Rafaela Ishton : le parcours d’une femme Selk’nam à une période charnière

Rafaela Ishton demeure l’une des figures les plus importantes et emblématiques de la résistance culturelle et de la mémoire Selk’nam de Terre de Feu. Fille de Felipe Ishton et de Petronila Tial, tous deux Selk’nam ayant vécu selon les habitudes ancestrales de leur peuple, elle incarne la dignité, la résilience et la transmission d’une identité qui a bravé l’extermination, l’exil puis la marginalisation au XXe siècle.

Son nom reste aujourd’hui associé à la communauté autochtone Selk’nam d’Argentine (Comunidad Indígena Selk'nam Rafaela Ishton), en hommage à son combat pour la mémoire et les droits des peuples indigènes Selkn'am et Haush.

Son enfance sur la Grande Île de Terre de Feu

Née le 1er août 1919 à l’estancia La Herminita, Rafaela baigne dès l’enfance dans la culture et la langue maternelle de son peuple. À l’âge de 5 ans, elle perd sa mère et est prise en charge par la Mission salésienne, institution catholique à la fois refuge, lieu de maltraitances et vecteur d’acculturation. Jusqu’à ses 20 ans, elle y mène sa jeunesse, subissant de plein fouet la disparition progressive des modes de vie traditionnels, alors que son peuple est violemment confronté aux bouleversements coloniaux.

La disparition accélérée du mode de vie ancestral Selk’nam — décimations, spoliations, migration — façonne sa jeunesse. C’est aussi dans ces années qu’elle apprend à naviguer entre plusieurs univers : autochtone, missionnaire, rural et ouvrier.

Une résistance silencieuse et en famille

Rafaela Ishton traverse une époque où la négation identitaire et la dépossession foncière sont la règle. Après les massacres et la réduction massive de la population au début du XXe siècle, les Selk’nam sont souvent réduits à l’exil répété, à la précarité et à une invisibilité sociale entretenue. L’intégration forcée dans l’économie des estancias (travail rural, domestique, pêche) contraste avec la mémoire d’une existence nomade et autonome.

En décembre 1940, elle épouse Santiago Rupatini et le couple part s’installer sur les rives du lac Khami (Fagnano), à l’estancia La Pampa, pour élever du bétail et tenter de maintenir une économie familiale dans un espace autrefois saisi aux Selk’nam. Rafaela travaille également comme cuisinière dans différentes estancias de la région, à Sara et San Sebastián, témoignage du rôle économique occupé par de nombreux survivants et descendants de survivants dans la nouvelle société de Terre de Feu en mutation.

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source de l'image: https://www.eldiariodelfindelmundo.com/noticias/2025/08/01/112075-nace-rafaela-ishton-emblema-de-la-cultura-originaria

La famille finit par s’installer à Ushuaia, capitale provinciale. Rafaela s’y emploie à la municipalité et élève ses cinq enfants : Juan Carlos, María Esther, Amalia, Carlos Armando et Aldo Domingo. Elle laisse aussi une importante postérité, de nombreux petits-enfants et descendants, portant aujourd’hui la fierté Selk’nam dans l’espace public.

Figure de mémoire et de la renaissance d’une communauté

Rafaela Ishton décède à l’âge de 66 ans, en 1985, à Ushuaia. Elle laisse derrière elle un héritage qui devient rapidement référence pour les descendants Selk’nam et symbole de l’engagement pour la mémoire autochtone. Son prénom est choisi par les siens pour nommer la « Communauté indigène Rafaela Ishton », reconnue en 1996 par l’Institut National des Affaires Indigènes d’Argentine, première entité Selk’nam officiellement enregistrée dans le pays. C’est également une référence pour toute la mouvance indigène du Sud austral (y compris les Haush et les Yagan).

La communauté impulsera des actions en faveur de la restitution foncière, de la revitalisation des pratiques culturelles, de la consultation auprès des pouvoirs publics, et demeure aujourd’hui l’interlocutrice principale pour la défense de la mémoire et des droits Selk’nam en Argentine.

La « Communauté indigène Rafaela Ishton » est à l’origine de nombreuses mobilisations. Son territoire communautaire à Tolhuin a reçu la première reconnaissance foncière autochtone argentine en 2014, sur la rive est du Lac Khami (Fagnano), un acte historique pour les peuples indigènes d'Argentine. Elle œuvre aujourd’hui dans l’inclusion des droits autochtones dans l’état civil (actes de naissance intégrant l’appartenance indigène), la participation à la gestion des forêts et du territoire, et la perpétuation de la mémoire orale de la culture Selk’nam.

Rafaela Ishton reste ainsi un symbole vivant, honoré dans les discours et la pratique, autour de l’idée de résistance, de dignité, mais aussi de vie au quotidien et d’ancrage sur la terre ancestrale. Sa trajectoire individuelle illustre la lutte pour la transmission identitaire et la résistance pacifique d’un peuple déclaré disparu mais qui n'a pourtant jamais cessé d'être vivant.

North Cape to Cape Horn, an artistic and research sailing expedition to better understand the links between indigenous peoples and their territories (VoyageVirage, 22/07/2023)

Source: https://www.voyagevirage.com/all-posts/north-cape-to-cape-horn-an-artistic-and-indigenous-science-expedition

Over a decade ago, National Geographic Magazine reported that one language dies every 14 days. By the next century, nearly half of the roughly 7,000 languages spoken on Earth will likely disappear. More than a thousand are listed as critically or severely endangered. Currently, there are over 500 known extinct languages, but we can imagine Earth has already lost far many more. As we lose languages, we lose oral songs and stories, which are filled with regenerative wisdom, indigenous sciences and traditional ecological knowledge. Ultimately, we lose our connection to places as they become devoid of meaning and positive human presence.

The ongoing collapse of the world’s biodiversity is more than just an apt metaphor for the crisis of language extinction. The disappearance of a language deprives us of knowledge no less valuable than some future miracle drug that may be lost when a species goes extinct. Small languages, more than large ones, provide keys to unlock the secrets of nature, because their speakers tend to live in proximity to the animals and plants around them, and their talk reflects the distinctions they observe. When small communities abandon their languages and switch to English or Spanish, there is a massive disruption in the transfer of traditional knowledge across generations—about medicinal plants, food cultivation, irrigation techniques, navigation systems, seasonal calendars. – Russ Rymer, Vanishing Voices, National Geographic Magazine, July 2012.

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North Cape to Cape Horn Sailing Expedition
©Karukinka Association

We are thrilled to introduce you to our dear friends, French ethnologist, adventurer and founder of the Karukinka Association Lauriane Lemasson and sailor Damien Treutenaere (Damien was previously our family’s sailing coach), who will soon embark on an important artistic and research expedition Cap Nord to Cap Horn, sailing to Norway’s North Cape then on to Cape Horn in Argentina to study with the Saami of northern Norway and the Yagan, Haush and Selk’nam peoples of the southern Strait of Magellan.

One of the objectives of the expedition is to understand the links between the ‘joik’ (song) and places, and to imagine with them a cartographic form that would place the human being at the center, as a giver of meaning to these now wild spaces. In lands where indigenous peoples have mostly been forced off their custodial lands or wiped out completely, the tireless work of Lauriane over the past decade, along with the help of local informants, exploration and archival work, is helping to give meaning to territories emptied of their primary meaning and of human presence.

This extraordinary expedition will start from Brittany and head north towards Norway. After passing through Scotland to prepare for the northern expedition with Tim Ingold (professor emeritus at the University of Aberdeen), the two-person Karukinka team will voyage up to North Cape, passing through Tromsö and the countless islands that make up the Norwegian coast, to meet the local inhabitants and the indigenous Saami during their fishing and reindeer herding season.

The team will then take a break to return to Arles in the the south, for the fourth edition of the Agir pour le Vivant festival for an exhibition and conference program, before setting sail towards Patagonia with their compass set to an arrival in Ushuaia where they will study with the Yagan, Haush and Selk'nam territories for the first time.

This two-year expedition will take place aboard a steel cutter designed 50 years ago by Louis Van de Wiele, renovated explicitly for the expedition by Lauriane and Damien.

Photo Credit: ©Lauriane Lemasson / Karukinka Association

The entire expedition will take the team to the Canary Islands, Cape Verde, Senegal, Gambia, Guinea-Bissau, Brazil, Uruguay and Argentina. Finally, the expedition will be followed by an exhibition and conferences during the fifth edition of the Agir pour le Vivant festival in August 2024, but also by the writing of a book covering the entire project and with the background of the genesis of Lauriane’s research and expeditions carried out in Patagonia since 2011.

About Karukina Association

Karukina means ‘the last land of men’ in the Selk'nam language. The Selk'nam have been inhabiting the far south of the American continent for about 12,000 years, having passed through the Bering Strait during the great migrations. They traveled thousands of kilometers to reach the ultimate territory of the Great Island of Tierra del Fuego, crossing the icy Hatitelen, later renamed the Strait of Magellan.

After a first scientific expedition carried out in 2013, in total autonomy for several months in the selk'nam, haush and yagan ancestral territories of Tierra del Fuego, which are now deserted, Lauriane Lemasson founded the Karukina association. Aware of the many challenges that lie ahead in order to better understand the links between indigenous peoples and their territories, the association is dedicated to promoting a team spirit made up of exchanges, cooperation and mutual aid with indigenous peoples, often victims of the worst effects of colonization in the north and south of our planet.

Festival “Le Grand Bivouac” d’Albertville

La quinzième édition du festival du voyage et des découvertes partagées “Le Grand Bivouac” se déroulera à Albertville (73) du 13 au 16 octobre 2016.

Afghanistan, Iran, Tibet, Tanzanie, Palestine, Patagonie, Chine, Mongolie… De l’Inde à l’Europe centrale, de l’Himalaya à l’Amérique, de l’Afrique aux terres australes, un grand nombre de voyages, d’histoires, de parcours et de rencontres seront au programme de cette nouvelle édition.

Pour connaître le programme complet de cette année, rendez-vous à l’adresse suivante : http://www.grandbivouac.com/fr/evenements.html

Friands des hautes latitudes, nous avons repéré une soirée-rencontre, trois films, un diaporama et deux conférences :

  • “Voyage au coeur de la planète blanche” en présence des explorateurs Jean-Louis Etienne et Christian de Marliave, le glaciologue Claude Lorius et l’écrivain Julien Blanc-Gras. Tout en haut, la « terre des ours » mais aussi des Inuits, des Tchouktches, des Nénètses, et la banquise. Tout en bas, un continent désert, plus grand que l’Europe, presqu’entièrement recouvert de glace. Arctique, Antarctique : des enjeux écologiques, énergétiques, géopolitiques, mais aussi le paradis des grands espaces, parmi les plus beaux du monde. D’une durée de deux heures, cette rencontre aura lieu le 15 octobre à 20h30 au Dôme Théâtre d’Albertville http://www.grandbivouac.com/evenement/75-voyage_au_coeur_de_la_planete_blanche.html

 

 

 

  • “La Possibilité d’une île” de Florian Bailly qui témoigne d’un mois passé à bord du navire ravitailleur des îles australes françaises (TAAF), le célèbre Marion Dufresne. Il sera projeté en présence du réalisateur le 14 octobre à 16h00 au Dôme Théâtre, toujours à Albertville. http://www.grandbivouac.com/evenement/12-la_possibilite_d_une_ile.html 

 

 

 

Enfin, pour ceux qui souhaiteraient visionner un film faisant apparaître des paysages argentins et chiliens, nous avons repéré le film de Victor Kossakovski intitulé “Vivan las antipodas!” (2013) qui sera projeté au Théâtre de Maistre le 13 octobre à 16h. Pour réserver vos places : http://www.grandbivouac.com/evenement/10-vivan_las_antipodas.html

L’Homme et la Nature, une même communauté

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Les activités de KARUKINKA sont nées de la conviction que les enjeux écologiques doivent s’inscrire dans une dynamique de relations directes homme / nature. Notre vie quotidienne, l’éducation de nos enfants, nos activités économiques, se déroulent pour l’essentiel dans un cadre spatio-temporel d’où la nature est absente.

Le développement durable et l’écologie s’inscrivent chaque jour d’avantage dans l’horizon politique et intellectuel de nos sociétés modernes. Cette conscience collective émergente doit, pour s’installer durablement, trouver un relais dans les consciences individuelles, dans l’intimité de la relation qu’entretient chacun avec la nature.

Il est donc essentiel de générer des dynamiques de revitalisation du dialogue homme/nature. L’ambition de KARUKINKA est, à sa modeste mesure, de contribuer à cet objectif.

Ce projet d’expédition est de comprendre la relation entre les cultures indiennes (Haush, Selk’nam et Yahgan) et la nature au sud du détroit de Magellan, avec deux approches :

– S’immerger dans des lieux autrefois habités par les indiens et suivre leurs pas en se référant aux travaux anthropologiques antérieurs ;

– Etudier l’environnement sous différentes facettes grâce à une équipe de chercheurs de spécialités différentes ;

– Enregistrer et photographier les territoires traversés ;

– Développer une approche sensible de l’environnement et prolonger cette étude par des créations artistiques, conférences et expositions qui permettront au public d’appréhender cet espace et de s’en imprégner.