappellent que ces côtes et canaux formaient autrefois un espace de vie intensément parcouru par des populations canotières, dont l’occupation s’étendait entre le canal Beagle, la Grande Île, l’île Navarino, l’île Hoste et l’archipel du cap Horn. Cette dimension maritime reste aujourd’hui déterminante pour la navigation commerciale et scientifique, ainsi que pour la pêche et l’aquaculture, même si ces dernières ne sont pas détaillées dans les documents institutionnels mobilisés ici.

Climat régional et processus géologiques

Les sources institutionnelles argentines et chiliennes caractérisent la Grande Île comme un territoire de climats tempérés froids et humides au sud, plus continentaux et semi-arides vers le nord. Les documents éducatifs sur les écorégions de Terre de Feu évoquent pour les « bosques fueguinos » un climat marqué par des pluies et des chutes de neige abondantes, des gelées fréquentes et des vents persistants, ce qui est cohérent avec le cadre subantarctique général.

Sur le plan géologique et géomorphologique, la présence de larges vallées glaciaires, de lacs en auge, de fjords et de vastes tourbières témoigne d’un modelé dominé par les glaciations quaternaires et par l’ajustement isostatique et sédimentaire postérieur. Les tourbières, en particulier, sont présentées par les gestionnaires de Karukinka comme des humedales de turba (marais de tourbières) jouant un rôle essentiel dans la séquestration du carbone et la régulation des cycles hydrologiques, ce qui suppose des conditions de saturation en eau et de basse température favorables à l’accumulation lente de matière organique.

Les autorités provinciales argentines insistent sur la nécessité de conserver ces milieux afin de préserver leur capacité à stocker du carbone, à purifier l’eau et à amortir les extrêmes hydrologiques, en particulier dans un contexte de changement climatique global.

Quelques informations sur le peuplement de la Terre de Feu

Peuples autochtones et démographie avant la colonisation

Diversité des peuples australs

L'Argentine et le Chili s’accordent pour souligner la profondeur de l’occupation humaine de la région et la diversité des peuples autochtones qui y vivaient bien avant la colonisation. Le gouvernement de la province de Tierra del Fuego (AR) rappelle que, il y a environ 10 000 ans, le territoire aujourd’hui provincial était déjà habité par plusieurs peuples : les Selk’nam ou Shelknam, les Yámanas ou Yaganes, les Kawésqar et les Haush, chacun ayant développé des langues, des coutumes et des modes de vie adaptés à un environnement particulièrement exigeant.

Les synthèses de la Biblioteca Nacional de Chile sur les « pueblos australes » précisent qu’entre l’île de Chiloé et le cap Horn se répartissaient différents groupes aux cultures rituelles riches, dont les Selk’nam sur les plaines de Terre de Feu, peuple de chasseurs-recueilleurs terrestres, et les Yámana ou Yagán, peuple canotier spécialisé dans la pêche et la chasse marine. Les travaux soutenus par le CONICET en Argentine, notamment au travers du Centro Austral de Investigaciones Científicas (CADIC), évoquent eux aussi cette mosaïque de peuples – Yaganes ou Yámanas, Selk’nam ou Onas, Kawésqar ou Alakaluf – présents dans l’archipel au moment du contact avec les colons.

Les sources chiliennes consacrées spécifiquement au peuple Yagán décrivent un territoire d’occupation couvrant les canaux et les côtes sud-occidentales de Terre de Feu, entre le canal Beagle et le cap Horn, incluant l’île Hoste, la côte sud de la Grande Île et les archipels orientés vers l’Atlantique. Ces populations passaient une grande partie de leur existence en mer, la canoë en écorce constituant à la fois moyen de déplacement, espace domestique et symbole d’adaptation à un environnement de canaux froids et instables.

Organisation sociale et territoires Selk’nam et Haush

Les études synthétisées par Memoria Chilena montrent que les Selk’nam étaient organisés en familles étendues, pouvant regrouper trois ou quatre générations, structurées selon une filiation patrilinéaire et résidant dans des territoires appelés haruwenh, dont les limites étaient généralement respectées par les groupes voisins. La notion de haruwenh traduit un rapport au territoire à la fois matériel – lié aux ressources en gibier et en végétation – et symbolique, structuré par des récits mythiques et des rituels comme le célèbre Hain.

Les descriptions chiliennes distinguent deux grands ensembles selk’nam : les groupes des plaines du nord, chasseurs de cururos et de guanacos, et ceux de la zone montagneuse du sud de l’île, dont le mode de vie répondait davantage aux contraintes forestières et montagnardes. Dans l’extrême sud-est de Terre de Feu, en péninsule Mitre, un autre peuple, les Haush, partageait de nombreuses similitudes culturelles avec les Selk’nam, tout en entretenant ses propres spécificités territoriales et rituelles.

Profondeur archéologique

Les recherches archéologiques soutenues par le CONICET indiquent que le peuplement de la côte sud de l’archipel a commencé il y a environ huit mille ans, comme l’attestent les outils lithiques, les foyers et les restes alimentaires mis au jour sur divers sites. Les grands amas coquilliers (concheros ou conchales), qui apparaissent environ un millénaire plus tard, montrent l’intensification de l’exploitation des ressources marines et la mise en place de modes de vie littoraux durables, surtout chez les populations canotières comme les Yagans.

Ces données archéologiques complètent les témoignages oraux et les documents missionnaires, même si la colonisation a largement détruit la mémoire orale des peuples autochtones et n’a laissé que peu de traces directes de leur propre regard sur le monde. Dans ce contexte, les communautés autochtones, les musées régionaux et les institutions de mémoire – en Argentine comme au Chili – jouent aujourd’hui un rôle crucial pour recomposer, à partir de restes matériels, de photographies et d’archives, une histoire longue que les violences coloniales ont tenté d’effacer.

Colonisation, missions et génocide

Expansion pastorale et violences

Les récits historiques de Memoria Chilena et du Museo Regional de Magallanes convergent pour décrire l’installation des grandes estancias ovines sur les plaines de Terre de Feu à la fin du XIXe siècle comme un moment de bascule dramatique pour les peuples autochtones, en particulier pour les Selk’nam. La mise en place d'élevages ovins de grande taille au nord de l’île a été accompagnée de conflits violents, puis d’une véritable politique d’extermination soutenue par certaines compagnies et estancias, qui rémunéraient les chasseurs d’« Indiens » pour chaque Selk’nam tué.

Des documents historiques cités par Memoria Chilena indiquent que de grandes compagnies ovines payaient une livre sterling par Selk’nam abattu, les chasseurs devant présenter des mains ou des oreilles comme preuve pour percevoir cette prime. Les plaines du nord ont été les premières touchées, provoquant un déplacement massif des survivants vers le sud de l’île pour tenter d’échapper aux massacres, ce qui a intensifié les tensions entre groupes et saturé les territoires encore disponibles.

Les archives présentées par le Museo Regional de Magallanes détaillent la logique d’« etnocidio » : les hommes adultes étaient souvent tués sur place, car perçus comme les porteurs de la résistance, tandis que les femmes et les enfants étaient capturés, soumis à des violences, à des viols systématiques et à des formes de servitude domestique. Des correspondances de propriétaires d’estancias témoignent de la circulation d’enfants selk’nam en tant que domestiques, dans un contexte où la population coloniale masculine était nettement majoritaire et où les femmes autochtones étaient particulièrement vulnérables.

Missions et déportations

Face aux massacres, des voix missionnaires – notamment salésiennes – ont dénoncé la situation, sans toutefois parvenir à inverser la dynamique de destruction. À la fin du XIXe siècle, le gouvernement chilien a cédé l’île Dawson, dans le détroit de Magellan, à des missionnaires pour y établir une mission destinée à « regrouper » les survivants selk’nam, dotée de ressources économiques importantes. Les Selk’nam qui avaient survécu aux tueries ont été de facto déportés vers cette île, où la mission San Rafael a cessé de fonctionner après environ deux décennies, les maladies, la désorganisation sociale et les violences ayant réduit à très peu la population originelle.

Le gouvernement de Terre de Feu, dans sa page historique, reconnaît que l’expansion de l’élevage au tournant des XIXe et XXe siècles a apporté « une des pages les plus douloureuses de l’histoire fuégienne », marquée par la persécution et le massacre systématique des peuples autochtones. Malgré les dénonciations, peu d’actions effectives ont été entreprises pour protéger ces populations, et les processus de colonisation et de privatisation foncière ont continué à avancer, consolidant le contrôle étatique et privé sur les terres de l’île.

Mémoire et reconnaissance récente

Les institutions chiliennes de mémoire publique, comme Memoria Chilena et les musées régionaux, ainsi que les organes de l’État dédiés aux peuples autochtones, contribuent aujourd’hui à la reconnaissance de ce passé d’ethnocide. La Corporación Nacional de Desarrollo Indígena (CONADI) a soutenu, en lien avec le ministère de Développement social, un projet de loi reconnaissant formellement le peuple Selk’nam comme peuple autochtone vivant, ce qui marque un tournant symbolique après des décennies pendant lesquelles il avait été présenté comme « éteint ».

En Argentine, les travaux archéologiques du CADIC et les actions de diffusion menées par des institutions scientifiques et culturelles visent à reconstruire l’histoire des Yagans, des Selk’nam, des Kawésqar et d’autres groupes à partir des objets, des sites et des archives, ce qui nourrit un mouvement plus large de revalorisation de la mémoire autochtone à l’échelle provinciale et nationale. Ces initiatives n’effacent pas les violences passées, mais elles permettent d’inscrire la question des peuples autochtones au cœur des débats contemporains sur la justice territoriale, la conservation et la souveraineté dans la région fuégienne.

Démographie contemporaine

La démographie récente

Côté argentin, les résultats du Censo Nacional de Población, Hogares y Viviendas 2022, diffusés par l’INDEC et relayés par l’Institut Provincial de Análisis, Investigación y Estadística (IPIEC), confirment une croissance rapide de la population provinciale sur le dernier demi-siècle, dans un contexte d’urbanisation concentrée autour de quelques centres urbains sur la Grande Île. Les documents provinciaux et nationaux rappellent que cette croissance doit être lue dans le cadre d’un territoire très vaste, incluant des terres insulaires, des revendications antarctiques et des îles de l’Atlantique Sud, ce qui se traduit par des densités moyennes encore très faibles malgré l’essor des villes. La majeure partie de la population se concentre aujourd’hui dans quelques localités de la Grande Île – aux premiers rangs desquelles Rio Grande et Ushuaia – tandis que de grandes portions du centre et du nord de l’île restent très peu peuplées.

Côté chilien, les résultats des recensements de population et de logement publiés par l’Instituto Nacional de Estadísticas (INE) indiquent que la Région de Magallanes y de la Antártica Chilena reste l’une des moins peuplées du pays, même si sa population continue de croître lentement. Les rapports communaux publiés par la Biblioteca del Congreso Nacional montrent que la province de Tierra del Fuego – et en particulier les communes de Porvenir, Primavera et Timaukel – ne représentent qu’une fraction modeste de la population régionale, celle-ci étant rurale et très dispersée.

Structure urbaine et rurale

Les documents institutionnels argentins mettent en avant un contraste net entre les centres urbains et les zones rurales, ces dernières incluant les estancias, les installations pétrolières et les petits villages liés à l’exploitation des ressources naturelles. Ushuaia apparait comme un pôle administratif, logistique et touristique majeur, tandis que d’autres localités insulaires comme Rio Grande jouent un rôle surtout dans l’industrie.

En territoire chilien, la documentation communale et régionale souligne que la population de Tierra del Fuego est distribuée entre une petite ville principale, Porvenir, et quelques communes faiblement peuplées, dans un cadre marqué par le poids des estancias et, plus récemment, des aires protégées rurales comme Karukinka.

Démographie autochtone actuelle

Les processus de recensement et les politiques de reconnaissance officielle ont conduit, tant en Argentine qu’au Chili, à une visibilité accrue des personnes s’identifiant comme appartenant aux peuples autochtones de l’archipel fuégien. Au Chili, les consultations préalables menées par le Conseil de la Culture et les Arts de Magallanes auprès des peuples Kawésqar, Yagán et Mapuche Huilliche témoignent de l’existence de communautés actives dans la région, y compris à Porvenir et dans d’autres localités de Terre de Feu, impliquées dans la co-construction de politiques culturelles.

Les plateformes institutionnelles dédiées aux personnes âgées autochtones rappellent que le peuple Yagán subsiste aujourd’hui majoritairement dans la localité de Villa Ukika, à Puerto Williams, sur l’île Navarino, mais que son territoire historique s’étendait à l’ensemble des canaux et côtes sud de la Grande Île et du cap Horn. En Argentine, les travaux du CONICET sur les Yagans, les Haush et les Selk’nam s’inscrivent dans un contexte de revalorisation des identités originaires et de revendications territoriales et symboliques, même si les populations actuelles représentent une fraction de ce qu’elles étaient avant les massacres de la fin du XIXe siècle.

Aires protégées et politiques de conservation

Parc national Tierra del Fuego (Argentine)

Créé en 1960 par la loi nationale 15.554, le Parc national Tierra del Fuego est présenté par l’Administration des Parcs Nationaux comme la principale aire protégée insulaire de la province, avec une superficie de 68 909 hectares dans l’écorégion des Bosques Patagónicos. Ses objectifs spécifiques incluent la protection d’un secteur de forêts fueguines à prédominance de lenga et de ñire, ainsi que la sauvegarde de sites archéologiques témoignant de l’occupation humaine ancienne sur la rive nord du canal Beagle.

La communication du parc met en avant un « paysage impactant » composé de lacs, de vallées, de vastes tourbières et d’un tronçon de côte où les forêts arrivent jusqu’à la mer, ce qui en fait un site unique en Argentine. Les objectifs de gestion incluent la préservation des espèces et de la diversité génétique, la protection de caractéristiques naturelles spécifiques et la conservation de paysages représentatifs, ce qui se traduit par un zonage interne et par un plan de gestion actualisé pour la période 2021–2030.

Le plan de gestion, élaboré de manière participative avec les services de l’Administration des Parcs Nationaux et la communauté d’Ushuaia, insiste également sur la nécessité de concilier conservation et usages récréatifs, éducatifs et scientifiques, dans un contexte de fréquentation croissante par les habitants et par les visiteurs nationaux et internationaux. L’articulation avec le système provincial d’aires protégées permet de penser la Grande Île comme un ensemble de noyaux de conservation interconnectés, plutôt que comme une somme de sites isolés.

Système provincial d’aires naturelles protégées (Tierra del Fuego, Argentine)

La Constitution de la Province de Tierra del Fuego reconnaît expressément les valeurs et les services écosystémiques de son vaste territoire et confie à l’État la responsabilité de les conserver au bénéfice des générations présentes et futures. Dans ce cadre, le Sistema Provincial de Áreas Naturales Protegidas est présenté par les autorités comme un instrument central pour garantir la conservation du patrimoine naturel et culturel, en définissant des catégories de protection et des objectifs spécifiques pour chaque réserve.

Les documents provinciaux expliquent que les aires naturelles protégées contribuent à protéger des services tels que l’alimentation en eau potable, la régulation du climat, le stockage du carbone, la protection des paysages et la mise à disposition d’espaces pour la récréation, l’éducation et le développement culturel. Ils soulignent aussi la menace que représentent les espèces exotiques envahissantes pour les ressources et espèces autochtones, ce qui est particulièrement pertinent pour la Grande Île où des espèces introduites comme le castor ont profondément transformé les milieux aquatiques et forestiers, même si ce dernier point est davantage développé par des institutions spécialisées que par les textes généraux mobilisés ici.

En décembre 2022, la Législature de Tierra del Fuego a adopté la Loi provinciale n° 1461, qui crée l’« Área Natural Protegida Península Mitre » (ANPPM) et l’inscrit formellement dans le Système Provincial d’Aires Naturelles Protégées établi par la Loi n° 272. Cette loi définit l’aire comme englobant la portion terrestre de l’extrémité orientale de l’île Grande de Terre de Feu, la frange marine adjacente ainsi que les zones marines entourant l’Isla de los Estados, Isla de Año Nuevo et les îlots associés, incluant tous les plans d’eau intérieurs. L’ANPPM complète ainsi le Parc national Tierra del Fuego et le système d’aires provinciales déjà existants, en assurant une continuité spatiale de protection depuis la cordillère de Darwin jusqu’à l’extrémité atlantique de l’archipel.

Parque Karukinka (Chili)

Du côté chilien, le Parque natural Karukinka, situé dans le secteur sud de la Grande Île, est décrit par WCS Chile et par la municipalité de Timaukel comme un parc naturel privé d’importance mondiale pour la conservation. Il contient de grandes étendues de forêts primaires de lenga et de forêts mixtes lenga–coihue de Magallanes, des tourbières, des steppes patagoniques, des matorrals, des zones côtières, ainsi qu’un étage andin, rassemblant ainsi une grande partie des écosystèmes représentatifs de la biodiversité australe.

Karukinka abrite de nombreuses espèces natives de plantes et d’animaux de l’écorégion subantarctique, dont le guanaco, le renard culpeo, le huillín, divers rongeurs comme le tuco-tuco, ainsi que des oiseaux tels que le cygne à cou noir, le carpintero magallánico, le pato quetru et plusieurs rapaces. Le parc est ouvert de manière saisonnière au public, dans une logique de fréquentation contrôlée visant à minimiser les impacts sur les écosystèmes, notamment à travers une gestion rigoureuse des déchets et l’interdiction de faire du feu en dehors des lieux autorisés.

Historiquement, le toponyme Karukinka renvoie à la désignation que les Selk’nam donnaient à leur terre, et les gestionnaires du parc soulignent que la conservation de ces paysages constitue une forme d’hommage aux peuples autochtones et de transmission pour les générations futures. Le parc bénéficie en outre d’une protection de son sous-sol en tant que « lieu d’intérêt scientifique pour effets miniers », ce qui limite les activités extractives et renforce sa vocation de laboratoire vivant pour la recherche.

Géopolitique historique et actuelle

Le traité de limites de 1881

Le traité de limites de 1881 entre l’Argentine et le Chili constitue l’acte fondateur de la délimitation binationale à l’extrémité sud de l’Amérique du Sud, y compris pour la Grande Île de Terre de Feu. Les textes officiels conservés par le ministère argentin des Relations extérieures et par la Dirección Nacional de Fronteras y Límites de Chile soulignent que ce traité attribue à l’Argentine l’Isla de los Estados, les îlots qui lui sont immédiatement adjacents et les autres îles situées sur l’Atlantique à l’est de la Terre de Feu et des côtes orientales de la Patagonie.

Le même article du traité stipule que « percerán a Chile todas las islas al Sur del Canal “Beagle” hasta el Cabo de Hornos y las que haya al Occidente de la Tierra del Fuego », ce qui signifie que toutes les îles au sud du canal Beagle jusqu’au cap Horn, ainsi que celles situées à l’ouest de la Terre de Feu, reviennent au Chili. Le texte ne précise toutefois pas de manière suffisamment claire pour l’époque la localisation exacte de l’axe du canal Beagle, ouvrant la voie à des divergences d’interprétation sur la souveraineté de certains groupes d’îles situés à son embouchure orientale.

Ce traité a été complété par d’autres instruments au cours du XXe siècle, mais il demeure la référence première pour la répartition des souverainetés sur la Grande Île elle‑même, instituant de fait un partage est–ouest de l’île principale entre les deux pays. Les cartes officielles et les actes de provincialisation et de régionalisation ultérieurs s’inscrivent dans ce cadre, tout en ajustant au fil du temps la gouvernance interne des espaces insulaires et maritimes.

Le conflit du Beagle et la médiation pontificale

Au XXe siècle, la délimitation précise des frontières dans la zone du canal Beagle a suscité plusieurs différends, dont le plus connu est le « conflit du Beagle », centré sur la souveraineté des îles Picton, Nueva et Lennox et sur les espaces maritimes qui y sont associés. Selon la synthèse de la Dirección Nacional de Fronteras y Límites, le canal Beagle est un détroit reliant les océans Pacifique et Atlantique, situé au sud du parallèle 55°, entre les méridiens 71° et 66° ouest, et s’étendant sur environ 240 km le long de la côte sud de la Grande Île.

Dans le cadre du différend, un laudo arbitral confié à la Couronne britannique a statué en faveur du Chili quant à la souveraineté sur ces îles, mais l’Argentine a déclaré unilatéralement la nullité du jugement, ce qui a fortement accru les tensions diplomatiques entre les deux pays. Cette escalade a conduit à une situation de quasi confrontation armée à la fin des années 1970, avant que les parties ne recourent à une médiation du pape Jean‑Paul II, qui a abouti à la signature du traité de paix et d’amitié de 1984.

La documentation institutionnelle chilienne souligne que ce traité a fixé définitivement la frontière maritime depuis le canal Beagle jusqu’au passage de Drake, au sud du cap Horn, en confirmant la souveraineté chilienne sur les îles en litige et en organisant un régime partagé de navigation et de coopération dans la zone australe. Ce règlement a consolidé la situation géopolitique de la Grande Île en tant que pièce d’un puzzle plus vaste de frontières maritimes et de zones économiques, tout en réduisant les risques de conflit armé dans un espace crucial pour les routes maritimes et les ressources halieutiques.

Gouvernance territoriale actuelle

Aujourd’hui, la portion argentine de la Grande Île est intégrée à la Province de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur, province la plus jeune du pays, dont l’histoire institutionnelle a été marquée par la consolidation progressive de la souveraineté argentine sur les terres australes, y compris par le biais des missions, des bases navales et des politiques de promotion industrielle. Le gouvernement provincial insiste sur la dimension stratégique de ce territoire, situé à la fois comme « coin le plus austral de l’Argentine » et comme porte d’entrée vers l’Antarctique, ce qui se reflète dans le développement de la logistique antarctique, du tourisme de croisière et de la recherche scientifique.

Côté chilien, la Grande Île est incluse dans la Región de Magallanes y de la Antártica Chilena, région dotée d’un statut particulier en raison de son éloignement, de ses conditions climatiques extrêmes et de son rôle dans la projection antarctique du pays. La province de Tierra del Fuego et ses communes (dont Porvenir, Primavera et Timaukel) s’inscrivent dans une trame institutionnelle où se combinent la gestion des estancias, l’exploitation des ressources naturelles, la présence de bases militaires, la protection d’aires naturelles et le soutien aux communautés originaires.

Les organes nationaux compétents – ministères des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Environnement et des Cultures – interviennent conjointement dans cet espace, en particulier lorsque les enjeux touchent à la délimitation maritime, aux aires marines protégées, à la reconnaissance des peuples autochtones et à la coopération bilatérale dans les canaux et passages du sud. Ces cadres géopolitiques structurent de manière décisive l’avenir de la Grande Île, en encadrant les usages possibles de ses terres et de ses mers.

Enjeux contemporains et perspectives

Reconnaissance des peuples autochtones

Au Chili comme en Argentine, la reconnaissance juridique et politique des peuples originaires de Terre de Feu constitue un enjeu central. Au Chili, la CONADI et le ministère de Développement social ont porté un projet de loi reconnaissant officiellement le peuple Selk’nam, qui avait longtemps été considéré comme disparu, ce qui ouvre des perspectives en termes de droits culturels, de participation et de mesures de réparation symbolique.

Les processus de Consulta Previa organisés par le Conseil régional de la Culture et des Arts de Magallanes avec les peuples Yagán, Kawésqar et Mapuche Huilliche témoignent également d’une volonté de construire des politiques culturelles et patrimoniales en dialogue avec les communautés concernées. En Argentine, les institutions provinciales et nationales insistent sur l’importance de reconnaître la part des Selk’nam, Yámanas, Kawésqar et Haush dans l’identité fueguine actuelle, y compris à travers des programmes éducatifs, muséographiques et scientifiques.

Conservation, climat et ressources

Les aires protégées – Parc national Tierra del Fuego, système provincial d’aires naturelles et Parque Karukinka, entre autres – sont au cœur des stratégies de conservation des écosystèmes subantarctiques de la Grande Île, dans un contexte de changement climatique qui accentue les pressions sur les forêts, les tourbières et les milieux littoraux. Les tourbières, en tant que puits de carbone et régulateurs hydrologiques, sont particulièrement mises en avant comme éléments à protéger, les autorités provinciales soulignant que leur dégradation pourrait libérer de grandes quantités de carbone et fragiliser l’approvisionnement en eau.

Dans le même temps, la région reste liée à des activités extractives et énergétiques – en particulier à l’exploitation des ressources fossiles – et à des formes d’élevage extensif, qui posent la question de la compatibilité entre développement économique, justice environnementale et droits des peuples originaires. Les textes institutionnels insistent sur la nécessité de planifier l’occupation du territoire, de réglementer les usages et de renforcer la surveillance des espèces exotiques envahissantes, sans toutefois toujours détailler les instruments concrets mis en œuvre.

Coopération binationale et dimension antarctique

La position de la Grande Île, à la charnière entre Atlantique, Pacifique et océan Austral, en fait un espace privilégié pour la coopération scientifique, logistique et environnementale entre l’Argentine et le Chili. Les deux pays y développent des capacités pour la desserte de l’Antarctique, abritent des bases, des ports et des infrastructures de recherche qui s’appuient sur la proximité de la péninsule antarctique et sur la présence de canaux relativement abrités pour la navigation.

Dans ce contexte, la pacification durable du différend du Beagle et la clarification des frontières maritimes ont constitué un préalable indispensable à toute coopération de long terme, en réduisant les incertitudes géopolitiques et en permettant d’envisager des politiques communes de sécurité maritime, de protection de l’environnement marin et de gestion des risques liés au trafic croissant dans les passages du sud. La Grande Île de Terre de Feu apparaît ainsi, dans les discours institutionnels contemporains, à la fois comme un territoire de mémoire – marqué par les traces des peuples originaires et par les violences coloniales – et comme un laboratoire pour penser de nouvelles formes de cohabitation entre nature, culture et souveraineté au bout du monde.

Bibliographie institutionnelle (sélection)

  • Administración de Parques Nacionales (Argentina), « Ficha del área protegida: Parque Nacional Tierra del Fuego », Ministerio del Interior, 2024.
  • ​Administración de Parques Nacionales, « Plan de Gestión del Parque Nacional Tierra del Fuego 2021–2030 », Sistema de Información de Biodiversidad.
  • Administración de Parques Nacionales – Sistema de Información de Biodiversidad (SIB), « Parque Nacional Tierra del Fuego », Buenos Aires, s.d.
  • Biblioteca del Congreso Nacional de Chile (BCN), « Reporte Comunal – Provincia de Tierra del Fuego (Magallanes) », Santiago, 2025.
  • CONICET – Centro Austral de Investigaciones Científicas (CADIC), « Una investigación reconstruye la historia de los pueblos originarios de Tierra del Fuego », DICYT, s.d.
  • Corporación Nacional de Desarrollo Indígena (CONADI), « Congreso Nacional despachó proyecto … que reconoce al pueblo Selk’nam », Ministerio de Desarrollo Social y Familia, s.d.
  • Dirección Nacional de Fronteras y Límites del Estado (DIFROL), « Conflicto del Beagle y mediación papal », Ministerio de Relaciones Exteriores de Chile, 2025.
  • Gobierno de la Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur, « Ubicación de Tierra del Fuego », Instituto Fueguino de Turismo – Sitio oficial Fin del Mundo.
  • Gobierno de la Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur, « Historia de TDF – De los primeros pueblos originarios a la provincia más joven del país », 2025.
  • Gobierno de Tierra del Fuego – Secretaría de Ambiente, « Sistema Provincial de Áreas Naturales Protegidas de Tierra del Fuego », ProDyAmbiente.
  • Gobierno de Tierra del Fuego – ProDyAmbiente, « La tierra es diversa – ¿Conocés nuestras ecorregiones? », brochure pédagogique sur les écorégions fueguines.
  • Instituto Nacional de Estadística y Censos (INDEC), « Censo Nacional de Población, Hogares y Viviendas 2022 – Resultados definitivos », Buenos Aires.
  • Instituto Provincial de Análisis, Investigación y Estadística y Censos (IPIEC), « Censo 2022 – Provincia de Tierra del Fuego, Antártida e Islas del Atlántico Sur », Gobierno de TDF.
  • Instituto Nacional de Estadísticas (INE), « Censos de Población y Vivienda – Región de Magallanes y de la Antártica Chilena », Santiago.
  • Memoria Chilena – Biblioteca Nacional de Chile, « Onas o Selk’nam », dossier thématique.
  • Memoria Chilena – Biblioteca Nacional de Chile, « Pueblos australes de Chile », dossier thématique.
  • Ministerio de las Culturas, las Artes y el Patrimonio (Chile), « En Puerto Edén finaliza Consulta Previa a Pueblos Originarios de Magallanes », CRCA Magallanes.
  • Ministerio de las Culturas, las Artes y el Patrimonio (Chile), « Consejo de la Cultura de Magallanes da a conocer detalles de Consulta Previa a los Pueblos Indígenas », CRCA Magallanes, 2014.
  • Ministerio de Relaciones Exteriores, Comercio Internacional y Culto (Argentina), « Tratado de Límites entre la República Argentina y la República de Chile (1881) », Archivo de Tratados.
  • Museo Regional de Magallanes, « Etnocidio y resistencia de los selk´nam en el siglo XIX », Colecciones en línea.
  • Municipalidad de Timaukel (Chile), « Parque nacional Karukinka – Atractivos turísticos », 2022.
  • Proyecto « Vejez Indígena », « Pueblo Yagán », plateforme institutionnelle dédiée aux personnes âgées autochtones.
  • Ser Indígena – Pueblos Originarios de Chile, « Pueblo Yagan » et « Selk´Nam ».
  • Wildlife Conservation Society (WCS) Chile, « Parque Karukinka – Ecosistemas en Karukinka », et « Karukinka – Juntos por la vida silvestre », 2017–2024.

Argentine : après les forêts de Patagonie, les feux de prairies du nord (Sciences & Avenir, 11/02/2025)

Outre les incendies de forêt qui ont détruit depuis deux mois plus de 30.000 hectares en Patagonie (sud), l'Argentine s'alarme pour les feux de prairie ou pâturages du nord, qui selon les autorités ont affecté des centaines de milliers d'hectares cette année. #forêts de patagonie

Article publié par la revue Sciences&Avenir et citant l'AFP, le . Lien vers la source : https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/argentine-apres-les-forets-de-patagonie-les-feux-de-prairies-du-nord_183975

Dans la province de Corrientes (nord-est), a peu près de la taille de l'Autriche, entre 200.000 et 250.000 hectares ont été touchés par le feu depuis le début 2025, selon les estimations mardi de Bruno Lovinson, de la Défense civile, et de l'Association des sociétés rurales de Corrientes.

Les divers foyers actifs chaque jour sont, à Corrientes, moins spectaculaires que les feux affectant les forêts patagoniennes - dont des parcs naturels - et n'ont pas engendré d'évacuations importantes (une trentaine), car touchant surtout des champs, cultures, et quelques pinèdes, peu densément peuplées.

Incendies forêts de Patagonie argentine (AFP - Gustavo IZUS, Gabriela VAZ)
Incendies en Patagonie argentine (AFP - Gustavo IZUS, Gabriela VAZ)

Mais une femme de 30 est décédée il y a huit jours à Mariano I. Loza (600 km de Buenos Aires), en aidant son père à lutter contre le feu dans son champ, a révélé la maire du village Zulema Fernandez sur la radio locale Radio Sudamericana.

Une sécheresse liée au phénomène El Nino, des températures avoisinant les 40 degrés ces derniers jours, mais aussi selon l'organisation Greenpeace des "défrichements qui pour la moitié sont illégaux" sont le panorama des incendies au nord argentin.

Des pluies orageuses importantes y étaient toutefois attendues à partir de mercredi.

A 2.200 km au sud, la Patagonie connaît "ses pires incendies de forêt" depuis trois décennies, estime Greenpeace, avec environ 37.000 hectares touchés depuis le début de l'été austral il y a deux mois, soit déjà plus de quatre fois plus que l'été dernier.

Les provinces de Rio Negro, Chubut et Neuquen -- a peu près entre elle la superficie de la France -- restent aux prises quotidiennement avec des incendies, dont le bilan humain est à ce jour d'un mort -- il y a dix jours,-- de 120 habitations détruites, et un millier de personnes évacuées.

En l'absence de statistiques nationales, les zones les plus affectées, selon les données provinciales collectées par Greenpeace, sont le vaste Parc national Lanin (216.000 ha) où plus de 15.000 ha ont brûlé, et l'immense (717.000 ha) Nahuel Hualpi, où 10.000 ha ont été détruits.

Au Bolson (1.700 km de Buenos Aires), zone d'une victime et de la plupart des évacuations, selon le chef des pompiers locaux Alejandro Namor, le danger est désormais circonscrit aux zones forestières. Mais sur la radio AM 1350, il a prédit mardi un "travail de fourmi" et "jusqu'à mars-avril" pour éteindre totalement le feu.

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Portrait de Mirtha Salamanca, descendante selk’nam de Kiepja (“Femmes de notre histoire”, pour le centenaire de la ville de Rio Grande)

Portrait de Mirtha Salamanca, descendante selk’nam de Kiepja (“Femmes de notre histoire”, pour le centenaire de la ville de Rio Grande)

Mirtha Salamanca, originaire de la Terre de Feu argentine et descendante de Lola Kiepja, est née à Río Grande le 8 septembre 1959 et est très fière d’être « fueguina » et d’être née sur sa terre, son Oroski, qui en langue selknam signifie Río Grande.

Mirtha Esther Salamanca est née à Río Grande, dans une fratrie de cinq enfants, quatre filles et un garçon. Ils ont toujours vécu rue Ameghino. Elle se souvient avoir eu une enfance belle et heureuse ; des hivers avec beaucoup de neige et de froid : « adulte, on ressent le froid et le vent, mais pendant l’enfance, c’était merveilleux » et « les cours n’étaient pas suspendus à cause du vent ou de la neige, il fallait aller à l’école quoi qu’il arrive ».

Son père était menuisier et chaque année, il leur fabriquait de nouveaux traîneaux et bâtons. L’hiver, avec les voisins du quartier, ils faisaient des courses de traîneaux et restaient dehors jusqu’à tard ; il n’y avait pas de danger, il n’y avait pas de voitures dans la rue. Tout le quartier se retrouvait pour patiner jusqu’à ce que les parents les fassent rentrer pour le dîner. Le quartier a marqué son enfance.

La mémoire collective du génocide selk'nam transmise de génération en génération

Mirtha est descendante de Lola Kiepja, qui était sa bisaïeule du côté de sa mère, Elvira Oray. Mirtha se souvient d’une histoire très triste, celle des femmes de sa famille. Elle parle de ses femmes parce que les hommes avaient déjà été tués. Les femmes ont été emmenées de la réserve indigène du lac Khami. On les a transportées en charrette jusqu’à la Mission salésienne. À la Mission, elles ont toutes été séparées, sans contact possible, et il leur était interdit de parler leur langue.

Toute cette partie de l’histoire est empreinte de tristesse, selon les témoignages qu’elle a recueillis de ses aïeules. Elles ont subi des coups, des humiliations. Elle se souvient que sa mère lui racontait que, lorsqu’elle faisait pipi au lit, on la forçait à défiler nue avec le matelas devant les autres pour la couvrir de honte. Tout cela fait partie de la triste histoire de sa famille, de ses femmes, dont Lola Kiepja, sa bisaïeule.

Lola Kiepja venait à Río Grande pour faire ses courses puis retournait dans son habitat, avec ses guanacos et ses coutumes. C’est ainsi que Mirta a connu sa bisaïeule ; elle se souvient qu’elle l’attendait quand elle venait en ville, qu’elles prenaient le maté avec des tortas fritas. Mirta se demandait toujours pourquoi sa mère et sa bisaïeule Lola Kiepja parlaient bizarrement et se couvraient la bouche.

Plus tard, on lui expliqua qu’elles parlaient ainsi à cause de leur langue d’origine, le selknam, qu’elles avaient cessé de parler par peur, à cause de tout ce qu’elles avaient enduré : coups, sévices et terreur vécus en tant que femmes. Petite, elle voyait les choses différemment d’aujourd’hui, mais en découvrant ces témoignages, elle a commencé à comprendre. Sa mère raconte la même chose, la souffrance vécue par les femmes de sa famille.

Mirtha se souvient que sa mère lui a toujours dit la vérité et qu’elle-même a eu des actes de résistance : à la mission salésienne, vers 10 ou 12 ans, elle s’enfuyait pour échapper aux coups.

La réforme de 1994 et l'évolution des lois indigènes en Argentine

Mirtha a toujours su qu’elle était indigène, et sa mère la protégeait pour qu’on ne la traite pas d’« Indienne » à l’école. Avec la réforme de la Constitution nationale argentine en 1994, ces histoires, longtemps tues, ont commencé à être racontées. Les témoignages existaient, mais ils n’avaient jamais été révélés, car on ne savait pas à qui les dire, à qui les confier ; ce n’était pas par honte, mais par ignorance de l’interlocuteur et par la responsabilité, en tant que communauté, de continuer à faire connaître leur histoire.

C’est donc à partir de la réforme de 1994 que les voix jusque-là réduites au silence ont pu s’exprimer. Mirtha s’est alors intéressée à d’autres lois, aux lois indigènes, aux conventions, à la loi sur les terres et à l’importance de continuer à travailler. « Savoir qui nous sommes, d’où nous venons, pour pouvoir transmettre. Parce qu’il se peut qu’un jour tu découvres que tu es indigène et il faut alors lutter, pour la reconnaissance et contre l’adversité quotidienne, et pouvoir tout transmettre », raconte Mirtha.

Mirtha a parcouru tout le pays, elle appartient à l’ETNOPO (Rencontre nationale des organisations territoriales des peuples autochtones) qui regroupe les Selknam, Mapuche et Tehuelche. Elle a travaillé sur la loi 25.517 en 2011 concernant la restitution des restes humains conservés dans les musées. Elle a travaillé avec cette loi dans la ville de Malargüe avec des archéologues et des anthropologues, pour commencer à retirer les corps des expositions dans les musées et les rendre à leur peuple, aux autochtones, les rendre à leurs frères d’où ils avaient été pris.

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Mirtha Salamanca à Punta Arenas (2018)

Un engagement pour son peuple qui rayonne au-delà de l'Argentine

Mirtha donne chaque année des conférences à l’université de Punta Arenas (Chili) et à l’université de Porvenir (Chili). Lors d’un voyage à Punta Arenas, au musée salésien Maggiorino Borgatello, où elle cherchait des photos et des documents sur sa famille, on ne lui a rien donné car elle n’avait pas d’argent. Les photos étaient vendues comme cartes postales, même si sa mère, sa grand-mère y figuraient… Elle a aussi été invitée à la Nuit Selknam où elle a pu témoigner. Lors de ces voyages à Punta Arenas, Mirtha a rencontré Lauriane Lemasson, chercheuse à l’université de la Sorbonne. Grâce à elle, elle a voyagé en France en 2019 dans le cadre du Festival Haizebegi et participé aux activités suivantes :

  • Interview pour le journal basque « Sud Ouest »,
  • Rencontre et conférence avec Pascal Blanchard (historien, ACHAC-CNRS) sur les zoos humains et la naissance du racisme, à l’Espace Culturel Louis Delgrès à Nantes
  • Collecte et préparation de joncs pour des ateliers de vannerie,
  • Visite du site mégalithique de Saint-Just et de la vallée du Don (Bretagne),
  • Consultation des archives françaises d’Anne Chapman à la Bibliothèque universitaire Brou-Dampierre de Nanterre,
  • Rencontre avec Jean-Luc Nahel, président de la Conférence des présidents d’universités (CPU) de France et responsable des relations internationales,
  • Visite du Panthéon et du bâtiment historique de la Sorbonne,
  • Conférences au Musée Basque de Bayonne et cérémonie de restitution des enregistrements de Gusinde, Furlong et Koppers de l’archive phonogrammique de Berlin par Lars-Kristian Koch, ethnomusicologue et directeur du Musée ethnographique de Berlin,
  • Rencontre avec les élèves des classes internationales du Collège Alexandre Dumas de Bayonne,
  • Exposition d’artisanat Selknam, atelier de vannerie et exposition d’artisanat pour la Journée des Sciences à Hendaye,
  • Présentation de la cérémonie du Hain à la salle Abbadia de Hendaye,
  • Conférence et débat avec des chercheurs et artistes sur ce que l’artiste et/ou le chercheur emporte ou restitue des cultures yagan et selk'nam, en présence de Federico Vladimir Pezdirc, Pablo Esbert Lilienfeld, Pantxika Telleria et Joaquín Cofreces,
  • Conférence à l’université de Donostia (Saint-Sébastien) avec les étudiants de quatrième année,
  • Conférence avec Lauriane Lemasson et débat ouvert sur le rôle du chercheur et la toponymie actuelle du sud de Hatitelen (détroit de Magellan en selknam),
  • Conférence et débat sur les lois étatiques et la réalité des peuples originaires au Chili et en Argentine avec José German Gonzalez Calderon et Víctor Vargas Filgueira,
  • Débat sur la diversité culturelle, l’environnement et les luttes pour la protection des relations des peuples autochtones avec leur environnement (Bayonne et Paris)
  • Visite impromptue du Musée de l’Homme pour obtenir une réponse de l’institution de référence concernant les restes humains yagan et selk'nam conservés au Musée,
  • Séminaire universitaire de master en ethnomusicologie au Centre Clignancourt (Université de la Sorbonne) invité par le professeur François Picard de l’Institut de Recherches en Musicologie (IReMus) du CNRS, sur le thème : Archives et patrimoines « de l’humanité » (mise en perspective des voix familiales, nécessité de poursuivre le dialogue avec les peuples)
  • Rencontre avec les responsables des collections d’objets et de photographies du Musée du quai Branly à Paris avec Ana Paz Núñez, Christine Barthe, Dominique Legoupil. Consultation des archives photographiques.
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Mirtha Salamanca lors de la visite des collections "Terre de Feu" du Musée du Quai Branly (Paris, octobre 2019)

Mirtha a été sollicitée par Lauriane Lemasson, dans le cadre d'une carte blanche reçue de l’ethnologue Denis Laborde, directeur de recherche au CNRS et qui étudie les peuples autochtones.

La chercheuse a été surprise au tout début de ses recherches en 2013 car elle pensait qu’il n’y avait plus de Selknam. Lors du festival en France, Mirtha a parlé de ce qu’avaient vécu ses ancêtres et a découvert le fonds Anne Chapman, où elle a entendu les chants de sa grand-mère et vu les archives conservées. Ces chants chamaniques enregistrés par Chapman étaient des chants interdits, qui ne doivent pas être diffusés ni reproduits.

Au musée de Berlin, il y a aussi des corps selknam qui ont été emmenés pour être étudiés et comprendre leur mode de vie. Le directeur du musée de Berlin a déclaré que la restitution des corps est une décision politique. À Ushuaia, ils les ont emmenés à Necochea où ils sont conservés. Là aussi, c’est une décision politique. Ils ne sont pas reconnus, mais ce sont des corps selknam prélevés autour de la mission salésienne.

En 2016, elle a remporté les élections du CPI (Conseil participatif indigène) en tant que représentante du peuple Selknam au niveau national.

Le groupe de femmes descendantes de la lignée de Kiepja : Khol Hol Naa

Mirtha fait partie de l’organisation « Khol Hol Naa » (que reviennent les femmes), une organisation de sœurs, nièces, tantes, toutes issues de la lignée de Lola Kiepja, défendant tout ce qui touche à la mémoire collective des femmes selk'nam.

Le combat de Mirtha est de revendiquer l’histoire de son peuple, car on avait fini par croire que le peuple Selknam avait disparu, qu’ils avaient tous été exterminés. Lola Kiepja fut la dernière chamane, la dernière Sho’on ; mais la lignée ne s’est pas arrêtée là. Elle n'a de cesse de lutter pour le patrimoine de son peuple et de sa famille, pour la restitution des matériaux dans les musées et la mise en valeur de la culture autochtone de la Terre de Feu et de Río Grande.

Elle souhaite que ses filles continuent à maintenir vivante la mémoire de l’identité de leur peuple.

Elle ne changerait rien à sa vie, elle se souvient de son enfance avec beaucoup de bonheur et de fierté, fière de ses racines et de son héritage de sang.

Elle revendique la lutte et l’union des femmes, « elle leur demande de ne jamais abandonner, malgré la difficulté de la vie de femme, de toujours aller de l’avant et qu’ensemble, elles y arriveront toujours. Elle demande aux nouvelles générations de respecter et de ne pas oublier leurs anciens ».

« J’aime Río Grande, mon Oroski, la pluie, le vent, le froid, la neige et la chaleur de ses habitants et leur solidarité ».

Jusqu’à la réalisation de cette interview, aucun recensement des autochtones n’a été effectué, mais on estime qu’il y a environ 600 personnes entre Ushuaia, Río Grande et Tolhuin.

Source (en espagnol, traduit par l'association Karukinka) : https://100rgmujeres.com.ar/mujeres/mirtha-esther-salamanca

“Un Rémois, Roi de Patagonie” (série de podcasts Les trésors de Champagne-Ardenne, France Bleu, 06/01/2025)

“Un Rémois, Roi de Patagonie” (série de podcasts Les trésors de Champagne-Ardenne, France Bleu, 06/01/2025)

Achille Laviarde, Roi de Patagonie

Un lieu, un événement, un personnage célèbre, Grégory Duchatel vous raconte les "Trésors de Champagne-Ardenne".

Si la Cathédrale de Reims a accueilli le Sacre de nombreux Rois, il y a un, installé à Reims, qui a eu un destin pas ordinaire.

A Reims, entre la Vesle et le canal, rue de la Roseraie, un parc public a servi de lieu de vie d'un Rémois qui a eu un destin singulier. L'espace était autrefois un jardin de près de 4000 m2 dessiné par l’architecte-paysager Édouard Redon. Au milieu de ce jardin se trouvait "le château des grenouilles vertes » qui appartenait à Achille Laviarde, Roi de Patagonie.

Mais comment un rémois est-il devenu Roi de cette région située entre l'Argentine et le Chili ? Achille n'avait pas vraiment de travail. Il s'illustre tout de même dans l'aviation. C'est à lui que l'on doit le premier vol en dirigeable entre Reims et Warmeriville. En fait, il était davantage intéressé par la vie mondaine parisienne ...

Le podcast est écoutable sur la page de France Bleu : https://www.radiofrance.fr/francebleu/podcasts/les-tresors-de-champagne-ardenne/un-remois-roi-de-patagonie-4110562

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[Cap au Sud #9] de Salvador de Bahia (Brésil) à Buenos Aires (Argentine)

[Cap au Sud #9] de Salvador de Bahia (Brésil) à Buenos Aires (Argentine)

Récit d'Aude, équipière de Saint Nazaire à Ushuaia !

-Stage hauturier du Brésil à l'Argentine-

Salvador, sûrement l’escale la plus en musique que nous ayons eu! L’arrivée de la transat était là! De Saint Nazaire à Salvador, quelques milles ont été parcourus et deux continents ont été reliés durant ce stage de voile hauturier.

L’escale ne doit durer malheureusement que 2 jours. Contrairement au Cap Vert, les douanes sont rapides et l’escale à Fernando de Noronha aura permis de préparer le dossier. Nous étions attendus et les formalités ont été éclair! Bémol : les douanes sont fermées le week-end et nous obligent, après une arrivée le jeudi dans l’après midi, à formaliser la sortie du territoire le vendredi soir à minuit. Nous étions autorisés à rester sur le bateau après mais pas le droit de sortir de la marina.

La marina de Salvador jouxte un terminal de bateau proposant des balades à la journée et donnant lieu à des scènes assez improbables au son (puissant) de chaque bateau. Peu après le lever du jour commence la musique à fort volume, nous obligeant à fermer les panneaux de pont et hublots au moment où nous pouvions apprécier un peu de fraîcheur (relative...) avant l'arrivée d'une chaleur étouffante dès 9h du matin. Nous apprenons quelques jours plus tard qu’une loi a été votée pour interdire l’usage d’enceintes particulières dans le domaine public tant le brouhaha était intense sur les plages et autres lieux de détente partagés! À vous qui venez de traverser l’Atlantique au son de la mer et du vent dans les voiles, à vous de vous adapter à tout ce bruit et cette chaleur! Inutile de vous dire que ça a parfois été compliqué et que c’était quelque peu fatiguant... De loin l'escale la moins reposante de notre périple !

Au complet à Salvador de Bahia !

À peine arrivée, nous faisons la connaissance de Henri qui nous attend sur le ponton. Il est français et a immigré au nord de Montréal depuis quelques années. Il embarque avec nous pour l'Argentine tandis que Juliane et Étienne préparent leurs bagages pour continuer leur voyage à terre au Brésil.

Nous partons explorer le quartier historique sur les hauteurs de la ville. Un rapide tour dans le quartier entre la marina et le téléphérique nous aura bien vite sensibilisé à la pauvreté qui touche le pays. Nous pensions monter avec nos petites jambes mais cette idée nous est bien vite déconseillée par trois locaux. Arrivés dans le quartier historique, nous comprenons rapidement l’enjeu sécuritaire. Militaires et policiers sont postés à chaque coin de rue. La place de la cathédrale est l’occasion d’admirer les décos de Noël sponsorisés par Coca Cola. C’est omniprésent! Nous en sommes tous surpris mais c’est à l’image des restaurants où il est plus facile de trouver du soda en 2l que de l’eau! Le centre historique est riche de l’histoire de la colonisation.

Le lendemain, une équipe part faire les courses. Henri étant un ancien cuisinier, il y va avec Lauriane. C’était une très bonne idée : il nous régalera de bons petits plats pendant cette descente du Brésil qui s’avèrera coriace. Damien et François restent pour les vidanges et autres bricolages du bord. Quant à Étienne, Juliane et moi, nous partons explorer la ville.

Toupie toujours au coeur de l'action

Nous pensions aller au musée national voir des œuvres d’arts, ce sera finalement un musée de l’infirmière nationale, Ana Néri. C’est leur Virginia à eux à une époque à peu près similaire à la nôtre. Puis nous allons au musée de la monnaie, à une expo photo puis à la cathédrale. Le struc y fait son effet. Ancienne possession des jésuites, ceux-ci ont laissé une trace de leur passage dans le splendide plafond. C’est aujourd’hui une église du diocèse. Le soir, après une séance d'ostéopathie improvisée en pleine rue (!), nous fêtons au restaurant l'arrivée de Henri et le départ d’Etienne et Juliane qui partiront le lendemain dans l’après midi.

Le départ de Juliane et Etienne

Le dimanche sonne l’heure du départ. Pendant que l’équipage s’affaire à préparer le bateau, je file à la messe qui a lieu à 500m. C’est jour de fête car ce sont les 170 ans de la consécration de la paroisse à l’Immaculée Conception. Étonnant d'’avoir'écouter le texte de l’Annonciation à quelques jours de Noël. Puis c’est partie pour une descente du Brésil à 5! Depuis Saint Nazaire Milagro n'a jamais eu un équipage aussi réduit.

Pour cette navigation il faut passer le cap Frio et après ça descend... en fait pas tant que ça!

Escale à Vitoria, deuxième plus grand port de minerais du monde

La traversée est assez longue. Nous devons faire deux escales pour des raisons de vent trop violent. La question du vent sera essentielle dans cette descente tout sauf évidente. Après le confort des alizés, c’est un peu brutal. Après le passage du cap Frio, nous essuyons une dépression au large de Rio Grande do Sul, apparue d’un coup et sans lieu de replis pendant plus de 350mn! La côte est une bande de sable avec des ports soit trop petits pour Milagro, soit barrés par un banc de sable rendant l'approche trop dangereuse dans les conditions qui étaient les nôtres. Il faut donc serrer les fesses, ranger l’intégralité du bateau pour que rien ne risque de chuter et nous blesser et préparer quelques repas d’avance! Finalement, nous ne subirons pas grand chose au regard de ce qui est annoncé. Lauriane fera du routage très précis pour nous éviter la rencontre de deux grosses cellules orageuses et altèrnera les quarts avec Damien pour ne pas nous exposer à du gros temps (4-6m de houle, 40-45 noeuds).

L'activité orageuse dans la nuit du 19 au 20 décembre, où nous nous trouvons...

Nous abîmerons dans cette bataille pendant la nuit le gros coffre à gaz arraché par une vague plus grosse que les autres venue casser sur le bâbord, et perdrons la boîte de matériel de pêche qui était amarrée dessus (des bribes seront miraculeusement retrouvées sur le pont). Le gaz sera raccordé le lendemain dans la matinée avec, chose notable, l'installation d'un nouveau raccord olive de 8mm dehors dans 4m de creux... Dans la matinée, le bateau est remis en ordre et la météo s’est un peu arrangée. Le vent se calme et nous reprenons tous le rythme des quarts et la vie à bord. À cette perte temporaire du gaz, ajoutons la déchirure de la grand voile au niveau des prises de ris 2 et 3 et le groupe électrogène qui fait des siennes et refuse de produire la tension voulue (ce qui veut aussi et surtout dire que nous devons tenir jusqu’à l’arrivée sur l’eau restante dans le bateau faute de déssalinisateur sans générateur... Nous avons de la marge mais tout de même) !

La remontée du Rio de la Plata a un goût particulier: l’idée de savoir que la terre est au bout et que l’arrivée est proche est plaisante. Surtout que la remonté se fait sur une eau chargée de limon. Nous arrivons au Yacht Club Argentin le 24 décembre à 21h30 après une manœuvre de port épique et fêtons Noël autour un punch pastèque improvisé et de quelques mets préparés dans la journée.

Réveillon de Noël à Buenos Aires, à bord de Milagro !

Nous passons la journée du 25 à faire une grasse matinée bien méritée puis les papiers... pas une mince affaire : les trois autorités ne sont pas raccord sur la procédure et l'emplacement des douanes... Après maintes tergiversations, nous finissons par être dirigés au bon endroit et être en règle pour notre entrée en Argentine. Le nouvel équipage est partiellement arrivé à Buenos Aires et à 19h pile nous fuyons du navire pour éviter un combat perdu d'avance avec des centaines et des centaines de moustiques arrivant tout droit des marais situés juste à côté du Yacht Club Argentin. Un enfer. Le coût de la vie est élevé et les salaires n'ont pas suivi. Le pays fait fasse à une augmentation de la pauvreté avec plus de 57% de la population argentine sous le seuil de pauvreté. Nous voyons partout des personnes fouiller les poubelles, des artistes de rue de 80 ans tentant de gagner quelques pièces en plus, des parents venant demander de la nourriture pour leurs enfants… triste situation pour un pays pourtant si riche !

Je reviens sur le bateau après deux jours de vadrouille en ville et découvre que les réparations ont déjà bien avancé sur la grand-voile et que le générateur est de nouveau opérationnel après changement des condensateurs. Tout est fait entre membres avec Damien, Clément, Lauriane, Sébastien, Jacques, Patrick et Philippe. Pour la suite de notre périple nous aurons d'ailleurs de supers enceintes SONOSAX pour écouter de la musique et ce qui se passe dans l'eau, installées dans le carré (et non sans mal) par Jacques, Lauriane et Clément.

Je profite que nous soyons à terre pour aller à la messe à la cathédrale. Qu'il est surprenant de voir le drapeau de l’Etat argentin dans le cœur de l’église et l’armée qui veille sur le mausolée de San Martin. Il faut voir le lien entre l’Eglise et l’Etat: pas très clair et très sain cette histoire ! Après cette opération, je pars chercher du pain. La ville a plusieurs boulangeries que nous les testons au fur et à mesure. Bonne pioche pour le pain, un peu moins pour les desserts! Après 2,5 mois en mer, il faut avouer qu'une bonne baguette manque un peu… S’en suivent deux autres journées de réparations, préparations et rangement du bateau. Clément et Sébastien sont arrivés de France avec plein de matériel qu’il faut ajouter à tout ce qui était déjà à bord!

Le départ se fait proche, et au bout de 5-6 jours le large commence déjà à manquer un peu.


Parmi les belles rencontres de cette escale est à distinguer celle avec Carlos Salamanca, frère de Mirtha (membre d'honneur de notre association) et qui suit nos activités depuis 2019, lorsque sa soeur est venue nous rendre visite en France pour consulter les archives de sa famille. Entre café et alfajores, nous avions déjà les pensées tout au sud de l'Argentine et milles projets à réaliser. La suite d'ici peu avec notre projet des Voix des Grands-Mères.

Pour en savoir plus sur notre club de voile associatif : https://karukinka.eu/fr/club-de-voile/ ou https://karukinka-exploration.com/

Carlos et Lauriane (Yacht Club Argentino, Buenos Aires)
Espaces Marins Côtiers pour les Peuples autochtones chiliens (ECMPO) (Subpesca.cl)

Espaces Marins Côtiers pour les Peuples autochtones chiliens (ECMPO) (Subpesca.cl)

Il s'agit d'espaces marins délimités (ECMPO) dont l'administration est confiée à des communautés autochtones ou à des associations de celles-ci qui ont exercé un usage coutumier dudit espace tel que vérifié par la CONADI.

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Source (en espagnol): https://www.subpesca.cl/portal/616/w3-propertyvalue-50834.html. Traduit de l'espagnol par l'association Karukinka

Les communautés autochtones inscrites à la CONADI (Corporation Nationale des Droits Indigènes) peuvent postuler pour ces espaces.

La délimitation nécessaire est déterminée par la surface qui assure l’exercice de l’usage traditionnel. Cet espace côtier sera cédé par le Sous-secrétariat aux Forces Armées au Sous-secrétariat aux Pêches et à l'Aquaculture, qui signera un accord d'utilisation avec l'association des communautés ou la communauté affectée une fois que la commission intersectorielle aura approuvé le plan d'administration présenté par la communauté ou association de communautés.

L’utilisation et l’administration de l’ECMPO seront la responsabilité de l’association ou de la communauté pour laquelle le plan d’administration a été approuvé. Ce plan détaille les activités à réaliser, les utilisateurs et les autres exigences établies par la réglementation. La durée de l’administration d’un espace côtier est indéterminée, sauf en cas de non-respect ou de violation.

Le droit coutumier désigne les pratiques ou comportements réalisés par les communautés de manière régulière et qui font partie de leur culture, tels que les pratiques religieuses, économiques, récréatives, entre autres.

#CanauxDePatagonie #PêcheChili #DroitsIndigènes #pêche #LoiLafkenche

[Cap au Sud #8] Traversée de l’Atlantique 2/2 : de Fernando de Noronha à Salvador de Bahia (Brésil)

[Cap au Sud #8] Traversée de l’Atlantique 2/2 : de Fernando de Noronha à Salvador de Bahia (Brésil)

Comme nous le mentionnions dans notre précédent extrait du journal de bord se trouvent au large de la côte brésilienne des îles. Les rochers Sao Pedro et Sao Paulo étant suffisamment exposés et succinctement hydrographiés, nous avons laissé tomber l'idée d'y faire un stop et continué notre route vers le continent.

Nous passons une journée de plus au près, avec panneaux de pont et hublots fermés (pour éviter de répéter certains incidents sur les couchettes supérieures des cabines avant...) et la chaleur à bord est intense. Lorsque le soleil se couche, la silhouette caractéristique de l'archipel de Fernando de Noronha se dévoile à l'horizon. Damien et Lauriane décident de contourner l'archipel par le nord. Un peu avant minuit, tout le monde est encore sur le pont, l'idée étant de s'approcher brièvement de la baie principale avant de reprendre notre route. La présence de Lauriane et Damien à cette heure surprend, ceux-ci étant normalement en alternance toutes les trois heures. Les voiles sont affalées et la veille est constante pour éviter les navires de plongée présents sur la zone.

Une équipière, ne comprenant pas l'agitation sur le pont, finit par interroger Lauriane sur le but de la manœuvre. Elle lui répond qu'ils s'approchent simplement pour visiter la baie. De nuit l'intérêt paraît bien moindre et Damien n'aime pas mouiller dans l'obscurité dans des endroits qu'il ne connait pas. Au bout d’un moment, Lauriane s’avance pourtant avec le bout de mouillage et sa clé à molette, signe que nous allons finalement jeter l'ancre. La manoeuvre de mouillage terminée, Damien et Lauriane nous annoncent que surprise : nous faisons escale dans cette grande réserve naturelle placée sous l'égide de l'UNESCO depuis 2001, en plein Atlantique Sud. Ils nous apprennent que cet archipel se situe sur une immense base volcanique et qu'il s'agit d'un paradis pour les dauphins à long bec, tortues, frégates, paille-en-queues, pétrels et autres espèces protégées. Quelques minutes après, Étienne est réveillé par le tintement de verres et de bouteilles qui s’entrechoquent dans le carré pour fêter notre entrée au Brésil et cette escale surprise (et improvisée!), promesse d'une bonne nuit réparatrice et de visites. 

Au petit matin, nous voilà en annexe escortés par les dauphins jouant à l'étrave et sautant hors de l'eau avant de retomber avec fracas en tournoyant. Nous nous rendons tous au bureau du port, avec Toupie, pour réaliser les démarches d’entrée sur le territoire brésilien. Contrairement au Cap Vert où il nous fallait la journée pour trois démarches, tout est fait dans un seul bureau et en 5 minutes grâce à Marcus ! Devant le bureau nous rencontrons l'équipage argentin que nous avions tenu en respect en plein océan Atlantique et qui ne nous avait pas répondu à la VHF. Lauriane et Damien se présentent à eux en tant qu'équipage du Milagro. Passé les regards soupçonneux et grâce à l'accent argentin de Lauriane le dialogue se détend pour devenir très sympathique. Eux aussi avaient pris leur concurrent en photo ! Nous échangeons les contacts car il y a de fortes chances de se recroiser puisqu'eux aussi font route vers le sud avec leur navire tout neuf, vers Punta del Este (Uruguay).

Baie San Antonio, archipel Fernando de Noronha (Karukinka, 2024)
Plage de la baie San Antonio, archipel Fernando de Noronha (Karukinka, 2024)

Une partie de l'équipage part faire une petite marche proche de la baie. En passant de l’autre côté de l’île, le paysage est plus sauvage et plus venteux. La côte est découpée et le ressac y est puissant, faisant un excellent terrain de jeu pour les requins auxquels plusieurs équipes de plongée rendent visite. Une chapelle surplombe une colline jouxtant une base militaire. L'intérêt stratégique de l'île ne date pas d'hier. Découverte au XVIème siècle lors de l'expédition portugaise de Cabral (qui comprenait également la découverte du Brésil par les Occidentaux). Tout autour de nous des arbres et plein de fleurs, dont celles du frangipanier !

Fleurs de frangipanier, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)
Ficus de l'archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)

Située entre l’Afrique et l’Amérique du Sud, cet archipel sera pour la première fois décrit par Amerigo Vespucci. Il passera aux mains de plusieurs pays dont le Portugal, les Pays-Bas,... et la France ! Les français l'ont occupé de 1705 à 1737, l'intégrant au domaine colonial français, et rebaptisée île Delphine. Au niveau architectural, c'est surtout la présence portugaise, de 1737 à 1938, qui s'affiche avec par exemple pour l'illustrer l'église Saint Michel dont l'acoustique est assez géniale selon Lauriane. L'île principale de cet archipel appartenant à l'état du Pernambouc (aussi le nom d'une essence de bois très recherchée qui se trouve sur l'île) comporte également la route nationale la plus petite du Brésil (moins de 10km!) et il lui faut produire son eau douce grâce à un grand déssalinisateur.

Habitation de l'archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)
Habitation de l'archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)
Eglise Saint Michel / San Miguel, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)
Eglise Saint Michel/Sao Miguel, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)

Le lendemain, réveil tôt pour partir! Mais en fait, il y a plein de choses à faire avant: vidange du générateur, refaire le plein d'eau avec le déssalinisateur, un coup de ménage…. et comme la journée d’hier nous donnait déjà envie de rester plus, l’équipage décide de rester encore une journée. En fin de matinée, les dauphins se sont approchés du bateau et Lauriane, qui est acousticienne, a à bord une panoplie de matériels pour écouter les sons. L'hydrophone est de sortie et nous voici partis pour une heure à regarder les dauphins tout en les écoutant communiquer sous l’eau. Une riche expérience! 

Dauphins à long bec dans la baie San Anotnio, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)

Nous retournons à terre pour déjeuner et partons ensuite vers l'ouest de l'île pour rejoindre une série de plages. La houle s’étant levée, les vagues sont conséquentes. Parfois nous voyons les deux bômes de Milagro disparaître derrière la crête. Une partie de l'équipage part se baigner dans les vagues, et même Toupie aura droit à ses petites sensations lorsque la profondeur dépassera la hauteur des pattes, soit une petite vingtaine de centimètres! Passée la baignade, ce sera le tour d'une série de lancés-ramenés avec une balle improvisée : une noix de coco ! Elle aussi revit grâce à la fraîcheur et savoure de se rouler trempée et bruyamment dans le sable...

Plage da Conceiçao, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)
Toupie et sa noix de coco, plage da Conceiçao, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)
Instant contemplatif sur la plage da Conceiçao, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)

Nous poussons ensuite jusqu’à la plage suivante pour le coucher de soleil : l'endroit est magnifique ! Un bar assez sélect, dans lequel nous dénotons clairement avec nos tenues short/t-shirt, permet de profiter de la vue sur le piton rocheux que nous avions vu au loin lors de l’approche de l’île. Autour de nous défilent des jeunes femmes aux tenues parfois franchement surprenantes : complet filet de pêche sur maillot de bain.

Plage do Meio, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)
L'équipage féminin de Milagro, plage do Meio, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)

Nous repartons à la nuit tombée dans le quartier de l'église Saint Michel pour un dernier resto, savourant le plaisir de choisir son plat et de se faire servir sans avoir à cuisiner ! Le retour se fait en annexe sous un ciel étoilé, guidés par le feu de mouillage de Milagro qui, contrairement à ses voisins plus petits et légers, roule bien peu.

Coucher de soleil sur la baie San Antonio, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)
Pause au resto, archipel Fernando de Noronha (Karukinka 2024)

Pour les derniers jours après l’escale, les équipiers (hormis Damien et Lauriane) font des quarts de deux heures seuls, profitant ainsi de 6h de sommeil en continu au lieu de 5! Niveau météo, nous sommes bien dans les alizés qui défilent tranquillement d’est en ouest. Dans un près débridé (aussi dit "océanique"), nous naviguons tranquillement, avec une moyenne basse de 160 milles nautiques par jour.

Nous rencontrons régulièrement des nuages annonciateurs de pluie. De jour, c’est super car passées les premières minutes où il faut s'assurer qu'un vent trop important pour la voilure n'accompagne pas les précipitations, nous profitons de la pluie pour prendre une douche en maillots sur le pont ! De nuit l'anticipation se fait plus difficile et l'expérience de la casse du spinnaker nous stresse toujours un peu, nous faisant parfois réduire inutilement la voilure au cas où le temps du grain.

Arc-en-ciel entre Fernando de Noronha et Salvador
Etienne à la barre le temps d'un grain, à quelques centaines de milles nautiques de Salvador de Bahia (Karukinka 2024)
Un grain sur bâbord.. (Karukinka 2024)

Les journées sont de temps en temps agrémentées de cours de voile lors desquels Damien nous divulgue quelques secrets de navigateur expérimenté : point météo, réglages des voiles, explication de la formation de la houle et du vent, usage du pilote, cartographie…

La dernière nuit sera aussi celle d'une rencontre avec une quarantaine de passagers clandestins arrivés de la terre et perchés aux quatre coins du pont : les noddis bruns ! Amateurs des Oiseaux de Hitchcock, vous auriez adoré ! Ils se poussent, se piquent du bec pour obtenir la place du voisin toujours meilleure que la leur et discutent d'on ne sait quoi pendant toute la nuit, faisant penser à une communication entre batraciens. La crainte d'une nouvelle peinture de pont à l'issue de la nuit sera vite balayée car ces oiseaux sont d'une propreté vraiment surprenante !

À l’approche de Noël, un calendrier de l’avent est créé pour le bateau. Nous qui sommes habitués à de froids hivers, difficile de se dire que Noël est si proche. Juliane et Aude ne manquent pas d'idées, complétées par celles du capitaine ! De la crèche en pâte à sel, à l’invention de légende en passant par appeler une journée entière Lauriane et Damien Mère et Père Noël, le mois de décembre a bien démarré!

Atelier crèche en pâte à sel dans le carré du voilier Milagro (Karukinka 2024)

La transatlantique touche à sa fin, la terre se dévoile à l'horizon et nous retrouvons peu à peu la civilisation : l'étendue urbaine de Salvador de Bahía, les immeubles, le bruit fait de la cacophonie de musiques à fond et une chaleur étouffante. Henri nous attend sur le quai, c'est parti pour trois jours intenses pour préparer Milagro pour la descente vers l'Argentine : maintenance, avitaillement, gros ménage et découverte, sur le temps restant, des proches environs et des décorations de Noël de Salvador de Bahia.

Toupie et Etienne avec les guirlandes de Noël de Salvador de Bahia, Brésil (Karukinka 2024)

DTD Tierra del Fuego : "plus que" 4000mn !

Agence de l’Innovation de Terre de Feu : Le travail réalisé au cours de la première année d’existence de l’organisation se démarque (23 décembre 2024, Infofuegiuna)

Les autorités de l'entité se sont déclarées satisfaites du soutien apporté à la communauté de Terre de Feu tout au long de l'année 2024, soulignant qu'au cours de cette période, une formation a été dispensée à "plus de 10 mille Fuégiens".

terre de feu innovation Destacan el trabajo realizado en el primer año de existencia del organismo

Par Redaction Infofueguina, traduit de l'espagnol par l'association Karukinka

Source: https://www.infofueguina.com/tu-ciudad/2024/12/23/destacan-el-trabajo-realizado-en-el-primer-ano-de-existencia-del-organismo-80176.html

La présidente de l'Agence provinciale d'innovation, Analía Cubino, a exprimé son accord avec la tâche accomplie par l'organisation au cours de la première année de vie, et a assuré qu'au cours de cette période « plus de 10 000 personnes ont obtenu leur diplôme d'une de nos propositions de formation ». .

La responsable a annoncé que « d'ici 2025, l'objectif est d'atteindre 20 mille Fuégiens » avec les différentes propositions de formation proposées par l'Agence.

Cubino a souligné que "dans un contexte national très difficile, dans lequel la science et la technologie ne sont pas considérées comme nous comprenons qu'elles devraient l'être, le gouverneur et le vice-gouverneur ont la ferme décision d'avancer sur ces aspects pour la Terre de Feu".

Le chef de l'Agence pour l'innovation a soutenu que la création de l'entité constituait « un engagement et un investissement budgétaire très important de la part du gouvernement, compte tenu des administrations précédentes dans lesquelles il y avait un manque de vision par rapport à ces questions liées à la sécurité de l'environnement ». structure de l’État en matière informatique.

Il a rappelé, par exemple, la création récente de « l’Institut de la transition énergétique et hydrogène » comme l’un des objectifs les plus importants atteints cette année.

D'autre part, il a commenté que depuis l'organisation dont il a la charge "nous travaillons à une simplification des procédures très importantes dans différents domaines de l'État provincial, que nous annoncerons lorsque les citoyens pourront les utiliser efficacement".

Une autre des tâches qu'il a énumérées était ce qu'ils accomplissent « pour améliorer le système de règlement des salaires », ainsi que « dans un nouveau système pour l'état civil de la province ; avec la Direction Provinciale des Travaux Sanitaires ; avec la Police provinciale; ainsi que de nouveaux systèmes de règlement des subventions dans le secteur de l'enseignement, parmi de nombreuses questions qui seront finalisées l'année prochaine.

"Pour l'éducation, nous faisons tout ce qui est de l'actualité concernant les agents pour qu'ils puissent ensuite s'installer automatiquement l'année prochaine", a-t-il ajouté.

La responsable a également souligné "l'appréciation des familles de la Province pour le travail réalisé dans les Pôles Créatifs", assurant que cette année "nous avons formé plus de 10 mille personnes diplômées d'une de nos propositions de formation et d'ici 2025 le " L’objectif est d’atteindre 20 mille Fuégiens.

D'autre part, elle a souligné que « nous avons déjà 200 étudiants en Intelligence Artificielle qui ont terminé leur parcours de formation et il y en a actuellement 900 qui étudient activement avec la société Digital House et des entreprises comme Amazon Web Services, avec qui nous travaillons sur la sensorisation des forêts de la Province."