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Loi 1901 - d'intérêt général
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La Patagonie abrite trois champs de glace continentaux majeurs représentant les réserves glaciaires les plus importantes de l'hémisphère sud en dehors de l'Antarctique et de la Nouvelle-Zélande.
Le Champ de Glace Patagon Nord (Campo de Hielo PatagĂłnico Norte, NPI) s'Ă©tend au 46.5°S avec une surface d'environ 4 200 km² et un volume de glace estimĂ© entre 1 200 et 1 400 kmÂł. Le Champ de Glace Patagon Sud (Campo de Hielo PatagĂłnico Sur, SPI), situĂ© entre 50 et 51°S, couvre environ 13 000 km² avec un volume estimĂ© de 3 800 Ă 4 200 kmÂł. Le Champ de Glace de la Cordillère Darwin (CDI), localisĂ© quant Ă lui au 54°S, s'Ă©tend sur environ 1 600 km² avec un volume estimĂ© de 500 Ă 700 kmÂł[1][2].Â
Ensemble, ces trois systèmes cryosphĂ©riques couvrent plus de 19 000 km² et contiendraient suffisamment d'eau pour Ă©lever le niveau marin global de 13 Ă 14 millimètres si entièrement fusionnĂ©s et drainĂ©s vers l'ocĂ©an. Ces glaciers reprĂ©sentent environ 3 % du volume de glace non-polaire terrestre global (seulement!), mais ont contribuĂ© depuis l'annĂ©e 2000 Ă environ 10 % de l'Ă©lĂ©vation du niveau marin global observĂ©e durant cette pĂ©riode[2].Â
Depuis l'année 1940, les glaciers patagons collectivement ont perdu 1 350 ± 150 milliards de tonnes de glace, contribuant directement à une élévation du niveau marin estimée à 3,7 millimètres. Ce taux de contribution océanique s'est accéléré au cours du temps : le taux annuel de perte de glace s'est accéléré de 15 Gt/an durant les années 1960-1980, puis à 22-29 Gt/an pour la période 2000-2023, soit une accélération exponentielle de la fonte des glaciers de Patagonie. Les démarcations se lisent sur la roche adjacente et ne serait-ce qu'entre 2018 et 2025 durant nos expéditions, nous pouvons constater la perte de volume des glaciers situés sur le versant sud de la Cordillère Darwin et par exemple l'écoulement constant, devenu une énorme cascade, au pied du glacier Romanche.

Les recherches menĂ©es par le Programme de Recherche des Champs de Glace de Patagonie (PIRP) et le Centre de Recherche GAIA Antártica de l'UniversitĂ© de Magallanes, en combinaison avec les modèles climatiques rĂ©gionaux Ă haute rĂ©solution spatiale (MAR et RACMO Ă 500m de rĂ©solution), rĂ©vèlent que l'augmentation du ruissellement de surface constitue le principal facteur physique de perte de masse glaciaire depuis 1940, modifiant ainsi les hypothèses scientifiques antĂ©rieures[2].Â
Les données reconstruites du bilan de masse superficiel (SMB) couvrant la période 1940-2023 à 500m de résolution spatiale établissent une déclinaison nette de -0,35 Gt/an². Cette déclinaison résulte principalement d'une augmentation du ruissellement de surface de +0,47 Gt/an², partiellement compensée par une variation mineure des précipitations (~-0,06 Gt/an²). Les bilans cumulatifs interannuels varient considérablement : la meilleure année observée (1948) enregistra un surplus d'accumulation de +59,4 Gt, tandis que la pire année documentée (2016) enregistra une perte nette de -52,2 Gt, illustrant la variabilité extrême du système glaciaire.
L'augmentation du ruissellement glaciaire de surface rĂ©sulte directement d'une Ă©lĂ©vation gĂ©nĂ©rale des tempĂ©ratures estivales Ă l'Ă©chelle rĂ©gionale. La rĂ©gion patagonne connaĂ®t une augmentation des tempĂ©ratures documentĂ©e depuis 1940 affichant un taux de +0,08°C par dĂ©cade, soit environ 2,5 fois plus rapide que la tendance de rĂ©chauffement global moyen (~0.03°C par dĂ©cade observĂ©e Ă l'Ă©chelle planĂ©taire). Cette amplification rĂ©gionale est attribuable Ă l'intrusion de vents chauds provenant d'origines septentrionales, phĂ©nomène directement liĂ© au dĂ©placement vers le pĂ´le des systèmes de haute pression subtropicaux en rĂ©ponse au changement climatique global.Â
Le nombre de lacs proglaciaires (lacs d'eau de fusion formĂ©s immĂ©diatement en aval des fronts glaciaires) dans la Cordillère Darwin et des Champs de Glace Nord et Sud a augmentĂ© de 461 % entre 1945 et 2024, passant de 33 lacs documentĂ©s Ă 185 lacs. La surface totale couverte par ces lacs a augmentĂ© de 124 %, passant de 28,2 ± 5,6 km² en 1945 Ă 63,3 ± 1,9 km² en 2024[3].Â
Le passage de lacs endiguĂ©es par la glace (reprĂ©sentant 71,6 % de la surface totale en 1945) Ă Â des lacs endiguĂ©es par des moraines sĂ©dimentaires (80,5 % en 2024) reprĂ©sente une transformation Ă©cosystĂ©mique aux implications gĂ©omorphologiques critiques. Cette transition transforme fondamentalement le rĂ©gime des dĂ©bâcles glaciaires catastrophiques (GLOFs) puisque les barrages de moraine prĂ©sentent une stabilitĂ© extrĂŞmement faible et une susceptibilitĂ© Ă©levĂ©e aux effondrements soudains libĂ©rant les masses d'eau stockĂ©es.Â
Les dĂ©bâcles glaciaires catastrophiques documentĂ©s incluent un Ă©vĂ©nement remarquable d'effondrement de moraine d'un lac proglaciaire en 1997-1998 qui provoqua une inondation destructrice traversant les fjords et modifiant la morphologie des zones cĂ´tières adjacentes. Un Ă©vĂ©nement plus volumineux et complexe fut enregistrĂ© en 2018, libĂ©rant 28 fois le volume du premier Ă©vĂ©nement, crĂ©ant un flux destructeur et transformant complètement la morphologie des vallĂ©es drainĂ©es[3].Â

Les modèles glaciologiques régionaux (OGGM - Open Global Glacier Model) appliqués aux populations de glaciers patagons de superficie supérieure à 1 km² indiquent une continuation du déglaçage durant le 21ème siècle. Les projections climatiques d'ensemble pour la période 2020-2100 indiquent une perte de volume glaciaire totale estimée entre 22 et 27 % selon le scénario de forçage climatique considéré, avec une contribution à l'élévation du niveau marin estimée de 3,1 à 3,8 mm pour la période 2012-2050 seule.
Au taux actuel de perte de masse documentĂ© et observĂ© pour la pĂ©riode rĂ©cente 1979-2023, les glaciers patagons pourraient potentiellement disparaĂ®tre entièrement dans approximativement 220 ans.Â
Pour aller plus loin, les rĂ©fĂ©rences utilisĂ©es pour cet article : Â
[1] NoĂ«l, B., et al. (2025). Surface runoff as primary driver of Patagonian glacier mass loss since 1940. Nature Communications.Â
[2] CONICET. (2023). Glaciares: Guardianes del Agua. Documental CONICET, IANIGLA-CONICET.Â
[3] Izagirre, E., et al. (2025). Evolution of glacial lakes and southernmost GLOFs in the Cordillera Darwin and Cloue Icefields (1945-2024). Frontiers in Earth Science, 10, 1641167.Â