Au Chili, le majestueux spectacle des fjords les plus reculés de Patagonie par Sébastien Desurmont (Magazine Geo, 06/03/2019)

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3 décembre 2022
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GEO a embarqué pour une semaine dans les fjords de la Patagonie chilienne. Une croisière épique, des quarantièmes rugissants aux cinquantièmes hurlants.

Ce matin, le capitaine Luis-Antonio Kochifas, 59 ans, est d’humeur radieuse. Un dĂ©luge d’eau et de grĂŞle mĂŞlĂ©es s’abat sur la ville cĂ´tière de Puerto Montt, au seuil de la Patagonie chilienne. Mais celui que l’équipage appelle simplement «Capi» a le sourire en coin du type qui en a vu d’autres. «C’est ainsi que cela doit ĂŞtre dans ce foutu bout du monde», rigole-t-il en narguant le ciel.

Ce petit homme trapu et jovial a le sourcil broussailleux, l’œil noir et rond comme celui du cormoran de Magellan, son oiseau de mer favori. Sur le quai dĂ©trempĂ©, il dirige les opĂ©rations en vue du grand dĂ©part. Pendant que sa chapka se transforme en un Ă©trange amas hirsute et dĂ©goulinant Ă©voquant un oursin gĂ©ant, son navire, le Skorpios-III, fait le plein de fuel, de nourriture et de sacs vomitoires pour une semaine d’expĂ©dition. Et quand, Ă  midi pile, il ordonnera de larguer les amarres, ce marin au caractère – forcĂ©ment – bien trempĂ© retrouvera son milieu naturel : la pire mer qui soit, Ă©talĂ©e aux marges du monde, sans cesse oppressĂ©e par des vents tourbillonnants. Destination finale : Puerto Natales, autre port du littoral chilien, situĂ© 2 000 kilomètres plus au sud, au-delĂ  des cinquantièmes hurlants. Avant cela, il s’agira de se faufiler dans le dĂ©dale des fjords multipliĂ©s Ă  l’infini, quasiment vides d’hommes (1,3 habitant par kilomètre carrĂ©) oĂą tout n’est qu’entailles, culs-de-sac, Ă®lots tarabiscotĂ©s. «La ligne droite n’est pas au programme», prĂ©vient le capitaine.

Le voici qui dĂ©roule la première des trente-trois cartes marines dont il se servira au cours de cette pĂ©rĂ©grination. Sur le papier, des bouts de terre, par milliers. Cet antipode est un labyrinthe sans queue ni tĂŞte. A l’ouest, le seul repère est ce grand ocĂ©an qui n’a de Pacifique que le nom. A l’est, la cordillère des Andes dresse sa muraille continue sur laquelle viennent s’abattre les lourdes nuĂ©es dĂ©boulant du large qui, au moins dix mois sur douze, prĂ©cipitent sur les archipels en contrebas le crachin le plus tenace du globe : entre 4 000 et 7 000 mm de prĂ©cipitations par an, selon les lieux (contre 350 mm/an Ă  Santiago, la capitale). Et puis, il y a cette menace qui clignote sur le fond bleu layette de la carte : le bien nommĂ© golfe des Peines. La patrie officielle du mal de mer ! «Il faudra bien y passer», grimace le capitaine comme s’il parlait d’une opĂ©ration chirurgicale. Le vent semble chargĂ© de rires lugubres. Le paysage se rĂ©sume Ă  une mer couleur d’étain pommelĂ©e d’écume. Les passagers quittent Puerto Montt le ventre nouĂ©. Non, dĂ©cidĂ©ment, on ne voit pas ce qui met le capitaine Kochifas de si belle humeur.

Jour 1 : Puerto Montt, Caguach

Au bout de trois heures de navigation, l’archipel de ChiloĂ© Ă©merge Ă  tribord. Dans la brume, l’Isla Grande, cinquième Ă®le d’AmĂ©rique du Sud par la taille, ressemble Ă  un gros pachyderme marin couvant sa portĂ©e, des petits Ă®lots pĂ©riphĂ©riques affublĂ©s de noms intriguants : Quenac, Mechuque, Quinchao… Ces toponymes sont les restes de la Patagonie des origines. Avant l’arrivĂ©e des premiers Espagnols dans le sillage de Magellan â€” le hĂ©ros qui dĂ©flora cette Terra incognita en 1520 —, cette contrĂ©e Ă©tait celle des Chonos , une tribu nomade amĂ©rindienne qui se dĂ©plaçait sans cesse dans de longs canoĂ«s faits de trois planches de mĂ©lèze calfatĂ©es. Les Chilotes d’aujourd’hui en ont gardĂ© l’âme transhumante. Ils continuent de s’exiler Ă  travers la Patagonie pour servir de main-d’œuvre docile et bon marchĂ© sur les bateaux ou dans les estancias (fermes d’élevage).

Quand l’un de ces Ă®liens revient au bercail, il ne manque jamais de faire un crochet par Caguach, une Ă®le bordĂ©e de sable noir oĂą le capitaine a justement dĂ©cidĂ© de faire sa première escale. On y trouve ce qu’il affirme ĂŞtre «la basilique saint Pierre de Chiloé». Les jĂ©suites dĂ©barquèrent ici au XVIe siècle. Et peu Ă  peu, une religion Ă©trange mĂŞlant catholicisme, croyances populaires et mythologie prĂ©colombienne s’est forgĂ©e. Parmi les seize Ă©glises de bois de la rĂ©gion que l’Unesco a inscrites au patrimoine mondial, celle-ci est la plus impressionnante : 46 mètres de long pour 17 de large, un clocher qui pointe Ă  25 mètres de haut et, sous la nef en forme de coque de bateau renversĂ©e, des dizaines de bancs alignĂ©s pour accueillir les fidèles. Tout cela pour un caillou d’à peine 10 kilomètres carrĂ©s dont la population ne dĂ©passe guère les 300 habitants ! Près de l’autel, le gardien des lieux, Heriberto Chávez, la quarantaine, explique : «Notre Ă©glise, en rĂ©alitĂ©, n’est pas assez grande… En janvier, plus de 4 000 pèlerins arrivent ici par bateau pour le week-end.» Et cela dure depuis 1778. En effet, la lĂ©gende raconte que cette annĂ©e-lĂ  des missionnaires zĂ©lĂ©s avaient organisĂ© une course de canoĂ« entre cinq Ă®les situĂ©es au cĹ“ur de l’archipel afin de dĂ©signer celle qui emporterait le droit de bâtir le monument oĂą serait vĂ©nĂ©rĂ©e une effigie lilliputienne de JĂ©sus de Nazareth rapportĂ©e d’Espagne. Les rameurs de Caguach furent les plus vĂ©loces, puis, le dĂ©fi gagnĂ©, se rĂ©vĂ©lèrent des menuisiers hors pair : tout en bois sculptĂ©, assemblĂ©e sans un clou, leur cathĂ©drale Ă©tait trois fois plus vaste que celle d’aujourd’hui. Elle fut plusieurs fois remaniĂ©e avant d’être dĂ©truite par un incendie en 1919. DĂ©sormais, faute de place Ă  l’intĂ©rieur de l’édifice reconstruit en 1925, les processionnaires envahissent le terrain de foot qui s’étend devant le parvis. «Beaucoup de marins viennent demander la protection de Dieu pour toute une annĂ©e, raconte Heriberto Chávez. C’est bien le seul week-end oĂą le village est en effervescence.» Après la messe, selon un rituel inchangĂ©, bannières et statues sacrĂ©es sont promenĂ©es jusqu’au rivage pour une ultime prière face Ă  ce qu’on appelle ici El Inmenso mar (l’immense mer), surnom donnĂ© par les Chilotes au remuant golfe Corcovado Ă  travers lequel le Skorpios-III s’engouffre pour la nuit.

Jour 2 : Puerto Aguirre, Quitralco

Au rĂ©veil, il ne pleut plus, mais le ciel est si bas qu’on pourrait le toucher. Dans la brume apparaĂ®t Puerto Aguirre, dans le territoire d’AysĂ©n, 1 800 habitants, une Ă©glise, un gymnase en construction, une petite Ă©cole et des rues boueuses. Le ferry ravitailleur ne passe que le lundi et le vendredi. A part cela, mĂŞme les chiens errants ont l’air de trouver le temps long. Jusque dans les annĂ©es 1990, pourtant, on ne s’ennuyait pas. Quelque 200 pĂŞcheurs faisaient vivre la communautĂ©. Depuis, ils prĂ©fèrent cĂ©der leurs quotas de pĂŞche Ă  de gros armateurs. Pour Luis Coloane, 54 ans, sept enfants, il n’y avait pas d’autre choix. «Cela me rapporte l’équivalent de 1 800 euros par an, explique celui qui fait office de reprĂ©sentant officiel Ă  ces pĂŞcheurs dĂ©chus. Bien sĂ»r, cette somme est dĂ©risoire quand on sait que les denrĂ©es alimentaires coĂ»tent ici trois fois plus cher que sur le continent (le kilo de tomates vaut 2 000 pesos, soit 2,50 euros contre moins de 1 euro Ă  Santiago), mais les normes de sĂ©curitĂ© exigĂ©es pour nos petits chalutiers demandaient de plus en plus d’investissements, et Ă  partir de 1992 le gouvernement a imposĂ© des quotas si restrictifs que sortir en mer finissait par coĂ»ter plus cher que rester au port.» Le contrat avec les firmes de pĂŞche industrielle est rediscutĂ© chaque annĂ©e. C’est l’un des problèmes. Les familles de Puerto Aguirre voudraient toucher d’un coup l’argent du rachat des droits de pĂŞche pour au moins dix ans. De quoi obtenir des sommes suffisamment importantes pour investir dans d’autres activitĂ©s, le tourisme, par exemple. De quoi surtout oublier le dĂ©sĹ“uvrement. Car, sur ces rivages dĂ©solĂ©s, on ne pratique mĂŞme plus la pĂŞche Ă  pied, grâce Ă  laquelle on pouvait assurer le repas du jour. La raison ? Cette satanĂ©e marĂ©e rouge qui envahit rĂ©gulièrement la baie. Il s’agit d’une microalgue contaminant notamment les moules gĂ©antes, mollusques qui constituent la nourriture de base partout ailleurs en Patagonie chilienne, et ce, depuis des siècles. «La rarĂ©faction du poisson, les algues toxiques, l’interdiction de ramasser des coquillages, tous nos ennuis ont dĂ©butĂ© avec l’arrivĂ©e de la salmoniculture, grogne Luis Coloane. Beaucoup de gens ici en sont persuadĂ©s : les 600 fermes d’élevage de saumon qui occupent la Patagonie chilienne depuis trente ans ont forcĂ©ment un impact, mais dans les ministères, Ă  Santiago, on nous dit que les Ă©tudes manquent pour le prouver.» Et surtout, entretemps, le Chili est devenu le deuxième producteur mondial de saumon après la Norvège…

Il faut dĂ©jĂ  repartir. Direction Quitralco, l’une des baies les plus Ă©tonnantes de la rĂ©gion. Cinq heures de zigzags dans des chenaux Ă©troits sont nĂ©cessaires pour y arriver. LĂ -bas, une eau fumante s’échappe des profondeurs volcaniques pour ressurgir dans des bassins creusĂ©s dans la roche au cĹ“ur d’une vĂ©gĂ©tation luxuriante. Baignade irrĂ©elle au crĂ©puscule, sous une averse inextinguible, le visage fouettĂ© par les bourrasques, mais le corps immergĂ© dans un bouillon Ă  38 °C. La Patagonie est une contrĂ©e oĂą l’on navigue sans cesse entre tristesse et ravissement.

Jour 3 : l’anse du Purgatoire, le golfe des Peines

Le roulis est venu cueillir le bateau bien avant l’aurore. Le bulletin mĂ©tĂ©o du bord augure des creux de cinq mètres et 40 nĹ“uds (75 km/h) de vent : Ă  moins d’une heure de lĂ , le golfe des Peines est dĂ©chaĂ®nĂ©. Le capitaine prĂ©fère attendre. Juste Ă  l’entrĂ©e de la baie en furie, il a repĂ©rĂ© un fjord bien protĂ©gĂ© dont le nom ne s’invente pas : l’anse du Purgatoire ! Au fond de cette crique, une langue de sable blond scintille. L’approche se fait avec les canots de secours. A bord des frĂŞles esquifs, par une tempĂ©rature de 6 °C, chacun devient silencieux, le menton enfoncĂ© dans son gilet de sauvetage, songeur devant la beautĂ© parfaite du paysage. DĂ©barquement au ras des vagues. Impression d’être le nouveau Magellan. Quelques pas sur la plage immaculĂ©e, et voici les voyageurs sous les frondaisons d’une forĂŞt primaire. Des arbres singuliers, comme le coihuĂ©, le lenga ou le Ă±irre, espèces australes Ă  l’écorce sombre et aux branches tortueuses. Des entrelacs de troncs rongĂ©s par l’humiditĂ© permanente, couverts de lichens crĂ©pus, des fougères hautes comme des hommes et des mousses fluorescentes… Ce dĂ©cor a 10 000 ans. A la dernière pĂ©riode glaciaire, le Sud chilien Ă©tait en effet recouvert d’une chape de glace. Puis Ă  la fin du quaternaire, celle-ci a refluĂ© dĂ©couvrant les fjords, lesquels se remplirent d’eau.

A 17 heures, décision est prise de quitter l’anse du Purgatoire. Moteurs à plein régime, le navire s’enfonce dans la tempête. Quelques minutes plus tard, une douloureuse contraction noue les entrailles et chacun sait qu’il vient d’entrer en enfer. Les vagues s’abattent sur le pont supérieur comme des cognées de bûcheron. La proue plonge dans un creux puis se relève blanchie d’écume pour se hisser au sommet de la déferlante suivante. Visibilité nulle. Nausées et vomissements. On finit cramponné à sa couchette. Le ventre en capilotade. A demi-conscient. Le capitaine, lui, est à la barre, tenant son cap douze heures d’affilée à travers ce maudit golfe. Une nuit sans sommeil à attendre la délivrance.

Jour 4 : Caleta Tortel

Au bout du cauchemar pointe le rĂ©pit de Caleta Tortel. Piaillement matinal des oiseaux, brise lĂ©gère et soleil Ă©clatant. Au fond d’un estuaire aux bleus laiteux, ce village inespĂ©rĂ© de 600 habitants a la couleur du paradis. Le rĂ­o Baker, plus long fleuve du Chili, vient se jeter dans la baie, lui donnant cette singulière teinte d’opaline qui est le rĂ©sultat du mĂ©lange entre les eaux salĂ©es du large et celles, cristallines, descendues des glaciers andins. La localitĂ© a surtout pour particularitĂ© d’être entièrement perchĂ©e sur des Ă©chasses, hautes par endroits de trois Ă  quatre mètres. Certes les maisons sur pilotis – manière ancestrale de se protĂ©ger des vagues et des marĂ©es – sont lĂ©gion sur le littoral patagonien, mais c’est ici un incroyable rĂ©seau de plus de six kilomètres de pontons, de passerelles, d’escaliers et de ruelles suspendues au-dessus de l’eau, qui relie les maisons entre elles. Tout cela est taillĂ© dans un beau bois blond. Des milliers de poutres, parfaitement rĂ©gulières, lissĂ©es par les ans, patinĂ©es par les embruns. Le hameau vit de l’exploitation du bois, notamment des cyprès de Guaitecas, espèce endĂ©mique des rĂ©gions australes. Des bĂ»cherons moustachus s’y baladent le bĂ©ret vissĂ© sur la tĂŞte, la hache sur l’épaule. Les touristes, eux, commencent Ă  venir, bravant la route – une voie caillouteuse sur laquelle les crevaisons sont proverbiales – qui ne relie les lieux au monde extĂ©rieur que depuis une quinzaine d’annĂ©es. Un journal chilien a dĂ©signĂ© Caleta Tortel comme plus beau village du pays, et quelques pensions se sont créées. On y resterait bien quelques jours… HĂ©las, le capitaine sonne la corne de brume : ordre de remonter Ă  bord !

Jour 5 : le PĂ­o XI

Une nouvelle nuit, plus clĂ©mente cette fois. Puis, soudain, le PĂ­o XI surgit dans le rond des jumelles. Le plus vaste glacier de l’hĂ©misphère Sud. Une mer de glace s’étalant sur 1 265 kilomètres carrĂ©s, soit l’équivalent de la ville de New York. Tel un brise-glace, le Skorpios-III avance en Ă©cartant des milliers de glaçons que le soleil fait miroiter. Une plage de sable noir sert de rampe d’accostage. LĂ , le nez sur la falaise, on se tord le cou pour admirer l’immense orgue bleu d’oĂą sourd une musique d’outre-glace, faite de la respiration du vent dans les interstices, de craquements de maison hantĂ©e, du clapotis des torrents souterrains… Le PĂ­o XI est, avec un autre colosse, le Perito Moreno, le seul glacier de Patagonie Ă  continuer d’avancer : jusqu’à deux mètres par jour ! Un mystère. Ailleurs, tous perdent du terrain. Plus au sud, au cĹ“ur du parc national Bernardo O’Higgins, le sublime glacier Amalia, avec ses pointes gothiques et ses tourelles mutilĂ©es, a, par exemple, reculĂ© de 1,7 kilomètre en quinze ans. «A chaque fois qu’on passe par ici, il faut actualiser nos plans, redessiner au crayon la nouvelle ligne du littoral», tĂ©moigne Marcos Cardenas-Vera, le second du navire.

Jour 6 : Puerto Natales

L’expĂ©dition s’achève au petit matin dans l’anse de l’Ultime EspĂ©rance oĂą fut Ă©difiĂ© Puerto Natales, Ă  la fin du XIXe siècle. Retour Ă  la civilisation. Dans ce modeste port de 18 000 habitants, les touristes dĂ©ambulent en combinaison Gore-Tex dernier cri. Une route large et bitumĂ©e connecte le bourg au reste du pays. Surtout, le parc national Torres del Paine, site le plus visitĂ© de Patagonie, est tout proche. Ici, l’élevage extensif des moutons fut longtemps la ressource principale. Aujourd’hui, le grand abattoir s’est muĂ© en un hĂ´tel de luxe, et les fermes organisent des balades Ă  cheval guidĂ©es par des gauchos (cavaliers travaillant dans les Ă©levages). Les excursions s’arrĂŞtent pour la plupart Ă  la fameuse grotte du Mylodon, oĂą l’explorateur allemand Hermann Eberhard dĂ©couvrit en 1890 quelques restes informes de cet herbivore haut de quatre mètres, disparu il y a 10 000 ans. Un fragment de peau de l’animal retrouvĂ© dans une vitrine de chez sa grand-mère, en Angleterre, fut pour l’écrivain Bruce Chatwin le dĂ©clencheur de son voyage dans cette contrĂ©e qu’il relate dans En Patagonie, publiĂ© il y a quarante ans. Le livre devint la Bible des bourlingueurs et fit, d’une certaine manière, renaĂ®tre la bĂŞte… DorĂ©navant, on croise partout Ă  Puerto Natales le mammifère antĂ©diluvien : dressĂ© sur ses pattes arrière, son mufle grotesque tendu vers le ciel, le mylodon figure sur toutes les plaques de rue, au centre des ronds-points, en peluche dans les vitrines… Chatwin reconnaĂ®trait-il ce Far West austral oĂą la manne du tourisme remplace peu Ă  peu l’âpre labeur des estancias ? «Il faut bien que les gens vivent, nous sommes tellement loin de tout ici», tempère notre capitaine. Ce dernier a revĂŞtu sa vareuse d’apparat et son kĂ©pi blanc. Une certaine Mimi l’attend sur le quai… «C’est ma mère, elle a 89 ans, prĂ©cise-t-il. C’est l’heure d’aller Ă  la messe.» Un dimanche matin comme les autres au sud du cinquantième parallèle.

Découvrez en images notre odyssée en terres australes dans les fjords de Patagonie

Tomas Munita / Geo

Les conseils de nos reporters

Quand y aller ?
Entre octobre et avril. En dehors de cette période, les conditions météo, d’ordinaire très rudes, deviennent apocalyptiques.

Se rendre Ă  Puerto Montt
Le port de dĂ©part des croisières se trouve Ă  1 h 40 en avion de Santiago du Chili (jusqu’à six vols par jour).

Faire la même croisière
Skorpios Cruise, le croisiériste local qui nous a aidés à réaliser ce reportage, est le seul à explorer la totalité des fjords. Deux départs par an (en octobre et avril) : huit jours, de 1 800 à 2 600 € par personne.

Faire une croisière plus tranquille
Pour Ă©viter le terrible golfe des Peines, situĂ© au milieu de l'itinĂ©raire, il est possible de n’explorer que la partie sud des fjords ou la partie nord. Notre partenaire "Les Maisons du voyage" propose, par exemple, un voyage tout compris de huit jours au dĂ©part de France, avec navigation dans le champ de glace Sud. A partir de 3 450 € (vols, croisière en pension complète et hĂ©bergements).

➤ OdyssĂ©e en terres australes, un reportage de SĂ©bastien Desurmont (texte) et Tomás Munita (photos) Ă  dĂ©couvrir dans le magazine GEO de janvier 2019 (n° 479, Cap-Vert).

Source : https://www.geo.fr/voyage/au-chili-le-majestueux-spectacle-des-fjords-les-plus-recules-de-patagonie-193884

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