La mort de José Donoso (Le Monde, 10/12/1996)

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L’écrivain chilien JosĂ© Donoso est mort Ă  Santiago du Chili, samedi 7 dĂ©cembre, victime d’un cancer, Ă  l’ñge de soixante-douze ans.

Par RAMON CHAO Publié le 10 décembre 1996 à 00h00, modifié le 14 mars 2022 à 11h31

Le personnage principal et narrateur de l’un des romans de JosĂ© Donoso, Julio MĂ©ndez, est lui-mĂȘme un romancier qui s’étonne de n’ĂȘtre pas aussi cĂ©lĂšbre que Julio Cortazar, Mario Vargas Llosa, Gabriel Garcia Marquez ou Carlos Fuentes. C’est une question que Donoso se posait peut-ĂȘtre et que nous nous posons douloureusement aujourd’hui.

Il est vrai que Donoso ne correspondait en rien Ă  l’image que l’on a en Europe de ce que doit ĂȘtre un Ă©crivain d’AmĂ©rique latine : baroque, sentant bon la violence et la magie, sur fond de mythologies indiennes. Il Ă©tait discret, rĂ©servĂ©, il rejetait le romantisme rĂ©volutionnaire et, aprĂšs avoir condamnĂ© le rĂ©gime du gĂ©nĂ©ral Pinochet, il fut le premier exilĂ© de stature internationale Ă  retourner vivre dans son pays. Son Ɠuvre est singuliĂšre Ă  tous les points de vue. Sans dĂ©laisser l’engagement social, il nous dĂ©crit un monde Ă©trange, dĂ©routant, souvent insaisissable, Ă  la limite du conte de fĂ©es.

Il Ă©tait nĂ© en 1924, dans le quartier bourgeois de Santiago. Son pĂšre Ă©tait mĂ©decin, professeur d’universitĂ© et lecteur de Proust. Sa mĂšre appartenait Ă  la famille propriĂ©taire du plus grand quotidien du Chili. AprĂšs ses Ă©tudes, ses parents l’envoient apprendre la littĂ©rature anglaise Ă  Princeton, aux Etats-Unis, oĂč il se passionne pour Henry James, Faulkner et Joyce. Revenu Ă  Santiago, il s’enfuit pour devenir berger en Patagonie.

Il sait qu’il veut ĂȘtre Ă©crivain et se fixe l’ñge de trente ans pour se prouver Ă  lui-mĂȘme qu’il en a la capacitĂ©. Il s’installe Ă  la campagne, oĂč il vit en anachorĂšte et en Ă©merge quelques jours avant son trentiĂšme anniversaire avec un recueil de nouvelles, Veraneo y otros cuentos, qui connaĂźt un succĂšs d’estime. C’est son premier roman, Le Couronnement (Calmann-LĂ©vy), qui le place parmi les grands de la gĂ©nĂ©ration dite du « boom Â». Il y expose le thĂšme du jardin dĂ©labrĂ© (souvenir de celui de ses parents, mĂ©taphore de l’ébranlement d’un ordre social pĂ©rimĂ©), qui rĂ©apparaĂźtra avec des variations multiples dans tous ses romans.

AnachorĂšte

En 1963, il retourne aux Etats-Unis pour la sortie de la traduction anglaise. Ce sera le dĂ©but d’un exil volontaire de dix-huit ans. A l’universitĂ© de l’Iowa, il enseigne l’anglais aux AmĂ©ricains, parmi lesquels John Irving. Il a dĂ©jĂ  publiĂ© Ce dimanche-lĂ  (Calmann-LĂ©vy), Le Lieu sans limite (Calmann-LĂ©vy) et prĂ©pare L’ObscĂšne Oiseau de la nuit (Editions du Seuil), qu’il ne parvient pas Ă  terminer car l’ambiance n’est pas propice pour Ă©crire en castillan. Il parcourt l’Espagne et, en 1970, le termine, nous donnant ainsi l’un des plus beaux romans de ces dĂ©cennies. AprĂšs L’ObscĂšne Oiseau de la nuit,...

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