Suite au One Planet – Polar Summit, l’Institut polaire français est heureux de pouvoir partager le rapport des opérateurs polaires qui a été remis aux Ministères de différents pays.
Les annonces du président de la République qui ont suivi ce sommet ont été à la hauteur des enjeux polaires : 1 milliard d’euros dédiés au polaire. Une belle dynamique pour toutes les communautés polaires !
Dire que l’Antarctique fascine est une évidence. Pourtant, la réalité de ces territoires peut être rude, âpre, douloureuse… mais tous, ceux qui partent comme ceux qui restent, portent un regard d’abord fasciné. Regards antarctiques propose de découvrir quelques regards portés sur l’Antarctique par des artistes mais aussi des institutions. A travers leurs créations, peintures, dessins, photos, l’exposition souhaite souligner la diversité des représentations de ce continent mais surtout questionner les imaginaires que ce continent provoque. Cette déambulation à travers ces regards nous offre la possibilité de confronter, parfois conforter, ces représentations avec la réalité du terrain, fil rouge de l’exposition illustrée sous la forme de journaux intimes.
LES DATES
Dans l’exposition
Jeudi 19 octobre : Job dating et Rencontres avec des professionnels des métiers polaires
Dans l’exposition et à l’auditorium de la médiathèque François Mitterrand
Samedi 9 décembre : Artistes, scientifiques et pôles, regards croisés
Mercredi 10 janvier 2024 : Archives polaires, une soirée d’Histoire
Au Cinéma Pathé, les jeudis des documentaires sur l’Antarctique
9 novembre : Le poids de l’Antarctique de Marjorie Cauwel
16 novembre : Antarctique de Solène Desbois
23 novembre : La glace et le ciel de Luc Jacquet
30 novembre : Odyssée Antarctique de Djamel Tahi
7 décembre : Soirée Mario Marret en partenariat avec la Cinémathèque de Bretagne SOIREE ANNULEE reportée au 10 Janvier 2024 à l’auditorium des Capucins, entrée gratuite.
Aux Curiosités de Dialogues, les mercredis autour des pôles
25 octobre : lecture d’album autour des pôles
22 novembre : jeu de société
27 décembre : lecture d’album autour des pôles
10 janvier : lecture d’album autour des pôles
Rencontres-dédicaces (Dates à préciser)
Voyages en Terres Australes – Collectif
Au 70.8, un musée pour l’océan
Samedi 9 décembre : Conférences sur les nouvelles technologies
DÉTAILS DES EVENEMENTS
Visites commentées de l’exposition par des personnels de l’Institut polaire français
17h-19h : Rencontre avec des anciens hivernants, des scientifiques et des permanents, professionnels des métiers recrutés chaque année pour partir travailler sur les stations polaires.
Boulanger-pâtissier, cuisinier, plombier, mécanicien engins, mécanicien centrale, électrotechnicien, chef mécanicien, outilleur, responsable technique, technicien instrumentation Des professionnels des différents types de contrats et des spécificités administratives liées au travail dans les pôles Des scientifiques spécialistes des projets de recherche déployés dans les pôles
Samedi 9 décembre : Artistes, scientifiques et pôles, regards croisés
Dans l’exposition
A 11h : Visite commentée de l’exposition : inscriptions
De 10h à 13h : Atelier de création avec l’artiste Liz Hascoët (Sur inscription, un créneau à 10h et un créneau à 11h30)
De 10h à midi : Venez dessiner sur le thème « Imagine ton Antarctique » : 5 dessins seront choisis pour partir en Antarctique et être exposés à la station Dumont d’Urville et à la station Concordia
A l’auditorium de la médiathèque des Capucins (entrée libre dans la limite des places disponibles)
14h-15h : Film et échange autour du thème « l’art au service de la diffusion des sciences » avec Cyril Gallut, chercheur et Eduardo Da Forno, photographe.
15h15-16h15 : table-ronde « Imaginer l’Antarctique » Isabelle Bianquis, anthropologue et Liz Hascoet, illustratrice, animée par Aude Sonneville
16h30-17h30 : Projection du film de Marjorie Cauwel, « White out » suivie d’une discussion
Aux Curiosités de Dialogues
16h30 Séance dédicaces
Jean-Yves Besselièvre et Lénaig L’Aot-Lombart : Voyages en Terres Australes
Au 70.8, un musée pour l’océan
Tarif d’entrée exceptionnellement à 4€ au lieu de 9€ pour un adulte.
20 minutes de conférences et discussions autour d’innovations techniques au service de la recherche polaire :
14h Agnès Lewden
15h Emma Bent
16h Théophile Lebrun
Mercredi 10 janvier : Archives polaires, une soirée d’Histoire
La coopération fructueuse franco-allemand dans le domaine de la recherche polaire internationale fête son 20ème anniversaire.
En 2003, l’Institut allemand Alfred Wegener (AWI) et l’Institut polaire français (IPEV) ont fusionné leurs stations Koldewey et Rabot au Svalbard pour créer la station AWIPEV. Depuis, des scientifiques des deux pays y mènent conjointement des recherches sur les effets du changement climatique en Arctique dans le cadre du village scientifique de Ny-Ålesund géré par la Norvège.
L’anniversaire de ce partenariat sera célébré le 14 juin 2023 lors d’un événement festif à l’ambassade de France à Berlin.
Claude Lorius et l’Institut, une histoire polaire.
L’Institut polaire français a appris avec tristesse le décès de Claude Lorius. Profondément liée à la carrière de ce chercheur exceptionnel, l’histoire polaire française de la deuxième moitié de XXème siècle est parsemée par ses exploits : ses hivernages à la station Charcot, en terre Adélie, ses raids de 2 500 kilomètres par -50° C à la découverte de l’immense calotte glaciaire (inlandsis) ou encore son implication dans le grand programme européen de forage glaciaire EPICA : European Programme for Ice-Coring in Antarctica.
Claude Lorius a découvert l’Antarctique en 1957, alors jeune étudiant participant à l’Année Géophysique Internationale (AGI). Il a consacré ses travaux à l’étude de l’évolution du climat et de l’environnement atmosphérique à partir des archives glaciaires de l’Arctique et de l’Antarctique. En trente-huit ans, sa carrière a été ponctuée de dix-sept campagnes polaires, dont deux hivernages en Antarctique. Ses travaux sur les forages profonds dans les calottes glaciaires ainsi que sur les techniques d’analyses en laboratoire, qui ont fait l’objet d’un très grand nombre de publications scientifiques, ont permis aux équipes françaises d’occuper une place de premier plan dans la recherche polaire.
Fasciné par ce continent, Claude Lorius a défendu l’idée de terre internationale dédiée à la paix et à la science, à la recherche et à l’environnement. Le froid et la glace sont devenus les passions de l’homme et du scientifique, passions partagées avec son grand ami Paul-Émile Victor avec lequel il a œuvré pour la création de l’Institut polaire français.
Ce rôle primordial pour l’Institut a commencé dès la création de l’IFRTP, Institut français pour la recherche et la technologie polaire, en 1992 : Claude Lorius fut nommé président et a piloté le conseil d’administration aux côtés du directeur Roger Gendrin jusqu’en 1997. À cette époque, les statuts de l’Institut confiaient également au président du conseil d’administration le rôle de représentant de la France à l’international. Claude Lorius a rempli cette mission de manière particulièrement active notamment lorsqu’il a assuré la présidence du Comité scientifique de la recherche antarctique (SCAR) de 1986 à 1990.
Ses découvertes concernant la « lecture » des climats du passé à travers la composition des bulles d’air emprisonnées dans la glace et l’étroite corrélation entre les variations du climat au cours des cycles glaciaires – interglaciaires et la teneur en gaz à effet de serre de l’atmosphère sont aujourd’hui encore des éléments clés pour montrer l’importance d’une recherche polaire de pointe.
Claude Lorius aimait raconter cette histoire : « un soir en buvant un whisky, nous avons remarqué que les bulles emprisonnées dans les glaçons explosaient au contact du liquide. Nous nous sommes dit qu’il y avait peut-être une chance pour que ces bulles aient conservé intacte la composition de l’atmosphère. C’était vrai ».
Claude Lorius et ses collègues ont constaté qu’en regardant une carotte de glace par transparence, ils y apercevaient des bulles d’une taille de l’ordre du millimètre de diamètre. Ces bulles constituent des échantillons de l’atmosphère, scellées au moment de la formation de la glace. L’utilisation d’un microscope permit de découvrir de petites poussières de diamètre inférieur au micron (millième de millimètre) : ce sont les aérosols présents dans l’atmosphère au moment où la neige s’est déposée.
Éclairée en lumière polarisée, une lame mince de glace révèle des cristaux de l’ordre du millimètre, colorés en fonction de leur orientation, propriété cruciale pour la déformation de la glace. Les isotopes qui composent cette eau solide ont enregistré la température locale passée. La physique nous apprend que la proportion d’isotopes lourds, deutérium et oxygène 18, dans les molécules d’eau (H2O) constituant la glace, dépend notamment de la température à laquelle se forment les précipitations : des concentrations plus appauvries en isotopes lourds indiquent des périodes plus froides.
A partir d’un échantillon de glace qui couvre une durée différente selon la profondeur prélevée sur une carotte (de quelques années en surface à quelques siècles/millénaires au fond), le climat qui régnait et la composition de l’atmosphère lors de son dépôt sur la calotte polaire peuvent être découvert.
Dès 1975, Claude Lorius avait identifié les dômes et plus particulièrement celui dôme C comme un lieu parfait pour un carottage profond. Il y retournera en tant que chef de mission en 1977/1978 pour conduire le premier carottage profond piloté par la France : 902 mètres de profondeur représentant 40 000 ans d’archive climatique. Ce carottage a permis d’obtenir le tout premier enregistrement fiable, démontrant que la teneur en CO2 dans l’atmosphère en période glaciaire était inférieure à celle de la période interglaciaire qui suivit.
Les mesures satellitaires permettant une cartographie plus précise, le forage profond suivant EPICA et la station Concordia ont été établis sur le dôme topographique (à 70 km du premier forage). Le forage EPICA (projet Européen) a ainsi permis de caractériser le climat sur 800 000 ans.
Aujourd’hui le projet Beyond Epica, dont le but est de prélever des carottes de glaces vieilles de plus d’1,5 million d’années, prouve une nouvelle fois, si cela s’avérait encore nécessaire, la formidable intuition de Claude Lorius.
Les équipes de scientifiques qui partent chaque année en Antarctique assurent la continuité de ces recherches primordiales engendrées par Claude Lorius, l’Institut polaire français mettra tout en œuvre pour continuer à soutenir ces missions indispensables à la construction d’un futur qui prendrait enfin en compte ces connaissances sur le climat.
Les équipes de l’Institut polaire français expriment leurs sincères condoléances à la famille.
La première campagne de forage de carottes de glace de Beyond Epica-Oldest Ice vient de se terminer à Little Dôme C, à 40 km de la station Concordia. Au cours de la campagne 2021/22, du personnel de l’Institut polaire français présent à Concordia a participé à l’installation du camp de terrain et à l’ensemble des activités nécessaire pour poursuivre ce défi sans précédent au cours des prochaines saisons.
"En 2018, le COMNAP lance une étude sur les navires polaires récemment construits. Patrice Bretel, alors directeur à l’Innovation à l’Institut polaire, a participé à ce groupe de travail, dont le rapport est aujourd’hui publié dans le Cambridge University Press.
Dans une démarche très innovante, cet article cherche à montrer comment l’Australie, la Chine, la France, la Norvège, le Pérou et le Royaume-Uni ont pris en compte les besoins scientifiques et les enjeux de durabilité environnementale dans la conception et l’exploitation de leurs nouveaux navires.
Voici un résumé en français de cette publication anglaise :
La publication examine les constructions récentes de navires polaires de type brise-glace déployés pour la recherche scientifique en Antarctique, mettant en avant leurs avancées technologiques, le respect des contraintes réglementaires, ainsi que leurs conséquences environnementales, parfois ambivalentes.
1. Contexte et enjeux
Ces navires opèrent sous le Protocole de Madrid (1991) relatif à la protection de l’Antarctique et le Code Polaire de l’Organisation Maritime Internationale (IMO), qui encadrent strictement la sécurité, la pollution, le bruit et la gestion des déchets dans les régions polaires. Face à la vétusté de la flotte existante, de nombreux états investissent dans des plateformes polyvalentes, à la fois outils scientifiques performants et ambassadeurs de pratiques plus responsables.
2. Sélection et caractéristiques des navires
Parmi 51 navires en service recensés, les auteurs choisissent d’étudier 5 navires lancés depuis 2013, répondant à la classification Polar Class (PC) entre 1 (le plus élevé) et 7, qui désignent leur capacité à naviguer dans différents types de glaces.
Ces navires intègrent des technologies modernes pour améliorer leur efficience énergétique, notamment des systèmes de propulsion avancés (électriques, hybrides), la réduction des consommations de carburant, l’optimisation de la navigation dans la glace, et la limitation des émissions polluantes via des dispositifs comme la réduction catalytique sélective.
Un point central est aussi la réduction du bruit sous-marin (Underwater Radiated Noise) pour minimiser l’impact sur la faune marine et améliorer la précision des instruments scientifiques acoustiques.
Les navires disposent de nombreux laboratoires embarqués, d’équipements de pointe pour la collecte de données océanographiques, biologiques, géologiques et atmosphériques, ainsi que de capacités logistiques importantes (transport de conteneurs, hélicoptères, petits bateaux, etc.). Tout cela en assurant une navigation sûre dans des glaces d’épaisseurs variables, jusqu’à 1,6 m pour les plus puissants.
Exemples :
Le RSV Nuyina d’Australie est conçu pour 90 jours d’autonomie, capable de briser jusqu’à 1,65 m d’épaisseur de glace en continu, avec une très forte capacité de fret.
Le MV Xue Long 2 chinois offre une technologie innovante de brise-glace bidirectionnel, permettant la navigation en marche avant et arrière dans la glace.
L’Astrolabe française allie polyvalence (patrouilles, soutien logistique, recherche) à un double-hull pour protéger l’environnement en cas d’incident.
Le RV Kronprins Haakon norvégien met l’accent sur la réduction du bruit et le confort pour l’équipage et les chercheurs, avec des laboratoires très modulaires.
Le BAP Carrasco péruvien, bien que de classe plus modeste (PC7), possède une autonomie importante et un équipement destiné aussi bien aux sciences que au soutien logistique.
3. Impact environnemental : entre progrès et limites
Si ces nouveaux navires sont à la pointe de la technologie éco-responsable, ils présentent malgré tout des impacts environnementaux qu’il convient de nuancer :
Réduction du bruit sous-marin : Un des progrès majeurs vise la limitation du bruit (Underwater Radiated Noise), réduisant la perturbation des mammifères marins et la pollution sonore qui interfère avec la recherche acoustique. Cette baisse de nuisance contribue à un meilleur respect de la faune polaire.
Pollution atmosphérique et émission de GES : L’adoption de moteurs moins polluants, de carburants à faible teneur en soufre et de systèmes de filtration permet de réduire les émissions de CO2, SOx et NOx. Toutefois, l’empreinte carbone de ces expéditions demeure significative, car l’exploration polaire reste énergivore, notamment à cause de la résistance de la glace.
Gestion des déchets et des eaux : Tous ces navires intègrent des systèmes avancés de traitement des eaux usées et de gestion des déchets pour éviter tout rejet polluant dans des écosystèmes extrêmement fragiles. La surveillance régulière est obligatoire pour garantir la conformité.
Empreinte physique et logistique : La capacité à opérer toute l’année et à transporter plus de matériel scientifique multiplie indirectement l’impact humain sur les zones vierges de l’Antarctique, suscitant des interrogations sur la conciliation entre besoins scientifiques et préservation de l’intégrité des milieux polaires.
Normes et certification : Leur conformité au Code Polaire IMO et l’obtention de labels liés à la réduction des émissions ou du risque de pollution constituent désormais des critères de sélection et d’exploitation incontournables.
4. Enjeux et perspectives
L’arrivée de cette nouvelle génération de brise-glace marque un net progrès en termes de sécurité, de confort pour les équipages et chercheurs, et de réduction des impacts négatifs sur l’environnement polaire. Mais même les dispositifs les plus avancés ne suffisent pas à annuler totalement l’empreinte écologique de ces missions. La poursuite d’investissements dans la sobriété énergétique, l’innovation sur les carburants alternatifs et la limitation des interventions humaines demeure impérative.
L’avènement de ces navires brise-glace ultra-modernes offre à la recherche antarctique des outils puissants et éco-conçus, essentiels pour percer les mystères du changement climatique et des écosystèmes extrêmes. Toutefois, leur usage invite à une vigilance constante sur l’équilibre entre exploration scientifique et préservation de territoires parmi les plus vulnérables de la planète.