Carnets de Lecture #2 : Les survivants de l’Antarctique (photos Frank Hurley)— Caroline Alexander

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16 juin 2026

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Les Survivants de l'Antarctique (photos Frank Hurley) — Caroline Alexander

Par Sébastien Pons, secrétaire de l'association Karukinka


Il y a quinze jours, je vous partageais mon premier carnet de lecture — Shackleton, son récit à lui, sobre et direct. Aujourd'hui, je vous propose de revenir à la même épopée, mais par un autre angle : celui de l'image. Car l'histoire de l'Endurance est aussi une des premières grandes aventures de la photographie d'expédition.


L'auteur

Caroline Alexander est journaliste et auteure britannique, spécialiste des grandes épopées de l'exploration. C'est elle qui a eu l'idée de redonner sa place à Frank Hurley dans l'histoire de l'expédition Shackleton. Photographe australien embarqué sur l'Endurance, il a réussi l'exploit de sauvegarder ses plaques photographiques tout au long de l'odyssée — dans les conditions que l'on imagine. Ses clichés, pris entre 1914 et 1916, constituent aujourd'hui un témoignage visuel unique et déchirant.

photos frank hurley odyssee de l'endurance survivants de l'antarctique

La note de lecture

Les Survivants de l’Antarctique est d’abord un très beau livre, au sens matériel du terme : grand format, papier de qualité, iconographie abondante. On ne le trouve plus que d’occasion aujourd’hui, mais si vous tombez dessus chez un bouquiniste ou en ligne, n’hésitez pas longtemps : c’est un de ces ouvrages qu’on garde longtemps en bonne place sur une étagère. Rédigé par la journaliste britannique Caroline Alexander, il retrace pas à pas l’épopée de l’Endurance avec un style clair, accessible, jamais pompeux, en suivant la chronologie de l’expédition depuis le départ de l’Angleterre jusqu’au sauvetage final en 1916.

L’autrice prend le temps de revenir sur les grandes étapes : le départ du navire le 1er août 1914 vers la Géorgie du Sud, l’escale dans les stations baleinières, puis l’entrée dans les mers du Sud et le piège de la glace de mer plus dense que prévu. On assiste à la dérive de l’Endurance pendant des mois, jusqu’au moment où le bateau est définitivement broyé, et où les 28 hommes se retrouvent sur un bloc de banquise qui se fragmente. L’équipe doit alors lutter pour sa survie : froid permanent, pièges de la glace et du vent, tempêtes, isolement, faim, découragement — tout y est, sans effet de manche inutile.

les survivants de l'antarctique caroline alexander

Ce qui rend ce livre vraiment à part, ce sont les photographies de Frank Hurley, le photographe de l’expédition. Ses clichés, souvent reproduits mais rarement vus dans une telle qualité, montrent autant les grands moments de l’histoire — le navire prisonnier des glaces, le campement sur la banquise, les chiens, les canots à la mer — que le quotidien : une partie de football sur la glace, un repas entassé dans la cabine, un homme qui fume sa pipe dehors malgré le vent. On sent la fatigue, la débrouille, l’humour parfois, jusque dans ces conditions extrêmes. Ces images ont beaucoup contribué à faire connaître l’épopée de Shackleton, mais rassemblées ainsi, elles prennent une force nouvelle.

On lit ce livre comme on déroulerait une série de plaques sur un projecteur ancien : chaque page apporte une scène supplémentaire, un cadrage différent sur ce que signifie tenir bon pendant des mois dans un environnement qui ne veut pas de vous. Une expédition sans images est une expédition qui disparaît vite des mémoires ; grâce à Hurley et au travail de Caroline Alexander, celle-ci reste incroyablement vivante plus d’un siècle plus tard.

On touche ici à quelque chose de fondamental : une expédition sans témoignage visuel est une expédition à moitié disparue. Ce photographe l'avait compris en 1915. Il avait négocié avec Shackleton le droit d'emporter ses plaques en abandonnant tout le reste. Un photographe qui négocie ses archives contre sa survie — voilà une définition assez parfaite de la passion documentaire.


Le lien Karukinka

On lit Shackleton moins pour s’y reconnaître que pour se rappeler ce que signifie naviguer longtemps dans des mers complexes, loin des ports, où l’imprévu fait partie du quotidien. Nos expéditions dans les canaux de Patagonie, vers le cap Horn ou l’Antarctique se jouent sur une tout autre échelle que l’Endurance, mais elles nous obligent, elles aussi, à apprendre l’humilité : accepter de rebrousser chemin, adapter nos plans à la météo et faire passer la sécurité de l’équipage avant le programme.

Une partie de ce travail consiste simplement à bien regarder et à bien noter : prendre le temps de documenter les lieux, les rencontres et les histoires qui nous sont confiées en mer comme à terre. Ces carnets de lecture, comme nos images et enregistrements, alimentent ensuite d’autres chantiers de l’association – de la recherche scientifique à la restitution d’archives aux yagan, haush et selk’nam – en gardant en tête que notre rôle est d’appuyer ces mémoires, pas de parler à leur place.


Informations pratiques


Dans quinze jours, Carnet de Lecture #3 : Roald Amundsen, celui qui a tout réussi, même quand personne n'y croyait. 🧭

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